• Aux jeux de dames et d'échecs, lorsque l'on parvient à pousser un pion jusqu'à la dernière ligne adverse, on le dame (on dit aussi aller à dame), c'est-à-dire qu'on transforme ledit pion en dame (ou en toute autre pièce de valeur, roi excepté, aux échecs) dans l'espoir de tirer profit de cet avantage souvent décisif.

    Damer le pion à quelqu'un est une expression familière empruntée de ces jeux, qui signifie « l'emporter sur lui avec une supériorité marquée », « lui souffler la victoire ».

    Il pensait être pionnier dans son domaine, mais un concurrent lui a damé le pion.

    On se gardera de toute confusion avec l'autre acception du verbe damer (« aplanir, tasser avec une dame », comme dans damer la neige) ou encore avec le verbe damner, à l'instar de ce plaisant quiproquo relevé dans Le Point no 2072 (mai 2012) sous la plume de François Musseau : « Rien n'était trop grand pour des dirigeants politiques décomplexés se targuant de damner le pion à la Catalogne voisine ». Un projet diabolique ?...

    Damer le pion
    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Michel32NI)

     


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  • Ceux qui écrivent et prononcent à corps et à cri commettent à la fois un contresens et une faute de liaison. Ils ignorent manifestement l'origine de cette expression, empruntée à la chasse à courre (ancienne forme du verbe courir) et non à l'anatomie humaine.

    Chasser à cor et à cri, c’est chasser avec grand bruit, en faisant sonner le cor (l'instrument à vent encore appelé trompe) et aboyer les chiens, d’où le sens figuré de « (vouloir, exiger, poursuivre une chose) à toute force, en insistant bruyamment ».

    Les militants réclament une augmentation à cor et à cri (= avec insistance).

    En revanche, on se lancera dans la bataille à corps perdu (= avec impétuosité, sans se ménager) ou à son corps défendant (= malgré soi). Dans les deux cas, les cris sont en option.

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : En l'espèce, la confusion entre les homophones cor et corps provient sans doute de l'influence de l'expression (se donner, se vouer, se consacrer) corps et âme, c'est-à-dire sans réserve, de toutes ses forces.

    Remarque 2 : En tant que locution adverbiale figée, l'expression à cor et à cri ne prend pas la marque du pluriel, en dépit de quelques exemples relevés ici ou là (notamment dans le Dictionnaire historique de la langue française qui écrit : à cor et à cris).

    Remarque 3 : On appelle hallali (composé d'une forme conjuguée de haler, « exciter les chiens », et de a li, « à lui ») le cri des chasseurs ou la sonnerie de trompe annonçant que l'animal poursuivi est sur ses fins. Au figuré, ce nom masculin désigne les derniers moments d'une lutte, où va succomber l'un des adversaires (sonner l'hallali). Quant à la curée (altération de cuirée, dérivé de cuir, « peau », car ce que l'on donnait à manger aux chiens était disposé sur le cuir de la bête tuée et écorchée), il s'agit des bas morceaux que l'on donne en pâture aux chiens une fois le gibier abattu et, par métonymie, le fait de donner cette pâture, le moment où on la donne (au figuré : lutte avide pour s'emparer des places, des honneurs, des biens laissés vacants).

    A cor et à cri

    La vénerie (ou vènerie selon les Rectifications orthographiques) est encore appelée « chasse à courre, à cor et à cri ».
    (Éditions Somogy)

     


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  • Fin d'année oblige, arrêtons-nous un instant sur cette étrange et trompeuse expression. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'est nullement question ici de l'arrêt des activités des vendeurs de sucreries (voir Remarque 3). Bien au contraire : la trêve des confiseurs désigne la période de calme social et politique située entre Noël et le jour de l'an ; une période de répit traditionnellement propice au commerce en tous genres, au cours de laquelle les armées suspendent les hostilités tandis que les confiseurs font leurs meilleures ventes... et ne chôment donc pas ! Il convient donc de comprendre l'expression comme la trêve au profit des confiseurs.

    Le commerce a bénéficié de ce que l'on appelle la trêve des confiseurs.

    Les belligérants ont respecté la trêve des confiseurs.

    Les formulations du genre « Trêve des confiseurs mais pas des docteurs (des footballeurs, des agriculteurs, des éboueurs, etc.) » constituent donc des contresens.

    L'expression est apparue en 1874 (à l'occasion de vifs échanges entre monarchistes, bonapartistes et républicains, sur la future constitution de la Troisième République), comme l’atteste cet extrait des mémoires du Duc de Broglie, homme politique de l’époque : « On convint de laisser écouler le mois de décembre [1874], pour ne pas troubler par nos débats la reprise d'affaires commerciales qui, à Paris et dans les grandes villes, précède toujours le jour de l'an. On rit un peu de cet armistice, les mauvais plaisants l'appelèrent la trêve des confiseurs ».

    Les querelles politiques étant ainsi reléguées au second plan, le bon peuple put se concentrer sur ses achats de fin d'année et stimuler l'économie. Rien que de très bassement mercantile dans cette incitation au relâchement revendicatif...

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : La trêve des confiseurs est parfois appelée « trêve de Noël » en référence au Noël 1914, au cours duquel les soldats britanniques qui tenaient les tranchées autour de la ville belge d'Ypres fraternisèrent, l'espace d'un instant, avec les soldats allemands.

    Remarque 2 : La Trêve de Dieu désigne, aux Xe et XIe siècles, la période de suspension des guerres féodales prescrite par l'Eglise dans l'année.

    Remarque 3 : Trêve (avec un accent circonflexe) s'emploie dans le langage courant pour désigner toute suspension d'hostilités entre adversaires. Au figuré, il signifie « relâche ».

    Trêve de plaisanteries, il est temps d'agir (= assez de plaisanteries).

     

    La trêve des confiseurs
    (Editions Gallimard)

     


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  • Voilà une expression qui fait débat. Car comment considérer (regarder, voir) les choses par le petit bout de la lorgnette peut-elle signifier au figuré « n'avoir que des vues étriquées, mesquines », alors que l'utilisation d'une lorgnette (sorte de demi-paire de jumelles, généralement rétractable, dont on se sert pour voir des objets assez peu éloignés) permet en toute logique une vision rapprochée ? C'est que le champ de vision est alors rétréci et ne permet d'apercevoir de l'objet visé que des détails démesurément grossis, au détriment de la vue d'ensemble.

    La confusion provient de ce que cette expression est parfois employée abusivement pour signifier que l'on considère les choses de loin, sans s'encombrer de détails, avec un certain détachement. Dans ce sens (contraire au précédent), il convient d'utiliser l'expression considérer (regarder, voir) les choses par le gros bout de la lorgnette, autrement dit par l'objectif et non plus par l'oculaire !

    Regarder les choses par le petit bout de la lorgnette

     


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  • L'origine de cette expression nous conduit à Paris, place de l'Hôtel-de-Ville, ancienne place de Grève jusqu'en 1830.

    Cette place s'appelait ainsi parce qu'elle était occupée, justement, par une grève (du latin populaire grava, gravier), à savoir une sorte de quai en pente douce, recouvert de sable et de graviers, d'où il était facile de décharger les marchandises arrivant par la Seine. C'était un peu Paris-Plage avant l'heure... Là se développa le port de la Grève et, avec lui, le quartier très commerçant qui allait accueillir l'Hôtel de Ville.

    Les ouvriers sans travail prirent l'habitude de se réunir, à l'aube, place de Grève, à la recherche d'un employeur. De là provient l'expression se mettre en grève, qui voulait dire à l'origine... « chercher du travail » ! Singulier glissement de sens par rapport à l'usage actuel, pensez-vous ? Il se trouve que la place de Grève n'était pas seulement un lieu de rassemblement pour les travailleurs en quête d'embauche mais également pour tous ceux qui étaient en conflit avec leurs patrons et qui décidaient de se rendre « en Grève » dans l'espoir d'y trouver de meilleures conditions de travail. Le sens est donc sauf !

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    Remarque 1 : La place de Grève est restée tristement célèbre pour les nombreuses exécutions publiques qui y eurent lieu de 1310 jusqu'à la Révolution (c'est là que fut utilisée la guillotine pour la première fois, le 25 avril 1792).

    Remarque 2 : On notera l'accent grave de grève et l'accent aigu de gréviste, selon la règle d'accentuation du e évoquée dans l'article consacré à Evènement. Pas d'accent pour le verbe grever, qui signifie « soumettre à une lourde charge » (un peuple grevé d'impôts).

    Se mettre en grève

    L'Hôtel de Ville de Paris et la place de Grève en 1750.

    (source cosmovisions.com)

     


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