• Certains éprouvent des difficultés à accorder le mot même, selon qu'il est adjectif ou adverbe.

    Flèche

    Même, adjectif


    Même, adjectif indéfini, s'accorde en genre et en nombre avec le nom (ou le pronom) auquel il se rapporte, dans les cas suivants :

    • quand, placé devant un nom, il signifie « identique, semblable ».

    Il a lu les mêmes livres que moi.

    Mêmes causes, mêmes effets.

    quand, placé directement après un nom, il en souligne l'identité, la spécificité, la qualité.

    Cette femme est la gentillesse même. Vos enfants sont les démons mêmes.

    Ils sont venus le jour même (sans trait d'union).

    • quand il est associé (sans trait d'union) aux articles le, la, les ou (précédé d'un trait d'union) aux pronoms réfléchis.

    Ces photos, ce sont toutes les mêmes. Venez les chercher vous-mêmes (= en personne).

    Flèche

    Même, adverbe


    Quand il modifie un verbe, un adjectif, un pronom ou un adverbe pour marquer l'insistance ou le renchérissement, même est adverbe et reste donc invariable. Il signifie alors « aussi, de plus, également, y compris ».

    Il apprécie tout le monde, même ses collègues.

    Même eux ne vous parlent plus.

    Je vous dirai même qu'elle ne nous a même pas remercié.

    Elles sont réservées et même timides.

    Elle achète des objets même inutiles.

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : Il est des cas – notamment lorsque même est placé immédiatement après un nom au pluriel – où faire la distinction entre même adjectif (donc variable) et même adverbe (donc invariable) se révèle difficile... voire impossible.

    À cette fin, certains spécialistes font remarquer que, si même, employé après un nom, peut être déplacé avant son déterminant, il s'agit de l'adverbe, sinon c'est l'adjectif.

    Son avenir même est en jeu → même, placé après le nom avenir, peut être déplacé (Même son avenir est en jeu) → même est adverbe (pas d'accord).

    Cette femme est la gentillesse et la bonté mêmesmêmes, placé après les noms gentillesse et bonté, ne peut pas être déplacé → même est adjectif (accord).

    Pour autant, ce procédé ne permet pas toujours de trancher.

    AstuceIl convient alors d'en revenir au sens : même signifie-t-il « lui-même » (adjectif) ou « même lui », « lui aussi » (adverbe) ? Parfois, les deux interprétations sont possibles.

    Ses paroles même m'ont choqué (= même ses paroles, ses paroles aussi → adverbe) ou Ses paroles mêmes m'ont choqué (= ses paroles elles-mêmes → adjectif).

    Ceux-là même qui l'avaient soutenu l'ont trahi (= même ceux qui → adverbe) ou Ceux-là mêmes qui l'avaient soutenu l'ont trahi (= eux-mêmes → adjectif).

    Il a su tirer avantage des inconvénients mêmes de sa profession (= eux-mêmes → adjectif) ou Il a su tirer avantage même des inconvénients de sa profession (adverbe).

    Ils ne le comprennent pas eux-mêmes (= eux en personne, adjectif) mais Même eux ne le comprennent pas (= eux non plus, adverbe).

    Remarque 2 : Le seul cas où même est précédé d'un trait d'union est après un pronom réfléchi (lui-même, nous-mêmes, soi-même...). Les locutions de même, tout de même, à même, ici même, là même, aujourd'hui même, par ici même, même si, quand même, combien même, etc. (où même reste invariable) n'en comportent donc pas.

    Ils sont à même de subvenir à leurs besoins (= ils sont en mesure de).

    Cela se passera ici même (= exactement ici).

    Il baisse les bras et, par là même, s'avoue vaincu (= par cette action précise).

    Vous ne pensez quand même pas ce que vous dites ! (et non comme même, comme on l'entend parfois).

    Remarque 3 : Nous-même et vous-même prennent ou non un s selon que le pronom désigne une personne (nous de majesté, vous de politesse) ou plusieurs.

    Vous le constaterez vous-même, monsieur le Président mais Vous le constaterez vous-mêmes, mesdemoiselles.

    Remarque 4 : La locution conjonctive de même que se place entre virgules. L'accord se fait avec le premier terme de la comparaison qu'elle introduit.

    Eric, de même que sa sœur, s'est fait éconduire.

    Remarque 5 : Dans les expressions figées cela revient au même (qui signifie « c'est la même chose ») et c'est du pareil au même, même est employé comme substantif.

     

    Même

     


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  • L'adjectif demi n'ayant pas de pluriel, il ne s'accorde en genre que lorsqu'il est placé après un nom.

    Une heure et demie.

    Deux heures et demie, deux litres et demi (accord en genre, tout en restant au singulier).

    Lorsqu'ils précèdent un nom, les adjectifs demi et nu restent invariables et sont suivis d'un trait d'union.

    Une demi-heure, une demi-journée mais une heure et demie.

    Des demi-sœurs, des demi-portions, des demi-tons.

    Nu-tête, nu-pieds mais pieds nus.

     

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : Il fut un temps où l'adjectif demi variait logiquement en genre, même quand il précédait le nom auquel il se rapportait. C'est Vaugelas, appuyé par Corneille et l'Académie, qui posa la règle moderne : considérant (dans ses Nouvelles remarques sur la langue française) qu'« en cet endroit où [substantif et adjectif] ne font tous deux qu'un seul mot », il refusa à demi antéposé la possibilité de prendre la marque du féminin « afin que la prononciation en soit plus douce et plus courte » (!). Un bel exemple d'arbitraire... que la réforme orthographique de 1901 a essayé (en vain, semble-t-il) de corriger, en autorisant l'accord des adjectifs demi, nu, feu avec le substantif qu'ils précèdent.

    Remarque 2 : Le cas de midi et demi, minuit et demi appelle un commentaire. L'accord au masculin est généralement justifié dans les ouvrages de référence par le genre de midi et de minuit (qui, rappelons-le, sont deux mots masculins). Mais une autre logique que cet accord de voisinage prévaut chez ceux qui considèrent que « la moitié de midi (ou de minuit) »  ne correspond à aucune unité de temps établie. Si l'usage comprend « midi et la moitié d'une heure » et admet « deux heures et demie », est-on fondé à refuser d'écrire midi et demie ?

    Remarque 3 : Les termes juridiques nus-propriétaires et nue-propriété font exception à la règle.

    Remarque 4 : La locution adverbiale à nu est invariable.

    Elles ont été mises à nu (= elles se sont dévoilées).

    Remarque 5 : La locution adverbiale à demi est invariable et ne prend le trait d'union que devant un nom (voir également le billet À demi).

    Faire les choses à demi.

    Parler à demi-mot, mais Une bouteille à demi pleine.

    Remarque 6 : Les mots composés avec demi- ne prennent la marque du pluriel que sur le nom.

    Des demi-douzaines, des demi-frères, des demi-finales, des demi-tours, etc.

    Remarque 7 : Demi peut être également un nom masculin désignant la moitié d'une unité (commander un demi) ou un joueur sportif (des demis de mêlée). Demie avec un e final est un nom féminin (passe me voir à la demie).

    Remarque 8 : Semi et mi sont toujours invariables et suivis d'un trait d'union.

    Des semi-remorques, la mi-temps. À mi-chemin, à mi-voix. Avoir les yeux mi-clos.

     

    Subtilités

    À midi et demi, ils ont commandé deux demis (nom : verre de bière) et deux cafés.

     

    Nu

     


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  • Remarque liminaire : Dans cet article, participe passé sera abrégé en pp, complément d'objet direct en COD et complément d'objet indirect en COI.

    Vous connaissez la règle :

    1/ Le pp des verbes conjugués avec l'auxiliaire être (ou avec un verbe d'état) s'accorde comme un adjectif, avec le sujet.

    Elle est venue, elle semble contente.

    Cela nous est arrivé (et non Cela nous est arrivés).

    2/ Le pp des verbes conjugués avec l'auxiliaire avoir s'accorde, en genre et en nombre, non pas avec le sujet mais avec le COD lorsque celui-ci existe et précède le participe.

    Les lettres qu'il a reçues (il a reçu quoi ? les lettres, COD placé avant le pp → accord) mais Il a reçu les lettres que je lui ai envoyées.

    Quels services il m'a rendus ! (il m'a rendu quoi ? des services, COD placé avant le pp) mais Il m'a rendu de grands services.

    La mort nous a séparés (la mort a séparé qui ? nous, COD placé avant le pp) mais La mort a séparé les amoureux.

    Remarque : Pour l'accord du pp des verbes pronominaux, voir le rappel de la règle.

     

    Il résulte de cette règle :

    1) que la justesse de l'accord du pp dépend de la bonne identification de son complément d'objet direct (ainsi nommé parce qu'il est construit directement, c'est-à-dire sans préposition). On se rappellera que le COD s'identifie en posant la question qui ? ou quoi ? au verbe analysé, alors que le COI répond à la question de qui / de quoi ? à qui / à quoi ? pour qui / pour quoi ? en qui / en quoi ? etc.

    Les enfants que les jeunes filles ont accompagnés à l'école (auxiliaire avoir → recherche du COD → les jeunes filles ont accompagné qui ? les enfants, COD placé avant le pp → accord avec le COD les enfants).

    NB : Attention, un verbe ne possède pas forcément de COD... ni parfois même de COI (on dit alors qu'il est intransitif, voir ci-dessous).

    2) que les participes passés des verbes intransitifs et transitifs indirects ainsi que des verbes impersonnels ou employés de façon impersonnelle, lorsqu'ils sont construits avec l'auxiliaire avoir, sont invariables (puisque n'admettant pas de COD). Ils restent donc toujours au masculin singulier.

    La pluie qu'il y a eu (= il y a eu de la pluie, forme impersonnelle).

    Des résultats, à supposer qu'il y en ait eu (forme impersonnelle).

    Ces livres nous ont plu (plaire est un verbe transitif indirect : ces livres ont plu à qui ? à nous, COI → pas d'accord).

    Ces dames sont pressées. L'envie leur a pris de partir (prendre, au sens de « se manifester », est un verbe intransitif).

    Rappel : Un verbe est intransitif s'il n'admet pas de complément d'objet (direct ou indirect), comme dîner, dormir... Un verbe est transitif indirect s'il n'admet qu'un complément d'objet indirect (= précédé d'une préposition) comme obéir à, user de...

     

    Cela étant dit, il existe plusieurs cas particuliers qu'il est bon de connaître.

    • Participe passé placé en tête de phrase

    L'Académie précise que le pp s’accorde avec le nom qu’il complète, à condition qu'il qualifie bien celui-ci (voir l'article Fini).

    Finies, les vacances ! (= les vacances sont finies → accord) mais Fini, les poux à l'école (ellipse de C'est fini, les poux → invariable).

    En revanche, les participes approuvé, attendu, certifié, communiqué, entendu, fourni, lu, mis à part, ôté, ouï, passé, quitté, reçu, supposé, vu, ainsi que non compris, y compris, étant donné, excepté que, ci-joint, etc., placés immédiatement avant le nom (et a fortiori en tête de phrase) sont invariables (voir l'article Accord des locutions prépositives).

     

    • Participe passé suivi d'un infinitif

    L'accord ne se fait avec le COD que si : 1/ le COD est placé avant le pp ; 2/ le COD fait l'action exprimée par l'infinitif.

    La chorale que j'ai entendue chanter : j'ai entendu quoi ? la chorale (chanter), COD placé avant le pp, qui fait l'action de chanter : les 2 conditions sont remplies → accord.

    La chanson que j'ai entendu chanter : j'ai entendu quoi ? chanter (la chanson), COD placé après le pp ; la chanson ne fait pas l'action de chanter → pas d'accord.

    Les arbres que j'ai vu planter (j'ai vu quoi ? planter les arbres) mais Les arbres que j'ai vus fleurir (j'ai vu quoi ? les arbres fleurir).

    Les cadeaux qu'il a pensé acheter (il a pensé quoi ? acheter les cadeaux), COD placé après le pp) mais Les cadeaux qu'il a achetés (il a acheté quoi ? les cadeaux, COD placé avant le pp).

    Remarque 1 : L'Académie fait remarquer que l'application de cette règle est particulièrement malaisée avec le verbe laisser, notamment dans les formes pronominales, et en fait donc une exception (sur le modèle de faire, voir ce billet) : « L'accord restant incertain dans l'usage, on pourra généraliser l'invariabilité du participe passé de laisser dans le cas où il est suivi d'un infinitif ». L'accord de laissé selon la règle traditionnelle (entre parenthèses dans les exemples ci-dessous) ne saurait pour autant être considéré comme fautif.

    Je les ai laissé(s) faire.

    Les bouteilles qu'ils ont fait tomber. Votre maison, vous l'avez fait construire ? (Le pronom qui précède ne peut jamais être complément de fait ; il l'est de l'ensemble factitif avoir fait + infinitif.)

    Elle s'est laissé(e) mourir. Elle s'est laissé séduire.

    Elle s'est fait maigrir. Elle s'est fait surprendre.

    Remarque 2 : Les participes des verbes d'énonciation et d'opinion (affirmé, cru, daigné, demandé, désiré, dit, dû, espéré, fallu, osé, pensé, permis, prétendu, promis, prévu, pu, semblé, songé, su, voulu...) restent invariables dès lors qu'ils sont suivis d'un infinitif, exprimé ou sous-entendu.

    Il a fait tous les efforts qu'il a pu (faire). Il m'a donné tous les renseignements que j'ai voulu (obtenir).

    Il ne s'agit là, en fait, que d'une résultante de la règle générale, puisque le complément (par exemple, les efforts) est COD de l'infinitif sous-entendu (faire) et non pas du pp pu (ou, présenté différemment, il a pu quoi ? faire des efforts, COD placé après le pp → pas d'accord).

    C'est le même principe qui impose d'écrire : La route que j'ai cru être la plus courte. En effet, il y a ici invariabilité parce que l'on est contraint de considérer que l'objet direct est la proposition infinitive : j'ai cru quoi ? que cette route était la plus courte.

    Remarque 3 : Lorsqu'une préposition (à ou de) est intercalée entre le pp et l'infinitif, l'accord se fait selon la règle générale, rappelée en début d'article.

    Les villes qu'ils ont eu à visiter (ils ont eu quoi ? à visiter les villes, les villes est COD de visiter, pas de ont eu → pas d'accord) mais Les chemises que j'ai données à repasser (j'ai donné quoi ? les chemises, COD placé avant le pp → accord).

    • Participe passé suivi d'un attribut du complément d'objet direct

    La règle rappelée en début d'article s'applique : le pp s’accorde avec le COD lorsque celui-ci précède le pp − même si Grevisse note que, dans la pratique, l'invariabilité est également observée (notamment avec les participes cru, su, dit, trouvé, voulu et leurs synonymes exprimant une opinion). Encore convient-il de déterminer correctement ledit COD.

    Des femmes qu'il avait crues intègres, qu'il avait trouvées charmantes (intègres et charmantes sont ici analysés comme attributs du COD femmes) mais l'absence d'accord est également admise : Des femmes qu'il avait cru intègres, qu'il avait trouvé charmantes (dans ce cas, l'analyse est la suivante : il avait cru quoi ? que les femmes étaient intègres, qu'elles étaient charmantes → c'est toute la proposition qui est COD, d'où l'invariabilité du participe passé).

    Une maison qu'on aurait dit(e) ancienne (de même, deux analyses sont possibles, en raison du flottement de l'usage : on aurait dit quoi ? que la maison est ancienne → invariabilité ; on aurait dit la maison ancienne → accord avec le COD maison).

    La route que j'ai cru(e) la plus courte, mais la route que j'ai cru être la plus courte (voir remarque 2 ci-dessus).

    Une information qu'il n'a pas jugé(e) utile mais Une information qu'il n'a pas jugé utile de révéler (information est ici COD de révéler, pas de juger).

    Cette femme, nous l'avons choisie comme présidente. Ils l'ont laissée pour morte (dans ces exemples, l'accord est de rigueur, puisque le COD ne peut être que le nom ou le pronom seul).

    Remarque : Selon certains réformateurs, la différence entre formes accordées et formes invariées serait même porteuse de sens. Comparez : Une chienne que le vétérinaire m'a rendu malade (il l'a fait devenir malade) et Une chienne que le vétérinaire m'a rendue malade (il me l'a rendue et elle était malade). Force est de constater que cette subtilité n'est pas (encore ?) entrée dans l'usage et que l'invariabilité autrefois préconisée par Vaugelas (« Les habitans nous ont rendu maistres de la ville. Le commerce l'a rendu puissante ») a depuis longtemps cédé le pas à l'accord : « Il l'avait rendue fort malheureuse » (Flaubert), « Cet accident l'a rendue sourde. Le succès l'a rendue présomptueuse » (Dictionnaire de l'Académie).

    • Participe passé précédé de le (l') ou de en

    Le pp dont l’objet direct est le pronom personnel élidé l’ ne varie pas quand l’ équivaut à cela, qui est masculin singulier.

    Ces épreuves sont plus difficiles que je l'avais cru (= que j'avais cru cela) mais Cette épreuve, je l'ai trouvée difficile.

    Là encore, il ne s'agit que d'une résultante de la règle générale, puisque le COD est le pronom sous-entendu cela, placé après le pp, et non ces épreuves (qu'ai-je cru ? cela, pas les épreuves).

    En revanche, il est généralement admis que le pp dont l’objet direct est en ne varie pas (Thomas, Grevisse, Hanse, Académie) : d'ordinaire, en est considéré comme un partitif neutre équivalant à « une partie de cela, de lui, d'eux... » (ces fleurs, j'en ai cueilli = j'ai cueilli de ces fleurs), non plus comme un pronom personnel reprenant le genre et le nombre du nom représenté. De même, l'invariabilité est le plus souvent de mise quand en est complément d'un adverbe de quantité (même s'il n'y a pas unanimité des grammairiens sur ce point comme sur le précédent).

    Ces gâteaux, j'en ai mangé beaucoup, je les ai même tous mangés. Ces gâteaux, combien en avez-vous mangé ? (ceux qui considèrent que l'adverbe de quantité combien, placé avant en, commande l'accord écriront : combien en avez-vous mangés ?).

    J'en ai connu, des imbéciles ! mais Je n'apprécie guère la description qu'il en a faite (ici, en est COI ; l'accord se fait avec description, COD placé avant le pp).

    • Complément circonstanciel

    Certains verbes toujours intransitifs (dormir, durer, marcher, régner, etc.) peuvent avoir un complément circonstanciel (de durée, de mesure, de poids ou de prix, identifié en posant les questions où, quand, comment, combien, etc. ?) que l'on ne confondra pas avec un complément d'objet direct.

    Les deux heures qu'a duré sa sieste (deux heures est ici complément circonstanciel de durée et non COD : sa sieste a duré pendant deux heures → pas d'accord).

    Sur le même principe, le pp des verbes tels que courir, coûter, mesurer, peser, souffrir, valoir, vivre est invariable quand il est employé au sens propre (verbes intransitifs) et variable quand il est employé au sens figuré (verbes alors transitifs).

    Les kilomètres que nous avons couru (kilomètres est complément circonstanciel, car il s'agit d'une distance : nous avons couru sur combien de kilomètres ? et non nous avons couru quoi ?) mais Les dangers que nous avons courus (nous avons couru quoi ? que mis pour des dangers, COD placé avant le pp). En d'autres termes, on peut courir des dangers mais on ne court pas des kilomètres (ni des heures).

    Peux-tu me rembourser les dix euros que m'a coûté ce livre ? (dix euros est complément circonstanciel de prix) mais Imagines-tu les efforts que ce travail m'a coûtés ? (efforts, COD placé avant le pp).

    Il pense aux années qu'il a vécu (= pendant lesquelles il a vécu) mais Il pense à la romance qu'il a vécue.

    Quant au verbe payer, il peut avoir un complément d'objet et un complément circonstanciel de prix.

    Les cent euros que j'ai payé ces chaussures (j'ai payé combien ?) mais Ces chaussures, je les ai payées cent euros (j'ai payé quoi ?) et La dette que j'ai payée (j'ai payé quoi ?).

    On notera toutefois que les verbes dépenser, gagner, parier, perdre, rapporter ainsi que passer restent transitifs.

    Les cent euros qu'il a dépensés. Les années qu'il a passées au Canada.

    • Expressions figées

    Dans les expressions figées, le pp reste désormais invariable. Il en est ainsi de la formule Elle l'a échappé belle (= échapper de justesse à un danger), où le COD l' fait pourtant référence à la balle du jeu de paume qui, bien que belle (c'est-à-dire facile à renvoyer), en vient à être manquée (« échappée »).

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    Subtilités

    La course que j'ai terminée en premier (j'ai terminé en premier quoi ? que, mis pour la course, COD placé avant le pp) mais L'équipe qui a gagné la course est celle qui a terminé en premier (dans la première proposition relative, le COD est placé après le pp ; dans la seconde, il n'y a pas de COD : qui (l'équipe) a terminé en premier).

    Les choses que j'ai entendues mais Les choses que j'ai entendu dire.

    L’idée qu’il lui a pris (tour impersonnel où idée est sujet réel de prendre : « l’idée qui s’est manifestée soudainement chez lui ») mais L’idée qu’il lui a prise (tour personnel où idée est COD de prendre : « l’idée qu’il lui a volée »).

    Des pressions qu'il a prétendues insupportables mais Des pressions qu'il a prétendu subir.

    Que de difficultés avons-nous rencontrées avant de parvenir au résultat !

    La voiture que j'ai fini par acheter
    (voiture est COD d'acheter, pas du participe passé fini, qui reste donc invariable).

    Remarque 1 : La règle d'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir est souvent attribuée à Clément Marot (1496-1544), poète à la cour de François Ier, qui l'aurait proposée en imitation de la grammaire italienne par ces vers restés fameux : « Enfants, oyez une leçon / Notre langue a cette façon / Que le terme qui va devant / Volontiers régit le suivant... » La règle de Marot n'aurait connu à son époque qu'un succès relatif, comme en témoigne ce non moins célèbre poème d'un Ronsard qui écrivait encore en 1552 : « Mignonne, allons voir si la rose / Qui ce matin avait déclose / Sa robe de pourpre au soleil… ». C'est que, selon un ancien usage remontant au Moyen Âge, le participe passé s'accordait toujours avec le COD, quelle que soit sa place dans la phrase. Ce n'est que trois siècles de flottement plus tard que l'école républicaine finira par imposer la nouvelle règle à des élèves bien embarrassés.

    Remarque 2 : Voir également l'accord du participe passé avec gens et avec un des.

    Remarque 3 : On s'étonne de ne pas voir mentionnée dans le Petit Larousse illustré (édition 2005, en ce qui me concerne) l'acception intransitive du verbe mesurer (« avoir pour mesure »). Cet oubli laisse accroire que, dans une phrase comme « Les cinq kilomètres de long qu'a autrefois mesuré ce glacier ont fondu comme neige au soleil », l'accord du participe passé est de rigueur, alors qu'il n'en est rien !

    Accord du participe passé

    Passé ou non, l'essentiel est de participer (pour paraphraser Pierre de Coubertin)
    (photo wikipedia)

     


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  • Je devine le froncement de sourcils : mais quelles difficultés peuvent bien présenter les mots matin et soir ?

    Et pourtant, auriez-vous pensé à écrire : tous les dimanches matin, tous les lundis soir (sans s final) ?

    En l'occurrence, matin et soir sont ici employés dans un tour elliptique : tous les dimanches (au) matin, tous les lundis (au) soir. Ils sont donc invariables.

     

    En résumé

    Matin et soir sont invariables après un nom de jour.


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    Remarque 1
    : Il en est de même avec midi, après-midi et minuit (par ailleurs, tous trois noms masculins).

    Tous les samedis midi.
    Tous les midis
    mais Tous les après-midi (invariable selon la règle classique) ou Tous les après-midis (selon les Rectifications orthographiques de 1990).
    À midi précis, à minuit précis
    (et non précise).

    Remarque 2 : Midi (composé de mi- et du latin die, jour) signifie « le milieu du jour ». À l'origine, ce mot ne désigne pas une heure précise mais un moment de la journée, comme matin, après-midi ou soir. Aussi n'y a-t-il aucune raison de condamner les formulations le midi, ce midi (comme on dirait le matin, ce soir, etc.). Employé comme synonyme de douze heures, midi exige la préposition à : Il est venu à midi comme on dirait Il est venu à quatre heures.

    Remarque 3 : L'emploi de au soir, au matin est obligatoire après une date ainsi qu'après quelques expressions (la veille, le jour de, ce jour, tous les jours, etc.) : Le lundi matin (ou, moins couramment : le lundi au matin) mais Le lundi 2 septembre au matin.

    Remarque 4 : Voir également l'article consacré aux Jours de la semaine.

    Remarque 5 : Dans la langue familière, on dira : Il est midi pile, il est trois heures pile (= exactement). Voir également le billet Tout rond.

    Subtilité : Je viendrai après midi (= après l'heure de midi) mais Je viendrai cet après-midi.

     

    Dimanches soir

    Eh non, justement : pour tous les dimanches soir !
    (Livre de Quentin Gréban, Éditions Fleurus)

     


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  • Si l'usage reste particulièrement flottant concernant l'accord de c'est (et de ses formes conjuguées), il convient de préciser quelques principes.

     

    Rappel de la règle

    C'est, suivi d'un nom ou d'un pronom au pluriel, s'accorde de préférence avec celui-ci sauf :

    1. quand le verbe est suivi de nous ou vous.

      C'était nous qui étions visés. C'est vous qui le dites !

    2. devant l'énoncé de sommes, d'heures ou de quantités quelconques pensées comme un tout :

      C'est onze heures qui sonnent. C'est deux jours de perdus.
      C'est cent euros qu'il me faut (quantité globale) mais Ce sont cent euros bien placés (si on pense à chaque unité qui compose l'ensemble).

    3. quand le pronom en est intercalé dans l'expression.

      Des fantômes ? Crois-tu que c'en est ?

    4. devant une préposition.

      C'est aux hommes de bonne volonté que je m'adresse.

    5. dans la locution figée si ce n'est (= excepté).

      Il ne voit personne, si ce n'est ses enfants.

     

    Dans tous les autres cas où le présentatif c'est est suivi du pluriel, l'accord est « de meilleure langue » selon l'Académie (sans que le singulier soit pour autant incorrect).

    Ce sont eux qui m'en ont parlé (de préférence à C'est eux, qui appartiendrait contre toute logique au registre familier).

    Tout ça, ce sont des histoires. C'étaient des paroles en l'air.

    Ce sont mon père et ma mère qui sont responsables (de préférence à C'est mon père et ma mère).

    Ce sont le football et le rugby qu'il préfère (de préférence à C'est...).

    L'enfer, ce sont les autres (de préférence à c'est les autres, n'en déplaise à Sartre).

    Ne seraient-ce point les soldes ?

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    Remarque 1
    : La construction c'est... qui / que permet la mise en relief d'un sujet ou d'un complément.

    • Avec un sujet, la locution c'est moi qui (et ses déclinaisons) exige l'accord avec le pronom personnel.

    C'est moi qui l'ai fait (et non qui l'a fait) mais C'est lui qui l'a fait.

    C'est toi qui es énervé !

    • Avec un complément prépositionnel, deux constructions sont grammaticalement possibles : c'est de... que ou c'est... dont. D'une part, on se gardera de les mélanger, en se rappelant que de est déjà inclus dans dont. D'autre part, on notera que la première construction est préférable, afin de rattacher la préposition au nom mis en relief.

      C'est de ton avenir qu'il s'agit (de préférence à C'est ton avenir dont il s'agit, considéré comme archaïque ; et non C'est de ton avenir dont il s'agit, qui relève du pléonasme syntaxique).

      C'est de lui que je parle (de préférence à C'est lui dont je parle ; et non C'est de lui dont je parle).

      Les mêmes remarques valent pour c'est à vous que je parle (et non à qui je parle).

    • De même, avec un complément de lieu, on veillera à ne pas verser dans le pléonasme :

      C'est là que j'habite (de préférence à C'est là où j'habite, = à cet endroit et étant considérés comme deux indications de lieu redondantes par certains grammairiens – mais plus par l'Académie) mais C'est l'endroit j'habite.

    Remarque 2 : La tournure interrogative c'est qui qui, d'une lourdeur pachydermique, relève du langage populaire et est à proscrire.

    Remarque 3 : Avec ceci, cela, tout ce qui, etc., l'accord du verbe se fait comme avec ce. Du reste, l'usage actuel tend à reprendre le sujet par ce.

    Tout cela ne sont que des bêtises (ou Tout cela, ce ne sont que des bêtises).

    Remarque 4 : En raison de l'indistinction, à l'oral, entre c'était et c'étaient, celui-ci est souvent concurrencé à l'écrit par celui-là, sans que cela soit franchement incorrect.

    Était-ce des menaces ? (au lieu de Étaient-ce des menaces ?)

    Remarque 5 : Serait-ce, fût-ce, ne serait-ce que, ne fût-ce que (pour introduire un renchérissement, une précision) sont des formes figées (conjuguées à l'imparfait du subjonctif) qui restent invariables.

    Tous les risques, fût-ce les plus improbables, seront envisagés (et non fussent les plus improbables) mais on écrira correctement à la forme personnelle Tous les risques, fussent-ils les plus improbables.

    Il souhaite te parler, ne fût-ce que quelques minutes (= même seulement quelques minutes).

    Quant aux formes sont-ce, c'en sont, furent-ce, elles sont contraires à l'euphonie (et propices au jeu de mots ?) selon Girodet, qui prône alors le singulier : De telles paroles sont des injures ; oui, c'en est.

    Remarque 6 : Selon Hanse, « ce doit être, ce peut être, ce ne saurait être suivent théoriquement la même règle que c'est ». Dans la pratique, le singulier l'emporte souvent, surtout au présent où les formes verbales diffèrent à l'oral : Ce doit être eux mais Ce devrait (ou devraient) être eux.

     

    C'estC'est à l'amour auquel je pense

     

     

     

     

     




            (source : legroupement.com)

     

     

                                                                            N'en déplaise à Françoise Hardy,
                                                                             on dira correctement :
                                                                              « C'est à l'amour que je pense ».

     


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