• Le sens premier de la locution adjective invariable soi-disant est « se dire soi-même », donc « qui se prétend ». Aussi se gardera-t-on de mettre un t à la fin de soi, cette expression étant construite sur le participe présent du verbe se dire ayant pour objet le pronom personnel réfléchi soi.

    Une femme soi-disant riche (= qui se prétend riche).

    Méfiez-vous de ces soi-disant gourous (et non soit-disants gourous).

    Il ne viendra pas demain, soi-disant pour raisons professionnelles.

    On conçoit que, logiquement, soi-disant ne devrait s'appliquer qu'aux êtres doués de la parole et aux qualités qu'ils s'attribuent eux-mêmes. Les usages suivants sont donc contestables :

    Je n'ai pas aimé ce soi-disant chef-d'œuvre (préférer : ce prétendu chef-d'œuvre).

    Les soi-disant coupables (il est rare que l'on s'accuse soi-même !).

    Une guérison soi-disant miraculeuse (préférer : prétendument miraculeuse).

    Pour autant, il est incontestable que l'usage a opéré un glissement sémantique de « se dire soi-même, qui se prétend » vers « que l'on dit, prétendu ». Glissement condamné, il va sans dire, par l'Académie.

    Finalement, on retiendra que soi-disant signifie, en tant qu'adjectif,  « qui se prétend » (1) puis, par extension, « prétendu » (2) et, en tant qu'adverbe, « prétendument » (3) – ces deux dernières extensions de sens étant considérées comme fautives par les puristes (mais pas par Grevisse).

    Un tour grammatical prétendument correct (de préférence à soi-disant correct).

    Dans tous les cas, soi-disant est invariable (comme la plupart des participes présents).

    Une soi-disant actrice de cinéma (et non Une soi-disante actrice).

     

    En résumé

    Dans un langage soutenu, on réservera l'usage de l'adjectif invariable soi-disant aux humains et à leurs qualités, et on aura de préférence recours à l'adjectif variable prétendu et à l'adverbe prétendument dans tous les autres cas.

     

    Remarque 1 : Il est à noter que Littré enregistre l'emploi absolu de soi-disant au sens de « prétendument ». On peut voir, selon toute vraisemblance, dans cet usage adverbial l'origine du glissement sémantique critiqué par l'Académie : Soi-disant, il est venu par amitié (emploi correct selon Littré) → Une visite soi-disant amicale (tour suspect où soi-disant est appliqué, au sens de « prétendument », à une chose).

    Remarque 2 : L'expression soi-disant que, substituée à parce que, sous le prétexte que, relève du langage familier.

    Remarque 3 : Dans les expressions soit dit en passant et soit dit entre nous, soit (avec un t final) correspond à l'auxiliaire être conjugué au subjonctif (= que cela soit dit...)

    Soit dit en passant, je ne l'apprécie pas beaucoup.

    Soi-disantSoi-disant

               Accepté par les puristes...                   Condamné par les puristes !

     


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  • Après les locutions un(e) des... qui ou un(e) de ces... qui (et autres expressions similaires), le verbe peut se mettre au singulier ou au pluriel selon que l'on insiste sur l'idée d'individualité (un peut alors être remplacé par celui) ou de pluralité. Il est à noter que l'usage privilégie (abusivement) le pluriel, alors que c'est le sens qui doit régir l'accord, comme le confirment dans une belle unanimité Bescherelle, Girodet, Hanse et Thomas.

    C'est un de ces écrivains qui sont à la mode (un parmi d'autres) mais C'est un des écrivains qui mérite le Goncourt (= c'est celui [des écrivains] qui mérite le Goncourt).

    Encore une de ces réunions qui n'en finissent pas.

    C'est une des raisons pour lesquelles je l'apprécie.


    On peut distinguer trois cas principaux :

    • l'action porte sur l'ensemble du groupe → accord au pluriel
      Voici un des livres que j'ai achetés ce matin.
    • l'action porte sur un élément particulier du groupe → accord au singulier

    Elle ne remarqua que l'un d'entre eux, qui se tenait debout (un seul se tenait debout ; à noter : la virgule, qui montre que le pronom relatif qui n'est pas en rapport avec eux mais avec l'un d'entre eux).

    Il répondit à un des examinateurs, qui l'interrogeait (= il répondit à celui des examinateurs qui l'interrogeait) mais Il répondit à un des examinateurs qui l'interrogeaient (on insiste sur le fait que l'ensemble des examinateurs l'interroge).

    • l'action est introduite par la tournure un de ceux (une de celles) → accord au pluriel
      C'est (l')un de ceux que j'ai hébergés.
      « Aucun de ceux qui l'approchèrent ne mirent en doute son sens aigu du réel » (Bernanos).

     Séparateur de texte

    Remarque 1 : On notera que, si le choix d'intention est permis concernant l'accord du verbe, il n'en est pas de même avec les éventuels adjectifs, qui continuent de s'accorder avec le nom qualifié.

    C'est un des personnages principaux (et non un des personnages principal).

    Voir également ce billet.

    Remarque 2 : On est fondé à se demander si l'accord au pluriel n'est pas requis après un des suivi d'un adjectif : C'est l'une des plus belles soirées que j'aie passées. En effet, l'accord au singulier signifierait : « C'est celle des plus belles soirées que j'aie passée », ce qui n'aurait guère de sens. Autant écrire : C'est la plus belle soirée que j'aie passée, si l'on tient à mettre en avant cette soirée en particulier.

    Remarque 3 : Avec la tournure familière un(e) de ces, qui joue le rôle d'un adjectif à un haut degré, le nom qui suit se met généralement au pluriel (même s'il n'est pas comptable). Cependant, observe l'Office québécois de la langue française, « lorsque [ledit] nom se termine en -al ou en -ail, on le laisse généralement au singulier, surtout pour des raisons d'euphonie ».

    J'ai une de ces faims ! Tu m'as fait une de ces peurs !

    J'ai un de ces mal de tête ! J'ai un de ces travail ! (la valeur intensive de l'expression l'emporte sur sa valeur partitive) mais Un des maux de notre époque, un des principaux travaux de réflexion, etc.

     

    Un de ces

    Un de ces livres qui font polémique.
    (Stéphane Hessel, Éditions Indigène)

     


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  • Tordons tout de suite le cou à une idée fausse : non, ce n'est pas parce qu'une expression est négative qu'elle doit forcément être au singulier ! La négation peut tout à fait porter sur la pluralité.

    Pas de et sans peuvent donc être suivis aussi bien du singulier que du pluriel, selon que le nom auquel ils réfèrent suggère logiquement l'idée d'unicité ou de pluralité. Une fois de plus, c'est le sens qui commande.

    Astuce

    En général, le nom garde le nombre (singulier ou pluriel) qu'il aurait dans une tournure positive → il suffit donc le plus souvent, pour se décider, de remplacer sans par avec et il n'y a pas de par il y a.

    Un couteau sans manche (un couteau ne peut en avoir qu'un) mais Un gilet sans manches (un gilet avec des manches → pluriel).

    Un devoir sans fautes (plus fréquemment que sans faute) mais Je viendrai demain sans faute (= assurément).

    Un homme sans parole mais Une histoire sans paroles.

    Un débat sans éclat (= terne, ennuyeux) mais Un débat sans éclats (= sans prises de bec).

    Une personne sans intérêt (= pas digne d'intérêt) mais Un crédit sans intérêt ou sans intérêts (= qui ne rapporte pas d'intérêt[s]).

    Être sans emploi (on ne peut généralement en avoir qu'un).

    Je n'ai pas d'argent (j'ai de l'argent → singulier).

    Il n'y a pas de cheminée dans ce salon mais Il n'y a pas de meubles dans ce salon.

    Il n'y a pas de danger que...

    Sans autre formalité mais Sans plus de formalités.

    Souvent, le sens (ainsi que le... sans) peut offrir le choix :

    Je n'ai pas de problème(s) (selon que l'on privilégie le fait qu'il puisse y en avoir un ou plusieurs).

    On l'a traité sans ménagement(s).

    L'Académie précise cependant que, « dès lors que ce dont on parle peut suggérer l’idée de pluralité, c’est le pluriel qui est le plus fréquent ».

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : On notera que les noms abstraits ainsi que la plupart des locutions s'écrivent généralement au singulier : sans arrêt, sans bruit, sans commentaire, sans condition, sans délai, sans difficulté, sans doute, sans écho, sans effort, sans encombre, sans espoir, sans exception, sans fard, sans gêne, sans hâte, sans incident, sans merci, sans peine, sans pitié, sans précaution, sans raison, sans regret, sans réserve, sans ressource, sans retour, sans souci, sans scrupule, etc. Mais on écrit de préférence : sans bornes, sans limites et sans façons (parfois sans façon).

    Le cas de sans histoire(s) est plus hésitant : dans le sens de « sans rien de marquant ni de fâcheux », Robert préconise la graphie au singulier, l'Académie, celle au pluriel (Un voyage sans histoires. Mener une vie sans histoires) ; d'autres voient dans le singulier le sens de « sans passé ».

    Le pluriel est évidemment de rigueur avec les noms qui n'ont pas de singulier : sans frais, sans ambages, etc.

    Remarque 2 : D'ordinaire, la locution sans pareil varie, tout comme sans égal (sauf au masculin pluriel, selon la plupart des spécialistes). Mais l'invariabilité est également admise.

    Des exploits sans pareils mais Des exploits sans égal (et non sans égaux).
    Une honnêteté sans pareille. Une honnêteté sans égale.

    Remarque 3 : On notera le pluriel du substantif sans-abri (des sans-abri selon la règle classique ou des sans-abris selon les Rectifications orthographiques de 1990), qui tend à remplacer dans le langage courant le terme de sans-logis pour désigner une personne n'ayant pas ou plus de logement.

    Remarque 4 : On écrit sens dessus dessous (et non sans dessus dessous, n'en déplaise à Rika Zaraï !)

    Sans

     


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  • On sait que tout peut être :

    • adjectif, auquel cas il s'accorde,

    • nom ou pronom, auxquels cas il varie en nombre et en genre,

    • ou encore adverbe, auquel cas il a le sens de « entièrement, complètement, tout à fait » et est invariable sauf quand il est placé devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré (voir le rappel de la règle d'accord de tout).

    À toute heure (mais À tout à l'heure).

    Toutes les femmes.

    Ils sont tout contents (tout à fait contents) mais Elles sont toutes contentes.

     

    Concernant la variabilité des locutions et expressions formées avec tout, l'usage est d'autant plus flottant que « le singulier distributif et le pluriel collectif (ne sont) que des façons différentes de décrire la même chose » (Grevisse, Le Bon Usage). Voici cependant un récapitulatif des choix opérés par l'Académie dans son Dictionnaire, où le singulier tend à prévaloir.

    SingulierPlurielSingulier ou Pluriel
    à tout bout de champ à tous crins
     à tout coup
    (à tous coups)
    à tout hasard
    à tous égards à tout moment
    (à tous moments)
    à tout prix
    à toutes fins (utiles) de tout côté
    (de tous côtés)
    à tout propos
    à toutes jambes de toute part
    (de toutes parts)
    à toute allure de toutes pièces de toute sorte
    (de toutes sortes)
    à toute épreuve en tous genres en tout lieu
    (en tous lieux)
    à toute heure
    en tous sens
    en tout point
    (en tous points)
    à toute vitesse en toutes lettres  
    avant toute chose tous azimuts  
    contre toute attente tous feux éteints  
    de tout cœur (assurance) tous risques  
    de tout poil toutes catégories  
    (être au-dessus) de tout soupçon toutes choses égales  
    de tout temps
    toutes proportions gardées  
    de toute espèce toutes voiles dehors  
    de toute façon *
    une fois pour toutes  
    de toute manière *
    sous toutes réserves
     
    en tout cas *
       
    en tout temps    
    en toute circonstance    
    en toute franchise    
    en toute hâte
       
    en toute liberté    
    en toute occasion    
    tout à l'heure    
    tout compte fait    
    tout feu tout flamme    
    tout yeux tout oreilles    


    Comme vous pouvez le constater, l'accord de tout dans ces locutions (considérées pour certaines d'entre elles comme figées) n'est régi par aucune règle précise. Du reste, nos éminents grammairiens ne sont pas toujours d'accord entre eux. Ainsi (*) les locutions en tout cas, de toute façon et de toute manière, données au singulier par l'Académie, sont également employées au pluriel avec le même sens chez Grevisse (avec cette culture de la tolérance qu'on lui connaît) et sur le TLFi.

    Les trois formulations suivantes seraient donc correctes :

    De toute façon, il n'en fait qu'à sa tête (= quoi qu'il en soit, il n'en fait qu'à sa tête).

    De toutes les façons, il n'en fait qu'à sa tête.

    De toutes façons, il n'en fait qu'à sa tête (non reconnu par l'Académie).

    Séparateur de texte


    Remarque 1 : Une méthode d'accord consiste à déterminer si le sens est celui de « à tous les » (ou de tous les, en tous les... selon le cas) ou de « à n'importe quel » (de n'importe quel, en n'importe quel, etc.). Ainsi dira-t-on de préférence de tous bords, la locution signifiant ici « de tous les bords », plutôt que « de n’importe quel bord ». Mais cette astuce ne permet pas toujours de trancher...

    Remarque 2 : Voir également le billet Toutes catégories confondues.

    A tout prixA tout vent

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


             Ou "à tous vents"
             (ancien logo des éditions Larousse)

     

             Film de John Turteltaub

     


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  • Ceux qui croient que courir est un verbe sans problème – à l'exception de quelques subtilités de conjugaison (un seul r, sauf au futur et au conditionnel : je courrai, nous courrions) – pourraient bien courir aux devants de cruelles désillusions...

    Constatez par vous-même :

    Les trois cents mètres qu'il a couru l'ont épuisé.

    Le cent mètres et le deux cents mètres qu'il a courus sont les courses les plus rapides de sa carrière.

    En fait, dans le premier exemple, courir est un verbe intransitif (trois cents mètres n'est pas COD mais complément circonstanciel de mesure). Le participe passé est donc invariable.

    Dans le second exemple, courir est un verbe transitif, qui signifie « disputer une course, participer à une course ». Dans ce cas, l'accord du participe passé se fait avec le COD placé avant.

    Courir est également transitif dans le sens de « courir un risque ».

    Elle n'a aucune idée des risques qu'elle a courus.

     

    En résumé

    • Avec un complément répondant à la question combien de ?, courir est intransitif et son participe passé est invariable.

    Pendant l'heure qu'il a couru, les 10 km qu'il a couru.

    • Avec un complément répondant à la question quoi ?, courir est transitif et son participe passé s'accorde avec le COD placé avant.

    La course qu'il a courue, les risques qu'il a courus.

     

    Remarque : À la forme pronominale, le participe passé du verbe courir s'accorde avec le sujet.

    La course s'est courue à l'hippodrome de Vincennes.

     

    Courir

    Christophe Lemaître après sa victoire en Championnat du monde en 100 mètres, course qu'il a courue en moins de dix secondes.
    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Erik van Leeuwen)

     


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