• Une lectrice m'interpelle en ces termes au sujet du verbe passer : « Dans un de vos exemples, vous écrivez moins de deux ans sont passés, alors que moi j'aurais écrit moins de deux ans ont passé car il s'agit du temps. Voudriez-vous s'il vous plaît m'expliquer pourquoi j'ai tort ? »

    Que cette personne soit ici rassurée : les deux formulations sont correctes, même si la seconde est considérée par Girodet comme « vieillie ».

    Dans son emploi intransitif (sans complément d'objet), passer se conjugue avec avoir ou être selon que l'on souhaite exprimer l'action en train de s'accomplir ou le résultat de l'action accomplie.

    L'hiver a passé bien vite, l'hiver est maintenant passé.

    L'envie lui a passé ou lui est passée.

    Force est de reconnaître, avec l'Académie, que l'usage moderne généralise l'emploi de l'auxiliaire être (même pour exprimer l'action), notamment avec les verbes intransitifs apparaître, descendre, passer, tomber.

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    Remarque 1
    : Quand passer est employé dans sa construction transitive directe, il se conjugue toujours avec avoir : Nous avons passé nos vacances à la montagne.

    Remarque 2 : On notera les subtilités de l'accord du participe... passé à la forme pronominale : Elles se sont passé le mot (elles ont passé quoi ? le mot, à qui ? à se mis pour elles) mais Elles se sont passées de dessert (se passer = se priver, s'abstenir) et La réunion s'est bien passée (se passer = survenir, avoir lieu).

    Passer

     


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  • Le verbe saillir présente la particularité de changer de conjugaison selon le sens.

    • Au sens de « jaillir » (réservé aux liquides et aujourd'hui peu usité) ou de « s'accoupler avec une femelle » (en termes d'élevage), il se conjugue comme finir.

    Le sang saillissait de sa veine (de nos jours, on dirait plutôt : jaillissait).

    Un étalon qui saillit une jument.

    • Au sens courant de « former une saillie, être en relief », il se conjugue sur le modèle d'ouvrir. (sauf au futur et au conditionnel : il saillera, il saillerait)

    Une corniche qui saille. Ses muscles saillaient sous sa chemise (sens propre).

    Voici les points saillants du discours (sens figuré).

    Saillir

     

     


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  • « Paris dérivait et Bertrand Delanoë lui a redonné son honneur, Paris s'endormissait et Bertrand Delanoë lui a redonné un temps d'avance. » (Martine Aubry, mai 2009)


    Humour, inattention, créativité exacerbée ? Peu importe... N'en déplaise à madame Aubry, le verbe endormir ne se conjugue pas sur le modèle de finir et des verbes du deuxième groupe ! On dit : il s'endormait, en s'endormant et non il s'endormissait, en s'endormissant.

    Cette dérive se rencontre pourtant de plus en plus fréquemment – surtout à l'oral –, sans doute par analogie avec le mot endormissement. À cela près que ce dernier est un authentique... barbarisme !

    Pour évoquer le passage de l'état de veille au sommeil, le substantif endormement serait grammaticalement plus correct. Mais force est de constater que celui-ci a été depuis longtemps supplanté par celui-là, dans le langage courant, au point d'avoir également la préférence de l'Académie, dans la dernière édition de son Dictionnaire : « Endormement. Rare. On dit plus couramment Endormissement ».

    Le voluptueux endormement de la nature (Romain Rolland).

    Les trajets trop longs provoquent souvent l'endormissement (= somnolence, par extension).

    Ceux qui ne se satisfont ni de l'un ni de l'autre pourront toujours recourir au synonyme assoupissement, qui ne fait pas débat !

    Endormir, endormement, endormissement
    Somnifère, remède pour faciliter l'endormement.

     


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  • Il existe deux verbes ressortir (selon que l'idée évoquée relève de ressort, terme de jurisprudence, ou de sortir) que l'on se gardera de confondre.

    Flèche

    Ressortir (2e groupe)

    Au sens de « être du ressort, de la compétence de quelque juridiction », ressortir est un verbe transitif indirect qui appartient d'abord au langage juridique puis, par extension, au registre soutenu comme synonyme de « relever de, être relatif à ». Il se conjugue comme finir, avec l'auxiliaire avoir aux temps composés, et se construit avec la préposition à (et non de, par analogie avec relever de).

    Cette affaire ressortissait (et non ressortait) à une autre juridiction (= cette affaire relevait de la compétence d'une autre juridiction).

    Ce méfait ressortit à la police (et non Cette affaire ressort de la police).

    Ces tableaux ressortissent (et non ressortent) à l'esthétique romantique.

    FlècheRessortir (3e groupe)

    Au sens de « sortir de nouveau », « se détacher par contraste, faire saillie » ou, dans l'emploi impersonnel, « résulter, découler », ressortir est un verbe intransitif (sans complément d'objet) qui se conjugue comme sortir, avec l'auxiliaire être aux temps composés.

    Il est sorti ce matin et est ressorti cet après-midi.

    Ce tableau ressortait bien sur le mur blanc.

    Il ressort de la réunion que...

    Dans des emplois non reconnus par l'Académie [au sens de « faire sortir (quelque chose) de nouveau » ou, familièrement, de « remettre en usage », de « ressasser »], ressortir est transitif, avec l'auxiliaire avoir : Il a mis le carnet dans sa poche, puis l'en a ressorti. Elle a ressorti de vieux vêtements. Elle nous a ressorti les mêmes âneries.

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    Remarque 1
    : L'Académie ne reconnaît que l'adjectif associé ressortissant, au sens de « qui ressortit » (terme de jurisprudence), ignorant pour le moment le substantif désignant une personne relevant juridiquement ou administrativement d'un pays.

    Remarque 2 : Dans l'expression être du ressort de quelqu'un, qui signifie « être de sa compétence », ressort correspond au terme de jurisprudence (« limite de la compétence d'une juridiction ») dans son acception étendue et non à l'organe élastique d'un mécanisme.

    Cela n'est pas de mon ressort (= Il ne m'appartient pas d'en juger, de m'en occuper).

    Subtilités

    Il ressortit du Tribunal avec ses affaires (passé simple du verbe du 3e groupe) mais Cette affaire ressortit au Tribunal (présent du verbe du 2e groupe).

     

    Ressortir

     


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  • S'asseoir : voilà un verbe sur la conjugaison duquel beaucoup d'entre nous ont tendance à s'asseoir...

    Il s'agit d'un verbe irrégulier qui a deux formes de conjugaison : la première, respectueuse de la tradition (flexion de seoir en sie), est de loin la plus employée en France ; la seconde, parfois considérée comme populaire (parce qu'elle correspond à une formation secondaire sur l'infinitif) bien que parfaitement correcte, est plutôt utilisée au sens figuré (Il assoit sa réputation) et au Québec.

    Flèche1re forme

    • Présent : Je m'assieds, tu t'assieds, il s'assied, nous nous asseyons, vous vous asseyez, ils s'asseyent.
    • Futur : Je m'assiérai, tu t'assiéras (et non tu t'assiras).
    • Passé simple : Ils s'assirent (et non ils s'asseyèrent).
    • Impératif : Assieds-toi (et non assis-toi), asseyons-nous.
    • Participe présent : Asseyant.

    Flèche2e forme

    • Présent : Je m'assois (et non je m'asseois), tu t'assois, il s'assoit, nous nous assoyons, vous vous assoyez, ils s'assoient.
    • Futur : Je m'assoirai, tu t'assoiras.
    • Passé simple : Ils s'assirent.
    • Impératif : Assois-toi, assoyons-nous.
    • Participe passé : Assoyant.

    Astuce

    Faites attention à ne pas dire assis-toi (par confusion avec le participe passé, souvent employé comme interjection : assis !) mais assieds-toi (ou assois- toi), comme cela... sied aux personnes respectueuses de notre langue !

    Séparateur de texte

    Remarque 1
    : On notera que le e intercalaire présent à l'infinitif disparaît dans la seconde forme de conjugaison du verbe s'asseoir et de ses dérivés (rasseoir, surseoir), tandis qu'elle perdure dans la première forme avec un accent aigu. C'est la raison pour laquelle il a été proposé, lors des Rectifications orthographiques de 1990, de supprimer de l'infinitif de asseoir et de ses dérivés ce e qui ne correspond plus à aucune réalité phonique (assoir au lieu de asseoir), comme ce fut en son temps le cas pour le verbe voir.

    Remarque 2 : Le radical assi-, qui perdure dans le tour fautif assis-toi, correspond à une forme ancienne, sortie de l'usage en France : le verbe assire, emprunté du latin assidere, contrairement à asseoir, dérivé de assedere, être assis (cf. illustration ci-dessous).

    Remarque 3 : On s'assoit sur une chaise, un siège, un tabouret, un banc, un divan, un canapé, un sofa, un lit... mais dans un fauteuil (pour signifier que sa forme, qui  nous embrasse au sens premier du verbe, relève plus du contenant que de la surface). En revanche, on posera un livre sur le fauteuil.

    S'asseoir

    Ce qui était correct au XVIIe siècle ne l'est plus aujourd'hui...

     


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