• « Il conclue, enchanté : "Cela fait vingt ans que je n'ai pas vu autant de gens dans les rues de Moscou." » (Lexpress.fr, extrait d'un article daté du 11/12/11.)


    Par quel curieux phénomène de transmutation lexicale le verbe conclure aurait-il évolué en concluer ?

    Sans doute est-il utile de rappeler que conclure, exclure et inclure sont des verbes du troisième groupe. On se gardera donc de les conjuguer comme ceux du premier groupe, se terminant en -er (il ne s'agit pas des verbes excluer ni incluer !). Seul inclure se distingue des deux autres représentants de cette famille formée sur le radical latin claudere (fermer) : au participe passé, il a conservé son s final étymologique.

    Présent : je conclus, il exclut, il inclut (et non je conclue, il inclue, il exclue).

    Futur : je conclurai, il exclura, il inclura (et non je concluerai, il excluera, il incluera).

    Participe passé : conclu, conclue et exclu, exclue mais inclus, incluse.

    Affaire conclue ! mais Toutes taxes incluses.

    Cet objet exclu, cette chose exclue mais Ce paragraphe inclus, cette clause incluse.

    On a inclus la TVA dans le prix final.

    J'ai exclu des conventions dernièrement conclues des clauses précédemment incluses.

    On les a exclus de notre groupe (ici, le s provient de l'accord du participe passé avec le COD les placé avant).

    Il se leva et conclut son discours en portant un toast (et non Il se leva et conclua son discours).

    Astuce


    On retiendra que inclu sans s n'existe pas !

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : Sachez que Flaubert lui-même (dans un instant d'égarement ?) se serait laissé aller à la faute (d'après A. Thomas dans son Dictionnaire des difficultés de la langue française) :

    « Aucun grand génie n'a conclu, et aucun grand livre ne conclue, parce que l'humanité elle-même est toujours en marche et qu'elle ne conclue pas. » (extrait de sa Correspondance)

    Mais la palme du plus joli barbarisme revient sans hésitation à Jean Giraudoux, qui écrivit : « Un dialecte qui excluât les mots bas et vulgaires ». Voilà qui est pour le moins cocasse...

    Remarque 2 : Littré précise que, jusqu'au XVIIIe siècle, la graphie exclus, excluse était admise : Pourquoi de ce conseil moi seule suis-je excluse ? (Racine). Du reste, le substantif dérivé est exclusion, formé comme inclusion. Mais le participe passé d'exclure (comme celui de conclure) a fini par perdre son s final, sans doute sous l'influence des nombreux participes en u (bu, pu, su, vu, etc.). Seul inclus a conservé sa terminaison, vraisemblablement en raison de l'antériorité de l'adjectif (fin du XIVe siècle) sur le verbe (fin du XVIe siècle). Telles sont les incohérences du français...

    Remarque 3 : D'un usage moins courant, les verbes occlure, perclure (si tant est que cette forme ait jamais existé), reclure font leur participe passé en us, car ils sont surtout employés comme adjectifs (à l'image d'inclus).

    Paupières occluses (= fermées).

    Une femme percluse de rhumatismes.

    Il vit reclus dans sa maison (= isolé).

    Remarque 4 : Conclure peut se construire avec les prépositions à et de.

    Le juge conclut à un non-lieu, à l'authenticité de ce témoignage.

    Ils conclurent (et non concluèrent) de tout cela que vous avez tort.

    Concernant exclure, Paul Dupré (voir bibliographie) précise que, dans sa construction avec de, ce verbe « ne peut être suivi que d'un nom : Exclure de ses prévisions, exclure d'une organisation. On ne peut plus employer exclure de + infinitif [on aura recours à empêcher de] ». Voilà qui est curieux. Il a exclu de venir nous voir cet été serait une formulation incorrecte ?... Quant au tour impersonnel il est exclu / il n'est pas exclu que, il est encore critiqué par certains grammairiens mais pas par l'Académie.

    Il n'est pas exclu que je vous rejoigne (= il est possible, il se peut que je vous rejoigne).

    Remarque 5 : On se gardera de toute confusion avec l'abréviation du nom exclusivité (information importante donnée par un seul organe de diffusion) : Il s'agit d'une exclu de l'AFP.

    Remarque 6 : Voir également l'article sur l'accord des locutions prépositives (ci-inclus).

    Conclure / Exclure / InclureConclure / Exclure / Inclure










                        Illustration retourneaucm1.com)

     

         Parce que le e est inclus d'office ?
        (Une du Libération du 9 janvier 2012 ;
           les traits rouges sont de mon fait.)                            

     


    1 commentaire
  • Une faute fréquente entache l'emploi de l'impératif présent des verbes du premier groupe notamment, à savoir le recours à un s final à la deuxième personne du singulier (par analogie avec le présent de l'indicatif) alors qu'il n'en faut pas.

    Rappelons d'emblée la règle :

    À la deuxième personne du singulier de l'impératif présent, les formes en -es et -as perdent leur s final sauf devant les pronoms en et y non suivis d'un infinitif (l'ajout de ce s euphonique servant à éviter le contact entre deux voyelles).


    Il résulte de cette règle que, à la deuxième personne du singulier de l'impératif présent, ne prennent pas de s final (sauf devant les pronoms en et y non suivis d'un infinitif) :

    • les verbes du premier groupe,

    Parle-lui mais Parles-en à ton professeur.

    Mange de la soupe mais Manges-en.

    Regarde-la mais Regardes-y à deux fois.

    • les verbes du deuxième et troisième groupes cueillir, accueillir, recueillir, souffrir, tressaillir, recouvrir, couvrir, découvrir, ouvrir, entrouvrir, assaillir et offrir, ainsi que aller et savoir.

    Ouvre la porte et cueille des cerises.

    Va dans ta chambre mais Vas-y.

    Va y mettre ton grain de sel. Va y voir (y suivi d'un infinitif → pas de s ni de trait d'union).

    Sache-le.

     

    Astuce

    En synthèse, on retiendra que les désinences -es et -as n'existent pas à la deuxième personne du singulier de l'impératif présent (sauf devant les pronoms en et y non suivis d'un infinitif).

     

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Le trait d'union se place entre le verbe et le ou les pronoms qui s'y rapportent sauf en cas d'apostrophe due à une élision.

    Dites-le-moi.

    Parle-lui-en (et non parle-lui-z-en, parle-z-en-lui) mais Parle-m'en.

    Va-t'en (t' correspond à l'élision de toi-en) mais Va te laver les mains (sans trait d'union, le pronom te se rapportant à laver, pas à va).

    Remarque 2 : Dans une tournure impérative, en et y se placent toujours après le pronom conjoint (les formes m'y et t'y étant exclues).

    Mettez-m'en une douzaine (et non mettez-en-moi une douzaine ; m' correspond à l'élision de moi-en).

    Remarque 3 : Certains verbes (comme devoir, falloir, pleuvoir, pouvoir) n'ont pas d'impératif.

    Remarque 4 : Cas particulier d'avoir et être : Aie confiance, sois rassuré.

    Remarque 5 : Voir également les billets Ayons, soyez et T'inquiète.

    Impératif

    Livre d'Anne-Marie Chapouton, éditions Flammarion

     


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  • Les formes ayions, ayiez, soyions, soyiez sont incorrectes... quoique louables dans leur intention !

    En effet, le i intercalaire − qui se justifie pour des verbes tels que copier, fuir, payer, se soucier, etc. − n'a de sens que pour distinguer l'indicatif présent du subjonctif présent (et de l'imparfait de l'indicatif) :

    nous payons, vous payez (indicatif présent) → que nous payions, que vous payiez (subjonctif présent) et nous payions, vous payiez (imparfait de l'indicatif).

    nous copions, vous copiez (indicatif présent) → que nous copiions, que vous copiiez (subjonctif présent) et nous copiions, vous copiiez (imparfait de l'indicatif).

    Cette précaution est inutile avec avoir et être puisque l'on ne saurait confondre les formes nous avons, vous avez, nous sommes, vous êtes avec nous ayons, vous ayez, nous soyons, vous soyez !

     

    Soyons précis

    Photo Maître Capello : leparisien/MaxPPP

     


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