• Cette expression a été popularisée par Jean de la Fontaine, dans sa fable Le Singe et le Chat (à savoir Bertrand et Raton), dont voici un extrait :

    « Bertrand dit à Raton : Frère, il faut aujourd'hui
    Que tu fasses un coup de maître.
    Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître
    Propre à tirer marrons du feu,
    Certes marrons verraient beau jeu.
    Aussitôt fait que dit : Raton avec sa patte,
    D'une manière délicate,
    Écarte un peu la cendre, et retire les doigts,
    Puis les reporte à plusieurs fois ;
    Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque.
    Et cependant Bertrand les croque. »

    Qu'y voit-on ? Le chat Raton se brûler les pattes en retirant du feu les marrons au profit du singe Bertrand.

    Voilà qui semble clair : tirer les marrons du feu signifierait « s'exposer à des risques pour le seul profit d'autrui » et non pas « tirer profit pour soi-même d'une situation délicate » comme on le croit souvent par contresens.

    Pourtant, selon Littré, la forme complète de cette expression serait tirer les marrons du feu avec la patte du chat, ce qui légitimerait le sens de « manipuler quelqu'un pour parvenir à ses propres fins ».

    Alors, contresens ou pas ? Le risque profite-t-il à celui qui le prend ou à celui qui le fait prendre ? L'Académie, dans sa grande sagesse, a fini par entériner les deux significations, précisant : « s'exposer à des risques au profit d'autrui et, par extension, se dit aussi de celui qui se tire habilement d'affaire, qui sauvegarde adroitement ses intérêts ». Au risque de faire dire à cette expression une chose et son contraire...

    Dans le doute, mieux vaut troquer les marrons contre les épingles et recourir à l'expression voisine tirer son épingle du jeu, qui prête moins à équivoque (= se dégager adroitement d'une affaire qui tourne mal).

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    Remarque 1 : Le marron est le fruit comestible de certaines variétés de châtaigniers cultivés, qui ne contient qu'une graine, plus grosse que la châtaigne commune.

    Remarque 2 : Marron peut être également :

    • un nom de couleur invariable, en apposition (voir l'article consacré aux Adjectifs de couleur),
    • un adjectif invariable dans les expressions argotiques être fait marron (= être berné, dupé, victime d'une tromperie), et être marron (= être déçu par un concours de circonstances),
    • un adjectif variable à connotation péjorative qualifiant une personne qui exerce une profession sans posséder le titre requis, l'autorisation nécessaire, ou qui se livre à des malhonnêtetés (des avocats marrons).

    Tirer les marrons du feu

    Le Singe et le Chat, illustration de Gustave Doré
    (source wikipedia)

     


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  • Au sens propre, la locution adverbiale à l'aveugle (ou, plus couramment, en aveugle) signifie « comme le ferait un aveugle ».

    Il avançait en aveugle dans le brouillard.

    Une dégustation en aveugle. Une audition à l'aveugle.

    Au sens figuré, la locution signifie « sans discernement, sans réflexion ».

    Agir en aveugle (ou à l'aveugle).

    L'expression à l'aveuglette, non reconnue par l'Académie, appartient au registre familier. Elle est surtout employée au sens propre, comme synonyme de à l'aveugle / en aveugle.

    Aller, avancer, marcher à l'aveuglette (= à tâtons, sans y voir).

    Au sens figuré, elle signifie « en agissant au hasard, en s'en remettant au hasard ».

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    Remarque
    : On veillera à faire la distinction entre le substantif aveuglement (« privation du sens de la vue ;  obscurcissement de la raison et du sens critique ») et l'adverbe aveuglément (« sans aucune réflexion, sans réserve » mais avec un accent aigu).

    A l'aveugle / A l'aveuglette

    (Film de Xavier Palud)

     


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  • L'ivresse que procurent les fines bulles de champagne ne saurait justifier la confusion entre les expressions sabler le champagne et sabrer le champagne.

    Sabler un verre (de vin, de champagne), c'est « le boire d'un trait », « faire cul sec ».

    En une heure, il a sablé quatre verres de vodka.

    L'origine de cette expression a donné lieu à maintes hypothèses. Selon Littré, la tradition (aux XVIIe et XVIIIe siècles) voulait que l'on préparât la flûte en soufflant dedans pour la couvrir de buée, avant de la saupoudrer avec du sucre et de verser ensuite dans cette gaine de sable le champagne qui y moussait abondamment et réclamait alors qu'on le bût vite et d'un trait. D'autres évoquent la méthode qui consistait à plonger la bouteille dans du sable pour en conserver la fraîcheur. Plus généralement admise est l'explication fondée (justement...) sur la comparaison entre le fondeur qui coule la matière en fusion dans un moule de sable (on parle de sablage) et le buveur qui jette précipitamment le liquide dans son gosier. Même si l'on peut légitimement s'interroger sur l'intérêt qu'il y a à boire du champagne d'un trait...

    De nos jours, sabler le champagne signifie « boire du champagne à l'occasion d'une cérémonie, d'une réjouissance ou de tout évènement digne d'être fêté ».

    Le réveillon du jour de l'an est une excellente occasion de sabler le champagne.

    Est-ce sous l'attraction du paronyme sabrer que l'expression sabler le champagne a été déformée en sabrer le champagne, au début du XIXe siècle ? Cela expliquerait en tout cas pourquoi cette dernière n'est pas reconnue par l'Académie. Pour autant, rien n'empêche les plus audacieux de sabrer le champagne, à l'instar des célèbres hussards de la garde napoléonienne, dont on raconte qu'ils avaient pris pour habitude de fêter leurs victoires (nombreuses, au début) en faisant sauter le goulot des bouteilles d'un revers de lame. Geste bien plus spectaculaire, convenons-en, que le sablage du fondeur et qui perdure au sein des grandes maisons de Champagne et de certaines institutions militaires.

    En résumé

    On retiendra qu'il est tout à fait possible de sabrer le champagne (= faire sauter le goulot de la bouteille d'un coup de lame)... avant de le sabler (= le boire d'un trait). Les deux expressions ne sont donc pas interchangeables.

     

    Sabler / Sabrer le champagne

    Personnellement, je préfère le sabler !

     


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  • Dans plusieurs expressions, le nom féminin demeure est employé dans ses acceptions anciennes, souvent mal comprises de nos contemporains.

    En effet, contrairement à l'usage moderne qui ne retient que le sens de « domicile, habitation », demeure désignait également, autrefois, le fait de tarder à faire quelque chose ainsi que, en termes de jurisprudence, le retard, le temps qui court au-delà du terme échu.

    Il y a péril en la demeure (= Il y a danger à ne rien faire et non Il y a danger à rester dans la maison... à moins qu'elle ne soit en proie aux flammes !).

    Mettre quelqu'un en demeure (de faire quelque chose ) [= L'obliger à remplir son engagement et non L'obliger à rester à la maison].

     

    Péril en la demeure

    Il y a péril, pour les moins de 18 ans, à demeurer trop près de l'affiche...
    (Film de Michel Deville)

     


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  • En termes météorologiques, un cyclone (formé sur le grec kuklôn, « cercle ») est une zone de basses pressions animée d'un mouvement de rotation, de vents violents et de fortes précipitations. Par extension, il désigne un tourbillon de vents violents.

    On appelle œil du cyclone la zone située en son centre, où les vents sont encore calmes et le temps clair.

    Être dans l'œil du cyclone, c'est donc connaître une accalmie... avant d'essuyer la tempête ! Et, plus largement, « rester calme dans la tourmente ».

    Force est de constater que, dans l'usage courant (journalistique, notamment), les personnes ne connaissant rien aux phénomènes météorologiques font un fâcheux contresens en interprétant cette expression comme étant synonyme de « être en pleine tourmente, au cœur des difficultés, en mauvaise posture ».

    Après ses déclarations controversées, cet homme politique est dans l'œil du cyclone.

    Curieux cheminement – aux allures de clin d'œil – que celui de cette expression, qui rappelle que les mots peuvent évoluer, du propre au figuré, jusqu'à signifier le contraire de leur acception d'origine (on appelle énantiosémie − du grec enantios, « opposé » – la coprésence des contraires dans un même mot).

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    Remarque 1
    : Cyclone et ses dérivés (cyclonal, cyclonique) se prononcent avec un o fermé, malgré l'absence d'accent circonflexe.

    Remarque 2 : Il semble que, dans certains pays (en Suisse ?), on parle d'œil de l'ouragan, ce qui n'est guère surprenant tant cyclone compte de synonymes (ouragan, typhon, hurricane).

    Etre dans l'œil du cyclone

    Rien à voir avec l'œil du cyclope.
    (Le cyclope d'Odilon Redon, source Wikipédia)

     


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