• Après les locutions un(e) des... qui ou un(e) de ces... qui (et autres expressions similaires), le verbe peut se mettre au singulier ou au pluriel selon que l'on insiste sur l'idée d'individualité (un peut alors être remplacé par celui) ou de pluralité. Il est à noter que l'usage privilégie (abusivement) le pluriel, alors que c'est le sens qui doit régir l'accord, comme le confirment dans une belle unanimité Bescherelle, Girodet, Hanse et Thomas.

    C'est un de ces écrivains qui sont à la mode (un parmi d'autres) mais C'est un des écrivains qui mérite le Goncourt (= c'est celui [des écrivains] qui mérite le Goncourt).

    Encore une de ces réunions qui n'en finissent pas.

    C'est une des raisons pour lesquelles je l'apprécie.


    On peut distinguer trois cas principaux :

    • l'action porte sur l'ensemble du groupe → accord au pluriel
      Voici un des livres que j'ai achetés ce matin.
    • l'action porte sur un élément particulier du groupe → accord au singulier

    Elle ne remarqua que l'un d'entre eux, qui se tenait debout (un seul se tenait debout ; à noter : la virgule, qui montre que le pronom relatif qui n'est pas en rapport avec eux mais avec l'un d'entre eux).

    Il répondit à un des examinateurs, qui l'interrogeait (= il répondit à celui des examinateurs qui l'interrogeait) mais Il répondit à un des examinateurs qui l'interrogeaient (on insiste sur le fait que l'ensemble des examinateurs l'interroge).

    • l'action est introduite par la tournure un de ceux (une de celles) → accord au pluriel
      C'est (l')un de ceux que j'ai hébergés.
      « Aucun de ceux qui l'approchèrent ne mirent en doute son sens aigu du réel » (Bernanos).

     Séparateur de texte

    Remarque 1 : On notera que, si le choix d'intention est permis concernant l'accord du verbe, il n'en est pas de même avec les éventuels adjectifs, qui continuent de s'accorder avec le nom qualifié.

    C'est un des personnages principaux (et non un des personnages principal).

    Voir également ce billet.

    Remarque 2 : On est fondé à se demander si l'accord au pluriel n'est pas requis après un des suivi d'un adjectif : C'est l'une des plus belles soirées que j'aie passées. En effet, l'accord au singulier signifierait : « C'est celle des plus belles soirées que j'aie passée », ce qui n'aurait guère de sens. Autant écrire : C'est la plus belle soirée que j'aie passée, si l'on tient à mettre en avant cette soirée en particulier.

    Remarque 3 : Avec la tournure familière un(e) de ces, qui joue le rôle d'un adjectif à un haut degré, le nom qui suit se met généralement au pluriel (même s'il n'est pas comptable). Cependant, observe l'Office québécois de la langue française, « lorsque [ledit] nom se termine en -al ou en -ail, on le laisse généralement au singulier, surtout pour des raisons d'euphonie ».

    J'ai une de ces faims ! Tu m'as fait une de ces peurs !

    J'ai un de ces mal de tête ! J'ai un de ces travail ! (la valeur intensive de l'expression l'emporte sur sa valeur partitive) mais Un des maux de notre époque, un des principaux travaux de réflexion, etc.

     

    Un de ces

    Un de ces livres qui font polémique.
    (Stéphane Hessel, Éditions Indigène)

     


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  • Tordons tout de suite le cou à une idée fausse : non, ce n'est pas parce qu'une expression est négative qu'elle doit forcément être au singulier ! La négation peut tout à fait porter sur la pluralité.

    Pas de et sans peuvent donc être suivis aussi bien du singulier que du pluriel, selon que le nom auquel ils réfèrent suggère logiquement l'idée d'unicité ou de pluralité. Une fois de plus, c'est le sens qui commande.

    Astuce

    En général, le nom garde le nombre (singulier ou pluriel) qu'il aurait dans une tournure positive → il suffit donc le plus souvent, pour se décider, de remplacer sans par avec et il n'y a pas de par il y a.

    Un couteau sans manche (un couteau ne peut en avoir qu'un) mais Un gilet sans manches (un gilet avec des manches → pluriel).

    Un devoir sans fautes (plus fréquemment que sans faute) mais Je viendrai demain sans faute (= assurément).

    Un homme sans parole mais Une histoire sans paroles.

    Un débat sans éclat (= terne, ennuyeux) mais Un débat sans éclats (= sans prises de bec).

    Une personne sans intérêt (= pas digne d'intérêt) mais Un crédit sans intérêt ou sans intérêts (= qui ne rapporte pas d'intérêt[s]).

    Être sans emploi (on ne peut généralement en avoir qu'un).

    Je n'ai pas d'argent (j'ai de l'argent → singulier).

    Il n'y a pas de cheminée dans ce salon mais Il n'y a pas de meubles dans ce salon.

    Il n'y a pas de danger que...

    Sans autre formalité mais Sans plus de formalités.

    Souvent, le sens (ainsi que le... sans) peut offrir le choix :

    Je n'ai pas de problème(s) (selon que l'on privilégie le fait qu'il puisse y en avoir un ou plusieurs).

    On l'a traité sans ménagement(s).

    L'Académie précise cependant que, « dès lors que ce dont on parle peut suggérer l’idée de pluralité, c’est le pluriel qui est le plus fréquent ».

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : On notera que les noms abstraits ainsi que la plupart des locutions s'écrivent généralement au singulier : sans arrêt, sans bruit, sans commentaire, sans condition, sans délai, sans difficulté, sans doute, sans écho, sans effort, sans encombre, sans espoir, sans exception, sans fard, sans gêne, sans hâte, sans incident, sans merci, sans peine, sans pitié, sans précaution, sans raison, sans regret, sans réserve, sans ressource, sans retour, sans souci, sans scrupule, etc. Mais on écrit de préférence : sans bornes, sans limites et sans façons (parfois sans façon).

    Le cas de sans histoire(s) est plus hésitant : dans le sens de « sans rien de marquant ni de fâcheux », Robert préconise la graphie au singulier, l'Académie, celle au pluriel (Un voyage sans histoires. Mener une vie sans histoires) ; d'autres voient dans le singulier le sens de « sans passé ».

    Le pluriel est évidemment de rigueur avec les noms qui n'ont pas de singulier : sans frais, sans ambages, etc.

    Remarque 2 : D'ordinaire, la locution sans pareil varie, tout comme sans égal (sauf au masculin pluriel, selon la plupart des spécialistes). Mais l'invariabilité est également admise.

    Des exploits sans pareils mais Des exploits sans égal (et non sans égaux).
    Une honnêteté sans pareille. Une honnêteté sans égale.

    Remarque 3 : On notera le pluriel du substantif sans-abri (des sans-abri selon la règle classique ou des sans-abris selon les Rectifications orthographiques de 1990), qui tend à remplacer dans le langage courant le terme de sans-logis pour désigner une personne n'ayant pas ou plus de logement.

    Remarque 4 : On écrit sens dessus dessous (et non sans dessus dessous, n'en déplaise à Rika Zaraï !)

    Sans

     


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  • On sait que tout peut être :

    • adjectif, auquel cas il s'accorde,

    • nom ou pronom, auxquels cas il varie en nombre et en genre,

    • ou encore adverbe, auquel cas il a le sens de « entièrement, complètement, tout à fait » et est invariable sauf quand il est placé devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré (voir le rappel de la règle d'accord de tout).

    À toute heure (mais À tout à l'heure).

    Toutes les femmes.

    Ils sont tout contents (tout à fait contents) mais Elles sont toutes contentes.

     

    Concernant la variabilité des locutions et expressions formées avec tout, l'usage est d'autant plus flottant que « le singulier distributif et le pluriel collectif (ne sont) que des façons différentes de décrire la même chose » (Grevisse, Le Bon Usage). Voici cependant un récapitulatif des choix opérés par l'Académie dans son Dictionnaire, où le singulier tend à prévaloir.

    SingulierPlurielSingulier ou Pluriel
    à tout bout de champ à tous crins
     à tout coup
    (à tous coups)
    à tout hasard
    à tous égards à tout moment
    (à tous moments)
    à tout prix
    à toutes fins (utiles) de tout côté
    (de tous côtés)
    à tout propos
    à toutes jambes de toute part
    (de toutes parts)
    à toute allure de toutes pièces de toute sorte
    (de toutes sortes)
    à toute épreuve en tous genres en tout lieu
    (en tous lieux)
    à toute heure
    en tous sens
    en tout point
    (en tous points)
    à toute vitesse en toutes lettres  
    avant toute chose tous azimuts  
    contre toute attente tous feux éteints  
    de tout cœur (assurance) tous risques  
    de tout poil toutes catégories  
    (être au-dessus) de tout soupçon toutes choses égales  
    de tout temps
    toutes proportions gardées  
    de toute espèce toutes voiles dehors  
    de toute façon *
    une fois pour toutes  
    de toute manière *
    sous toutes réserves
     
    en tout cas *
       
    en tout temps    
    en toute circonstance    
    en toute franchise    
    en toute hâte
       
    en toute liberté    
    en toute occasion    
    tout à l'heure    
    tout compte fait    
    tout feu tout flamme    
    tout yeux tout oreilles    


    Comme vous pouvez le constater, l'accord de tout dans ces locutions (considérées pour certaines d'entre elles comme figées) n'est régi par aucune règle précise. Du reste, nos éminents grammairiens ne sont pas toujours d'accord entre eux. Ainsi (*) les locutions en tout cas, de toute façon et de toute manière, données au singulier par l'Académie, sont également employées au pluriel avec le même sens chez Grevisse (avec cette culture de la tolérance qu'on lui connaît) et sur le TLFi.

    Les trois formulations suivantes seraient donc correctes :

    De toute façon, il n'en fait qu'à sa tête (= quoi qu'il en soit, il n'en fait qu'à sa tête).

    De toutes les façons, il n'en fait qu'à sa tête.

    De toutes façons, il n'en fait qu'à sa tête (non reconnu par l'Académie).

    Séparateur de texte


    Remarque 1 : Une méthode d'accord consiste à déterminer si le sens est celui de « à tous les » (ou de tous les, en tous les... selon le cas) ou de « à n'importe quel » (de n'importe quel, en n'importe quel, etc.). Ainsi dira-t-on de préférence de tous bords, la locution signifiant ici « de tous les bords », plutôt que « de n’importe quel bord ». Mais cette astuce ne permet pas toujours de trancher...

    Remarque 2 : Voir également le billet Toutes catégories confondues.

    A tout prixA tout vent

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


             Ou "à tous vents"
             (ancien logo des éditions Larousse)

     

             Film de John Turteltaub

     


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  • Ceux qui croient que courir est un verbe sans problème – à l'exception de quelques subtilités de conjugaison (un seul r, sauf au futur et au conditionnel : je courrai, nous courrions) – pourraient bien courir aux devants de cruelles désillusions...

    Constatez par vous-même :

    Les trois cents mètres qu'il a couru l'ont épuisé.

    Le cent mètres et le deux cents mètres qu'il a courus sont les courses les plus rapides de sa carrière.

    En fait, dans le premier exemple, courir est un verbe intransitif (trois cents mètres n'est pas COD mais complément circonstanciel de mesure). Le participe passé est donc invariable.

    Dans le second exemple, courir est un verbe transitif, qui signifie « disputer une course, participer à une course ». Dans ce cas, l'accord du participe passé se fait avec le COD placé avant.

    Courir est également transitif dans le sens de « courir un risque ».

    Elle n'a aucune idée des risques qu'elle a courus.

     

    En résumé

    • Avec un complément répondant à la question combien de ?, courir est intransitif et son participe passé est invariable.

    Pendant l'heure qu'il a couru, les 10 km qu'il a couru.

    • Avec un complément répondant à la question quoi ?, courir est transitif et son participe passé s'accorde avec le COD placé avant.

    La course qu'il a courue, les risques qu'il a courus.

     

    Remarque : À la forme pronominale, le participe passé du verbe courir s'accorde avec le sujet.

    La course s'est courue à l'hippodrome de Vincennes.

     

    Courir

    Christophe Lemaître après sa victoire en Championnat du monde en 100 mètres, course qu'il a courue en moins de dix secondes.
    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Erik van Leeuwen)

     


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  • On se fait toute une montagne de l'accord de ces fichus verbes pronominaux (= verbes construits avec le pronom se) et pourtant l'exercice n'est pas si compliqué qu'on le croit. Enfin, presque...

    Pour la petite histoire, c'est au poète François de Malherbe (1555-1628), considéré comme l'un des réformateurs de la langue française, que l'on doit les subtilités de la règle d'accord des verbes pronominaux. Et notamment ce curieux paradoxe selon lequel les participes passés de ces verbes se conjuguant avec l'auxiliaire être ne s'accordent pas systématiquement avec le sujet (principe qui prévalait pourtant jusque-là... et qui simplifiait bien les choses).

    Tout dépend en fait de la fonction du pronom se : s'agit-il d'un complément d'objet direct (auquel cas se = soi), d'un complément d'objet indirect (auquel cas se = à soi, de soi) ou bien ne peut-il pas être analysé comme complément d'objet ?

    On l'aura compris, depuis Malherbe et son obsession pour la pureté de la langue française, l'accordeur de participe passé doit davantage porter son attention sur le complément que sur le sujet... au risque de s'emmêler les neurones. Il n'en demeure pas moins que, quel que soit l'auxiliaire employé, c'est le sens de la phrase qui détermine l'accord.

    Remarques liminaires

    • Afin de faciliter la compréhension de la règle d'accord des verbes pronominaux, nous vous invitons à lire au préalable l'article consacré à l'accord du participe passé en général.

    • Il est essentiel de bien comprendre que ce n'est pas parce que les verbes pronominaux se conjuguent avec l'auxiliaire être que leurs participes passés s'accordent systématiquement. Non ! La subtilité desdits verbes pronominaux réside notamment dans le fait que leurs participes passés s'accordent comme s'ils étaient employés avec l'auxiliaire avoir (*). La chasse au COD (s'il existe) sera donc effectuée en posant la question qui / quoi ? au verbe conjugué avec avoir.

    Elles se sont endormies (s'endormir est un verbe pronominal → on fait comme s'il était conjugué avec avoir → elles ont endormi qui ? se mis pour elles, COD placé avant le pp → accord avec le COD).

    (*) René-François Bescher justifie cette particularité par des considérations d'euphonie : « Le verbe pronominal présente un sujet qui agit sur lui-même, comme il agirait sur un objet étranger [...] Au lieu de prononcer il se a écarté de sa route, ce qui formerait un son dur, par le choc des voyelles, on dit il s'est écarté... [...] Ainsi, le participe passé dérivant d'un verbe pronominal est soumis aux règles du participe construit avec avoir. »

    • Par la suite, participe passé sera abrégé en pp, complément d'objet direct en COD et complément d'objet indirect en COI.

     

    Rappel de la règle

    Cas 1. Si le pronom se ne peut pas être analysé comme complément d'objet (direct ou indirect), l'accord du pp se fait en genre (masculin / féminin) et en nombre (singulier / pluriel) avec le sujet.

    Une exception : le pp de s'arroger, bien que toujours employé à la forme pronominale, relève du cas 2 : il s'accorde avec le COD selon que celui-ci est placé ou non avant.

    Les droits qu'elles se sont arrogés mais Ils se sont arrogé des droits.

    Cas 2. Si le pronom se peut être analysé comme complément d'objet (direct ou indirect), l'accord du pp se fait avec le COD selon que celui-ci le précède ou non (exactement comme s'il était employé avec l'auxiliaire avoir).

    Cas 3. Suivi d'un infinitif, le pp des verbes pronominaux suit la même règle  d'accord que celui du verbe simple (voir l'article Accord du participe passé) : employé avec l'auxiliaire avoir et suivi d'un infinitif, le pp s'accorde si le COD, étant placé avant le participe, fait l'action exprimée par l'infinitif.

    Ils se sont vus mourir (se, COD placé avant le pp, fait l'action de mourir → accord) mais Ils se sont vu condamner (se, COD placé avant le pp, ne fait pas l'action de condamner → pas d'accord).

    2 exceptions : les participes passés de se laisser et se faire, suivis d'un infinitif, sont rendus invariables (voir également l'article Accord du participe passé, § Participe passé suivi d'un infinitif, Remarque 1).

    Ils se sont laissé faire. Elle s'est fait couper les cheveux.

     

    FlècheCas 1 : le participe passé s'accorde avec le sujet


    Ce cas concerne :

    • les verbes essentiellement pronominaux (qui n'existent que sous la forme pronominale, comme s'absenter, s'écrier, s'enfuir, s'envoler, s'exclamer, s'ingénier, se repentir, se souvenir...).

    Ils se sont souvenus de moi.

    Les mésanges se sont envolées.

    Remarque : La locution s'en prendre à, où se et en ne sont pas analysables, se comporte comme un verbe essentiellement pronominal.

    Elle s'en est prise à sa famille (mais L'envie lui a pris de partir).

    • les verbes occasionnellement pronominaux (c'est-à-dire qui peuvent être employés à une autre forme que la seule forme pronominale) dont le sens change quand on les emploie à la forme pronominale (ces verbes sont encore appelés pronominaux non réfléchis, car l'action ne se reporte pas sur le sujet). Par exemple : s'apercevoir de, s'attaquer à, s'attendre à, se comporter, se douter de, se jouer de, se mettre à, se passer de, se plaindre de, se refuser à, se résoudre à, se saisir de, se taire...

    Elles se sont aperçues de leur erreur (s'apercevoir ne signifie pas ici « apercevoir soi-même » comme dans Elle s'est aperçue dans un miroir, mais « prendre conscience », ce qui est différent).

    Elle s'était attendue à sa remarque (s'attendre ne signifie pas ici « attendre soi-même » comme dans Elles se sont attendues au coin de la rue, mais « considérer comme probable »).

    Ils se sont échappés (s'échapper ne signifie pas « échapper soi-même » mais « s'enfuir »).

    Elle s'est mise à la musique (se mettre à signifie « commencer »).

    • les verbes pronominaux de sens passif (comme s'accompagner, s'acheter, se conduire, s'entendre, se jouer, s'ouvrir, s'utiliser, se vendre...).

      Dans ce cas, le sujet (généralement un inanimé) n'accomplit pas l'action et l'agent n'est le plus souvent pas exprimé.

    Les tomates se sont bien vendues aujourd'hui (= ont été bien vendues).

    La partie s'est jouée en deux manches (= a été jouée).

    La porte s'est ouverte, s'est fermée.

    Flèche

    Cas 2 : le participe passé s'accorde avec le COD (s'il existe)


    Ce cas concerne les verbes occasionnellement pronominaux qui conservent leur sens premier quand on les emploie à la forme pronominale. Par exemple : se laver (= laver soi-même), se parler (= parler à soi-même).

    Dans ce cas, la règle veut que le pp s'accorde avec le COD si ce dernier est placé avant. Il va de soi que les participes passés des verbes ne pouvant avoir de COD (cas de se parler, se plaire à, se rire de, se sourire, se succéder, se suffire, se téléphoner, s'en vouloir de, etc., pour lesquels l'infinitif du verbe en emploi non pronominal se construit avec une préposition) restent invariables.

    Elle s'est jetée sur lui (elle a jeté qui ? se mis pour elle, COD placé avant le pp → accord).

    Ils se sont lavé les mains (ils ont lavé quoi ? les mains, COD placé après le pp tandis que se est COI → pas d'accord).

    Ils se sont lavés à grande eau (ils ont lavé qui ? se mis pour ils, COD placé avant le pp → accord).

    Elle s'est refait une santé (elle a refait quoi ? une santé, COD placé après le pp tandis que se est COI → pas d'accord, même si la liaison entre refait et une peut prêter à confusion).

    Les postulants se sont succédé toute la matinée (ils ont succédé à qui ? à eux,  se est COI, il n'y a pas de COD → pas d'accord).

    Elle s'est plu à l'embêter (se plaire, comme se succéder, ne peut avoir de COD).

    Elle s'est remise de son voyage mais Elle s'est permis de le lui dire (et non Elle s'est permise).

    Elle s'en est voulu de son erreur.

    Elle s'est attiré les foudres de son patron (les foudres, COD placé après le pp).

    Flèche

    Cas 3 : participe passé suivi d'un infinitif


    Le cas 3, à l'analyse, n'est finalement qu'un corollaire du cas 2. En effet, la même règle (accord avec le COD s'il précède le pp) s'applique, à condition de s'assurer qu'il s'agit bien du COD du pp et non du COD de l'infinitif. Étant donné que le COD ne peut se rattacher au pp que s'il est aussi sujet de l'infinitif, cela revient à la règle énoncée plus haut, plus facile à appliquer. Reprenons nos exemples :

    Ils se sont vus mourir [= Ils ont vu eux-mêmes en train de mourir (sens actif) → se est COD du pp vu et placé avant → accord].

    Ils se sont vu condamner [= Ils ont vu (quelqu'un) les condamner (sens passif) → se est COD de condamner, pas du pp → pas d'accord].

    Elle s'est entendue dire merci à son ami (c'est elle qui dit merci) mais Elle s'est entendu dire merci (quelqu'un de son entourage lui dit merci).

    Remarque : Lorsqu'une préposition (à ou de) est intercalée entre le pp et l'infinitif, l'accord se fait selon la règle générale.

    Elle s'est contentée de le saluer.

    Séparateur de texte

    Subtilités

    Un même verbe pronominal peut se prêter à plusieurs analyses, selon la construction et le sens (et donc dépendre du cas 1 ou du cas 2). Les subtilités d'accord – si souvent dénoncées par Grevisse et Hanse, partisans de l'accord du pp de tous les verbes conjugués avec l'auxiliaire être (qu'ils soient pronominaux ou non) – qui s'en ensuivent ont pourtant le mérite de préciser la pensée de celui qui s'exprime : Elle s'est servi des légumes (au cours du repas) ne signifie pas la même chose que Elle s'est servie des légumes (pour faire une soupe), par exemple ! Sans elles, cette distinction ne serait plus possible...

    Ils se sont adressés au concierge (ils ont adressé qui ? eux, se est COD placé avant le pp → accord) mais Ils se sont adressé des injures (ils ont adressé quoi ? des injures, COD placé après le pp tandis que se est COI → pas d'accord).

    Elle s'est cogné la tête (elle a cogné quoi ? la tête, COD placé après le pp tandis que se est COI → pas d'accord) mais Elle s'est cognée à la tête (elle a cogné qui ? elle, où ? à la tête, se est COD placé avant le pp → accord).

    Ils se sont cognés (ils ont cogné eux-mêmes) mais Ils se sont cogné dessus (ils ont cogné l'un sur l'autre).

    Elles se sont rendues à Paris. Elle s'est rendue maître de la situation mais Elles se sont rendu compte de leur erreur (elles ont rendu compte à elles, se est COI et compte COD placé après le pp → pas d'accord).

    Elle s'est souvenue avoir pleuré (se souvenir est un verbe essentiellement pronominal → accord) mais Elle s'est rappelé avoir pleuré (se est COI, avoir pleuré est COD placé après le pp → pas d'accord) et Elle s'est rappelée à son bon souvenir (se est COD placé avant le pp → accord).

    Elle s'est autorisée à l'inviter mais Elle s'est autorisé une pause.

    Elle s'est proposé de lui parler (se proposer = se fixer comme but) mais Elle s'est proposée (se proposer = se mettre en avant) pour ce poste.

    Elle s'est permis de lui parler mais Cette pause, elle se l'est permise.

    Elle s'est promis de le lui dire mais Cette chose qu'elle s'est promise.

    Elle s'est imaginé qu'il viendrait (s'imaginer est à prendre ici au sens de « croire » : Elle a imaginé en elle-même quoi ? qu'il viendrait ; se est donc COI → pas d'accord) mais Elle s'est imaginée dans cette situation (s'imaginer est à prendre ici au sens de « se voir, se représenter » : Elle a imaginé qui ? se mis pour elle → accord) et L'histoire qu'elles se sont imaginée (que mis pour histoire est COD, placé avant le pp → accord avec histoire).

    Elle s'est dit qu'elle aimerait partir en voyage (se dire signifie ici « dire à soi-même » et relève du cas 2, se = à soi est COI → pas d'accord) mais Elle s'est dite satisfaite de son voyage (ici, se dire signifie « se déclarer » : elle a dit qu'elle était satisfaite → se ne peut être analysé comme complément d'objet → accord avec le sujet) et Bien des choses se sont dites lors de cette réunion (ici, se dire est employé au sens passif et relève du cas 1 → accord).

    Elle s'est servi du café au petit déjeuner (se servir est ici un verbe occasionnellement pronominal à sens réfléchi : elle a servi quoi ? du café, à qui ? à se mis pour elle → pas d'accord) mais Elle s'est servie de sa clef pour fermer la porte (se servir est là un verbe pronominal non réfléchi avec le sens de « utiliser » et non de « servir à soi-même » → accord).

    Ils se sont assurés contre le vol (s'assurer signifie ici « se prémunir, se protéger », se est COD), Elle s'est assurée que la porte était fermée (s'assurer signifie « se rendre certain ») mais Elle s'est assuré le soutien de sa famille (s'assurer signifie « se procurer » ; se est ici COI).

    Elle s'est mise en danger (elle a mis elle-même en danger) mais Elle s'est mis cette idée en tête (elle a mis cette idée dans la tête d'elle-même).

    Ils se sont réparti les bénéfices mais Les bénéfices qu'ils se sont répartis.

    Elles se sont disputées avec leurs amis (se disputer = se chamailler) mais Elles se sont disputé sa place (se disputer = chercher à obtenir).

    Remarque 1 : Si le pp du verbe faire est invariable devant un infinitif, il s'accorde naturellement devant un adjectif ou un nom, sauf dans quelques expressions figées à connaître (voir Se faire fort de).

    Elle s'est faite belle. Ils se sont faits moines ou soldats. Elles se sont faites à cette idée mais Elle s'est fait mal. Elle s'est fait fort de le convaincre. Elle s'est fait avoir.

    Les spécialistes sont partagés sur le cas de se faire l'écho de : Ils se sont fait l'écho de cette rumeur (invariabilité selon Girodet, Thomas et Larousse) mais Ils se sont faits l'écho de cette rumeur (accord selon Hanse, Grevisse et Georgin : Ils ont fait eux-mêmes l'écho, où écho est attribut du COD se).

    Remarque 2 : Dans s'en prendre à (= s'attaquer à, incriminer), les pronoms se et en ne sont pas analysables. C'est pourquoi cette locution est assimilée à un verbe essentiellement pronominal, dont le pp s'accorde.

    Elle s'en est prise aux membres de sa famille.

    Remarque 3 : Quand le pp est suivi d'un autre pp, on considère d'ordinaire que ce dernier est attribut du COD s' avec lequel il s'accorde : Elle s'est crue abandonnée. Mais l'invariabilité − autrefois préconisée, comme on l'a vu dans cette rubrique (§ Participe passé suivi d'un attribut du COD) − se rencontre encore à l'occasion : « Ces sangs qui s'étaient cru adversaires » (Malraux).

    Malherbe

    Accord participe passé verbes pronominaux

    Statue de Malherbe sur une façade du                                                              Éditions Universal Pictures
    Musée du Louvre (photo Wikipédia by Rundvald)

     


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