• La fête à ne... ne

    « À la fin des années 1980 et jusqu’au début du XXIème siècle, le génie de la création évoluait dans un corps imposant. Des kilos – 41 plus exactement – dont il s’est séparé en 2001 sans ne plus jamais ne les reprendre » (à propos de Karl Lagerfeld, photo ci-contre, récemment disparu).
    (Mathilde Fontaine, sur voici.fr, le 19 février 2019)  

    (photo Wikipedia sous licence GFDL par Georges Biard)

     

    FlècheCe que j'en pense


    On connaît la mode du ne − fût-il explétif ou négatif − qui se répand après sans que en dépit des mises en garde de l'Académie : « Sans ayant une valeur pleinement négative dans sans que, cette locution conjonctive ne veut jamais le ne explétif » (Grammaire de l'Académie française, 1932, citée par Étienne Le Gal), « Sans que doit se construire sans négation, même s'il est suivi d’un mot comme aucun, personne ou rien, qui ont dans ces phrases un sens positif. Exemple : sans que personne puisse s'y opposer, et non : sans que personne ne puisse s'y opposer » (communiqué publié par l'Académie en 1966) (*).

    Mais voilà que l'intrus s'invite dans la construction sans suivi d'un infinitif, par transformation de la complétive (quand le sujet de la subordonnée est le même que celui de la principale) : « Comment parler longtemps sans ne rien dire » (BFMTV), « Un individu habitué à courir dépense davantage que son voisin non-sportif, et ce sans ne rien faire » (Ouest-France), « Sans ne vexer personne » (La Nouvelle République), « Un fonctionnaire des finances publiques est soupçonné d’avoir exploité une épicerie héraultaise sans ne jamais avoir déclaré les recettes » (LCI), « On passe devant sans ne plus y faire attention » (La Provence), « La marque du pluriel sera désormais apportée uniquement au second élément [...] sans ne plus avoir à s'attarder sur la question du sens » (Lucie Carré, « relectrice-correctrice »). Là encore, observe Grevisse, il n'est que trop clair que « ne est amené abusivement par un mot pseudo-négatif » − en l'espèce rien, personne, jamais, ordinairement auxiliaires de la négation mais qui, dans ces exemples, doivent s'entendre positivement au sens de « quelque chose », « quelqu'un », « un jour ». De même, c'est la présence de plus qui entraîne dans son sillage le ne parasite − n'écrirait-on pas à la forme négative : il n'y fait plus attention, il n'a plus à s'attarder sur la question ?

    Sans doute me rétorquera-t-on, et avec quelque apparence de raison, que ce phénomène ne date pas d'hier. Le XVIe siècle, notamment, « fournit un contingent assez important d'exemples où ne se montre dans de pareilles conditions auprès de l'infinitif », confirment Damourette et Pichon dans Des Mots à la pensée : « Ils ne peuvent entierement posseder [la prudence] sans ne rien ignorer de ce que dict est » (Jean du Tillet, avant 1570), « Sans jamais ne luy en avoir fait ne dit aucune chose » (Pierre de L'Estoile, 1583), « Sans ne laisser en si grande misere Paistre mes yeux de la haulte lumière » (Jean de Vitel, 1588). Deux siècles plus tôt, point défilait déjà au côté de sans devant un infinitif : « Dont elle tenra closement Son secret, sans point reveler » (Guillaume de Machaut, vers 1349), « Sans point faire de noise » (Miracle de Théodore, 1359). Ces exemples ne sont pas à imiter en français moderne, au risque de verser dans la redondance, voire... dans le franc bégaiement !

    (*) On notera toutefois que l’Académie tolère désormais la présence dudit ne lorsque la principale est elle-même négative (voir cet article).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Des kilos qu'il a perdus sans jamais plus les reprendre.

     


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  • Incomb(l)e !

    « Autant de symptômes que j'incombais dans un premier temps au stress. »
    (Nathalie Majcher, dans son livre 1 mois pour se libérer du sucre, paru chez Hachette)  

     

     

    FlècheCe que j'en pense


    Voilà un solécisme pur sucre, que n'a pas manqué de relever un habitué de ce blog(ue). Rappelons en effet que le verbe incomber n'admet pas de complément d'objet direct ni, du reste, de sujet animé. Autrement dit, on ne saurait incomber quelque chose à quelqu'un (par confusion avec imputer, attribuer ?). Seules deux constructions sont consignées dans les ouvrages de référence actuels : (personnelle) quelque chose incombe à quelqu'un (plus rarement à quelque chose) (1) et (impersonnelle) il incombe à quelqu'un (plus rarement à quelque chose) de faire quelque chose (2). Comparez : « C'est à lui que cette tâche incombe » et « C'est à vous qu'il incombe de faire cette démarche » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie).

    Les latinistes me rétorqueront sans doute que le verbe incumbere (« s'étendre sur, s'appuyer sur ; se pencher vers, se jeter sur ; peser sur, s'abattre sur ; s'adonner à, s'appliquer à ; revenir à, être imposé à »), dont est emprunté le français incomber, s'est employé à l'occasion avec l'accusatif... mais seulement au sens propre, si l'on en croit le Grand Dictionnaire de la langue latine de Wilhelm Freund (traduit de l'allemand et complété par Napoléon Theil) (3) ! D'autres feront observer que incomber est attesté sous la plume de Georges Chastelain (vers 1470) comme verbe tantôt transitif direct, au sens de « concerner », tantôt transitif indirect, au sens de « s'abattre sur » (selon le Dictionnaire historique de la langue française) : « [Les] affaires qui peuvent et pourront incomber tous les jours deçà et delà », à côté de « À vous ils [mes regrets] touchent et incombent comme à moy propre », « Les glorieuses fortunes et les haulx excellents faits peuvent incomber à toutes personnes grandes et mendres ». Voire. Car enfin, ne pourrait-il s'agir, dans le premier exemple, d'un emploi absolu de notre verbe ? Cela s'est vu en latin : « Nunc incumbere tempus [Le moment est venu d'user de toutes vos forces] » (Ovide) et aussi en français : « Se concerter avec qui il incomboit » (Jacques-Joseph-Augustin De Stassart de Noirmont, 1789), « Accusation qui incombe [= qui pèse] » (Gustave de Ponton d'Amécourt, 1853). Et quand bien même l'emploi transitif direct serait confirmé chez Chastelain, le cas n'aurait rien d'isolé : que l'on songe à mentir, obéir, ressembler..., qui ont connu simultanément les deux constructions avant de choisir leur camp. À y regarder de près, le verbe incomber a surtout été accommodé à toutes les sauces prépositionnelles. Jugez-en plutôt : (incomber à) « Les uns s'en vont incumber [= s'adonner, s'appliquer] aux chorées » (Rabelais, avant 1553), « Les charges qui vous incombent vous sont insupportables » (Sommaire discours des justes causes et raisons, 1577) ; (incomber sur) « [Le] désastre qui incombe [= pèse, s'abat] sur vos testes » (Adam Henricpetri, 1582), « Tout incomboit [= reposait ?] donc sur la fortune du père » (François-Charles Huerne de La Mothe, 1758), « On devrait avoir, pour le labourage, de la considération ; [...] mais le malheur des temps est qu'on incombe sur lui fortement » (Cahiers de doléances, 1789), « Incomber sur quelqu'un n'est pas français. On l'emploie improprement pour signifier "dire de quelqu'un des choses dures et désobligeantes" » (Jean-François Michel, 1807), « Incomber sur est mis à la place de tomber dessus par des officiers de la garde nationale de Nancy introduits à la barre : "On a armé vingt spadassins, disent-ils, pour incomber sur ces jeunes gens". Incomber sur est peut-être un lotharingisme » (Ferdinand Brunot, 1939) ; (incomber dans) « Incomber (terme de jurisprudence). Se soutenir, s'appuyer, tomber dans le sens. Cette pièce incombe dans les premières pièces produites au procès » (Dictionnaire général de François Raymond, 1832) ; (incomber de) « Surquoi nous incombons de réfléchir » (Jean-Baptiste Bousmar, 1823), « Parer à l'imprévu, qui pourrait incomber De cet état venant tout à coup à tomber » (P. Durand, 1854).

    Toujours est-il que l'emploi de incomber avec un objet direct ou un sujet de personne (j'incombe, tu incombes...) reste rare, pour ne pas dire exceptionnel, dans l'ancienne langue comme en français moderne (4) : « Cette deliberation nous seuls et nullement autruy incombe » (Pierre Jeannin, 1608), « Ainsi qu'il me l'incombe » (Fulgence Girard, 1842), « La redoutable tâche qui l'incombe » (Le Réveil du Nord, 1906), « Une espèce de brume physique [...] que j'incombe à l'insolite chaleur du beau temps » (Mireille Havet, 1926), « J'incombe la défaite de Murat à l'attitude d'un public chauvin » (Paris-Soir, 1931), « Il savait à qui il fallait incomber la faute » (Simone Hilling, 2015). Ledit verbe, au demeurant, paraît peu usité jusqu'au milieu du XVIIIe siècle ; ne passe-t-il pas pour un néologisme, en 1781, aux yeux de l'abbé Grosier : « [M. Tardiveaux] devroit s'abstenir de termes nouveaux, et créés par lui-même [!], qui quoique dérivés du latin, et intelligibles pour ceux qui entendent cette langue, n'en sont pas moins obscurs pour le peuple [...]. Entr'autres le terme d'incomber dont il se sert dans la signification du mot latin incumbere, qui signifie "il m'appartient, il est de mon devoir" » (Journal de littérature, des sciences et des arts) ? Et encore au siècle suivant : « Incomber. Peser sur. Cette tâche lui incombe. Peu usité » (cinquième édition du Dictionnaire universel de Claude-Marie Gattel, 1838). Il faut attendre le Complément du Dictionnaire de l'Académie française de 1842 pour voir répertorier les deux acceptions (reprises au latin [5]) qui perdurent dans l'usage contemporain : « Incomber (jurisprudence). S'appuyer sur, tomber dans le sens de [venir à l'appui de, selon Bescherelle ; se rattacher à (des pièces judiciaires), selon le TLFi]. Cette pièce incombe à celles qui sont au dossier. Il s'emploie quelquefois, dans le langage ordinaire, en parlant d'une charge, d'un devoir qui est imposé à quelqu'un, qui est au nombre de ses obligations. C'est à lui que ce devoir incombe. » On notera au passage le recours à la seule construction avec la préposition à. Il m'incombait de vous le faire remarquer...

    (1) Ressortissent à ce modèle les tours du genre : « L'honneur m'incombe d'évoquer un grand absent » (Daniel-Rops, 1956).

    (2) Ressortissent à ce modèle les tours du genre : « Il nous incombe le devoir impérieux de défendre cet incomparable héritage » (Jean-Luc Marion, 2018), où il est sujet apparent et le devoir impérieux... sujet réel.

    (3) « Au propre, construit avec in, ad, super ou le datif, et aussi avec le simple accusatif. »

    (4) Cette curiosité est mentionnée dans le Wiktionnaire : « (Sens non classique, mais parfois rencontré) Faire porter la responsabilité de (quelque chose). »

    (5) « En parlant d'une obligation, reposer sur, peser sur, incomber à (en ce sens il ne se trouve que postérieurement à l'époque classique). Ei incombit probatio, c'est à lui de fournir la preuve (Julius Paulus, début du IIIe siècle) » (Grand Dictionnaire de la langue latine).

    Remarque : On s'étonne de lire dans le Lexique des termes administratifs (rédigé en collaboration avec la maison Robert) cet exemple : « Son entretien en incombe à la commune ➝ la commune est responsable de son entretien, c’est à la commune de l’entretenir. » À quoi peut bien renvoyer le pronom en ?

     

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    Autant de symptômes que j'attribuais dans un premier temps au stress.

     


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  • Ah que coup coût !

    « Un petit sondage auquel je me suis livré a révélé : "Le sexe, ça me dégoûte (20 %), ça m'angoisse (30 %) ou ça ne vaut pas le coup (ça ne vaut pas le coût ?)." Globalement, il m'a semblé que 50 % de la population serait favorable à la mort du sexe. »
    (Boris Cyrulnik, dans son livre Sous le signe du lien, paru en 1989 aux éditions Pluriel)  

     

    FlècheCe que j'en pense


    Difficile, à la lecture de ce « petit sondage », de ne pas accuser le coup, quant au fond, et le coût, quant à la forme. Car enfin, les esprits dans le coup ne manqueront pas de faire valoir que la graphie valoir le coup est seule reconnue par les ouvrages de référence : « Valoir le coup : valoir d'être tenté ; avoir de l'intérêt, de la valeur. Ça ne vaut pas le coup de se déranger. Un spectacle qui vaut le coup » (Robert), « Valoir le coup, valoir la peine qu'on va se donner pour l'obtenir » (Larousse), « Valoir le coup (familier). Valoir la peine » (TLFi), « Ça ne vaut pas le coup » (Hanse), « Allez-y, ça vaut le coup » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie).

    Mais de quel coup parle-t-on au juste ? Là est toute la question, tant le choix entre les quatre cents proverbiaux embarrasse. On pense, selon le contexte, au coup de pinceau : « Il y a beaucoup d'autres personnages, mais ils ne valent pas le coup de pinceau » (Louis-Narcisse Baudry Des Lozières, 1809) ; au coup d’œil : « Va, ton sort ne vaut pas le coup d'œil qu'il te coûte ! » (Lamartine, 1830) ; au coup de sifflet : « C'est un faucon qui suit le vent et qui ne vaut pas le coup de sifflet qu'on donne pour le rappeler » (Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret, 1835) ; au coup de poing : « Tous ces gens-là sont des lâches, qui ne valent pas le coup de poing » (Ponson du Terrail, 1866) ; au coup d'aile : « L'argument ne vaut pas le coup d'aile » (Raoul Lafagette, 1891) ; au coup de dés (1) : « L'affaire vaut le coup de dés » (Georges de La Fouchardière, 1930) ; au coup de reins (si tant est que la chose soit encore pratiquée), dans le registre grivois : « Valoir le coup. Expression employée par l'homme, à l'égard de toute femme qui, n'étant pas belle, a cependant quelque chose qui plaît : Elle vaut le coup, c'est-à-dire : elle mérite qu'on la baise au moins une fois » (Alfred Delvau, 1864) ; beaucoup moins, convenons-en, au coup de fusil qui, selon le lexicographe Gaston Esnault, tient pourtant la corde, depuis que Vidocq, qui en connaissait un rayon en argot des voleurs, a évoqué dans ses Mémoires (1829) les méthodes crapuleuses de fausses veuves promptes à détrousser les prêtres qui leur semblaient « valoir le coup de fusil (c'était leur expression) » (2). La métaphore est moins incongrue qu'il n'y paraît : ne lit-on pas dans la traduction française des Voyages en Guinée (1793) de Paul Erdmann Isert que bécasse, perdrix et autre menu fretin (si l'on me permet cette comparaison...) n'ont guère de succès auprès du chasseur africain, qui « ne les estime pas valoir le coup » ? (3) Elle ne fait pas l'unanimité pour autant. Que l'on songe à cet extrait d'un poème de Jean-François-Benjamin Dumont de Montigny, composé vers 1729 : « On fit bâtir un pont de bois de telle sorte / Que, pour le construire, il en coûta beaucoup, / Et qui, disons le vrai, n'en valoit pas le coup » (L'Établissement de la province de la Louisiane). S'agit-il d'une allusion au coup de fusil des chasseurs ? Bien malin qui pourrait l'affirmer à coup sûr... Toujours est-il que valoir le coup (de fusil) est attesté, en parlant d'une proie (au propre comme au figuré), comme variante populaire de valoir la peine (qu'on s'y intéresse) (4).

    Coup de chance, l'Académie établit le même parallèle entre valoir le coup et valoir la peine, mais en partant d'un postulat différent : « C’est dans son sens général d'“entreprise limitée, audacieuse et rapidement conduite” que coup est ici employé, lit-on sur son site Internet. On parle d'un coup d’éclat, de génie et, dans la langue familière, on utilise les expressions être sur un gros coup, faire les cents [sic] coups ou encore, dans la langue populaire, ça vaut le coup, “cela vaut la peine de se déranger, c'est intéressant”. » Et elle ajoute : « Ce n'est donc pas la métaphore financière (comme [on pourrait le croire] en pensant à la graphie coût) qui prévaut ici, mais plutôt celle de l'effort, de l'action. » Grande est en effet la tentation, en raison de la proximité du verbe valoir, de substituer à coup l'homophone coût, notamment dans des contextes où il est question d'argent : « Moyennant vingt sols, on pourra se promener toute la journée dans tout ce musée [le Louvre]. Cela vaut le coût » (Paul Souday, 1917), « C'est cher, mais ça vaut le coût » (Pierre Daninos, 1986), « La différence en vaut le coût » (Jean Delisle, 2003).

    Le phénomène n'est pas nouveau. En 1936, déjà, Pierre Lagarde s'interrogeait en ces termes : « On connaît l'expression populaire : "Ça ne vaut pas le coup." On l'écrit toujours ainsi. Mais (et nous posons la question à M. Abel Hermant, et surtout au populiste M. André Thérive) ne serait-il pas plus logique d'écrire : "Ça ne vaut pas le coût ?" » (Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques). Réponse indirecte et tardive de l'un des intéressés : « Pour ma part, je crois bien que, sans y penser, j'aurais écrit cela ne vaut pas le coup, confessait Abel Hermant en 1939 à une correspondante plaidant en faveur de la graphie avec coût, qu'elle interprétait comme "cela ne vaut pas ce que cela coûte". [...] Supposez un homme de main, à qui l'on propose un mauvais "coup" aléatoire ou dont il juge le bénéfice insuffisant. Ne dira-t-il pas : "Non merci ! Cela ne vaut pas le coup" ? » La graphie valoir le coût est-elle pour autant incorrecte ? Si l'auteur des Chroniques de Lancelot ne la condamne pas explicitement, d'aucuns, arguant que valoir et coûter sont synonymes, lui trouvent des airs pléonastiques ; l'argument, quand il ferait illusion lorsque valoir s'entend au sens de « correspondre à (une certaine valeur) », ne tient plus dans le cas qui nous occupe, où le verbe signifie « être suffisamment utile, intéressant pour légitimer (quelque chose), mériter (un effort, un sacrifice) ». D'autres − dont Boris Cyrulnik ? − n'y voient qu'un clin d’œil orthographique : « Le petit des Roulures a injurié publiquement la belle Laure d'Arlon. Il a été traduit devant les juges. Coût : 16 francs. Le petit des Roulures a dit en souriant : "Ça vaut le coût" » (journal humoristique Le Frou-frou, 1901), « Le jeu de mots "ça vaut le coût" [...] fait référence à l'expression "valoir le coup", mais ici avec la connotation de l'argent (le coût) » (Delphine Jégou, 2015). Cette vision, que favorise l'homophonie entre coup et coût, est trompeuse à plus d'un titre. D'abord, parce qu'elle donne à croire que la notion d'argent serait étrangère à la graphie valoir le coup. C'est évidemment faux : « Perdre encore une pièce de vingt sous pour ne voir que la moitié du spectacle, cela ne vaut pas le coup » (Richard O'Monroy, 1895), « Pour quelque argent, pour quelques sous, il risque sa vie. [...] Ça ne vaut pas le coup − comme on dit − le mauvais coup... » (Maurice Prax, 1923), « La station [spatiale] n'est pas rentable, voilà, finalement ça ne vaut pas le coup, [...] la dépense dépasse le gain » (Céline Minard, 2007). Ensuite, parce qu'elle évacue d'un coup de balai les emplois figurés du mot coût (dépense en temps, en effort, etc. et pas seulement en espèces sonnantes et trébuchantes) : « Un secret vaut le coût humain de son dévoilement » (Marc Wetzel, 2000). Enfin, parce que valoir le coût existe de longue date, indépendamment de valoir le coup. Qu'on en juge : « Lorsqu'on ne trouve rien dans la succession, [...] on fait faire un procès-verbal qui constate que cette succession manque d'objets, ou que ce qu'il y a ne vaut pas le coût d'un inventaire » (Eustache-Nicolas Pigeau, 1779), « Ce n'est point vous qui avez [rédigé ce papier] : vous avez signé, vous avez payé, répandu, expédié, mais c'est un vieux porte-plume à vos gages qui a pondu cet œuf-là. Je vous préviens que vous êtes volé. Cela ne vaut pas le coût » (H. Marchais, 1885), « Le minerai n'est pas riche et ne vaut pas le coût de l'exploitation » (Pierre Sauvaire de Barthélémy, 1899), « [Condillac] dit que "la chose coûte parce qu'elle a une valeur", c'est-à-dire que l'acheteur consent à en donner un certain prix, parce qu'il estime qu'elle vaut le coût, parce qu'il lui attribue une valeur égale à son coût » (Bertrand Nogaro, 1944), « Un bien qui, à leurs yeux, ne valait pas son coût » (Les Cahiers français, 2003), « Quels textes valaient le coût du support (papyrus ou parchemin) ? » (Rémi Brague, 2014). Aucun jeu de mots, convenons-en, dans ces exemples où coup ne saurait être substitué à coût. Autrement dit, nous avons bien affaire à deux tours différents : l'un qui s'est lexicalisé (en raison du « flou polysémique » de coup ?) avec le sens général de « mériter la peine (effort physique, financier, intellectuel, etc.) que l'on se donne ; être digne d'intérêt », quand l'autre, conservant le statut de syntagme libre, s'est spécialisé dans les comparaisons en valeur pécuniaire (5).

    Le piquant de l'affaire, cela dit, surgit au détour d'un article du Dictionnaire du moyen français : n'y apprend-on pas que coût est attesté au XVe siècle au sens figuré de... « peine qu'on se donne pour obtenir quelque chose » (repris à coûter « causer une peine, un effort à quelqu'un ») : « Si sçay trop mieulx qu'en doit valoir le pris / Ne d'en parler ne doy estre repris, / Car a chier coust l'ay a l'essay apris », « Nul bien n'est prisié sans coust » (Alain Chartier, vers 1415) ? Aussi peut-on affirmer, sans trop chercher à discuter du sexe des anges, que la graphie valoir le coût avait toute légitimité pour servir de variante à valoir la peine. Et que l'usage, en somme, lui a fait un bien mauvais coup.

    (1) Telle est la conviction du Dictionnaire historique de la langue française, qui rattache cet emploi de coup au sens de « acte effectué selon les règles d'un jeu ».

    (2) Et aussi : « Il y avait deux bécasses qui ne valoient pas le coup de fusil » (Jean-Baptiste Duchemin de Mottejean, 1782, cité par Jules-Marie Richard), « Deux [religieux] furent massacrés, un troisième, très dangereusement malade, ne parut pas aux brigands valoir le coup de fusil » (Hervé-Julien Le Sage, 1825), « Il ne vaut pas le coup de pistolet que tu fis donner au comte de Soissons » (Alfred de Vigny, 1826), « Il n'avait garde de brûler sa poudre pour ce petit gibier qui ne valait le coup de fusil » (Fanny Reybaud, 1841), « Ils [les ennemis du peuple] ne valent pas le coup de fusil, mais ils méritent le pied au cul » (Jules Vallès, 1876), etc.

    (3) De 1793 date également cet emploi figuré : « Le président allait consulter l'assemblée sur la proposition, quand la voix d'un homme, qui sans doute voulait le [Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux] sauver, s'éleva du milieu de la Montagne, et fit entendre ces paroles grossières : "Eh ! ne voyez-vous pas que le b... va crever ! il ne vaut pas le coup" » (anecdote rapportée dans la Biographie nouvelle des contemporains, 1823).

    (4) Il en est d'autres : valoir le jus (où jus s'entend au sens de « bénéfice, profit », que l'on retrouve dans l'adjectif juteux, « lucratif, rémunérateur, avantageux »), la chandelle, le détour, etc.

    (5) En l'absence de complément prépositionnel, l'hésitation entre les deux graphies est parfois possible. Celle avec coût ne se justifie que si l'idée générale et subjective de risque (ou d'effort) et de profit contenue dans valoir le coup mérite d'être restreinte à sa seule dimension pécuniaire. Comparez : Ce petit gibier ne vaut pas le coup (= le chasser serait une perte de temps et d'argent, parce que sa valeur marchande ne dépasse pas celle de la cartouche utilisée, parce qu'il est trop maigre en cette saison, parce qu'il s'agit d'une espèce protégée et que le risque auquel on s'expose est trop grand, parce que la détonation va effrayer le gibier plus intéressant, etc.) et Ce petit gibier ne vaut pas le coût (uniquement pour des considérations d'argent).
    Dans Exercices spirituels pour managers (2014), l'économiste Étienne Perrot écrit : « Sur le terrain des valeurs, le dirigeant s'interrogera pour savoir si l'objectif qu'il poursuit et les moyens qu'il compte utiliser pour y parvenir "valent le coût". Le coût ne s'entend pas uniquement comme le prix payé par lui-même ou par son entreprise en termes monétaires, mais les efforts de toute sorte, en pénibilité comme en manque à gagner, en climat de travail comme en image d'entreprise. » Pour le coup, c'est bien plutôt valoir le coup que l'usage a consacré dans ce sens large.

    Remarque 1 : L'expression valoir la peine est attestée depuis le XVIe siècle au sens de « mériter que l'on se donne du mal, être assez important pour » : « Il [= mon propos] seroit trop long à rescrire et ne vaut la peine » (Jean Crespin, 1565), « J'espère qu'elle [= la mort] ne vaut pas la peine que je prens a tant d'apretz que je dresse et tant de secours que j'appelle et assemble pour en soustenir l'effort » (Montaigne, 1580), « Reste de savoir si ce qu'il propose vaut la peine d'estre escrit et leu » (Simon Goulart, 1580), « La peine est perdue quand mesmes on a obtenu, si ce a quoy on visoit, ne valoit la peine » (Nicolas de Cholières, 1585).

    Remarque 2 : L'Académie fait preuve d'inconséquence quand elle écrit dans la neuvième édition de son Dictionnaire : « Ça vaut le coup », mais « [Valoir la peine] s'emploie souvent avec le pronom adverbial En. La chose en vaut la peine ». L'hésitation sur l'usage du pronom en dans ce type de construction ne date pas d'hier : « Valoir le coup, en valoir le coup ; valoir la peine, en valoir la peine » (Henri Bauche, 1920) ; elle peut s'expliquer par la capacité dudit pronom à reprendre une idée exprimée en amont : « Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine [= elle vaut la peine d'être montrée] » (Danton, 1794), « Ne vous tourmentez plus pour ce qui n'en vaut pas la peine [= ce qui ne vaut pas la peine qu'on se tourmente] » (Anatole France, 1894), « Vous passeriez tout net pour un calomniateur ou pour un fol. [...] Ça n'en vaut pas le coup [= ça ne vaut pas le coup de prendre un tel risque] » (Proust, 1923), « Nos deux hommes durent peiner de longues heures avant d'apercevoir enfin l'eau [...]. Mais le spectacle en valait le coup [= le spectacle valait le coup de faire tous ces efforts] » (Paul Bussières, 1991). On dira aussi bien sans en : « Si vraiment on peut avoir un machin à grand tirage avec photos, reportages, etc., ça vaudrait tout de même le coup » (Simone de Beauvoir, 1954), « Sans doute, demeurais-je obligé de connaître personnellement de tout ce qui valait la peine » (Charles de Gaulle, 1954).

    Remarque 3 : Il est intéressant de noter que l'anglais a, de son côté, l'expression it's worth having a shot at (ou it's worth a shot), où shot peut s'entendre, comme en français, au sens de « coup (de feu) », de « coup (au jeu) », etc.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    À chacun de se forger sa propre opinion sur ce coup-là.

     


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  • « La bûche, le dessert incontournable des fêtes de fin d'année. »
    (paru sur lci.fr, le 24 décembre 2018)  

     

    FlècheCe que j'en pense


    On en apprend de belles, sur le site Internet de l'Académie ! Figurez-vous que les remarques normatives insérées dans certains articles de son... incontournable Dictionnaire visent notamment, nous dit-on, « à indiquer le bon usage par une recommandation d'emploi qui met en lumière les constructions, les nuances diverses que permet la langue. [Par exemple :] INCONTOURNABLE adj. (…) Qu’on ne peut tourner, qu’on ne saurait ignorer, négliger. Une difficulté incontournable. L’emploi de ce mot est déconseillé dans la plupart des cas ; on utilisera de préférence Inévitable, Indispensable. » Avouez que l'on a connu argumentation moins évasive et plus... lumineuse. Car enfin, serait-ce trop demander à l'illustre assemblée que de nous éclairer sur l'usage précis dudit adjectif ?

    Dans le doute, tournons-nous vers le Dictionnaire historique de la langue française, qui doit en connaître un rayon sur l'intéressé : « Incontournable, y lit-on, non attesté au sens prévisible de “que l'on ne peut pas contourner”, s'est imposé (vers 1980) dans le langage journalistique et le jargon à la mode avec le sens figuré d'“inévitable, obligatoire”. » Les bras m'en tombent : mais de quel « sens prévisible » parle-t-on ? Alain Rey et ses équipes (qui, soit dit en passant, ignorent superbement l'antonyme contournable) sont pourtant bien placés pour savoir que le verbe contourner a accumulé les acceptions depuis le XIIIe siècle : « être situé (en parlant d'une terre) », « (se) tourner vers », « changer, modifier, déformer », « faire des contorsions », « détourner (une somme d'argent) », « donner tel tour à sa conduite », « entourer (de ses bras, d'un mur) », « faire le tour de », « tracer, façonner les contours d'une figure, d'un vase », etc. Pis, à l'imprécision ledit ouvrage ajoute la contrevérité historique : incontournable est bel et bien attesté, fût-ce rarement et tardivement, au sens concret de « dont on ne peut pas faire le tour » (si tel était le « sens prévisible » sous-entendu) ; nous y reviendrons. Enfin, l'objet d'une mode qui dure depuis plus de quarante ans peut-il sérieusement être ravalé au rang de jargon ?

    N'en déplaise aux grincheux, l'emploi figuré de incontournable est désormais accueilli avec bienveillance par la plupart des spécialistes de la langue. Jugez-en plutôt : « Il reste à constater un fait incontournable » (Nina Catach, 1984), « Faire intégrer cette donnée incontournable à l'équipe » (Claude Duneton, 1991), « L'emploi de cet adjectif [bon] suivi de l'adverbe bien réduit à "bin" donne naissance à cet incontournable "bon bin" » (Jacques Capelovici, 1992), « L'accord du participe passé en demeure l'incontournable pont aux ânes » (Marc Wilmet, 1999), « On ne peut que s'inquiéter pour notre langue dans un domaine [les mathématiques] où elle était encore "incontournable" il y a quinze ans à peine » (rapport de l'association de défense de la langue française Le Droit de comprendre, 1999), « L'emprunt à l'anglais must est parfois employé en français pour désigner quelque chose d'obligatoire ou d'incontournable » (Office québécois de la langue française, 2002), « Selon ce principe incontournable » (Henriette Walter, 2009), « La formation des cadres supérieurs est devenue un aspect incontournable de la politique de développement » (Bernard Cerquiglini, 2010), « Un incontournable repas de famille » (Jean Pruvost, 2013), « Il faut citer l'incontournable – comme on dit aujourd'hui – Gaston Lagaffe » (Jean-Pierre Colignon, 2015), « C'est la grammaire incontournable des utilisateurs les plus exigeants de la langue française » (quatrième de couverture de la seizième édition du Bon Usage, 2016). Le bougre se niche même dans les écrits (jargonnesques ?) d'Alain Rey : « Plusieurs auditrices et quelques auditeurs se préoccupent du vocabulaire d'Internet, qui devient de plus en plus incontournable, comme on dit » (2010), « [Le DJ], figure incontournable de la culture populaire » (2017) et jusque sous des plumes académiciennes : « Un moyen incontournable d'intégration » (Hélène Carrère d'Encausse, 1983), « Le rendez-vous incontournable d'une matinée salzbourgeoise » (Pierre-Jean Remy, 2007), « Reste ce fait incontournable » (Alain Finkielkraut, 2016), « [L'anglais malapropism] est devenu outre-Manche familier et incontournable » (Michael Edwards, 2018) (1). Allez faire la fine bouche, avec pareilles cautions...

    Après tout, le mot n'est-il pas correctement formé sur contournable, attesté chez Montaigne à la fin du XVIe siècle (2) : « [La raison] est un util soupple, contournable et accommodable a toute figure », « Une ame contournable en soy mesme », « Les reproches que nous faisons les uns aux autres [...] sont ordinerement contournables vers nous » ? Rien à voir, m'objectera-t-on de prime abord, avec l'acception moderne du composé incontournable, que le préfixe in- soit analysé comme privatif (faisable → infaisable) ou comme locatif (incorporable) : l'adjectif contournable s'entendait alors (selon Cotgrave, Bescherelle, Lachâtre et Huguet) au sens de « flexible, malléable, qui se tourne aisément ; qui peut faire retour sur soi », hérité du verbe pris dans son acception de « tourner, changer, modifier ». Qu'à cela ne tienne : contourner a plus d'un sens dans sa hotte, et celui de « suivre le contour de, faire le tour de » fera bien l'affaire. Godefroy croit le déceler dans un texte de 1311 : « Doux jornaus qui contournent sus la terre Estevenate », mais on en trouve plus sûrement la trace à partir de la fin du XVIe siècle : « On diroit proprement, ayant si legerement contourné toute la sale [de bal], qu'elle vient de glisser sur une ferme glace » (Gabriel de Minut, 1587), « Il y a quelque chemin qui contourne autour de la Place » (Antoine de Ville, 1628), « Autant de place en la forest [...] qu'un asne en pourroit contourner marchant toute la nuict » (Georges-Étienne Rousselet, 1631), « [Les Barbares] contournerent la montagne de Sainte Venturi » (Jean Scholastique Pitton, 1666) (3). Et de fait, n'en déplaise à Alain Rey, des emplois de contournable, puis de incontournable liés à ce sens concret virent le jour au tournant du XXe siècle : « Le mont Bamba ne me paraît pas contournable » (Léon Jacob, 1888), « C'est un obstacle facilement contournable [à propos d'une montagne dans une île] » (Félix Regnault, 1892), « Des blocs de dunes, [...] isolés, réduits, accidentels, contournables, tout aussi aisément que ces blocs de granit » (La Revue mondiale, 1908), « La grande crevasse [était] facilement contournable » (Paul-Louis Mercanton ?, 1922) ; « Buter du front contre le mur incontournable » (Émile Henriot, 1923), « Un front de départ continu et appuyé à des obstacles incontournables » (Louis Chauvineau, 1939).

    L'histoire aurait pu en rester là si l'acception figurée de contourner dont procède le contournable de Montaigne n'avait été ravivée au XVIIIe siècle. Comparez : « Contourner le jugement des evenements souvent contre raison, à nostre avantage », « Contourner et tordre la narration à ce biais », « Contournant ses paroles à gauche » (Montaigne, 1580) et « Il ne s'agit que d'exaggérer, d'altérer ou de contourner certains faits » (Jacob Vernet, 1747), « Contourner le sens de ce trait d'Histoire » (François-Nicolas d'Alt de Tieffenthal, 1750), « S'il est [un avocat] qui s'applique à éluder la loi, s'il use de ses talens pour contourner la vérité » (Puget de Saint-Pierre, 1773). C'est, me semble-t-il, à ce sens ancien (« tourner, changer, modifier, infléchir », d'où « déformer, altérer ») que l'on doit rattacher la première attestation connue de l'adjectif incontournable dans un emploi figuré : « Ma royauté est un fait incontournable et je ne sais au nom de quel principe on pourrait la nier » (lettre d'Antoine de Tounens au journal Le Charivari − qui s'était gaussé de sa couronne de pacotille −, datée du 31 août 1872 et citée dans la revue Histoires littéraires). Le « fait incontournable » de De Tounens est un fait brut, inaltérable, inflexible, digne héritier (avec la vérité ou la parole incontournable) de l'« outil contournable » de Montaigne !

    Mais une autre acception figurée de incontournable se profilait déjà, à partir cette fois du sens « éviter (en usant de moyens détournés) » nouvellement acquis par contourner à la faveur d'une extension somme toute logique, pour peu que l'on s'avise que de contourner la vérité à contourner la loi il n'y avait qu'un pas, lequel fut d'autant plus allègrement franchi que le sens concret « faire le tour (d'un obstacle matériel) » sous-tend la notion d'évitement (4) : « Il faut réformer l'abus sur la loi, et non l'excuser en la contournant » (Gabriel-Nicolas Maultrot, 1787), « On contourna la difficulté » (Alexandre Parent du Châtelet, 1834), « Vainement vous avez contourné la question » (Le Cocher, 1846). Toujours est-il que c'est élevé au rang de substantif que incontournable s'imposa aux philosophes français du milieu du XXe siècle pour traduire l'allemand das Unumgängliche qui, dans la réflexion heideggerienne sur la science, désigne à la fois « ce qui est inévitable parce qu'on ne peut s'en détourner et ce dont on ne peut pas faire le tour au sens où l'on dit faire le tour d'une question » (d'après le Dictionnaire Martin Heidegger) : « Il s'agit d'un temps essentiellement fini, condition originaire de l'incontournable » (Jean Beaufret, 1945), « Il est du moins permis de dire, à propos de la science littéraire, que la présence d'un incontournable y est plus sensible que dans tout [sic] autre science particulière » (François Fédier, 1959). Attrait pour le vocabulaire philosophico-psychanalytique oblige, le mot passa comme adjectif et comme nom dans la langue courante, où il connut une fortune envahissante, à partir des années 1970, pour qualifier une chose ou une personne qui s'impose à tous, que l'on ne saurait éviter, ignorer, négliger (5) : une difficulté incontournable (= à laquelle il faut faire face, que l'on ne peut ignorer, négliger), une réforme incontournable (= indispensable, dont on ne peut faire l'économie), un livre incontournable (= qu'il faut avoir lu), un auteur incontournable (= qui fait autorité, qui est une référence) (6) et, substantivement, les incontournables de l'été (= ce qu'il faut absolument faire, voir, lire ou posséder pour être à la mode).

    Alors oui, concède la linguiste Henriette Walter dans Le Français dans tous les sens (1988), « on peut concevoir que ce vocabulaire, faussement ou vraiment intellectuel, puisse porter sur les nerfs ou faire sourire par son caractère répétitif ou prétentieux, mais, sur le plan du fonctionnement de la langue, il n'a rien pour choquer les amateurs de français ». Aujourd'hui que l'attrait de la nouveauté s'est émoussé, que le métissage philosophique n'est plus perçu, ne peut-on reconnaître quelque utilité à cet incontournable annoncé de longue date par Montaigne ? D'aucuns en doutent encore : « Mot long, sonore, à la mode, et en général dépourvu de toute signification » (André Cherpillod, 1992), « Barbarisme inconnu des dictionnaires jusqu'au début des années 80, [qui] s'emploie dans des contextes si divers qu'on ne voit pas quel équivalent précis lui donner dans la langue "normale" » (Patrice Bollon, 2002). Quant à l'Académie, elle admet l'emploi de contourner au sens étendu et figuré de « éluder, éviter en recourant à des moyens détournés » (Contourner une difficulté. Contourner la loi, le règlement, la consigne), mais s'étonne ensuite que le dérivé incontournable vienne concurrencer inévitable et indispensable − comprenne qui pourra. Les trois adjectifs, au demeurant, ne me semblent pas strictement synonymes. Le fait incontournable (qu'il s'agisse de celui de De Tounens ou de celui d'aujourd'hui) n'est pas tant inévitable (« qui se produit nécessairement ») ni indispensable (« dont on ne peut se passer ») que propre à s'imposer à tous.
    Ne tournons pas plus longtemps autour du pot : malgré les embûches dressées sur son chemin, incontournable a encore de beaux Noëls devant lui...
     

    (1) Le contraste avec certains de leurs aînés est saisissant : « Le style intellectuel affaiblit malheureusement la diatribe [...] ; l'opinion est, bien entendu, "concernée" et la question est "incontournable" » (Jean Dutourd, 1985), « La France désormais était une réalité, non pas "incontournable" comme on dit aujourd'hui par un tic pervers » (Maurice Druon, 1987), « Ces volontés d'autant plus "incontournables", pour parler chic, que ce sont de bonnes volontés » (Bertrand Poirot-Delpech, 1987).

    (2) Le mot contournable, qui semble avoir été inventé par Montaigne, eut bien du mal à survivre à son géniteur. C'est tout juste si on le trouve chez Pierre Charron, grand imitateur de l'auteur des Essais : « [L'esprit] est un outil vagabond, muable, divers, contournable » (1601), chez Jean-Pierre Camus : « Nostre perverse et corrompue nature ployable et contournable plustost à mal qu'à bien », « Un esprit souple, ployable et contournable à divers sens » (1609) et chez Charles de Saint-Évremond : « Tout ainsi que l'esprit est vague et contournable » (1650). Enregistré dans le Dictionnaire de Cotgrave (« Plyable ; which may be turned anyway », 1611), il se verra refuser l'accès à celui de l'Académie (1694), qui le tenait déjà pour un archaïsme. De nos jours, il est absent des dictionnaires usuels « car moins fréquent dans l’usage que son antonyme » (selon le site Orthonet).

    (3) Et encore : « Saturne employe un an, treize jours, et quelques heures a contourner son epicycle » (Étienne Petiot, 1674), « En contournant une partie de l'obstacle » (Bernard Forest de Bélidor, 1753), « L'ennemi continuant de me contourner, vint se remettre à tribord » (Archives de la Marine, 1761), « Je suivis un sentier qui contourne la montagne » (Jean-Benjamin de La Borde, 1786), « Les chevaliers se jetèrent dans les montagnes, contournèrent de crête en crête le golfe » (Lamartine, 1854).

    (4) Que l'on songe à une phrase comme : « Il leur [= les conducteurs de marchandises] est défendu de prendre aucuns [sic] chemins obliques tendant à contourner et éviter les bureaux [des douanes] » (Projet de loi, 1790).

    (5) De la définition du concept heideggerien, la langue courante ne semble avoir retenu que la première partie : « ce qui est inévitable parce qu'on ne peut s'en détourner », autrement dit ce à quoi on ne cesse de revenir, ce dont on ne peut se passer.

    (6) Il est intéressant de noter que contourner quelqu'un s'est dit autrefois, dans la langue familière, pour « chercher à deviner une personne, à pénétrer son secret ». L'adjectif incontournable aurait donc pu s'employer à propos de quelqu'un d'impénétrable, qui cache soigneusement ses opinions, ses sentiments, ses desseins.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La même chose (ou le dessert indispensable ?).

     


    2 commentaires
  • « L'écriture pattes de mouches, un des premiers symptômes [de la maladie de Parkinson]. »
    (paru sur letelegramme.fr, le 3 décembre 2018)  

     

    FlècheCe que j'en pense


    Vous fallait-il une illustration de l'inconséquence de certains ouvrages de référence ? En voici une nouvelle, dénichée dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie. N'y lit-on pas pattes de mouche aux articles « écriture », « patte » et « pied », mais pattes de mouches (avec mouches au pluriel) à l'article « mouche » : « Expression figurée et familière. Pattes de mouches, écriture dont les caractères sont menus et mal formés, et par suite difficiles à lire (on disait autrefois Pieds de mouches) » ? Avouez qu'il y a de quoi légitimement perdre pied... À y regarder de près, la confusion, côté quai Conti, ne date pas d'hier, mais bien plutôt de 1694, date depuis laquelle l'Académie n'en finit pas de s'emmêler les extrémités à ce sujet. Jugez-en plutôt : « On dit d'Une meschante escriture dont le caractere est mal formé et n'est point lié que Ce sont des pieds de mouches » (à l'article « mouche » de la première édition de son Dictionnaire), mais « On appelle figurément Pieds de mouche, Une escriture dont les lettres sont tres-mal formées » (à l'article « pied »). Après plus de trois siècles d'existence, la perle est en passe de devenir aussi immortelle que ses auteurs...

    Les académiciens, au demeurant, ne sont pas les seuls à entretenir le flou en butinant sans vergogne aux deux râteliers, singulier et pluriel. Ouvrez grand vos mirettes à facettes et regardez les mouches voler en solitaire ou en escadron : « On appelle une mauvaise écriture et dont le caractère est petit et affamé [comprenez : maigre ou pas assez chargé d'encre], des pieds de mouches » (à l'article « mouche » du Dictionnaire d'Antoine Furetière, paru en 1690), mais « Les escrivains appellent une escriture menue et mal faite, des pieds de mouche » (à l'article « pied ») ; « Pieds de mouches, mauvaise écriture dont le caractère est menu, mal formé et n'est point lié, en sorte qu'elle ressemble à des pieds ou à des pattes de mouches » (à l'article « mouche » du Dictionnaire national de Louis-Nicolas Bescherelle, 1847), mais « Pieds de mouche » (à l'article « pied ») et « Pattes de mouche, traits d'une écriture très fine et mal formée » (à l'article « patte ») ; « Pieds de mouches, écriture fine et mal formée » (aux articles « mouche » et « pied » du Littré, 1872), mais « Des pattes de mouche, caractères d'écriture très fins, peu lisibles » (à l'article « patte ») ; « On discutait aussi, et sur des pieds de mouches, à l'occasion » (Grevisse, recourant à une ancienne acception de notre expression dans Problèmes de langage II, 1962), mais « Les vétilleux qui aiment à disputer sur des pieds de mouche » (Problèmes de langage III, 1964) ; « Pattes de mouches : écriture très petite, irrégulière et difficile à lire » (à l'article « mouche » du Petit Robert 1987), mais « Pattes de mouche » (à l'article « patte »). Quelle mouche a donc piqué les spécialistes de la langue pour qu'ils travaillent ainsi d'arrache-pied à nous mener en bateau ? « Dans les chaînes nominales du type nom + de + nom, concède la linguiste Annick Englebert, l'usage hésite souvent quant au nombre à adopter pour le deuxième nom. [...] Le singulier et le pluriel sont également acceptables pour pattes de mouche(s). » Goosse, l'Office québécois de la langue française et Bescherelle La Grammaire pour tous confirment : « L'usage est indécis, bourdonnent-ils de concert : des pattes de mouche ou de mouches. » Il n'empêche, la pilule est aussi difficile à gober que les intéressées : car enfin, c'est une chose que de tenir deux graphies pour également correctes ; c'en est une autre que de se faire girouette en recourant indifféremment à l'une ou l'autre au sein d'un même ouvrage, qui plus est de référence. Girodet, qui n'est pas connu pour perdre son temps à compter les mouches, et encore moins leurs pattes, a le mérite, lui, de choisir un camp et de s'y tenir (au risque de se faire moucher) : « Avec mouche toujours au singulier : des pattes de mouche, écriture en pattes de mouche. » (1)

    Mais venons-en à l'origine de notre expression. Le pied de la mouche − puisque c'est ainsi que l'on a d'abord désigné la partie inférieure des membres de notre diptère − est attesté dès le XIIIe siècle comme un symbole de la petitesse, de la maigreur : « Graille est [la chandele] plus que piez de mosche » (Gautier de Coinci, avant 1236) et, partant, de ce qui est insignifiant, qui n'a que peu d'importance (2) : « D'où vient donc ceste arrogance aux prebstres, qui, tous ensemble, à toutes leurs parolles, ne pourroient guérir ung pied de mosche [...] ? » (Guillaume Farel, 1535), « Disans la querelle estre fondee sur un pied de mousche » (Noël du Fail, 1547), « Un gentilhomme, qui se formalisant exprès d'un pié de mouche » (Jean Le Frère, 1575), « Oublies donc, chrestiens, vos quereles fondees Dessus un pié de mouche » (Guillaume Du Bartas, 1583), « Demeur[er] trois heures à fantastiquer sur un pied de mouche » (Guillaume Du Peyrat, 1611) et, plus rarement au pluriel, « Toutes leurs satires et tragedies ne sont fondées que sur piedz de mouches » (Pierre Boaistuau, 1556), « Mes resveries ordinaires où je m'amuse à des pieds de mousche » (Nicolas-Claude Fabri de Pereisc, 1637) (3). À cette époque, déjà, la graphie avec pieds au pluriel avait fait mouche pour désigner les traits d'une écriture manuscrite (ou, plus largement, d'une représentation graphique) mal formée, difficilement lisible : « L'escripture [de leurs libvres] nous ne la scauriesmes lyre ; car [ilz] sont comme piedz de mouches » (Jean de Tournai, 1487), « En lettres aussi si menues et mal lisables, qu'on les prendra plustost pour des piedz de mouche que pour escriture » (Pierre de Bourdeille, vers 1570) (4). Rien que de très logique, me direz-vous, tant la petitesse et la finesse du tracé peuvent donner aux lettres, aux chiffres comme aux croquis des allures de hiéroglyphes abscons. Et pourtant, c'est bien plutôt l'idée de taches d'encre, de pâtés (semblables aux traces erratiques que laisseraient sur le papier les pattes noircies de notre insecte), de griffonnage, de barbouillage qui prime chez Girolamo Vittori : « Faire des pieds de mouche comme on feroit un papier en jettant de l'encre dessus avec la plume, espapillotter, mal escrire, faire des pastez en escrivant » (Le Thresor des trois langues, 1609), chez Jean-Pierre Camus : « Qu'est-il de plus ridicule que les [...] griffonnemens qu'un peintre donne à son apprentis ? Qui croiroit que de ces badineries et pieds de mouches on peust [...] faire de si excellentes pièces ? » (Les Diversitez, 1609) et chez Matthias Kramer : « Peindre mal, ne faire que des piez de mouches » (Dictionnaire roial, 1715).

    Vous l'aurez compris, les raisons de l'illisibilité des pieds (progressivement remplacés par pattes à partir de 1798) de mouche varient sensiblement selon les sources (5). Pis : sous certaines plumes conciliantes, l'idée même de vilaine écriture a carrément du plomb dans l'aile. Témoin, ces exemples empruntés à des auteurs qui ne feraient pas de mal à une mouche, quand bien même il leur prendrait l'envie de mettre la main... à la patte : « Une jolie écriture en pieds de mouches. [...] Une jolie écriture, mais bien fine ! » (Prosper Mérimée, 1833), « Les délicieuses pattes de mouche de son écriture » (Gérard de Nerval, 1854), « Il écrit avec des petites pattes de mouche bien agréables » (Louis Festeau, avant 1858, cité par Lorédan Larchey), « Ces élégantes pattes de mouche généralement sans caractère qui forment le type à peu près uniforme de l'écriture féminine dans le grand monde » (Revue britannique, 1872), « Il prit le papier couvert d'élégantes pattes de mouches (Gaston aimait à se vanter d'avoir une écriture de femme) » (M. Maryan, 1903), « L'écriture arrondie, régulière [de telle femme] ne saurait être confondue avec les pattes de mouche, élégantes, effilées [de telle autre] » (Jeanne Loiseau, 1907). L'apanage des femmes, l'écriture en pattes de mouche ? Ce sont les féministes qui vont finir par la prendre, la mouche !
     

    (1) Moins catégorique, le Portail linguistique du Canada présente le tour avec mouche au singulier comme « plus fréquent » (de nos jours) : « C'est tout ce qu'il comprit des pattes de mouche de Rouquette » (Jean Dutourd, 1993), « Des secrétaires habiles à déchiffrer ses pattes de mouche » (Simone Bertière, 2007), « Des papiers couverts de pattes de mouche » (Claude Duneton, 2009), « Écrire en pattes de mouche » (Marc Fumaroli, 2012), « Quatre jambages en pattes de mouche » (Marc Wilmet, 2015), « Des pattes de mouche » (Jean-Pierre Colignon, 2016).

    (2) Cette acception ancienne perdure dans les expressions faire d'une mouche un éléphant, « accorder beaucoup d'importance à une chose insignifiante », et, plus trivialement, enculer les mouches.

    (3) L'hésitation sur le nombre de mouche n'aura pas échappé aux plus fines d'entre elles...

    (4) Même remarque que ci-dessus. Comparez encore : « De ces petites lettres (il diroit volontiers de ces petis pieds de mousches) escrites d'encre » (André Rivet, 1603), « Faire des pieds de mousches, escrire mal, vulgaire » (Antoine Oudin, 1646), « [Ils] n'apprehendent pas ce que denotent les caractères de l'escriture, davantage que si c'estoient quelques pieds de mouches faits à plaisir pour servir de chiffres » (François Eudes de Mézeray, 1650), « Faire des pieds de mouches en l'escriture, griffonner, barbouiller le papier » (Juan Mommarte, 1660), « Un griffon, brouillon, qui ne fait que des piez de mouches » (Nathanaël Duëz, 1683) et « Veoir que certains petits pieds de mouche [puissent reveler] les conceptions de notre esprit et le fond de nos plus secrettes pensees » (Blaise de Vigenère, 1576), « Vos protocoles, qui s'attachent à des chiffres et à des pieds de mousche » (Jean-Pierre Camus, 1635), « Piés de mouche, escriture difficile à lire » (Nicolas Frémont d'Ablancourt, 1648), « Vous écrivez bien mal ! Ce sont des piés de mouche » (Samuel Chappuzeau, 1661).

    (5) Autre illustration de ces divergences : « Des pieds de mousche, des pieds de chat. Nous nous servons de cette première façon de parler pour exprimer des létres trop menues ; et nous employons l'autre pour signifier des létres mal formées, mal arrangées et proportionnées » (Jacques Moisant de Brieux, 1672), « On appelle figurément Pieds de mouche, Une escriture dont les lettres sont tres-mal formées » (première édition [1694] du Dictionnaire d'une Académie qui attendra un siècle [1798] pour ajouter la notion de petitesse à celle de malformation du trait) et « Écrire comme un chat. C'est écrire de façon illisible, en formant mal ses lettres et en traçant des caractères minuscules : des... pattes de mouche ! (On dit parfois, par assimilation/rapprochement : des "pattes de chat" » (Jean-Pierre Colignon, 2016).

    Remarque 1 : Dans l'expression figurée pattes de mouche(s), l'hésitation ne porte d'ordinaire que sur le nombre de mouche, pas sur celui de pattes (que l'Académie n'envisage qu'au pluriel). On veillera toutefois à ne pas écrire une patte de mouches... et, surtout, à conserver à pattes ses deux t.

    Remarque 2 : On lit dans la rubrique étymologique du TLFi : « 1616 pieds de mouche "écriture très fine et peu lisible" (La Comédie des Proverbes). » La citation d'Adrien de Monluc, la voici : « Je crois que tu as fait ton cours à Asnieres, [...] c'est là où tu as appris ces beaux pieds de mouche et ces beaux y Gregeois [= i grecs]. » Il me semble que cet exemple ressortit bien plutôt à l'acception typographique de notre expression (plus exactement, de la forme primitive de notre expression), à savoir « signe (¶), souvent calligraphié et de couleur, dont on se servait autrefois, surtout dans les livres de droit et d'église, soit pour séparer un paragraphe d'un autre, soit pour marquer un renvoi, soit pour signaler une remarque détachée du corps de l'ouvrage » : « Ces Notes sont distinguées par des piés de mouche » (Simon de Val-Hébert, 1694), « On a vu des imprimeurs ignorans vouloir nettoyer, avec leur pointe, des pieds-de-mouche, croyant que c'étoit des q remplis d'ordure » (Traité élémentaire de l'imprimerie, 1796). Ledit caractère − qui tirerait sa forme de l'initiale stylisée du latin capitulum (« chapitre, division d'un ouvrage ») − a été ressuscité par les logiciels de traitement de texte pour marquer la fin d'un paragraphe. L'Académie, étonnamment sûre d'elle sur ce coup-là, en orthographie le nom avec des traits d'union : « Pied-de-mouche (pluriel Pieds-de-mouche). »
    Force est d'ailleurs de constater que la passion des typographes pour notre insecte ne s'arrête pas là : « chiure de mouche » est le surnom poétique qu'ils donnent à l'apostrophe verticale (ou dactylographique). Par analogie de forme avec l'étron de drosophile ?

      

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    L'écriture en pattes de mouche(s).

     


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