• Faut-il accorder haut avec barre dans placer (ou mettre) la barre haut ? Voilà une question qui semble en soucier plus d'un.

    Flèche

    Haut adverbe


    L'analyse est la suivante : dans cette expression figurée, qui signifie que le niveau requis pour accéder à telle qualification ou pour relever tel défi est élevé (par référence à l'athlétisme), haut se rapporte au verbe placer (ou mettre), dont il précise le sens ; on pourrait dire « placer la barre en haut ». Haut est donc adverbe (et non adjectif) et reste invariable.

    Je n'ai pas été reçu à mon examen, la barre était placée trop haut (et non trop haute).

    Flèche

    Haut adjectif


    On écrira toutefois : Lors de cet examen, lors de cet entretien de recrutement (comme lors de cette épreuve de saut), la barre était (très, trop, pas assez, suffisamment) haute.

    Haut qualifie ici le nom barre : il est adjectif − avec le sens particulier de « (qui est) au-dessus d'un certain niveau ou d'un certain degré de référence, dans une position élevée », d'où « difficilement accessible » (1), au propre comme au figuré − et s'accorde donc en genre et en nombre avec barre.


    (*) Ne lit-on pas à l'entrée « inaccessible » de la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie : « Une étagère trop haute, inaccessible » ? Haute, dans cet emploi, ne précise pas la dimension de l'étagère, dans le sens de la hauteur, mais bien sa position.

     Séparateur de texte

    Remarque 1
    : Haut se trouve en tant qu'adverbe dans diverses expressions : reprendre un ton (une octave) plus haut, des personnes haut placées ou haut perchées, haut les mains, haut les cœurs, etc. Il est adjectif dans des personnes hautes en couleur, des chaînes haute fidélité, des hauts lieux, etc. Voir également le rappel de la règle d'accord des adjectifs employés comme adverbe.

    Remarque 2 : Haut de gamme (sans trait d'union) est invariable comme nom ou comme adjectif : Des produits haut de gamme.

    Remarque 3 : Voir également ce billet.

     

    Placer la barre haut

    Une barre placée vraiment très haut !
    (photo Wikipédia sous licence GFDL by Hunter Peress)

     


    6 commentaires
  • Attestée (sous sa graphie avec trait d'union) depuis le début du XVIIe siècle (1) au sens premier de « qui se dit lui-même », la locution adjective soi-disant est composée du pronom personnel réfléchi soi (complément d'objet direct mis pour se selon un usage ancien) et du participe présent disant. Aussi se gardera-t-on de mettre un t à la fin de soi et de faire varier disant en genre ou en nombre (comme ce fut le cas dans la syntaxe du moyen âge).

    Un tel, soi-disant héritier, etc. (= qui se déclare tel).

    Une soi-disant cousine éloignée. Des soi-disant experts.

    En toute logique, soi-disant ne devrait s'appliquer qu'aux êtres doués de la parole (capables de se dire) et aux qualités qu'ils s'attribuent eux-mêmes. Force est pourtant de constater que plus d'un bon auteur l'emploie sans ciller à propos de choses et même de défauts, là où les défenseurs de la tradition (Littré, l'Académie [depuis 1965 (2)], Martinon [3], Thomas, Girodet, pour ne citer qu'eux) exigent prétendu, présumé, supposé...

    « Le soi-disant château du Seigneur » (Maximilien Misson, 1702).

    « Dans le soi-disant état de simple nature » (Diderot, 1773).

    « Un soi-disant contre-poison » (Hugo, 1833).

    « La belle et soi-disant infâme Mme de Vaubadon » (Barbey d'Aurevilly, 1851 ; « Une femme qui se dit elle-même infâme ! » ironise Thomas).

    « Le procès de Dimitrov et des autres soi-disant incendiaires du Reichstag » (André Malraux, 1967 ; « On se doute bien que ce ne sont pas les inculpés qui se disaient incendiaires », note Jean-Paul Colin).

    « La soi-disant algue » (Erik Orsenna, 2009).

    C'est qu'un glissement sémantique s'est produit au cours du XVIIe siècle (4) : le sens réfléchi originel (« qui se dit, se déclare, se proclame ») s'est chargé d'une valeur modalisatrice (« qui se dit à tort, qui se prétend », le locuteur exprimant une réserve sur l'information rapportée) et a été réinterprété avec un sens passif (« qui est dit à tort, prétendu »). Comparez :

    Un soi-disant assassin = (sens réfléchi neutre) un individu qui déclare être un assassin, qui revendique un crime ; (sens réfléchi modalisateur) un innocent qui, pour des raisons qui n'appartiennent qu'à lui, s'accuse d'un crime qu'il n'a pas commis ; (sens critiqué) un individu qui est présenté à tort comme étant un assassin.

    Une soi-disant migraine = (emploi critiqué) ce qui passe pour une migraine, mais qui n'en est pas vraiment une.

    Ce glissement de sens a, en outre, ouvert la voie à un changement de catégorie grammaticale − soi-disant, traditionnellement suivi d'un adjectif ou d'un nom analysable comme attribut du complément d'objet soi, ayant pu être compris devant l'adjectif (le participe ou le syntagme prépositionnel) comme un adverbe équivalant à prétendument, censément, à ce qu'on dit : « Ce livre soi-disant nouveau » (Nouveau Catechisme sur les affaires presentes des Jésuites, 1762), « D'autres animaux soi-disant du cap de Bonne espérance » (Philippe Guéneau de Montbeillard, 1775), « Ces sectes soi-disant universelles » (Volney, 1791), et de là, en emploi absolu : « Une quantité de gardes, que soi-disant on avoit fait monter pour lui » (Louis-Marie Prudhomme, 1789), « La guerre qu'on fit déclarer, soi-disant pour achever la Révolution » (Camille Desmoulins, 1793), « Je sais fort bien que sur moi l'on babille, Que soi-disant J'ai le ton trop plaisant » (Pierre-Jean de Béranger, 1812 [5]), « Elle écrit tambourg par un g, soi-disant parce que sa plume crache » (Balzac, 1841).

    En résumé

    Cela fait belle lurette que l'usage courant ainsi que celui de très nombreux écrivains ont cessé d'analyser les éléments constitutifs de soi-disant − forme archaïque du participe présent de se dire − pour les prendre en bloc au sens de « prétendu » ou de « prétendument ». Aussi ne peut-on plus considérer comme « une grosse faute » (selon la formule de Littré) l'application de soi-disant à une chose (voire à une personne qui ne prend pas le jugement à son compte).
    Cela dit, il est toujours possible, dans la langue surveillée, de réserver l'usage de l'adjectif invariable soi-disant aux humains et à leurs qualités, et de recourir de préférence à l'adjectif variable prétendu et à l'adverbe prétendument dans tous les autres cas.

     

    (1) En moyen français, soy disant est un groupe syntaxique libre et variable, qui se rencontre surtout dans la langue méticuleuse du droit : « Thomasset Brouart, soy disant nostre sergent » (Recueil des documents concernant le Poitou, 1377), « Lequel Guillaume, disant lui estre remenbrant des extorcions » (Registre criminel du Châtelet, vers 1390), « Des moinnes [...], soy disans escoliers à Paris » (Nicolas de Baye, avant 1410), « [Jehan Jouvenel et Gilet de Ressons], eulx disans et portans amis et affins de messire Jehan de Noyers » (Testaments enregistrés au Parlement de Paris, 1415). Il faut attendre le début du XVIIe siècle, semble-t-il, pour voir la construction se figer autour d'un trait d'union : « [Jesus-Christ] soy-disant fils de l'homme, né de la vierge Marie » (Guillaume de Requieu, 1602), « Un nommé Gangnon Flandrin, soy-disant messager de Tholoze » (Traictez des droicts et libertez de l'Eglise gallicane, 1609).
    Il convient, soit dit en passant, de ne pas se fier aveuglément aux attestations données par les ouvrages de référence, les éditions citées ajoutant souvent un trait d'union là où l'édition originale n'en comporte pas. Ainsi lit-on dans le TLFi : « 1735-36. Marivaux, Paysan parvenu dans Romans, éd. M. Arland, p. 611 : Tels étaient les agréments, soi-disant innocents de cet ecclésiastique », en lieu et place de : « Tels étoient les agrémens, soit dit innocens, de cet ecclésiastique » (édition de 1734). Goosse ne croit pas davantage aux graphies soy-dis(s)ant prétendument attestées dans le Registre criminel du Châtelet (vers 1390) ou chez Georges Chastellain (vers 1470) : « Ce n'est pas au XVe siècle (comme le dit plus d'un dictionnaire) que naît notre locution, mais au XVIIe siècle quand il ne reste plus qu'un soi-disant cristallisé » (Les Avatars d'une relique, 1989).

    (2) En 1935, on pouvait encore lire à l'article « empirique » de la huitième édition de son Dictionnaire : « Qui s'appuie sur une soi-disant expérience. »

    (3) « Soi-disant renvoie mal aux choses, qui ne parlent pas ; et sans doute on dit bien en français qu'une chose se dit, au sens de est dite, mais non pas qu'elle se dit service, de sorte qu'un soi-disant service est fort discutable, et puisqu'on dispose en pareil cas de prétendu, le meilleur est de s'en tenir à ce mot » (Comment on parle en français, 1927). Cela n'a pas empêché notre grammairien d'écrire quelques pages plus haut : « On dit fort élégamment [...] je vous envoie des pêches de Montreuil ou soi-disant telles. »

    (4) Disons entre 1632 (« Soy disant pour se disant », Antoine Oudin, Grammaire françoise) et 1680 (« Ces sorcières ou soi-disantes », Mme de Sévigné).

    (5) Goosse note que cet exemple, cité sans réserve par Littré, rompt pourtant avec la valeur primitive, soi désignant ici tout autre chose que le sujet de la proposition (à savoir eux, les autres).

    Séparateur


    Remarque 1
     : Plusieurs spécialistes (les Le Bidois, Hanse) supposent que les premières attestations de soi-disant appliqué à un substantif ne désignant pas un humain ont dû concerner des choses que l'on pouvait présenter comme personnifiées : une amitié soi-disant inaltérable, une théorie soi-disant irréfutable... Cette thèse, séduisante, n'est pas confirmée par les faits.

    Remarque 2 : La construction soi-disant que, substituée à parce que, sous le prétexte que, relève du langage familier.

    Remarque 3 : Dans les expressions soit dit en passant et soit dit entre nous, soit (avec un t final) correspond à l'auxiliaire être conjugué au subjonctif (= que cela soit dit...) : Soit dit en passant, je ne l'apprécie pas beaucoup.


    Soi-disant
    Mieux vaut passer son chemin...

     


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  • Après les locutions un(e) des (ou un(e) de ces) + substantif au pluriel + qui (et autres expressions similaires), le verbe peut se mettre au singulier ou au pluriel selon que l'on insiste sur l'idée d'individualité (un peut alors être remplacé par celui) ou de pluralité. Il est à noter que l'usage privilégie (abusivement) le pluriel (*), alors que c'est le sens qui doit régir l'accord, comme le confirment dans une belle unanimité Bescherelle, Girodet, Hanse et Thomas.

    C'est un de ces écrivains qui sont à la mode (un parmi d'autres) mais C'est un des écrivains qui mérite la meilleure récompense (= c'est celui [des écrivains] qui mérite la meilleure récompense).

    Encore une de ces réunions qui n'en finissent pas.

    C'est une des raisons pour lesquelles je l'apprécie.


    On peut distinguer trois cas principaux :

    • l'action porte sur l'ensemble du groupe → accord au pluriel
      Voici un des livres que j'ai achetés ce matin.
    • l'action porte sur un élément particulier du groupe → accord au singulier

    Elle ne remarqua que l'un d'entre eux, qui se tenait debout (un seul se tenait debout ; à noter : la virgule, qui montre que le pronom relatif qui n'est pas en rapport avec eux mais avec l'un d'entre eux).

    Il répondit à un des examinateurs, qui l'interrogeait (= il répondit à celui des examinateurs qui l'interrogeait) mais Il répondit à un des examinateurs qui l'interrogeaient (on insiste sur le fait que l'ensemble des examinateurs l'interroge).

    • l'action est introduite par la tournure un de ceux (une de celles) → accord au pluriel
      C'est (l')un de ceux que j'ai hébergés.
      « Aucun de ceux qui l'approchèrent ne mirent en doute son sens aigu du réel » (Bernanos).

    (*) À l'article « plus » de la huitième édition (1935) de son Dictionnaire, l'Académie donnait l'exemple suivant : « L'astronomie est une des sciences qui fait le plus ou qui font le plus d'honneur à l'esprit humain », avec la mention : « le dernier est plus usité ».

     Séparateur de texte

    Remarque 1 : On notera que, si le choix d'intention est permis concernant l'accord du verbe, il n'en est pas de même avec les éventuels adjectifs, qui continuent de s'accorder avec le nom qualifié.

    C'est un des personnages principaux (et non un des personnages principal).

    Voir également ce billet.

    Remarque 2 : On est fondé à se demander si l'accord au pluriel n'est pas requis après un des suivi d'un adjectif : C'est l'une des plus belles soirées que j'aie passées. En effet, l'accord au singulier signifierait : « C'est celle des plus belles soirées que j'aie passée », ce qui n'aurait guère de sens. Autant écrire : C'est la plus belle soirée que j'aie passée, si l'on tient à mettre en avant cette soirée en particulier.

    Remarque 3 : Avec la tournure familière un(e) de ces à valeur exclamative, il y a hésitation sur le nombre du nom qui suit.
    Selon Hanse, « il est normal et à conseiller, nettement, de mettre le nom au pluriel », adjectif démonstratif ces oblige.

    J'ai une de ces faims ! Tu m'as fait une de ces peurs !

    J'ai un de ces maux de tête !

    Toutefois, observe l'Office québécois de la langue française, « lorsque [ledit] nom se termine en -al ou en -ail, on le laisse généralement au singulier, surtout pour des raisons d'euphonie ». Michèle Lenoble-Pinson rectifie : « Dans la langue parlée, [le nom qui suit] s'écrit abusivement au singulier chaque fois que la forme plurielle s'entendrait différente de celle du singulier. » De ces perd alors son sens partitif pour prendre la valeur d'une épithète emphatique.

    J'ai un de ces mal de tête [= un affreux mal de tête] !

    J'ai un de ces travail [= un travail énorme] !

    Selon d'autres spécialistes encore, c'est le singulier qui devrait être la norme − du moins avec « un nom abstrait non caractérisé », précise Cécile Narjoux dans Le Grevisse de l'étudiant −, dans la mesure où le tour un(e) de ces n'a plus un sens partitif mais intensif (l'évaluation portant sur une qualité et non sur une quantité) : il s'agit, en effet, de souligner − avec une nuance laudative ou, plus souvent, dépréciative − le caractère exceptionnel, unique, et donc singulier du nom qui suit.

    Il fait un de ces froid ! (selon Cécile Narjoux), mais Il fait un de ces froids que l'on trouve en Sibérie (le nom froid est ici caractérisé par une relative).

    J'ai un de ces mal de tête ! Il a fait un de ces travail ! (valeur intensive) mais Un de ces maux de notre époque, un de ces remarquables travaux de restauration (valeur partitive).

    Tentons une synthèse : après le tour exclamatif un(e) de ces, qui exprime bel et bien l'idée du singulier, le pluriel généralement observé est dû au voisinage de ces ; c'est un pluriel graphique, que la langue tend à rejeter dès qu'il deviendrait audible.

     

    Un de ces

    Un de ces livres qui font polémique.
    (Stéphane Hessel, Éditions Indigène)

     


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  • Tordons tout de suite le cou à une idée fausse : non, ce n'est pas parce qu'une expression est négative qu'elle doit forcément être au singulier ! La négation peut tout à fait porter sur la pluralité.

    Pas de et sans peuvent donc être suivis aussi bien du singulier que du pluriel, selon que le nom auquel ils réfèrent suggère logiquement l'idée d'unicité ou de pluralité. Une fois de plus, c'est le sens qui commande.

    Astuce

    En général, le nom garde le nombre qu'il aurait dans la tournure positive correspondante → il suffit donc le plus souvent, pour se décider, de remplacer sans par avec et il n'y a pas de par il y a.

    Un couteau sans manche (un couteau ne peut en avoir qu'un) mais Un gilet sans manches (un gilet avec des manches → pluriel).

    Un devoir sans fautes (plus fréquemment que sans faute) mais Je viendrai demain sans faute (= assurément).

    Un homme sans parole mais Une histoire sans paroles.

    Un débat sans éclat (= terne, ennuyeux) mais Un débat sans éclats (= sans prises de bec).

    Une personne sans intérêt (= pas digne d'intérêt) mais Un crédit sans intérêt ou sans intérêts (= qui ne rapporte pas d'intérêt[s]).

    Être sans emploi (on ne peut généralement en avoir qu'un).

    Je n'ai pas d'argent (j'ai de l'argent → singulier).

    Il n'y a pas de cheminée dans ce salon mais Il n'y a pas de meubles dans ce salon.

    Il n'y a pas de danger que...

    Sans autre formalité mais Sans plus de formalités.

    Souvent, le sens (ainsi que le... sans) peut offrir le choix :

    Je n'ai pas de problème(s) (selon que l'on privilégie le fait qu'il puisse y en avoir un ou plusieurs). Mais c'est le singulier qui s'impose quand (il n'y a ) pas de problème s'entend au sens figuré de « c'est facile » ou « certainement ».

    On l'a traité sans ménagement(s).

    L'Académie précise cependant que, « dès lors que ce dont on parle peut suggérer l’idée de pluralité, c’est le pluriel qui est le plus fréquent ».

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : On notera que les noms abstraits ainsi que la plupart des locutions s'écrivent généralement au singulier : sans arrêt, sans bruit, sans commentaire, sans condition, sans conséquence, sans délai, sans difficulté, sans doute, sans écho, sans effort, sans encombre, sans espoir, sans exception, sans fard, sans gêne, sans hâte, sans incident, sans merci, sans peine, sans pitié, sans précaution, sans raison, sans regret, sans réserve, sans ressource, sans retour, sans souci, sans scrupule, etc. Mais on écrit de préférence : sans bornes, sans limites et sans façons (parfois sans façon).

    Le cas de sans histoire(s) est plus hésitant : dans le sens de « sans rien de marquant ni de fâcheux », Robert préconise la graphie au singulier, l'Académie, celle au pluriel (Un voyage sans histoires. Mener une vie sans histoires) ; d'autres voient dans le singulier le sens de « sans passé ».

    Le pluriel est évidemment de rigueur avec les noms qui n'ont pas de singulier : sans frais, sans ambages, etc.

    Remarque 2 : D'ordinaire, la locution sans pareil varie, tout comme sans égal (sauf au masculin pluriel, selon la plupart des spécialistes). Mais l'invariabilité est également admise.

    Des exploits sans pareils mais Des exploits sans égal (et non sans égaux).
    Une honnêteté sans pareille. Une honnêteté sans égale.

    Remarque 3 : On notera le pluriel du substantif sans-abri (des sans-abri selon la règle classique ou des sans-abris selon les Rectifications orthographiques de 1990), qui tend à remplacer dans le langage courant le terme de sans-logis pour désigner une personne n'ayant pas ou plus de logement.

    Remarque 4 : On écrit sens dessus dessous (et non sans dessus dessous, n'en déplaise à Rika Zaraï !)

    Remarque 5 : Goosse laisse le choix de l'accord dans les tours ne (pas) avoir, ne (pas) laisser d'autre choix : « Autres ou autre », écrit-il dans La Force de l'orthographe (2003). Force est toutefois de constater que c'est la graphie au singulier qui tend à l'emporter dans l'usage, quel que soit le nombre d'options envisagées : « N'ayant plus d'autre choix » (Victor Hugo), « Nous n'avions d'autre choix que les deux bistrots, le banc du jardinet [...] ou notre chambre » (Vercors), « [Il] n'eut d’autre choix que de démissionner » (Amin Maalouf), « Ils ne lui ont pas vraiment laissé d’autre choix que d'être studieux et de ramener de bons bulletins » (Alain Finkielkraut), « Il n'y a pas d'autre choix qu'accepter ou refuser » (Larousse).

     

    Sans

     


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  • On sait que tout peut être :

    • adjectif, auquel cas il s'accorde,

    • nom ou pronom, auxquels cas il varie en nombre et en genre,

    • ou encore adverbe, auquel cas il a le sens de « entièrement, complètement, tout à fait » et est invariable sauf quand il est placé devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré (voir le rappel de la règle d'accord de tout).

    À toute heure (mais À tout à l'heure).

    Toutes les femmes.

    Ils sont tout contents (tout à fait contents) mais Elles sont toutes contentes.

     

    Concernant la variabilité des locutions et expressions formées avec tout, l'usage est d'autant plus flottant que « le singulier distributif et le pluriel collectif (ne sont) que des façons différentes de décrire la même chose » (Grevisse, Le Bon Usage). Voici cependant un récapitulatif des choix opérés par l'Académie dans son Dictionnaire, où le singulier tend à prévaloir.

    SingulierPlurielSingulier ou Pluriel
    à tout bout de champ à tous crins
     à tout coup
    (à tous coups)
    à tout hasard
    à tous égards à tout moment
    (à tous moments)
    à tout prix
    à toutes fins (utiles) de tout côté
    (de tous côtés)
    à tout propos
    à toutes jambes de toute part
    (de toutes parts)
    à toute allure de toutes pièces de toute sorte
    (de toutes sortes)
    à toute épreuve en tous genres en tout lieu
    (en tous lieux)
    à toute heure
    en tous sens
    en tout point
    (en tous points)
    à toute vitesse en toutes lettres  
    avant toute chose tous azimuts  
    contre toute attente tous feux éteints  
    de tout cœur (assurance) tous risques  
    de tout poil toutes catégories  
    (être au-dessus) de tout soupçon toutes choses égales  
    de tout temps
    toutes proportions gardées  
    de toute espèce toutes voiles dehors  
    de toute façon *
    une fois pour toutes  
    de toute manière *
    sous toutes réserves
     
    en tout cas *
       
    en tout temps    
    en toute circonstance    
    en toute franchise    
    en toute hâte
       
    en toute liberté    
    en toute occasion    
    tout à l'heure    
    tout compte fait    
    tout feu tout flamme    
    tout yeux tout oreilles    


    Comme vous pouvez le constater, l'accord de tout dans ces locutions (considérées pour certaines d'entre elles comme figées) n'est régi par aucune règle précise. Du reste, nos éminents grammairiens ne sont pas toujours d'accord entre eux. Ainsi (*) les locutions en tout cas, de toute façon et de toute manière, données au singulier par l'Académie, sont également employées au pluriel avec le même sens chez Grevisse (avec cette culture de la tolérance qu'on lui connaît) et sur le TLFi.

    Les trois formulations suivantes seraient donc correctes :

    De toute façon, il n'en fait qu'à sa tête (= quoi qu'il en soit, il n'en fait qu'à sa tête).

    De toutes les façons, il n'en fait qu'à sa tête.

    De toutes façons, il n'en fait qu'à sa tête (non reconnu par l'Académie).

    Séparateur de texte


    Remarque 1 : Une méthode d'accord consiste à déterminer si le sens est celui de « à tous les » (ou de tous les, en tous les... selon le cas) ou de « à n'importe quel » (de n'importe quel, en n'importe quel, etc.). Ainsi dira-t-on de préférence de tous bords, la locution signifiant ici « de tous les bords », plutôt que « de n’importe quel bord ». Mais cette astuce ne permet pas toujours de trancher...

    Remarque 2 : Voir également le billet Toutes catégories confondues.

    A tout prixA tout vent

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


             Ou "à tous vents"
             (ancien logo des éditions Larousse)

     

             Film de John Turteltaub

     


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