• Le participe passé de se succéder est toujours invariable puisque ce verbe pronominal ne peut avoir de complément d'objet direct.

    Les années se sont succédé (et non se sont succédées).

    En effet, les années ont succédé à elles-mêmes, se est complément d'objet indirect, il n'y a pas de COD → pas d'accord.

    On écrira en revanche : Les années se sont suivies (se, complément d'objet direct, est placé avant le participe passé → accord).

     

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : Le participe passé des verbes qui ne peuvent avoir de complément d'objet direct (comme se succéder) reste invariable. Il en est ainsi de : se complaire, se convenir, se déplaire, se mentir, se nuire, se parler, se plaire, se ressembler, se rire, se sourire, se suffire, se survivre, etc.

    Remarque 2 : Une fois n’est pas coutume, Grevisse (à moins que ce ne soit Goosse) sème le trouble concernant le cas du verbe se suivre. Ne lit-on pas dans Le Bon Usage (§ 778 de la quinzième édition) : « Une catégorie particulière est constituée par les verbes se succéder et se suivre, ainsi que s’enchaîner pris comme synonyme des précédents. Ils indiquent que le sujet constitue une série et que chacun des éléments de celle-ci est à la fois agent (sauf le premier) et patient (sauf le dernier), mais il n’y a ni réflexivité ni réciprocité (sinon une sorte de réflexivité globale) : Trois desservants s’étaient déjà succédé à Cernès (Mauriac). — On emploie ces verbes même si la série n’est que de deux : Des deux reines qui se sont succédé dans mon lit (M. Tournier) » ?
    Et les lecteurs, médusés, d’en conclure que le participe resterait invariable dans ils se sont suivi comme dans ils se sont succédé.
    Voire. D’une part, Grevisse ne dit pas clairement que l’accord est incorrect ; d’autre part, il ne cite aucun exemple avec se suivre : il se contente d’observer – non sans quelque apparence de raison – que ledit verbe ne saurait être considéré comme un pronominal réfléchi ni comme un pronominal réciproque. Oserai-je avouer que, si l’argument semble frappé au coin du bon sens, il n’en paraît pas moins difficilement recevable ? Car enfin, il y a belle lurette que le tour se suivre les uns les autres est attesté, que ce soit dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert ou sous la plume de Fénelon : « [Les atomes] qui sont dans la même ligne doivent se suivre les uns les autres à l'infini, sans pouvoir s’attraper », « ils ne se sont pas suivis les uns les autres ». Littré lui-même écrit sans barguigner : « Ils se suivaient les uns les autres. » Florence Mercier-Leca tente une synthèse : « Parfois il n'y a pas une réciprocité stricto sensu mais une succession temporelle. »
    Quand bien même l’argument de Grevisse serait retenu, cela ne changerait rien à l'affaire : le pronom se serait alors déclaré inanalysable comme complément d’objet (sous le prétexte que l’on ne peut suivre soi-même, suivre à soi-même, etc.) et, partant, l’accord serait également de rigueur. On écrira donc, jusqu’à nouvel ordre : « Elles se sont suivies sur la route » (Bescherelle), « Les victoires se sont suivies » (Grammaire et analyse d'Albert Hamon), « deux beaux ouvrages, dont les auteurs [...] se sont suivis de près dans la tombe» (Discours de réception d'Henri Patin à l'Académie française), « Les événements se sont enchaînés rapidement » (Dictionnaire du français de Josette Rey-Debove).

    Remarque 3 : Pour plus de détails, voir le rappel de la règle d'accord du participe passé des verbes pronominaux.

     

    Se succéder

    Le 17 octobre 1849, la comtesse Potocka ainsi que tous les amis de Chopin
    se sont succédé au chevet du musicien.

    (d'après le tableau de Félix Barrias)

     


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  • Une femme a-t-elle l'air sérieux ou l'air sérieuse ? Tout dépend du sens que l'on souhaite donner à la phrase (on parle alors d'accord par syllepse).

    • Si l'on considère avoir l'air comme une locution figée au sens de « sembler, paraître », alors l'adjectif qui suit est attribut du sujet et s'accorde avec le sujet :

    Cette femme a l'air [d'être] sérieuse.

    • Si l'on décompose la locution en donnant à air le sens de « physionomie, allure, expression », alors l'adjectif est épithète de air et s'accorde avec air :

    Cette femme a l'air sérieux (c'est son air qui est sérieux, elle se donne ou prend un air sérieux), a l'air mauvais, a l'air radieux.

    • Si air est précédé d'un déterminant (un, cet, son) ou suivi d'un complément, alors l'adjectif s'accorde obligatoirement avec air :

    Cette femme a un air sérieux.

    Elle a cet air sérieux des secrétaires de direction.

    Elle a l'air sérieux comme un pape.

    « Elles ont l'air fatigué des gens ennuyés et l'air ennuyé des gens fatigués » (Alfred Delveau).

     

    Remarque 1 : Le cas de l'adjectif fin est intéressant : Elle a l'air fin signifie, par antiphrase, « elle semble ridicule » (de fait, la confusion se peint sur le visage, d'où l'accord avec air), quand Elle a l'air fine s'entend plutôt au sens de « elle semble intelligente » ou encore « elle semble mince ».

    Remarque 2 : Quand le sujet est un être inanimé, l'adjectif s'accorde obligatoirement avec celui-ci (sauf dans le cas particulier d'une personnification) :

    Ces fraises ont l'air bonnes (elles ne peuvent pas « prendre l'air » bon).

    Ces recherches ont l'air sérieuses (elles ne peuvent pas « prendre l'air » sérieux).

     

    En résumé

    La locution avoir l'air suit la règle d'accord suivante :

    • s'il s'agit d'un nom de chose, l'adjectif attribut s'accorde avec le sujet.

    Ces fruits ont l'air mûrs.

    • s'il s'agit d'une personne, l'adjectif qui suit s'accorde généralement avec le sujet (dans le sens de « sembler, paraître »), parfois avec air (dans le sens de « physionomie, allure, expression »), à condition que ledit adjectif puisse se rapporter aux deux substantifs (le sujet et son COD air).

    Cette personne a l'air fausse (elle a l'air d'être fausse) ou Cette personne a l'air faux (elle a un air faux, elle prend un air faux) mais Cette personne a l'air bronzée (ce n'est pas son air qui est bronzé).

    • Si air est déterminé ou complété, l'adjectif s'accorde obligatoirement avec air.

    Elle a un air enjoué qui me réjouit.

     

    Avoir l'air

    Voilà une sorcière qui n'a pas l'air bien méchant(e) !

     


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  • Il est parfois difficile de bien distinguer les emplois de quelque, adjectif ou adverbe, qui déterminent son accord.

    Flèche

    Quelque, adjectif


    Devant un nom (lui-même précédé ou non d'un adjectif), quelque est adjectif et s'accorde donc en genre (masculin / féminin) et en nombre (singulier / pluriel) selon le sens.

    - Suivi d'un pluriel, quelques (avec un s final) a le sens de « plusieurs » :

    Quelques (jolies) fleurs bordent l'allée.

    J'ai quelques interrogations à son sujet.

    - Suivi d'un singulier, quelque (sans s) a le sens de « un certain » :

    Il y a quelque temps, j'ai trouvé quelque chose.

    Si vous avez quelque interrogation à son sujet, dites-le moi.

    Quelque, devant un nom (précédé ou non d'un adjectif épithète), est également adjectif dans sa construction avec que (registre soutenu). Il s'accorde donc.

    Quelques questions que vous lui posiez, il répondra (= Quelles que soient les questions que vous lui posiez).

    Quelques viles et lâches satisfactions qu'on lui offrît (Montaigne).

    De quelque manière que ce soit.


    Remarque
    : Après un nom de nombre, l'expression et quelques (toujours au pluriel) s'emploie familièrement au sens de « et un peu plus ».

    Elle a quarante ans et quelques (le mot mois étant sous-entendu).

    Flèche

    Quelque, adverbe


    Devant un adjectif (numéral ou attribut d'un nom placé immédiatement après lui) ou un adverbe, quelque est adverbe et donc invariable. Il signifie « environ, à peu près » devant l'expression d'un nombre ou bien « si, aussi » dans sa construction avec que (registre soutenu).

    Il y avait quelque deux cents personnes à la réunion (deux cents est un adjectif numéral → quelque est adverbe, ne s'accorde pas et signifie « environ ») mais Il y avait quelques milliers de personnes au concert (millier est un nom → quelque est adjectif et s'accorde).

    Les quelque deux cents personnes invitées à la réunion.

    Quelque menaçants qu'ils soient, ils ne m'effraient pas (= Aussi menaçants qu'ils soient ou soient-ils).

    Je suis quelque peu surpris (variante de un peu).

    Quelque vite qu'il aille, il ne peut me rattraper.

     

    En résumé

    • Quand il signifie « plusieurs » ou « un certain », quelque est adjectif et s'accorde.

    • Quand il signifie « environ, à peu près » (devant un nom de nombre) ou encore « si, aussi » dans sa construction avec que, quelque est adverbe et reste invariable.

     

    Subtilités

    Il a fait quelques fautes (= plusieurs fautes) ou quelques dizaines de fautes (soit un peu plus...) mais Il a fait quelque dix fautes (= environ dix fautes).

    Quelque chose d'intéressant m'a été dit, quelque chose censé illustrer mon propos (quelque chose est masculin quand il signifie « une certaine chose ») mais Quelque chose que vous lui disiez, il ne la croira pas (= quelle que soit la chose → féminin).

    Sur quelque cinq cents invités, quelques dizaines seulement sont venus (cinq cents = adjectif numéral / dizaine = nom).

    Remarque 1 : Quelque, suivi d'un trait d'union, entre dans la composition des pronoms indéfinis quelques-uns, quelques-unes.

    Remarque 2 : Quelque, adverbe, ne se justifie devant un adjectif numéral que si celui-ci exprime un nombre arrondi, pas un nombre précis !

    Il a acheté six livres (et non Il a acheté quelque six livres).

    Remarque 3 : Voir également l'article consacré à Quelque que / Quel que (soit).

    Remarque 4 : Voir également l'article consacré à l'Élision avec les composés de Que.

     

    Et quelques

    Livre de Thomas Hems-Ogus, Éditions du Seuil

     


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  • La prononciation ne permet pas toujours de déjouer les pièges de la langue de Molière. Ainsi, doit-on écrire la salle tout entière s'est mise à applaudir ou bien la salle toute entière s'est mise à applaudir ? En fait, tout est ici adverbe (au sens de « complètement, entièrement, tout à fait ») et reste donc invariable... enfin, pas toujours... Comme souvent en français, il y a des exceptions !

    Un petit rappel des différents emplois de tout et de ses règles d'accord s'impose.

    Flèche

    Tout, nom ou pronom


    Tout peut être nom ou pronom indéfini avec le sens de « toutes les choses ».

    C'est un tout. Ce sont des touts cohérents (nom pluriel).

    Tout est bien qui finit bien. Il a tout vu, tout entendu. (pronom singulier).

    Tous pour un et un pour tous (pronom pluriel, prononcé tousse pour faire la distinction avec tous, adjectif).

    FlècheTout, adjectif


    Tout est adjectif (ou déterminant indéfini) quand il précède un autre déterminant, un nom ou un pronom. Il s'accorde alors en genre (masculin / féminin) et en nombre (singulier / pluriel).

    Tout homme est présumé innocent (= n'importe quel homme).

    C'est toute une histoire (= une véritable histoire).

    Il est parti toute la semaine (= la semaine entière).

    Tous nos amis sont réunis (prononcez tou pour faire la distinction avec tous, pronom).

    Remarque : Voir également l'accord de tous avec gens.

    FlècheTout, adverbe

     
    Tout est adverbe devant un participe, un autre adverbe ou un adjectif, au sens de « complètement, entièrement, tout à fait ». Dans ce cas, il suit une règle d'accord un peu particulière.

    Rappel de la règle d'accord

    Tout, adverbe, est invariable sauf quand il est placé devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré (pour raison d'euphonie).

     
    Ainsi un adverbe peut-il varier...

    Elle est tout étonnée (et non toute étonnée) mais Elles sont toutes contentes. Ils sont tout contents.

    La salle tout entière s'est mise à applaudir (et non toute entière).

    Elles sont toutes honteuses (h aspiré) mais Elles sont tout heureuses (h muet).

    Les tout premiers instants mais Les toutes premières heures.

    Dans les tout prochains jours, dans les toutes prochaines semaines.

    Les tout-petits (= les petits enfants).

    Il lit tout en écoutant de la musique.

    Je le lui ai dit tout net. Ils sont tout juste sortis de table.

    Les plaisirs tout simples de la vie.

    Ils l'ont fait tout seuls mais Elle l'a fait toute seule.

    Remarque : Tout est également considéré comme adverbe devant un nom, dans certaines expressions figées (voir aussi Accord de tout dans les expressions).

    Elle est tout yeux tout oreilles (= très attentive).

    Elle est toute loyauté et toute franchise, tout feu tout flamme, tout ouïe.

     Séparateur de texte

    Remarque 1 : On notera l'ambiguïté au féminin pluriel.

    Elles sont toutes contentes (= elles sont entièrement contentes → toutes adverbe  ; = toutes sont contentes → toutes pronom).

    Leurs filles sont toutes aussi grandes (les unes que les autres) mais Leurs filles sont tout aussi grandes (que leurs garçons).

    Remarque 2 : Dans l'expression tout autre, tout est adjectif et donc variable quand il signifie « n'importe quel », adverbe et invariable quand il signifie « tout à fait, entièrement ».

    Toute autre personne aurait compris (= n'importe quelle autre personne → tout adjectif) mais Il fait tout autre chose (= il fait tout à fait autre chose → tout adverbe), un sujet d'une tout autre nature.

    NB : Dans tous les cas, autre s'accorde avec le nom auquel il se rapporte.

    Nous aborderons de tout autres sujets (= des sujets entièrement différents → tout adverbe).

    Remarque 3 : Avec tout le monde et tout un chacun, l'accord se fait au masculin singulier.

    Tout le monde est là, tout un chacun le sait.

    Remarque 4 : Il convient de répéter l'adjectif tout lorsqu'il détermine des noms coordonnés de genre différent.

    Toutes les lois et tous les décrets.

    Remarque 5 : Voir également les expressions au tout début, les tout débuts.

     

    Subtilités : Tout suivi d'un complément prépositionnel (tout à , tout de, tout en) est parfois traité comme adverbe, plus souvent comme adjectif détaché.

    Elle est toute à ses pensées ou (plus logiquement) Elle est tout à ses pensées.
    Une femme toute de blanc vêtue ou (plus logiquement) Une femme tout de blanc vêtue.

    On se gardera cependant de l'équivoque avec un nom ou un pronom au féminin pluriel.

    Elles sont tout en noir (= entièrement en noir → adverbe, invariable) mais Elles sont toutes en noir (= toutes sans exception → adjectif, accord).

    Tout entière
    Livre d'Olivier Ka, Éditions Milan

     


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