• Voilà deux termes présentés dans tous les dictionnaires usuels comme adjectifs (et participes passés).

    Si, partant, l'accord avec la ou les personnes censées s'exprimer ne souffre aucune contestation dans les formules de politesse usuelles (Nous sommes désolés de vous avoir fait attendre. Elle est enchantée de faire votre connaissance), la question peut se poser dans les tours elliptiques propres au registre plus familier. Ainsi une femme doit-elle s'excuser d'un « Désolée ! Je t'ai menti » ou d'un « Désolé ! Je t'ai menti » ?

    Vous me direz, à bon droit, que la différence ne s'entend pas à l'oral, mais faisons l'effort de nous pencher sur la question dans l'éventualité d'une lettre... de rupture, par exemple. Bon, je vois bien que cela ne vous enchante guère, que vous trouvez l'exercice inutile. Vous m'en voyez sincèrement... désolé ! Sans doute considérez-vous que, s'agissant d'un tour elliptique, il suffit de reconstituer la phrase dans sa totalité pour se déterminer : Désolée ! Je t'ai menti, sous-entendu Je suis désolée ! Je t'ai menti. L'accord de l'attribut avec son sujet s'impose à l'évidence.

    Et pourtant... Certaines sources (1) avancent que lesdits adjectifs, placés en tête de phrase, auraient valeur... d'interjection ! Entendez, seraient donc invariables : Désolé, nous ne faisons plus cet article. Bigre, quelle désolation !

    La confusion provient, d'une part, de ce que certains courriers hésitent entre les personnes du singulier et du pluriel quand l'adjectif est éloigné de son sujet  : « Désolé (pour : je suis désolé), vous avez trop peu d'expérience. Nous ne pouvons donner suite à votre candidature », là où, en toute logique, il eût fallu écrire : « Désolés (pour : nous sommes désolés), vous avez trop peu d'expérience... ». D'où cette impression trompeuse d'invariabilité. On pense, d'autre part, à ces messages automatiques et anonymes qui fleurissent sur nos ordinateurs et sur nos téléphones : « Désolé, vous n'avez pas accès à ce service ».  Sans doute peut-on considérer, dans ces cas particuliers où l'on ne saurait dire qui s'exprime réellement, qu'il s'agit là d'un accord avec un « neutre singulier », sans pour autant considérer désolé et enchanté comme des interjections (invariables).


    (1) Wiktionnaire, Reverso et autres sites dont la fiabilité est parfois sujette à caution.

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    Remarque 1
    : En présence d'un nous de majesté ou de modestie, d'un vous de politesse, l'accord se fera correctement au singulier.

    Remarque 2 : L'adjectif désolé a également le sens de « inhabité, désert » ; enchanté, celui de « qui est sous l'effet d'un enchantement, merveilleux ».

    Désolé, enchanté

    Désolé : désolés serait ici de meilleure langue !

     


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  • Les expressions plus (ou moins)... que prévu, comme prévu, qui appartiennent au registre familier, doivent se comprendre comme : plus qu'il n'était prévucomme cela était prévu, etc. En tant que tours elliptiques, elles restent invariables.

    Élections municipales : participation plus forte que prévu (pour : qu'il n'était prévu).

    La réunion aura été moins longue que prévu (et non que prévue).

    La rentrée des classes s'est déroulée comme prévu dans le calme (pour : comme cela était prévu).

    Comme prévu, la faute se répand à l'écrit sans que l'on sache comment la prévenir...

    Une année meilleure que prévue (estrepublicain.fr).
    Une croissance plus forte que prévue
    (20minutes.fr).
    Une soirée plus piquante que prévue
    (leparisien.fr).
    Les chiffres de l'emploi américains (sont) meilleurs que prévus
    (lefigaro.fr).
    Une réforme plus limitée que prévue (lexpress.fr).
    Les salariés en CNE moins nombreux que prévus (liberation.fr).

    Séparateur de texte


    Remarque 1 : De même, les locutions comme convenu, comme annoncé... sont invariables.

    Remarque 2 : On se gardera de confondre ces constructions avec celles, similaires, exprimant une comparaison entre deux adjectifs : Une mesure plus efficace que pérenne vs Une mesure plus efficace que prévu.

    Remarque 3 : Prévoir signifiant « concevoir, envisager par avance, annoncer » puis « décider à l'avance des mesures, des précautions nécessaires », on notera que l'expression prévoir d'avance relève du pléonasme (l'idée d'anticipation est contenue dans les deux termes de la locution).

    C'était prévu (et non C'était prévu d'avance).

    Remarque 4 : Concernant la locution de prévu, voir ce billet.

     

    Prévu

     


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  • Voilà un sujet qui est fréquemment source d'hésitations et donc de fautes.

    Comme c'est souvent le cas en français, le plus simple est de partir de la règle générale puis de traiter les exceptions.

    Rappel de la règle

    Les adjectifs de couleur s'accordent (en genre et en nombre) avec le nom auquel ils se rapportent, sauf si la couleur est désignée par un nom commun ou par une forme adjective composée.


    Pour savoir s’il faut accorder un adjectif de couleur, il convient donc d’abord de déterminer s’il s’agit d’un adjectif qui désigne exclusivement une couleur ou s’il s’agit d’un nom employé comme adjectif de couleur. Étudions les différents cas plus en détail.

    Flèche

    Couleur désignée par un adjectif simple


    C'est le cas le plus... simple, justement. Il ne concerne que les mots considérés comme d'authentiques adjectifs exclusivement utilisés pour désigner une couleur (ou un effet de couleur), donc susceptibles de s'accorder en genre et en nombre quand ils sont employés seuls : alezan, aubère, bai, basané, beige, bigarré, bis, blafard, blanc, blême, bleu, blond, brun, châtain, cramoisi, doré, écru, glauque, gris, jaune, livide, louvet, mat, mordoré, noir, opalin, pers, rouge, roux, vairon, vert, violet, zain, zinzolin.

    Des stylos rouges et des gommes vertes.

    Remarque 1 : À cette liste d'adjectifs de couleur proprement dits viennent s'ajouter quelques exceptions (voir cas suivant).

    Remarque 2 : On notera que l'adjectif châtain prend la marque du pluriel (châtains) mais le féminin, châtaine (et non châtaigne), n'est pas encore très répandu : Une chevelure châtaine (de préférence à châtain). Quant à violette, féminin de l'adjectif violet, il est à distinguer du nom de la fleur et s'accorde donc (des taches violettes).

    Remarque 3 : Même employés seuls, les adjectifs kaki et auburn (prononcé obeurn'), tous deux empruntés à la langue anglaise, restent invariables (des treillis kaki). On notera que kaki, adjectif, ne se rapporte pas à la couleur du fruit comestible mais à l'adjectif hindi kakhi, signifiant « couleur de poussière ».

    Remarque 4 : Voir également l'article Glauque.

    Flèche

    Couleur désignée par un nom commun


    La couleur est parfois exprimée par un nom de plante, de fruit, d'animal, de pierre, de personne... employé comme adjectif. C'est le cas de : abricot, acajou, anthracite, argent, aubergine, azur, bistre, brique, bronze, cachou, café, caramel, carmin, céladon, cerise, chocolat, corail, crème, cuivre, ébène, émeraude, fraise, garance, grenat, indigo, isabelle, ivoire, lavande, magenta, marine, marron, moutarde, nacre, noisette, ocre, olive, or, orange, outremer, paille, pastel, pervenche, pie, pistache, pivoine, rouille, sable, safran, sépia, tabac, taupe, tomate, turquoise, vermillon, etc. L'invariabilité est alors de rigueur car il s'agit de tours elliptiques, où l'on sous-entend à chaque fois « de la couleur de » (en d'autres termes, ledit nom commun est complément du mot couleur sous-entendu).

    Des yeux noisette (= de la couleur de la noisette).

    Des vestes marron, des écharpes orange (idem).

    Des tissus marine (= de la couleur d'un bleu foncé semblable à celui des uniformes de la marine).

    Exceptions : Écarlate, mauve, pourpre, incarnat, fauve et rose (liste que l'on retiendra grâce au moyen mnémotechnique empifr suggéré par J.-J. Julaud) sont assimilés – à tort ou à raison – à de véritables adjectifs. Ils relèvent donc du cas précédent et prennent l'accord (Des lèvres écarlates, des chemises roses, des tentures pourpres). On notera toutefois que fauve et incarnat, étant d'abord des adjectifs avant d'être des substantifs, sont légitimement variables, tout comme vermeil (ainsi devrait-on s'habituer à écrire : carte vermeille au lieu de carte vermeil).

    Remarque 1 : Quand ils désignent la couleur, lesdits noms sont masculins : un orange, un rose, un mandarine, etc. Malgré les hésitations constatées dans l'usage, les règles générales de l'élision et de la liaison sont fondées à s'appliquer : L'orange [et non le orange] de votre robe est plus beau que celui de la mienne (Littré). Il a mélangé du vert et de l'orange (et non du orange). Des rubans orange (la liaison zorange, bien que facultative, est parfois déconseillée afin d'éviter toute confusion avec le fruit ; autant privilégier l'adjectif orangé, dans ce cas).

    Remarque 2 : Voir également l'article Des yeux noisette(s).

     

    Flèche

    Couleur désignée par une forme adjective composée


    Dans ce cas, la couleur est exprimée par plusieurs mots, que les grammaires traditionnelles présentent d'ordinaire comme invariables. Sans doute est-il plus logique de considérer qu'il s'agit là encore d'un tour elliptique, où le terme principal de couleur fait office de substantif, avec lequel s'accordent les adjectifs complémentaires (qui précisent une nuance, une teinte).

    De l'encre bleu-noirdes cheveux châtain clair, des yeux marron foncé, une barbe blond vénitien, une voiture gris métallisé pour De l'encre (d'un) bleu noir, des cheveux (d'un) châtain clair... (notez que le trait d'union n'est de mise que lorsqu'il s'agit de l'association de deux adjectifs de couleur).

    Des poussins jaune citron, une bouteille vert olive, des robes rose bonbon, une chemise bleu marine, une robe gris perle pour Des poussins (d'un) jaune (de la couleur du) citron, une bouteille (d'un) vert (de la couleur de l') olive... (notez l'absence de trait d'union car le second terme n'est pas un adjectif de couleur mais un nom pris adjectivement). De même, bleu de nuit, noir de jais, vert d'eau, etc. restent invariables (comme ellipses de de la couleur qui s'appelle bleu de nuit, etc.).

    Des couvertures lie-de-vin, une peau café au lait (noms composés) ; des dorures vieil or (nom qualifié) ; des vitraux bleu de Chartres (adjectif de couleur formé à partir d'un nom propre).

    Exceptions : Quand des adjectifs et noms de couleur sont coordonnés par la conjonction et, il y a lieu de distinguer :

    Des étoffes rouge et noir : chaque étoffe contient à la fois du rouge et du noir, et est donc bicolore → pas d'accord (comme dans des cheveux poivre et sel et une photo noir et blanc) ;
    Des étoffes rouges et noires : certaines sont entièrement rouges et d'autres entièrement noires → accord.

     

    AstuceOn retiendra : des yeux bleus (adj. simple → accord), des yeux bleu clair (adj. modifiant un adj. de couleur → ellipse de d'un bleu clair), des yeux bleu-vert (association de deux adj. de couleur → ellipse de d'un bleu vert + trait d'union), des yeux marron (nom pris adjectivement → invariable).

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Le mot couleur, sans article et déterminé par un autre nom, s'emploie dans des expressions invariables : Des bas couleur (de) chair (chair est un nom → invariable) mais Des bas de couleur noire (noir est un adjectif → accord), des bas de couleur bleu foncé.

    Par ailleurs, le mot couleur reste toujours invariable dans l'expression haut en couleur, qui signifie « très coloré » ou « pittoresque, truculent » (Des personnalités hautes en couleur). Il l'est également le plus souvent lorsque, précédé ou non de la préposition de, il se rapporte à un nom : Des photos couleur, des crayons de couleur, mais on écrira : Un marchand de couleurs (couleurs se rapportant ici à différents produits), un film en couleur(s).

    Remarque 2 : Les adjectifs dérivés d'un adjectif de couleur ou d'un nom de couleur s'accordent. On distinguera notamment le nom orange (invariable comme nom de couleur) de l'adjectif orangé (variable).

    Des écharpes orange mais Des écharpes orangées.
    Des taches blanchâtres, verdâtres.
    Une femme rougeaude, des collines verdoyantes.

    Remarque 3 : L'Académie attire l'attention sur le pluriel des expressions de couleur, employées non plus comme adjectifs mais comme noms (donc précédées d'un déterminant) :

    • des bleus, des jaunes, des oranges, des marrons ;
    • des bleu-vert, des gris-bleu ;
    • des jaunes paille (les jaunes sont de la couleur de la paille), des bleus ciel, des roses bonbon ou saumon ;
    • des verts pâles, des bleus foncés (les verts sont pâles, les bleus sont foncés).

    Remarque 4 : On rencontre des adjectifs et noms de couleur dans certaines expressions invariables : être (fait) marron (= être dupé, attrapé, refait), être blanc-bleu (= avoir une réputation intacte), etc. D'autres varient naturellement, comme dans blanc comme neige, blanc de peur, rouge de colère, vert de rage... Par ailleurs, certains adjectifs de couleur peuvent être employés comme adverbes, auquel cas ils restent invariables (Elles voient rouge et rient jaune).

    Remarque 5 : Voici une liste non exhaustive d'expressions composées de couleur : aile de corbeau, arc-en-ciel, blanc d'Espagne, blanc ivoire, bleu de Prusse, bleu horizon, bleu marine, bleu-noir, bleu (de) nuit, bleu roi, bleu turquoise, bleu-vert, caca d'oie, café au lait, coq de roche, cuisse-de-nymphe, feuille-morte, gorge-de-pigeon, gris acier, gris-bleu, gris (de) fer, gris de lin, gris perle, jaune citron, jaune cobalt, jaune d'or, jaune maïs, jaune paille, jaune serin, lie-de-vin, noir de fumée, noir de jais, poivre et sel, rose bonbon, rouge brique, rouge et or, rouge magenta, rouge sang, rouge tomate, terre de Sienne, tête-de-nègre, ventre de biche, vert-de-gris, vert amande, vert bouteille, vert olive, vert Véronèse, vieil or... On remarquera que la présence du trait d'union est très aléatoire, au point de nous en faire voir de toutes les couleurs !

    Remarque 6 : Voir également l'article consacré à Pers, vairon.

    Adjectifs de couleurAdjectifs de couleur

     

     

     

     

     

     

     

              La jolie faute sur le nouveau maillot de
              l'OM : « Et nos cœurs sont orange(s) »

     

     

     

     

     

    Le premier qui dit que la langue française
    nous en fait voir de toutes les couleurs...
                (Film de Cyril Collard)

     


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  • Certains noms ou locutions au singulier peuvent avoir un sens pluriel. Dans ce cas, l'hésitation est fréquente sur l'accord du verbe ou de l'adjectif.

    Ainsi doit-on dire : La foule des spectateurs est arrivée ou sont arrivésLa moitié des invités est venue ou sont venus ?

    Le plus souvent, il s'agit en fait d'un choix de sens ou d'intention, laissé à l'appréciation de celui qui s'exprime : l'accord peut se faire soit avec le sujet collectif au singulier si l'on privilégie l'idée d'ensemble (vision globale), soit avec le complément au pluriel si l'on pense à une pluralité d'unités (vision détaillée). Mais, comme toujours, il existe des exceptions (la plupart).

    En dépit d'un usage particulièrement flottant, qui fait la part belle à la subjectivité, nous allons essayer de dégager certaines tendances qui semblent faire consensus.

    Flèche

    Les noms collectifs


    On entend par nom collectif un mot employé au singulier pour désigner un ensemble d'éléments : bande, cohorte, ensemble, file, foule, groupe, infinité, majorité, minorité, meute, multitude, (grand, petit, certain) nombre, nuée, paquet, partie, pile, poignée, reste, série, tas, totalité, troupe, etc.

    Le collectif s'emploie le plus souvent avec un complément (toujours au pluriel) introduit par de.

    Rappel de la règle d'accord

    • Si le nom collectif est employé seul, l'accord se fait en genre (masculin / féminin) et en nombre (singulier / pluriel) avec celui-ci.

    L'ensemble est agréable à regarder.

    La foule est impressionnante.

    Tout le monde est content.

    Toutefois, si d'après le contexte qui précède il est clair qu'un complément pluriel est sous-entendu, les règles qui suivent s'appliquent.

    • Si le nom collectif est précédé de l'article défini (le, la), d'un démonstratif (ce, cet, cette), d'un possessif (mon, sa, etc.) ou s'il est employé avec un adjectif épithète, l'accord se fait généralement avec le nom collectif au singulier car on considère qu'il est alors mis en relief.

    L'ensemble des tableaux est agréable à regarder.

    La foule des spectateurs est arrivée.

    Un groupe impressionnant de badauds s'était formé (l'adjectif impose l'accord avec groupe).

    Cette bande de pillards a dévasté la région (le démonstratif impose l'accord avec bande).

    Le gros des troupes a quitté la ville.

    Le nombre de victimes est élevé (le sens impose le singulier : c'est le nombre qui est élevé).

    Exceptions : avec majorité, minorité, partie et totalité, l'accord peut se faire avec le complément ou avec le collectif, quel que soit le déterminant précédant ce dernier. Certains grammairiens préconisent cependant l'accord avec le collectif (singulier).

    La totalité / La majorité des habitants s'est réunie (ou se sont réunis).

    La majorité des députés sont des hommes mais La majorité a voté la loi

    Une minorité de femmes s'est présentée (ou se sont présentées) à ces élections.

    La plus grande partie / La majeure partie du fleuve est gelée mais La majeure partie de ces élèves sont inscrits dans notre établissement (à cause du démonstratif qui met en relief les élèves).

    • Si le nom collectif est précédé de un, une, l'accord se fait soit avec le collectif (au singulier) soit avec le complément (toujours au pluriel) selon la vision – globale ou détaillée – que l'on souhaite privilégier.

    Un ensemble de tableaux agréable à regarder (vision globale) ou Un ensemble de tableaux agréables à regarder (vision détaillée).

    Une foule de spectateurs attend devant le cinéma (on insiste sur le fait que c'est la masse qui attend) ou Une foule de spectateurs attendent devant le cinéma (on insiste sur le fait que chacun des individus attend).

    Une bande de pillards a dévasté ou ont dévasté la région.

    Une file de voitures bloquait (ou bloquaient) la circulation (ici, on privilégiera cependant le singulier : c'est l'idée de groupe, de masse qui prédomine).

    Un grand nombre de soldats périt ou périrent au combat.

    Une infinité de personnes pensent que... (avec infinité, l'accord avec le complément au pluriel est le plus fréquent).

    Un tas de choses restent encore à faire (tas est ici pris au sens figuré, le verbe s'accorde donc avec le complément).


    Remarque 1
    : Pour bien saisir l'importance du sens et de l'intention (présumée) du locuteur en matière d'accord avec un nom collectif, l'exemple suivant est souvent cité :

    La pile de dossiers qu'il a transportée mais La pile de dossiers qu'il a consultés (on transporte une pile mais on consulte un dossier).

    Remarque 2 : On se gardera d'assimiler aux collectifs les noms comme réunion, assemblée, qui déterminent l'accord.

    L'assemblée des actionnaires s'est tenue lundi.

    Une réunion de chefs d'Etat est prévue prochainement.

    FlècheLes locutions de quantité

    Les locutions de quantité se distinguent des noms collectifs par le fait que leurs compléments (exprimés ou non) peuvent être au singulier ou au pluriel.

    • Avec les adverbes de quantité beaucoup, peu, assez, tant, trop, bien, etc., l'accord se fait le plus souvent avec le complément (sauf si c'est l'idée même de quantité qui prime). Si ce dernier n'est pas exprimé, on suppose qu'il s'agit du mot personnes ou gens, et l'accord se fait donc par défaut au pluriel.

    • Avec les expressions de quantité la plupart, (bon) nombre ou quantité (employés sans article), etc., l'accord se fait toujours avec le complément. Si ce dernier n'est pas exprimé, il est censé être au pluriel.

    La plupart des gens sont mécontents. La plupart sont mécontents (pluriel implicite).

    La plupart du temps est consacré à l'étude. La plupart de son héritage a été dilapidé.

    La plupart d'entre nous sont mécontents. La plupart d'entre vous le savent (accord à la 3e personne du pluriel).

    Peu de gens sont satisfaits mais Peu de monde est satisfait.

    Quantité de personnes sont persuadées d'avoir perdu leur temps.

    Bon nombre se sont plaints.

    Beaucoup se sont plaints. Beaucoup d'entre vous sont déjà venus.

    J'en connais beaucoup qui ne sont pas contents (en impose la pluralité).

    Trop de sucreries fait grossir (= l'excès de sucreries fait grossir) de préférence à Trop de sucreries font grossir (= il y a beaucoup de sucreries qui font grossir, ce qui sous-entend qu'il y en aurait d'autres qui seraient sans conséquence pour notre ligne).

    AstuceOn retiendra que, avec la plupart, l'accord se fait toujours avec le complément (par défaut, au pluriel).


    Remarque 1 : Contrairement à toute logique, l'accord avec plus d'un se fait généralement au singulier ; avec moins de deux, l'accord se fait au pluriel. Quant à pas moins de, il exige l'accord avec le complément.

    Plus d'un s'y serait laissé prendre. Moins de deux ans sont passés.

    Pas moins d'une heure s'est écoulée. Pas moins de trois policiers sont intervenus.

    Remarque 2 : Avec le peu, l'accord se fait au singulier si l'on insiste sur le manque, avec le complément si le sens est celui de quelques. Les délicieuses subtilités du français...

    Le peu d'exigences qu'il a formulé m'a surpris (le peu = le manque de).

    Le peu de livres que j'ai lus de lui m'ont impressionné (le peu = les quelques).

    Enfin, on fera bien la distinction entre la locution peu de (non précédée d'un article), qui supporte le singulier ou le pluriel, et la locution un peu de qui impose le singulier (on emploiera quelques au pluriel).

    Il a mangé peu de bonbons, peu de sucre mais Il a mangé quelques bonbons, un peu de sucre.

    FlècheLes noms de fraction


    L'accord se fait soit avec l'expression de la fraction ou du pourcentage (c'est le plus souvent le cas quand celle-ci désigne une quantité exacte), soit avec le complément (notamment quand il s'agit d'une évaluation approximative ou quand l'expression de la fraction ou du pourcentage est précédée d'un déterminant pluriel).

    La moitié des intervenants a plus de quarante ans mais La moitié des intervenants sont des hommes (à cause de l'attribut pluriel des hommes).

    Les deux tiers de la récolte sont perdus. Un quart des Français passent leurs vacances à la montagne.

    50% de la population est endettée ou 50% de la population sont endettés (NB : l'expression d'un pourcentage est considéré comme masculin) mais 50% de la population s'est déclarée satisfaite (à cause de la présence de l'adjectif : c'est la population qui est satisfaite).

    Seuls 60% de la production sont destinés à l'exportation (accord avec l'expression du pourcentage) ou Seule 60% de la production est destinée à l'exportation (accord avec le complément).

    Les 10% d'intérêts supplémentaires sont défavorables (présence de l'article les).

    Remarque : L'Académie précise que « si le pourcentage ne possède pas de complément, l’accord se fait avec l’expression du pourcentage, au singulier si celui-ci est inférieur à 2, sinon au pluriel : 1,9% a voté contre la motion ; 97,1% ont voté pour la motion ; 1% s’est abstenu. »
    D'autres grammairiens ajoutent que l'expression d'un pourcentage est toujours au masculin singulier quand il s'agit d'un rendement : 10% lui semble une marge suffisante.

    Flèche Les noms numéraux


    Après dizaine, douzaine, centaine, millier, etc., l'accord se fait le plus souvent avec le complément au pluriel (notamment quand il s'agit d'une évaluation approximative), mais l'accord avec le nom numéral est possible selon le sens ou l'intention.

    Une douzaine d'œufs devraient suffire mais Cette douzaine d'œufs devrait suffire (rejoignant en cela la règle d'accord des noms collectifs).

    Une douzaine d'œufs achetés (ou achetée) mais le sens exige Une douzaine d'œufs cassés.

    Une quinzaine d'euros suffiront (ou suffira) pour son achat.

    Un millier de personnes ont défilé dans les rues (le sens favorise le pluriel : ce sont les personnes qui défilent).

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Avec espèce, façon, manière, sorte, type, voire genre suivis d'un complément, l'accord se fait le plus souvent avec ce dernier sauf si un démonstratif met en relief le nom et détermine l'accord.

    Une espèce de fou est venu me parler mais Cette espèce de fou est venue me parler (NB : on dit une espèce de, quel que soit le genre du complément du nom).

    Remarque 2 : L'accord du verbe avec son sujet (Une dizaine de personnes pense que...) est qualifié de grammatical (accord selon la grammaire) ; l'accord avec le complément du nom collectif (Une dizaine de personnes pensent que...), de logique (accord selon la logique). Dans ce dernier cas, la subordination logique l’emportant sur la subordination grammaticale, on parlera d’accord par syllepse (obligatoire avec la plupart, notamment).

    Remarque 3 : La liberté en matière d'accord du verbe après un nom collectif ne doit pas se faire au détriment du bon sens. Ainsi ne dira-t-on pas : Une grande partie des électeurs est indécis (l'accord du verbe avec le collectif une grande partie est incohérent avec l'accord de l'attribut indécis avec le complément du nom des électeurs). De même n'a-t-on guère d'autre choix que d'écrire : La majorité des voyageurs ont composté leur billet.

    Remarque 4 : Voir également l'accord avec ce : C'est / Ce sont ainsi que les articles consacrés à chaque, à chacun, chacune et à ensemble.

    Accord avec un sujet singulier ayant un sens pluriel

     


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  • Voilà une expression, dont les subtilités d'accord n'ont pas fini de nous laisser songeurs...

    Autrefois, explique A.V. Thomas (voir bibliographie), « l'adjectif fort ne variait pas au féminin et s'écrivait fors pour les deux genres, suivant en cela la règle de grand dans grand mère, grand route, etc. (...) La question de dire se faire fort de ou se faire forte de ne se posait donc pas ».

     

    Se faire fort de

    Se faire fort de + infinitif


    Aujourd'hui, au sens de « se dire capable de », la locution s'est figée selon l'usage. En dépit des protestations de Littré, fort, suivi d'un infinitif, est ici analysé comme adverbe et reste donc invariable (de même que le participe passé fait).

    Elle s'est fait fort de le raisonner (et non Elle s'est faite forte de).

     

    Se faire fort de

    Se faire fort de + nom

     
    Mais – car il y a un « mais » –, au sens de « tirer sa force de », fort suivi d'un nom varie en genre et en nombre en tant qu'adjectif. Il en est de même pour le participe passé fait, qui dans ce cas s’accorde avec le sujet.

    Elle s'est faite forte du soutien de son mari (comme on dirait : Forte du soutien de son mari, elle revit).

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : Fort peut être adjectif (variable : un château fort, une forte tête, un coffre-fort, prêter main-forte), adverbe (invariable : Ils chantent fort) et nom (Le fort de Brégançon).

    Remarque 2 : Dans la locution être fort de quelque chose, qui signifie « en tirer son assurance, sa force morale ou matérielle », l'adjectif fort s'accorde normalement : Une armée forte de mille soldats.

    Remarque 3 : Ne pas confondre fort avec for (du latin forum, place publique) dans l'expression dans son for intérieur (= au plus profond de sa conscience).

    Remarque 4 : Les spécialistes sont partagés sur le cas de se faire l'écho de : Ils se sont fait l'écho de cette rumeur (invariabilité selon Girodet, Thomas et Larousse) mais Ils se sont faits l'écho de cette rumeur (accord selon Hanse, Grevisse et Georgin : Ils ont fait eux-mêmes l'écho, où écho est attribut du COD se).

    Remarque 5 : Voir également l'article consacré à l'Accord du participe passé des verbes pronominaux.

    Se faire fort de

    Une histoire de grenouille qui se faisait fort de devenir aussi grosse qu'un bœuf...
    (Recueil de fables d'Esope, par Augustin Legrand. Debray)

     


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