• Vu ou entendu


    Les professionnels dont la langue est l'outil de travail (écrivains, journalistes, correcteurs, présentateurs, chroniqueurs, hommes politiques, publicitaires, enseignants, etc.) sont, de fait, plus exposés que d'autres aux dérapages en tous genres.

    Nul n'étant à l'abri d'une défaillance, voici quelques coquilles et formules malheureuses relevées dans les médias et décortiquées dans ces colonnes, dans l'espoir (naïf ?) qu'un tel exercice de recension puisse aider à la maîtrise des subtilités du français.

  • « Si elle avait eu une voix, elle se serait écrié : Tire-moi dessus ! »
    (William Olivier Desmond, traduisant le roman de Stephen King Cœurs perdus en Atlantide, paru chez Albin Michel)  

     

     

    FlècheCe que j'en pense

    À en croire les spécialistes de la langue, le participe passé du verbe s'écrier s'accorde toujours avec son sujet : « Ils se sont écriés qu'on les trompait » (Hanse), « Elles se sont écriées » (Girodet), « Elles se sont écriées que... » (Bescherelle), « Elles se sont écriées : "Jamais !" » (Josette Rey-Debove), « Plusieurs journalistes se sont écriés avec indignation dans leur quotidien » (Robert), « Ils se sont écriés : Tant mieux ! » (Larousse). La raison en est fort simple : s'écrier, lit-on à l'article « pronominal » de la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie, est un verbe essentiellement pronominal, c'est-à-dire qu'il n'existe « que sous cette forme à la différence des verbes pronominaux formés à partir de verbes transitifs ».

    À y regarder de près, l'affaire est plus complexe qu'il n'y paraît. D'abord, parce que l'argument avancé est historiquement faux. N'en déplaise aux académiciens (et à la plupart des grammairiens), s'écrier n'est pas à proprement parler un verbe essentiellement pronominal, mais plutôt un verbe qui est devenu uniquement pronominal. C'est qu'il ne faudrait pas oublier (comme le fait pourtant le Dictionnaire historique de la langue française) que le bougre existait également sous une forme simple en ancien français : le verbe escrider, apparu au Xe siècle, puis escrier, lequel a longtemps admis diverses constructions non pronominales. À côté de celles propres au discours rapporté li escrie que (+ discours indirect lié) et li escrie (+ discours direct), attestées au XIIe siècle chez Chrétien de Troye, on relève notamment des emplois transitifs, au sens de « prononcer en criant ; proclamer » (avec pour objet direct la chose criée) et de « appeler à grands cris ; informer, avertir ; décrier » (avec pour objet direct la personne visée) : « Franceis [il] escri(d)et, Oliver [il] apelat » (Chanson de Roland, 1080), « Escri(d)ent l'enseigne [= cri de reconnaissance], escri(d)ent un sermon [= discours] » (Ibid.), « Et chascun escrioit son non » (Marie de France, XIIe siècle), « Puis [il] escrie sa gent » (Jean Bodel, XIIe siècle), « Adont li escria un mot plain de plaisance » (Florence de Rome, XIIIe siècle), « Il li escrie trois mos per reprover » (Les Enfances Guillaume, XIIIe siècle), « Quand il les vit, il les escria » (Jean de Joinville, XIIIe siècle), et encore au XVe et au XVIe siècle : « Chascun sire escria son cri » (Jean Froissart, avant 1410), « Mesmement fut tant la chose escriée que [...] » (Les Cent nouvelles nouvelles, vers 1460), « Il escrie sez ennemis : "A mort, a mort !" » (Le Livre d'Alixandre, XVe siècle), « Le survenant par tels mots il escrie » (Joachim du Bellay, 1552), « Ha ha, madame de Pimprenelle (ce m'escria ceste furieuse et arrogante deesse de ce monde) » (Calvy de La Fontaine, 1556), « Escrier ces mots en effect et substance » (Jean de Visch, 1567), « L'occasion est-elle juste de escrier son nom et sa puissance [de Dieu] ? » (Montaigne, 1580), « Que peut elle dire et escrier autre chose, sinon qu'elle ne soit aymee ? » (Gabriel Chappuys, 1587). Rien que de très logique, au demeurant, dans la mesure où escrier, écrier n'est autre que crier auquel a été ajouté le préfixe es-, é- (latin ex-), qui marque « la sortie, ici l’explosion du cri » (selon la revue pédagogique L'Abeille, 1857), « l'idée d'altération de l'état physique ou émotionnel » (selon Michel Aunargue et Marc Plénat, dans leurs Carnets de grammaire, 2007).

    Ensuite, parce que son corollaire « Dans s'écrier, le pronom réfléchi n'est ni objet direct ni objet indirect ; il n'a pas de fonction grammaticale et ne peut s'analyser » ne va pas de soi. Si l'on a pu dire jadis écrier quelque chose à quelqu'un, avec le sens de « dire d'une voix forte (subitement et sous le coup d'une émotion) quelque chose à quelqu'un », n'est-on pas fondé à admettre aujourd'hui s'écrier quelque chose, avec se mis pour « à soi-même, pour soi-même » ? C'est ce qu'affirment, contre l'avis général, Jacques Damourette et Édouard Pichon dans Des Mots à la pensée (1936) : « L'histoire, on le voit, confirme que s'écrier est un réfléchi assomptival [comprenez : le pronom se y a valeur de complément d'objet indirect] et que l'on n'a commencé à écrire "Louise s'est écriée", "Louise et Charles se sont écriés", etc., qu'au moment où l'on a perdu la compréhension nette de la construction. [...] Et même, on pourrait, semble-t-il, très bien dire : "Je ne sais pas ce qu'il a dit, mais il s'est écrié quelque chose." » Les arguments contraires ne manquent pourtant pas : qui ne verrait que l'association de l'objet indirect « à soi-même, pour soi-même » avec un verbe de parole indiquant une voix forte et tournée vers autrui est contre nature (1) ? et comment expliquer l'apparition (au XVIe siècle) de la construction s'écrier à quelqu'un (2) ? Pour Anna Granville Hatcher (The rise and fall of s'écrier in French, 1940), le pronom se fait bien plutôt office d'objet direct : selon cette linguiste américaine, s'écrier signifiait proprement, à l'origine, « écrier soi-même » au sens de « écrier sa propre voix », l'accent étant mis non pas sur la personne interpellée ni sur les paroles rapportées mais sur l'acte vocal lui-même, sur le fait de pousser des cris. Elle n'en veut pour preuve que l'ancienne construction avoir sa voiz escriée (3) qui serait, toujours selon elle, la racine « conceptuelle » du tour moderne s'écrier. Voire. Car alors, comment justifier cette fois l'emploi de s'écrier avec un nom (ou un pronom) pour complément d'objet direct, attesté depuis la fin du XIe siècle : « E [il] s'escri(d)et l'enseigne » (Chanson de Roland, 1080), « A sa vois clere c’est escrié III mos [= trois mots] : "Ou iés [...] ?" » (Raoul de Cambrai, XIIe siècle), « D'amours c'escriait trois mos » (anonyme, XIIe siècle), « Ce qu'il s'est escrié monstre la grande véhémence » (Jean Calvin, 1555) ? Mais poursuivons notre tour d'horizon. À en croire Léon Clédat (Revue de philologie, 1907), c'est une tendance ancienne de la langue que de former des verbes pronominaux à partir d'intransitifs précédés de l'adverbe en (en aller, en fuir, en voler...) ou du préfixe es-, é- (écrier, écrouler) pour indiquer le commencement de l'action : « L'adverbe en (joint à des verbes de mouvement) et le préfixe é marquent le point de départ de l’action, et le pronom réfléchi, qui est une sorte de complément circonstanciel équivalant approximativement à "par soi", peut être considéré comme exprimant une idée qui s’accorde bien avec celle de point de départ : la mise en train de l’action par le sujet. [...] On peut donc interpréter il s’écrie par : il se met à crier ». Enfin, selon Jean Stefanini (La Voix pronominale en ancien et en moyen français, 1962), rares sont, dans l'ancienne langue, les verbes pronominaux qui se construisent avec un objet direct ; parmi eux se trouvent surtout des verbes de déclaration et d’opinion : soi dire, soi escrier, soi penser... (mais aussi soi avoir, soi vouloir, soi tenir), « où le pronom réfléchi, si l'on veut le classer dans les cadres traditionnels, apparaît comme un datif éthique, et non comme un complément d’attribution » − autrement dit, soi escrier ne signifiait pas « escrier à soi, pour soi », mais simplement « escrier »... avec une nuance particulière de sens, le pronom réfléchi indiquant « le caractère "intérieur", psychique du procès et non le bénéficiaire de l’action » (4). Un complément d'objet indirect, un complément d'objet direct, un complément circonstanciel ou un datif éthique : ce doit être ce que l'on appelle l'embarras du choix !

    On m'objectera à grands cris que ces considérations datent d'un autre âge, que cela fait belle lurette que le verbe écrier ne s'écrit plus qu'avec le pronom personnel, que l'usage et les grammairiens ont désormais choisi leur camp. Ainsi Gustave Guillaume affirme-t-il de façon péremptoire qu'« il est impossible de donner à s’écrier un objet direct d’aucune espèce » (Leçon de linguistique du 21 mars 1946) ; selon Marc Hug, s'écrier, contrairement à crier ou à dire (5), « n'admet pas de complément tel que cela, quelque chose ou Déterminant + Nom. Il tend, en français actuel, à se spécialiser dans le rôle d’introducteur de paroles rapportées, généralement en style direct » (Structures du syntagme nominal français, 1989) ; « dans le cas de s'écrier : "P" (ou s'écrier que P), confirme Pierre Le Goffic, le véritable complément direct est le réflexif [se], comme en témoigne l'accord (Elle s'est écriée que P). La complétive, d'apparence directe, [est] non pronominalisable et sans commutation avec un groupe nominal » (Grammaire de la phrase française, 1994). De là la position du Bon Usage : « Quand s'écrier, se récrier, s'exclamer servent à présenter un discours rapporté, celui-ci ne joue pas le rôle d'un véritable objet direct − même le discours indirect lié n'est pas senti comme un véritable objet direct (on pourrait parler de pseudo-objets-directs) −, et le participe passé de ces verbes s'accorde avec le sujet : Mme Verdurin s'était écriée : "Je vous crois un peu qu'elle est belle ! (Proust). Certains se sont écriés que c'était un scandale (Dictionnaire contemporain). Tu t'ennuierais ! s'est exclamée la tante (Hervé Bazin). » « Des pseudo-objets-directs ? » m'écrié-je à mon tour. Il ne manquait plus que ça... À la vérité, on s'étonne surtout qu'un Grevisse, d'ordinaire si prompt à répertorier les diversités de notre langue, ait ignoré de la sorte et la construction directe avec un nom de chose − toujours vivante contrairement à celle avec un nom de personne −, et les cas de commutation avec un pronom (exceptionnels, il est vrai) ou avec un infinitif (plus fréquents), et les exemples − au demeurant pas si rares − de l'invariabilité que Damourette et Pichon appelaient de leurs vœux dans les contextes de discours rapporté (6). Jugez-en plutôt :

    (s'écrier + nom ou pronom COD) « Voyons ce qu'elle s'écria » (Arthur de Gobineau, 1847), « [Il] allait s'écrier [...] le sacramental : Disparaissez ! » (Villiers de L'Isle-Adam, 1888), « Comme l'auteur se l'est écrié [...] : "Retournons aux ruines" » (La Jeune Belgique, 1896), « Et le stathouder de s'écrier cette phrase [...] » (Richard O'Monroy, 1898), « Mais il ne s'écria rien du tout » (Henry Desnar, 1900), « Savez-vous ce qu'il s'écria ? » (Henri Joly, 1902), « Elle sera sourde, disait l'une, aveugle, opinait l'autre, et toutes de s'écrier ceci, qui paraît véritablement exorbitant : Elle sera muette » (Journal officiel de la Société des Nations, 1925), « Puis il s'écria quelque chose de tout à fait extraordinaire » (Pierre Frondaie, 1934), « Il s'écriait ces mots qu'on vient de répéter » (René Spaeth, président de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts d'Alsace, 1970), « Si un homme [...] s'écrie quelque chose comme : "Ce n'est vraiment pas juste" » (Yves Lelong, 1987) (7) ;

    (s'écrier + infinitif COD) « Boutard s'est écrié avoir été blessé par Jaubertière » (Denis Talon, XVIIe siècle), « [Elle] s'écria avoir vu une âme entre deux tonneaux » (Saint-Edme, 1824), « Il s'est écrié avoir hâte d'informer le ministre » (MM. Defranoux et Lervat, 1864), « Si, en voyant passer un païen, on s'écrie avoir entendu exprimer par ce païen [...] » (Moïse Schwab, 1871), « Elle s'écrie avoir la pépie au bout des doigts » (Jean Lorrain, 1896), « [Elle] s'écrie avoir vu le livre » (Camille Flammarion, 1907), « Il s'écrie avoir exécuté ses compositions épiques » (Charles Dédéyan, 1946), « [Il] s'écrie avoir rencontré "de faux curés" » (Jacques Prévotat, 1998), « Mon ami s'était écrié avoir été menotté » (Frédéric-William Girma, 2017), « Après que le jeune garçon s’est écrié avoir découvert une grotte préhistorique » (Français - Livret de l'enseignant) ;

    (invariabilité du participe passé) « Les uns se sont écrié : quelle folie ! » (Mirabeau, 1777), « Elle s'est écrié : "J'aime mieux mourir [...] » (Henriette Campan, 1803), « Nos camarades se sont écrié(s) : "Vous l'entendez !" » (Eugène Scribe, selon les éditions), « Elle s'est écrié(e) en sanglotant : "Hélas !" » (Eugène Sue, selon les éditions), « Quelle douceur ! se fussent écrié Bélise et Philaminte » (Gaspard de Cherville, 1889), « Les officiers [...] s'étaient écrié que tout était fini » (Pierre de La Gorce, 1904), « Les Anglais se sont écrié : "We shall have them !" » (Émile Hinzelin, 1916), « "Nous régnons trop jeunes", s'étaient-ils écrié tous deux » (Henri-Robert, 1928), « Comment, s'étaient-elles écrié dans un émoi spontané, vous partez ? » (Henry Bordeaux, 1937), « Elle s'était écrié : "Et si nous avions un enfant ?" » (Célia Bertin, 1949), « "Courage ! [...]" s'étaient écrié Fama et le griot Diamourou » (Ahmadou Kourouma, 1968), « Des ouvriers se sont écrié : On demande [...] » (Pierre Pascal, 1977), « Elle s'était écrié : "C'est absolument impossible !" » (Françoise d'Eaubonne, 1994), « Là, s'est-elle écrié » (Madeleine Chapsal, 1999), « Les voleurs s'étaient écrié : "Taisez-vous !" » (Sophie Valle, Dictées La Compil' : cahier d'entraînement à l'orthographe, 2015) (8).

    Et que penser encore de cette consigne trouvée dans Tout le français - Concours orthophoniste (2014) de Benoît Priet : « Certains pronominaux subjectifs [dont le pronom conjoint n'est pas analysable] peuvent avoir des COD et donc suivre la règle d'accord [générale] : s'écrier, se récrier, s'exclamer. Ex. : Sa sœur s'est exclamée : "Qui prendra ma défense ?" / Sa sœur s'est exclamé que personne ne prendrait sa défense. Explication : Dans le premier exemple, la question au discours direct est séparée du début de la phrase par une ponctuation, elle n'est pas COD du verbe s'exclamer et on accorde donc avec le sujet sœur ; dans le second exemple, que personne ne prendrait sa défense est COD postposé de s'exclamer, donc on n'accorde pas » (9) ? Tout bien compté, nous voilà avec trois analyses différentes (la première étant de loin la plus courante) :

    • Elle s'est écriée : "La vie est belle !" / Elle s'est écriée que la vie était belle (accord systématique avec le sujet, selon la plupart des spécialistes),
    • Elle s'est écrié : "La vie est belle !" / Elle s'est écrié que la vie était belle (invariabilité, selon Damourette et Pichon),
    • Elle s'est écriée : "La vie est belle !" / Elle s'est écrié que la vie était belle (accord avec le sujet dans le discours direct, invariabilité dans le discours indirect lié, selon Benoît Priet).


    Allez réconcilier les Français avec l'accord du participe passé des verbes pronominaux, après ça !
     

    (1) On trouve toutefois : « Il s'escria en soi-mesme, Ô Seigneur Dieu [...] » (Jean Crespin, 1619), « Et s'écrier à soi-même avec une profonde admiration : Ô humilité sans pareille ! » (Formulaire de prières à l'usage des pensionnaires des religieuses ursulines, 1807).

    (2) « Et se escria a ses freres » (L'Histoire du preux Meuruin, 1540) ; « S'escrier à tout le monde que [...] » (Martin du Bellay, 1541) ; « Ô Seigneur, à toy je m'escrie » (Théodore de Bèze, 1562) ; « Il s'escria à ceux qui estoient à l'entour de luy » (Jacques Amyot, 1567) ; « Si je m'escrie à vous » (Guillaume du Vair, 1591) ; « Elle s'escria à eux : Señores [...] », « Monsieur de Bussy s'escria à Monsieur Strozze » (Brantôme, avant 1614), « Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put » (La Fontaine, 1668).

    (3) « [Il] a sa voiz escriée : "Baron François [...]" » (Guillaume d'Orange, XIIe siècle), « Molt hautement [il] a sa voiz escriée : "Que fetes ci [...] ?" » (La Mort Aymeri de Narbonne, XIIIe siècle).

    (4) Dans son Essai de grammaire générale (1837), Pierre-Joseph Proudhon parle quant à lui de « verbe de spontanéité », qui « exprime un sentiment spontané », dont l'action se réalise indépendamment de la volonté. Crier aurait ainsi pour correspondant de spontanéité s'écrier, sans qu'il soit possible « en bonne logique de regarder le pronom comme régi par le verbe ».

    (5) Grevisse précise que les verbes transitifs crier, dire, déclarer, demander, penser, préciser, répliquer, rétorquer, etc. « ont leur besoin d'objet direct satisfait par la présence, soit du discours indirect lié qui est un véritable objet direct, soit du discours direct qui est un équivalent non syntaxique, parataxique de cet objet ».

    (6) « Il serait à souhaiter que la grammaire normative adoptât la graphie "Louise s'est écrié", "Louise et Charles se sont écrié", [...] historiquement attendue et normativement recommandable. »

    (7) Et aussi : « Il s'écria ces mots : Il est avantageux [...] » (Hippolyte Caplain, « instituteur, auteur de plusieurs ouvrages classiques », 1837), « Il s'écria des paroles entrecoupées de sanglots » (A.-B. Ozun, « professeur de français, latin, belles-lettres », 1849), « Un cardinal s'écria ces paroles connues : "Le voilà !" » (Antoine Madrolle, 1851), « On sait ce qu'il s'écria en montant sur l'échafaud » (Charles de Larivière, 1902), « Pierné s'écrie... Je ne peux pas dire ce qu'il s'écrie, Messieurs » (Henri Bréal, 1914), « C'est alors que je m'écriai ce que vous savez » (Pierre Héricourt, 1925), « Il se vexa et s'écria ce qui suit : "Toujours ce Wirsich !" » (Walter Weideli, 1970), « Il ne s'écria rien de semblable » (Gil Lacq, 1994).

    (8) Et aussi : « Elle s'est écrié ensuite que [...] » (Pierre-François Guyot Desfontaines, 1735), « Elle s'est écrié : ah, cela me pénetre ! » (Marie-Jeanne Riccoboni, 1773), « "Où sont-ils ? s'étaient écrié tous les Francs » (François Vernes, 1790), « Il le sera par moi, s'est-elle écrié d'un ton terrible » (Pigault-Lebrun, 1815), « Elles se sont écrié éplorées : "Ô sort ! [...]" » (Alfio Grassi, 1825), « Elles s'étaient écrié : "Si le mal continue [...]" » (Charles Gueullette, 1862), « Pour un peu, elle se fût écrié : "Je peux jurer que [...] » (Jules Lermina, 1885), « Elle s'est écrié : "Dites à [...]" » (Émile Richebourg, 1886), « Ils se sont écrié avec l'accent d'une douce confiance : O pia » (Charles-Benjamin Poisson, 1890), « Quelques forcenés [...] s'étaient écrié : "Pas de Dieu !" » (Gustave Dupont-Ferrier, 1922), « Fureur des chefs [...] qui se seraient écrié : "Ces monstres [...]" » (Émile Gabory, 1933), « Ils se sont récrié que cela n'avait rien à voir » (Georges Dovime, 1935), « Elles s'étaient écrié en chœur : "Détruisons la famille" » (Le Sexisme ordinaire, collectif, 1979), « Hutin et Doisnel se sont récrié en même temps : "Croyez bien que [...] » (Pierre-Jean Remy, 1985).

    (9) On lit de même dans La Structure des phrases simples en français (Jean-Paul Boons, Alain Guillet, Christian Leclère) : « Verbes dénotant un acte de parole (s'écrier, se récrier, s'esclaffer, s'exclamer, se lamenter) ; ils acceptent tous un objet direct Que P. »

    Remarque 1 : La confusion est telle que des ouvrages, qui paraissent dignes de confiance, en viennent à préconiser de remplacer, dans le passage du discours direct au discours indirect, s'écrier par dire, demander, répondre... « afin de respecter la construction syntaxique (le verbe s'écrier, pronominal, n'accepte pas de COD) » (Objectif concours de recrutement des professeurs des écoles - Annales français, 2018). L'Académie, qui ne voit rien à redire à « Je m'écriai que c'était injuste » (neuvième édition de son Dictionnaire), appréciera...

    Remarque 2 : Selon Jean-Paul Jauneau, « la proposition subordonnée interrogative est une proposition complétive lorsqu'elle est construite indirectement, c'est-à-dire lorsqu'elle complète un verbe déclaratif annonçant une question, comme crier, dire, demander (se), [...], s'écrier, etc. » L'auteur de N'écris pas comme tu chattes (2011) avait-il à l'esprit cette phrase de Pierre Danet : « Il s'écria pourquoy ils venoient à luy » (Magnum Dictionarium latinum et gallicum, 1691) ? On eût apprécié un exemple... récent.

    Remarque 3 : On notera que le verbe s'écrier double le i aux deux premières personnes du pluriel de l'imparfait de l'indicatif et du présent du subjonctif : (que) nous nous écriions, (que) vous vous écriiez.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Elle se serait écriée (selon la plupart des spécialistes).

     


    votre commentaire
  • « Bercy revoit ses ambitions à la baisse. [...] S'agissant de la réduction de la dépense publique, Édouard Philippe a confirmé que le gouvernement espérait en 2022 présenter un budget à l'équilibre, et non en excédent. »
    (paru sur francetvinfo.fr, le 10 juillet 2018)  

     
    (photo Wikipédia sous licence GFDL par europeanpeoplesparty)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Grande est la tentation, par analogie avec les tours à la baisse, à la hausse, d'écrire : à l'équilibre. Force est pourtant de constater que c'est bien plutôt en équilibre qui a la préférence des spécialistes de la langue pour indiquer une position stable : « Cela est en équilibre. Maintenir un corps ou quelque objet fragile en équilibre » (Littré) ; « La ballerine se tient en équilibre sur la pointe du pied. L'enfant marchait en équilibre sur le parapet. Mettre une pièce de monnaie en équilibre sur sa tranche. Un système en équilibre instable » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie) ; « Être, mettre en équilibre. Marcher en équilibre sur une poutre » (Robert) ; « Mettre les plateaux d'une balance en équilibre » (Larousse) ; « Des forces en équilibre » (Bescherelle).

    Rien que de très logique, me direz-vous, pour qui perçoit que le choix entre les prépositions en et à, dans ces locutions, dépend du point de vue sous lequel on considère les faits : en baisse, en hausse (comme en avance, en retard, en colère, etc.) indiquent un état, une réalité dûment observée (mesurée, en l'espèce), quand à la baisse, à la hausse (employés notamment après les verbes corriger, repartir, réviser, revoir, s'orienter...) marquent la tendance, le développement de l'action, sans que son terme soit connu avec certitude. Comparez : « Le franc est en baisse. Des actions en hausse, en baisse. Figuré. Son prestige est en baisse, sa cote est en hausse » (Académie), « Les cours des matières premières sont en hausse. Le dollar est en hausse » (Larousse), « Les températures sont en baisse. Des prix en hausse » (Bescherelle), « La Bourse a ouvert en baisse, en hausse. La fréquentation des théâtres est en baisse, en hausse » (Hachette-Oxford) et « Le cours de ces actions repart à la hausse. Des prix révisés à la hausse, à la baisse. Revoir des objectifs à la hausse, à la baisse » (Académie). Point de telles subtilités avec le substantif équilibre ; le bougre désignant précisément un état, seule la préposition en est envisageable (1) : Les plateaux de la balance sont en équilibre. Se tenir en équilibre. Marcher (en étant) en équilibre. Et, pour en venir à l'exemple qui nous occupe : « Présenter un budget en équilibre, en déficit, en excédent [selon que les dépenses et les recettes se balancent exactement ou pas] » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie).

    Las ! à y regarder de près, les ouvrages de référence auraient plutôt tendance à faire voler nos certitudes en éclats. Que l'on songe à l'emploi des locutions en baisse, en hausse, à la baisse, à la hausse avec le verbe être (exprimé ou sous-entendu), lequel relève souvent du délit d'initié. Ne lit-on pas dans la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie : « Les fonds sont à la hausse, sont en hausse », puis dans la neuvième : « La Bourse est en hausse. La tendance est à la hausse » ? Que doit-on comprendre ? Que les deux constructions, hier synonymes, ne le seraient plus tout à fait de nos jours ? Le Larousse en ligne est à peine plus explicite : être en baisse, en hausse (« être en train de diminuer, d'augmenter de prix, de valeur, d'intensité, de force, etc. ») ; être à la baisse, à la hausse (« avoir tendance à, être sur le point de baisser, augmenter, en parlant d'une valeur [cotée en Bourse ?] »). Pas sûr que l'usager perçoive la nuance entre une vision pour ainsi dire statique de la réalité (dans la mesure où l'écart de prix, de valeur, d'intensité... pourrait être précisé [2]) et son pendant dynamique (réservé au seul domaine boursier ? [3]). Et que dire encore des désaccords qui opposent les spécialistes sur la nature desdites locutions ? Je vous laisse en juger : « En + nom abstrait forme de très nombreuses locutions adjectives se rapportant à un nom comme épithètes, comme attributs ou en position détachée. Ce genre de syntagme [se] trouve en particulier avec le verbe être ou des verbes tels que rester, mettre... » (La Grammaire du français parlé, 1968), « En équilibre, locution adjectivale : un plateau en équilibre ; locution adverbiale : marcher en équilibre sur un fil, tenir un verre en équilibre, mettre quelque chose en équilibre » (Larousse français-anglais) et « Locution adverbiale. En équilibre, plus rarement d'équilibre. Dans une position parfois difficile, précaire, mais stable » (TLFi).

    Gageons que le jour où les garants du bon équilibre syntaxique de notre langue accorderont leurs violons leur crédit auprès des usagers repartira... à la hausse.

    (1) On se gardera de toute confusion avec les cas où la préposition à est imposée par le verbe ou l'adjectif : participer à, revenir à, se rapporter à, tendre à, veiller à, relatif à... l'équilibre.

    (2) Il est à noter que c'est la préposition en qui s'impose quand l'écart est qualifié ou déterminé par un complément : les actions sont en baisse de 2 %, les températures sont en hausse de 2 degrés, la Bourse est en forte baisse.

    (3) Dans Les Mots de la fin du siècle (1996), Sylvie Brunet observe pourtant que « radios et télévisions semblent s’être donné le mot pour ne plus parler que de températures à la baisse (ou à la hausse) et de prix à la hausse (ou, plus rare, à la baisse) [...] par contagion du jargon boursier »...


    Remarque 1
     : La locution en équilibre est attestée au début du XVIIe siècle : « Pour tenir les navires en équilibre » (Jean-Pierre Camus, 1609). Il faut attendre la fin du siècle suivant pour voir apparaître en baisse, en hausse : « Si le papier est en hausse » (François Dominique de Reynaud de Montlosier, 1790), « [Valeur] sujette à varier soit en hausse, soit en baisse [on dirait aujourd'hui : varier à la hausse, à la baisse] » (cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie, 1798).

    Remarque 2 : Dans le jargon boursier, jouer à la hausse (à la baisse) signifie « spéculer sur la hausse (sur la baisse) des marchandises, des valeurs ».

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Bercy revoit ses ambitions à la baisse.
    Présenter un budget en équilibre.

     


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  • Le coup de pompe

    « Une fois la porte d’entrée passée, on découvre un vestibule dans son plus simple apparat » (à propos du fort de Brégançon, photo ci-contre).
    (Guillaume Errard, sur lefigaro.fr, le 3 août 2018)  

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Patrub01)

     

    FlècheCe que j'en pense

    « J'aurais dit "un vestibule sans apparat" ou "dans son plus simple appareil" (et encore... la nudité d'une pièce se décrit-elle comme celle d'une personne ?) », m'écrit un correspondant, en sollicitant mon avis.

    D'ordinaire, la langue courante distingue nettement les deux substantifs : appareil désigne un assemblage de pièces (dispositif, instrument, machine pour effectuer un travail ou rendre un service déterminé), d'organes (appareil digestif) ou d'éléments divers qui concourent au même but en formant un tout (appareil d'État, d'un parti), quand apparat exprime le faste, l'éclat, la pompe solennelle (parfois avec une nuance péjorative). Mais il n'en fut pas toujours ainsi, et force est de constater que la confusion guette l'usager moderne au détour d'expressions où perdurent des sens anciens qui, selon toute apparence, méritent d'être précisés.

    À l'origine, appareil (milieu du XIIe siècle) et apparat (XIIIe siècle) avaient en commun le sens général de « préparatif, apprêt », comme action ou comme résultat (ce qui est préparé, en particulier la tenue, la toilette) : « Ne fist mie lung apareil » (Le Roman de Brut), « Bien avoit fet son apareil » (Jean Bodel), « De sa vesteure et abillement n'est mignot ne desguisé, quoy que son appareil soit propre et net » (Jean II Le Meingre), « Sanz apparat voit nen pucele [...] s'el est lede ou bele » (Vivien de Nogent), « Car en tel apparat que ont le homme et la femme qui sunt ensemble par mariage [...]. Ce est a dire que tel exces de cointise [= élégance, coquetterie] est laide » (Oresme) (1). Rien que de très logique, n'en déplaise à Littré (2), dans la mesure où les intéressés sont tous deux issus du latin apparare (« préparer ») : le premier par l'intermédiaire du bas latin appariculare (de même sens), lui-même à l'origine du français appareiller ; le second par l'intermédiaire de apparatus (« action de préparer ; ce qui est préparé ; solennité, pompe »). L'acception initiale de appareil, qui coexistait avec le sens moderne de « assemblage de choses préparées pour un but déterminé », eut beau se spécialiser en « déploiement de préparatifs en vue d’un évènement solennel (réception, cérémonie, opération militaire...) », apparat se tenait toujours en embuscade : « Li rois d'Engleterre faisoit son grant appareil pour rechevoir les signeurs » (Jean Froissart), « On a commencé en cette ville gros apparat pour le recevoir [l'empereur] » (Rabelais) ; « Les Anglois faisoient grant appareil de guerre »  (Nicolas de Baye), « Il avoit été donné ordre qu'il ne prit point d'alarme de l'apparat de guerre » (Jean de Serres) ; « Grant appareil de viandes » (Robert Estienne), « Magnifique apparat de mangeries » (Noël du Fail). Par métonymie, ils en vinrent également à désigner l'effet produit par lesdits préparatifs, à savoir l'éclat solennel, la pompe, la magnificence − « Magnifique. On le dit des choses qui ont de l'éclat [...], qui sont faites avec appareil » (Antoine Furetière), « Alleguer avec plus grand' splendeur et (comme on dit) apparat plusieurs autres raisons et auctoritez » (Louis Le Caron) ; « Sans luxe, sans pompe, sans appareil » (Rousseau), « C'est un roi sans apparat, sans pompe » (Jacques Necker) ; « Tous ces vains discours d'appareil » (Voltaire), « Discours d'apparat » (Académie, depuis 1694) ; « Toilette d'appareil » (Rousseau), « Sa toilette d'apparat » (Sainte-Beuve) −, sens que appareil abandonnera à son concurrent. Vous l'aurez compris, la confusion entre nos deux substantifs ne date pas d'hier, et les spécialistes eux-mêmes eurent bien du mal à en distinguer les acceptions, à l'instar de Pierre-Benjamin Lafaye dans son Dictionnaire des synonymes (1858) : ne se prend-il pas les pieds dans le tapis (du vestibule) en écrivant, à l'article « appareil, apparat », que « apparat indique l'effet, au lieu qu'appareil se rapporte aux moyens déployés pour produire cet effet », puis, à l'article « préparatifs, apprêts, appareil », que « appareil est relatif à l'apparence, à l'aspect des choses, à l'impression produite par leur ensemble » ?

    Venons-en à l'expression qui nous occupe : dans le plus simple appareil. Pour Alain Rey, qui n'a pas son pareil pour parler simplement des subtilités de notre langue, la cause est entendue : « L'association des mots simple et appareil est une figure de style, une formule antinomique (les érudits parlent d'oxymore) presque aussi remarquable que l'obscure clarté de Corneille » (200 drôles d'expressions, 2015). C'est oublier un peu vite, me semble-t-il, qu'un appareil peut en cacher un autre : Louis-Nicolas Bescherelle, dans son Dictionnaire national (1845), ne fait-il pas observer avec quelque apparence de raison que le substantif appareil, quand il est employé dans le sens de « chose préparée (en particulier ce qui contribue à l'apparence, justement : tenue, toilette, etc.) », « n'entraîne pas toujours l'idée de pompe et de solennité » ? Qu'on en juge : « Son gent appareil Qui simples fu n'avoit point de pareil », « Son cointe appareil, Simple et sans orgueil » (Guillaume de Machaut, milieu du XIVe siècle) ; « Quoy que son appareil soit propre et net » (Jean II Le Meingre, début du XVe siècle) ; « Estant en ce povre appareil, le duc de Lorraine [...] » (Philippe de Commynes, vers 1490) ; « Voyage en Asie en fort simple apareil » (Jacques Amyot, 1567) ; « Astrée dans le simple appareil où elle se fait voir aux hommes » (Mercure galant, 1702) ; « Dans un simple apareil la beauté peut seduire » (Louis Rustaing de Saint-Jory, 1735) ; « Le monarque François l'attendoit dans le plus simple appareil. Louis qui se picquoit de dédaigner la pompe extérieure, sembloit avoir affecté dans cette occasion d'outrer sa négligence ordinaire » (Claude Villaret, 1765) ; « Dans le modeste appareil D'une jeune et simple bergère » (Pierre Légier, 1769) ; « J'ordonne que mon corps soit porté à Saint-Denis dans le plus simple appareil que faire se pourra » (Louis XV, 1770) ; « Les Païens reconnoissoient avec étonnement dans ce simple appareil [un habit de deuil] le guerrier dont ils avoient vu les statues triomphales » (Chateaubriand, 1809) ; « [Il] était dans un assez piteux appareil. Dépouillé de sa cérémonieuse redingote [...] » (Pierre Benoit, 1930) ; « La princesse [...] semblait inquiète, presque honteuse de se trouver surprise ainsi, dans cet appareil » (Georges Duhamel, 1941) (3). Point d'oxymore dans tous ces exemples (les apparences, on ne le sait que trop, sont souvent trompeuses).

    Se présenter dans un simple appareil, c'était donc − et c'est encore, dans la langue littéraire − « paraître sans apprêts, sans recherche de toilette, en toute simplicité », à l'instar de la Junie de Britannicus : « Belle, sans ornement, dans le simple appareil D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil » (Racine, 1669) (4). L'expression est passée dans l'usage courant (surtout sous la variante dans le plus simple appareil) avec le sens culotté de « très peu vêtu, en négligé », voire « nu » : « Les nymphes d'honneur dans le plus simple appareil nocturne » (Théophile Gautier, 1858), « L'angoisse de la chaleur était devenue telle [...], que j'errais en vain dans mes sept pièces, étouffant encore, même dans le simple appareil » (Henri-Frédéric Amiel, 1866), « À mon arrivée, [elles] étaient encore dans le simple appareil du matin » (Claude Mauriac, 1974), « Le plus assidu au plongeoir était un vieux monsieur, [...] avec les manières les plus raffinées jusque dans le plus simple appareil » (Alain Peyrefitte, 1977), « Une jeune photographe t'avait proposé de poser nu pour une exposition. Toi, dans le plus simple appareil [...] » (Nathalie Rheims, 2009). Seulement voilà : le mot appareil est de nos jours si intimement lié à l'idée de technique (d'aucuns parleraient plus volontiers de technologie) que sa présence dans notre expression paraît aussi incongrue que celle d'Alexandre Benalla à côté du carrosse d'apparat des Bleus. Grande est alors la tentation de lui substituer son cousin paronyme, autrement poétique pour évoquer ce qui touche à l'apparence. La méprise, au demeurant, est d'autant plus excusable que apparat, dans son sens premier de « préparatifs de toilette », aurait tout aussi bien pu faire l'affaire ; l'usage en a toutefois décidé autrement. Aussi évitera-t-on d'imiter Régis Michel, conservateur en chef des arts graphiques au musée du Louvre, quand il évoque « trois créatures dans le simple apparat de beautés raciniennes en sommeil prolongé : nudité charnue et pose lascive ». À moins, bien sûr, de vouloir verser dans l'oxymore sur ce coup-là. 

    (1) Cette synonymie est encore attestée au XVIIe siècle : « Apparat. A preparation, decking, provision, furniture », « Appareil. Preparation, provision, readie-making ; a decking, dressing, trimming ; cooking, seasoning » (Dictionnaire français-anglais de Randle Cotgrave, édition de 1632).

    (2) « Ces deux mots n'ont rien de commun par l'étymologie, le premier [apparat] venant de parare, préparer, et le second de pareil, disposition des choses pareilles, appareil pour une opération. »

    (3) Quand il serait passé sous silence par tous les ouvrages de référence que j'ai consultés, le même phénomène est observé avec apparat, quoique plus rarement : « Le roi estoit bien mincement habillé et en povre apparant [mis pour apparat, selon André Mabille de Poncheville] pour un corps de roy » (Georges Chastelain, XVe siècle), « Le général déploya une pompe bien différente du modeste apparat dans lequel s'était présenté son prédécesseur » (Léopold Méry, 1854), « [Elle s'est avancée,] L'air humble et de simple apparat, Un voile en forme de rabat » (Jules Croissandeau, 1880), « Son corps fut porté à l'église de la petite ville et y fut inhumé dans le plus simple apparat » (Hector Fleischmann, 1908), « [La procession] parut très simple, en son modeste apparat » (Paul Adam, 1906), « Un portrait, de plus simple apparat, au crayon » (Charles Saunier, 1933).

    (4) Cette formule, « une des plus gracieuses de notre langue » selon Pierre Larousse, fut souvent reprise, voire plaisamment détournée : « Dans le simple appareil D'un kaiserlick qu'on vient d'arracher au sommeil » (Le Figaro, 5 juin 1862).

    Remarque 1 : À l'article « appareil » de la huitième édition (1932) de son Dictionnaire, l'Académie donnait la définition suivante : « Apprêt, préparatif, manière dont les personnes ou les choses se montrent à nous. » Rien (si ce n'est le goût de la simplicité...) ne s'oppose donc à l'emploi de l'expression dans le (plus) simple appareil à propos d'un objet ou d'une chose abstraite : « Je vous envoie ces vers dans leur simple appareil, et dénués de tout ornement » (Charles Palissot de Montenoy, 1747), « [L'Académie] présentera sa grammaire dans le plus simple appareil. Les exemplaires, même de luxe, ne seront pas scellés du grand sceau de cire verte sur lacs de soie rouge et verte » (Abel Hermant, 1930), « Pourquoi ne pas aborder la pensée dans le plus simple appareil de la langue, dans la beauté de ce qui reste quand on a tout expliqué ? » (Bertrand Poirot-Delpech, 1991).

    Remarque 2 : Apparat a aussi repris au latin apparatus son sens médiéval et spécialisé de « gloses et commentaires » pour désigner, dès le XVe siècle, un livre pédagogique rédigé en forme de dictionnaire, puis, sous l'influence probable de l'allemand kritischer Apparat, l'ensemble des annotations d'une édition de texte. Là encore, la concurrence avec appareil fait rage : « Appareil critique, dans l'édition savante d'un ouvrage, relevé des variantes fournies par les manuscrits et les éditions antérieures, ainsi que des corrections conjecturales (on dit aussi Apparat critique) » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    On découvre un vestibule sans apparat (ou, plus... simplement, dépouillé).

     


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  • « Nicolas Sarkozy m'a toujours témoigné de son soutien. »
    (Virginie Calmels, dans Le Point n2393, juillet 2018)  

     

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par europeanpeoplesparty)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Il faut croire − je prends Hanse à témoin − que l'« on ne dit pas : Il leur a témoigné de sa reconnaissance, mais Il leur a témoigné sa reconnaissance ». En effet, c'est quand il est employé au sens de « porter témoignage, être témoin de » (le plus souvent avec un nom d'animé pour sujet) ou de « être la preuve, le signe de » (avec un nom de chose) que le verbe témoigner se construit, nous dit-on, avec la préposition de : « Je témoignerai de son innocence, de sa probité, de sa bonne foi » (Académie), « Ces chefs-d'œuvre témoignent de la vitalité de l'art français » (Girodet), « Il est courageux, sa conduite en témoigne » (Robert), « Le tranquille courage dont témoignait l’ampleur de son génie créateur » (Jacques Rueff), « Ses œuvres témoigneront de ce qu'il fut » (Albert Camus). Rien à voir, vous en conviendrez, avec la phrase qui nous occupe, où il est bien plutôt question de montrer, de manifester « ce qu'on sait, ce qu'on sent, ce qu'on a dans la pensée » (huitième édition du Dictionnaire de l'Académie). Dans ce sens, témoigner est transitif direct et se passe donc des services de la préposition de. Témoin ces exemples relevés sous des plumes expertes : « Témoigner sa tendresse à quelqu'un » (Larousse), « Je vous ai assez témoigné quelle était ma pensée là-dessus » (Académie), « L'amitié qu'il m'a toujours témoignée » (Bescherelle).

    L'ennui, c'est que derrière l'apparente simplicité de cette répartition d'emploi se cache une réalité autrement complexe. Que peut bien justifier, par exemple, la présence de la préposition de dans les exemples suivants (où les sujets sont des noms d'animés) : « Le petit chat était fourré sous la couverture et témoignait par son ronron de la jouissance qu'il éprouvait à se sentir hors des atteintes du froid » (Champfleury), « La sincère épouvante dont il témoignait » (Henri de Régnier), « Renée allait, incertaine, déjà détachée, et témoignant d'une modestie indifférente » (Colette), « [Il] témoignait [...], dans le choix de ses serviteurs, d'un optimisme absurde » (Georges Bernanos) ? « Par extension. Manifester », s'empresse d'ajouter Robert, en guise de réponse, à la liste des acceptions de la construction indirecte (1). À l'inverse, comment expliquer ces exemples de témoigner sans de avec un nom de chose pour sujet : « Cette position [aux échecs] témoigne chez l'adversaire une si grande maladresse qu'on le regarde comme ayant perdu la partie » (Littré, à l'article « pat »), « Se dit de ce qui témoigne un manque d'honnêteté » (Grand Larousse, à l'article « indélicat »), « Il lui avait effleuré le bras, comme le témoignait une rougeur subite à la manche » (Théophile Gautier), « Pareille question, qui témoigne une sollicitude peu compétente, mais pleine de bonne volonté » (Abel Hermant), « Merci de votre lettre : l'empressement d'y répondre vous témoigne le plaisir que j'en ai » (Gide) ? (2) Réponse embarrassée des experts-témoins : l'emploi transitif direct au sens de « être la preuve, le signe de » est « vieilli » (selon Robert), « littéraire » (selon Larousse) ; de nos jours, renchérit Hanse, « on dit beaucoup plus souvent témoigner de... ».  

    Ajoutez à cela que l'article partitif peut donner l'illusion de la préposition de dans certains emplois transitifs directs (témoigner de l'estime, du mépris, de la haine...), que la construction témoigner que est attestée dans les différentes acceptions du verbe (3), et vous aurez compris que toutes les conditions sont réunies pour entretenir la confusion dans les esprits. De là le réquisitoire de Renaud Camus dans son Répertoire des délicatesses du français contemporain (2000) : « La plupart des grammairiens et lexicographes posent comme un fait acquis qu’il existe une différence de sens entre témoigner et témoigner de… Mais ils sont bien en peine de l’expliquer nettement, et de se mettre d’accord sur ce qu’elle est vraiment. » C'est peu de le dire ! Georges Bernard, toutefois, propose une analyse intéressante dans le cas où le sujet est un être animé : quand le témoignage porte sur autrui, observe-t-il, on emploie témoigner de Je témoigne de son innocence ; « quand le témoignage porte sur soi-même, on hésite entre "il a témoigné sa/de sa bonne foi", mais il suffit qu'un complément introduit par à, explicite ou non, s'insère, pour que la construction directe soit la seule possible : Il nous a témoigné un certain intérêt » (La Transitivité du verbe en français contemporain, 1972). Reste à savoir si les académiciens appelleront ce linguiste à la barre lors de la rédaction de l'article « témoigner » de la neuvième édition de leur Dictionnaire...

    (1) Voilà sans doute pourquoi on peut lire sur le site Internet de l'Académie : « Henri de Régnier témoigna d’un égal talent de conteur et de romancier », « [Cocteau] témoigna dans son écriture d’une égale curiosité », alors que Dupré maintient la distinction entre Cet écrivain témoigne [= manifeste] un grand talent dans son roman (tour que Hanse qualifie de « vieilli ») et Ce roman témoigne [= est le signe] d'un grand talent. Gageons que cette extension de sens (?), qui n'est pas mentionnée à l'article « témoigner » de la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie, figurera en bonne place dans la neuvième.

    (2) Bien qu'ayant pour sujets des noms abstraits,  les cas suivants me paraissent différents, dans la mesure où ils peuvent être rattachés, par métonymie, à l'emploi transitif direct de témoigner au sens de « manifester » : « Un jeune homme dont [...] le visage témoignait l'assurance » (Lamartine), « Son attitude témoigne une grande humilité » (Grand Larousse), « Votre attitude témoigne un sens profond du sacrifice » (Jean-Paul Jauneau).

    (3) D'après Irène Kalinowska (La Préposition, 2018), « les propositions conjonctives s'introduisent normalement sans préposition » dans toutes les acceptions de témoigner : Il a témoigné qu'il avait vu l'accusé (dans cet exemple, que Hanse rattache au sens intransitif du verbe [« rapporter ce qu'on sait, notamment en justice »], témoigner signifie selon Larousse et Robert « attester, certifier », acception que Hanse et Thomas rattachent pour leur part... à son emploi transitif indirect. Comprenne qui pourra !), « Nous témoignons [= portons témoignage] à tous et devant tous que le bonheur est possible » (Sartre), « Le beau témoigne [= est la preuve] que la nature nous est amie » (Alain), « Elle désirait témoigner [= montrer, manifester] au prochain, de si pauvre ou de si humble extraction fût-il, qu'elle ne le méprisait pas » (Proust). Goosse observe toutefois que, « témoigner de quelque chose [étant] plus fréquent aujourd'hui que témoigner quelque chose, on comprend que témoigner que soit concurrencé par témoigner de ce que » dans les acceptions transitives indirectes du verbe : « Témoigner de ce que l'auparavant surclassait l'ensuite » (Hervé Bazin), « Ce plan témoigne de ce que les concepts renvoient eux-mêmes à une compréhension non conceptuelle » (Alain Badiou), « Une minuscule cheminée [...] témoignait de ce que des bergers passaient là parfois de longues périodes avec leurs bêtes » (Louis-Olivier Vitté), « La dureté de son visage témoignait de ce que son inconscience épouvantable s'était finalement retournée contre lui » (Laurence Nobécourt).

    Remarque 1 : Le verbe témoigner est dérivé de témoin, lui-même emprunté du latin testimonium (« témoignage, déposition, attestation, preuve ; témoin »).

    Remarque 2 : Comme si cela ne suffisait pas, la commission du Dictionnaire de l'Académie vient ajouter à la confusion en écrivant (en 2017) : « Le verbe témoigner peut se construire avec un complément d’objet direct (témoigner son amitié) ou avec un complément d’objet indirect (ses toiles témoignent de son grand talent). Dans le premier cas, témoigner signifie "manifester, exprimer", dans le second cas, témoigner de signifie "être la preuve, le signe de". On pourra donc écrire : "Je vous remercie de la confiance que vous m’avez témoignée", ou bien : "Je vous remercie de la confiance dont vous avez témoigné envers moi". » Sauf que, si dans la confiance que vous m'avez témoignée le sens est bien celui de « manifester, exprimer », il y a erreur, me semble-t-il, sur la signification du verbe dans la confiance dont vous avez témoigné envers moi : témoigner de ne peut avoir ici pour acception que « porter témoignage de », pas « être la preuve, le signe de » ; les deux formulations n'ont donc pas strictement le même sens. On lit dans un autre article (paru cette fois en 2014) : « Témoigner sa reconnaissance signifie "exprimer, manifester, faire connaître sa reconnaissance" (le sujet est un être animé). Témoigner de sa reconnaissance signifie "se porter garant de sa reconnaissance" (le sujet est un être animé), "être la preuve manifeste de sa reconnaissance" (le sujet est une chose). » Encore conviendrait-il de préciser que, dans le cas où le sujet est un être animé, le possessif sa recouvre deux réalités différentes : on témoigne (= exprime, manifeste) sa propre reconnaissance, mais on témoigne (= porte témoignage, se porte garant) de la reconnaissance d'autrui.
    Mentionnons enfin cette inconséquence relevée chez René Georgin : « Il faut dire, sans article partitif ni préposition : témoigner un grand zèle, les plus belles qualités d'écrivain » (Pour un meilleur français, 1951), puis « Faire des yeux de crapaud mourant d'amour (témoigner d'une sentimentalité excessive) » (Jeux de mots, 1957). Un avocat n'y retrouverait pas ses témoins...

    Remarque 3 : Selon Hanse, témoigner au sens transitif direct de « montrer, manifester » (« marquer, faire connaître ce qu'on sait, ce qu'on sent, ce qu'on a dans la pensée », écrivait l'Académie dans la sixième édition de son Dictionnaire) inclut l'idée de « marques » ; partant, on ne témoignera pas des marques de sympathie. Afin d'éviter toute redondance, mieux vaut écrire : « Touchés des marques de sympathie que vous leur avez données » ou « Touchés de la sympathie que vous leur avez témoignée ».

    Remarque 4 : Voir également les billets Attester et De ce que.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Il m'a toujours témoigné son soutien.

     


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  • « "Je suis impressionné qu'elle garde ainsi le silence. Mais je suis sûr que je ne paie rien pour attendre, et qu'elle est seulement trop polie pour déclencher une dispute devant un étranger. »
    (Laurence Richard, traduisant Les Derniers Battements du cœur de Kelley York et Rowan Altwood, paru aux éditions Pocket Jeunesse)  

     

    FlècheCe que j'en pense

    La traductrice de ce livre pour adolescents aurait-elle perdu la tête ? Tout porte à croire qu'elle s'est bien plutôt laissé abuser par son oreille : paie rien ne se prononce-t-il pas quasiment comme perd rien ? La confusion, au demeurant, est d'autant plus attendue que le sens plaide également, dans plus d'un esprit, en faveur du verbe payer : n'entend-on pas par là, d'ordinaire, menacer quelqu'un de payer tôt ou tard pour ce qu'il a fait ? Il n'empêche, l'expression consacrée n'en demeure pas moins ne rien perdre pour attendre (*).

    Ledit tour s'est d'abord pris en bonne part, dès le XVIIe siècle, pour annoncer la promesse d'un avantage, d'une satisfaction : « Une fille ne perd rien pour attendre [sous-entendu un bon parti], vivant avec un chaste honneur [et une] attrempée modestie » (Étienne Pasquier, avant 1615), « Mais il ne perd rien pour attendre, et ne sera pas moins avantagé pour avoir esté différé » (François Chevillard, 1664), « Patience, vous ne perdrez rien pour attendre, et vous allez tout à l'heure avoir contentement » (Anne-Marguerite Petit Dunoyer, 1707). Employé par antiphrase ou par ironie, il en est venu à servir de formule de mauvais augure, voire de menace (à l'instar de Vous aurez de mes nouvelles !) : « Je promets à mon ennemi qu'il ne perdra rien pour attendre » (Beaumarchais, vers 1778), « S'il [un poison] ne tue pas immédiatement, vous ne perdez rien pour attendre ; son effet est aussi sûr qu'il est caché » (Barbey d'Aurevilly, 1874), « Je ne sais pas où il s'est sauvé le bougre, mais il ne perd rien pour attendre, ce voyou-là ! » (Jean Anouilh, 1953). Et voilà comment on est passé du sens premier de « ne pas être désavantagé par la remise d'une décision ; tirer finalement profit du retard apporté dans l'exécution d'une action » à celui, opposé et désormais courant, de « ne pas échapper à une punition, à un châtiment, à une vengeance ; recevoir ce que l'on mérite, récolter ce que l'on a semé, quelque délai que cela exige ».

    Las ! l'ironie qui sous-tend l'acception moderne n'est plus perçue par nos contemporains, ce qui favorise la réinterprétation en ne rien payer pour attendre. C'est là le prix à payer, feront observer les mauvais esprits, pour que la langue ne perde pas la faculté de dire une chose... et son contraire.

    (*) On trouve aussi les variantes (non reconnues par l'Académie) ne rien perdre à attendre et ne pas perdre pour (ou à) attendre, parfois accompagnées du pronom y : « Madame de Polignac n'a rien perdu à attendre ! » (Alexandre Dumas, 1854), « Vous n'avez pas perdu pour attendre » (Eugène Scribe, avant 1861), « Mais soyez tranquille, vous n'y perdrez pas pour attendre » (Joris-Karl Huysmans, 1879).

     
    Remarque 1 : Fred Vargas s'amuse de cette confusion phonétique dans son roman Sans feu ni lieu (1997) : « − Il criait : "Tu paies rien pour attendre ! Tu paies rien pour attendre !" Je n'ai pas compris. − "Tu ne perds rien pour attendre", proposa Louis. − Je vois pas la différence. − Ça veut dire qu'il t'en voulait. »

    Remarque 2 : Les spécialistes ne s'accordent pas sur la valeur de l'infinitif introduit par pour : expression de la cause (« Il ne perd rien pour attendre (parce qu'il attend) », selon Hanse) ou de l'hypothèse (selon Knud Togeby) ?

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Je ne perds rien pour attendre
    .

     


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