• Ceux qui croient que courir est un verbe sans problème – à l'exception de quelques subtilités de conjugaison (un seul r, sauf au futur et au conditionnel : je courrai, nous courrions) – pourraient bien courir au-devant de cruelles désillusions...

    Constatez par vous-même :

    Les trois cents mètres qu'il a couru l'ont épuisé.

    Le cent mètres et le deux cents mètres qu'il a courus sont les courses les plus rapides de sa carrière.

    En fait, dans le premier exemple, courir est un verbe intransitif (trois cents mètres n'est pas COD mais complément circonstanciel de mesure). Le participe passé est donc invariable.

    Dans le second exemple, courir est un verbe transitif, qui signifie « disputer une course, participer à une course ». Dans ce cas, l'accord du participe passé se fait avec le COD placé avant.

    Courir est également transitif dans le sens de « courir un risque ».

    Elle n'a aucune idée des risques qu'elle a courus.

     

    En résumé

    • Avec un complément répondant à la question combien de ?, courir est intransitif et son participe passé est invariable.

    Pendant l'heure qu'il a couru, les 10 km qu'il a couru.

    • Avec un complément répondant à la question quoi ?, courir est transitif et son participe passé s'accorde avec le COD placé avant.

    La course qu'il a courue, les risques qu'il a courus.

     

    Remarque : À la forme pronominale, le participe passé du verbe courir s'accorde avec le sujet.

    La course s'est courue à l'hippodrome de Vincennes.

     

    Courir

    Christophe Lemaître après sa victoire en Championnat du monde en 100 mètres, course qu'il a courue en moins de dix secondes.
    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Erik van Leeuwen)

     


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  • On se fait toute une montagne de l'accord de ces fichus verbes pronominaux (= verbes construits avec le pronom se) et pourtant l'exercice n'est pas si compliqué qu'on le croit. Enfin, presque...

    Pour la petite histoire, c'est au poète François de Malherbe (1555-1628), considéré comme l'un des réformateurs de la langue française, que l'on doit les subtilités de la règle d'accord des verbes pronominaux. Et notamment ce curieux paradoxe selon lequel les participes passés de ces verbes se conjuguant avec l'auxiliaire être ne s'accordent pas systématiquement avec le sujet (principe qui prévalait pourtant jusque-là... et qui simplifiait bien les choses).

    Tout dépend en fait de la fonction du pronom se : s'agit-il d'un complément d'objet direct (auquel cas se = soi), d'un complément d'objet indirect (auquel cas se = à soi, de soi) ou bien ne peut-il pas être analysé comme complément d'objet ?

    On l'aura compris, depuis Malherbe et son obsession pour la pureté de la langue française, l'accordeur de participe passé doit davantage porter son attention sur le complément que sur le sujet... au risque de s'emmêler les neurones. Il n'en demeure pas moins que, quel que soit l'auxiliaire employé, c'est le sens de la phrase qui détermine l'accord.

    Remarques liminaires

    • Afin de faciliter la compréhension de la règle d'accord des verbes pronominaux, nous vous invitons à lire au préalable l'article consacré à l'accord du participe passé en général.

    • Il est essentiel de bien comprendre que ce n'est pas parce que les verbes pronominaux se conjuguent avec l'auxiliaire être que leurs participes passés s'accordent systématiquement. Non ! La subtilité de ces verbes réside notamment dans le fait qu'ils forment leur accord par le sens, comme s'ils étaient employés avec l'auxiliaire avoir (*). La chasse au COD (s'il existe) sera donc effectuée en posant la question qui / quoi ? au verbe conjugué avec avoir.

    Elles se sont endormies (s'endormir est un verbe pronominal → on fait comme s'il était conjugué avec avoir → elles ont endormi qui ? se mis pour elles, COD placé avant le pp → accord avec le COD).

    (*) René-François Bescher justifie cette particularité par des considérations d'euphonie : « Le verbe pronominal présente un sujet qui agit sur lui-même, comme il agirait sur un objet étranger [...]. Au lieu de prononcer il se a écarté de sa route, ce qui formerait un son dur, par le choc des voyelles, on dit il s'est écarté [...]. Ainsi, le participe passé dérivant d'un verbe pronominal est soumis aux règles du participe construit avec avoir. »

    • Par la suite, participe passé sera abrégé en pp, complément d'objet direct en COD et complément d'objet indirect en COI.

     

    Rappel de la règle

    Cas 1. Si le pronom se ne peut pas être analysé comme complément d'objet (direct ou indirect), l'accord du pp se fait en genre (masculin / féminin) et en nombre (singulier / pluriel) avec le sujet.

    Cas 2. Si le pronom se peut être analysé comme complément d'objet (direct ou indirect), l'accord du pp se fait avec le COD selon que celui-ci le précède ou non (exactement comme s'il était employé avec l'auxiliaire avoir).

    Cas 3. Suivi d'un infinitif, le pp des verbes pronominaux suit la même règle d'accord que celui du verbe simple employé avec l'auxiliaire avoir et suivi d'un infinitif (voir l'article Accord du participe passé) : le pp s'accorde si le COD, étant placé avant le participe, fait l'action exprimée par l'infinitif.

    Ils se sont vus mourir (= Ils ont vu mourir se, où se, COD placé avant le pp, fait l'action de mourir → accord) mais Ils se sont vu condamner (= Ils ont vu [quelqu'un] condamner se, où se, COD placé avant le pp, ne fait pas l'action de condamner → pas d'accord).

    2 exceptions : les participes passés de se laisser et se faire, suivis d'un infinitif, sont rendus invariables (voir également l'article Accord du participe passé, § Participe passé suivi d'un infinitif, Remarque 1).

    Ils se sont laissé faire. Elle s'est fait couper les cheveux.

     

    FlècheCas 1 : le participe passé s'accorde avec le sujet


    Ce cas concerne :

    • les verbes essentiellement ou uniquement pronominaux (qui n'existent que sous la forme pronominale, le verbe simple correspondant n'existant pas ou n'étant plus employé), comme s'absenter, s'écrier, s'enfuir, s'envoler, s'exclamer, s'ingénier, se repentir, se souvenir...

    Ils se sont souvenus de moi.

    Les mésanges se sont envolées.

    Remarque 1 : La locution s'en prendre à, où se et en ne sont pas analysables, se comporte comme un verbe essentiellement pronominal.

    Elle s'en est prise à sa famille (mais L'envie lui a pris de partir).

    Remarque 2 : Voir également l'article S'écrier.

    • les verbes occasionnellement pronominaux (c'est-à-dire qui peuvent être employés à une autre forme que la seule forme pronominale) dont le sens change quand on les emploie à la forme pronominale (ces verbes sont encore appelés pronominaux non réfléchis, car l'action ne se reporte pas sur le sujet). Par exemple : s'apercevoir de, s'attaquer à, s'attendre à, se comporter, se douter de, se jouer de, se mettre à, se moquer de, se passer de, se plaindre de, se refuser à, se résoudre à, se saisir de, se taire...

    Elles se sont aperçues de leur erreur (s'apercevoir ne signifie pas ici « apercevoir soi-même » comme dans Elle s'est aperçue dans un miroir, mais « prendre conscience », ce qui est différent).

    Elle s'était attendue à sa remarque (s'attendre ne signifie pas ici « attendre soi-même » comme dans Elles se sont attendues au coin de la rue, mais « considérer comme probable »).

    Ils se sont échappés (s'échapper ne signifie pas « échapper soi-même » mais « s'enfuir »).

    Elle s'est mise à la musique (se mettre à signifie « commencer »).

    • les verbes pronominaux de sens passif (comme s'accompagner, s'acheter, se conduire, s'entendre, se jouer, s'ouvrir, s'utiliser, se vendre...).

      Dans ce cas, le sujet (généralement un inanimé) n'accomplit pas l'action et l'agent n'est le plus souvent pas exprimé.

    Les tomates se sont bien vendues aujourd'hui (= ont été bien vendues).

    La partie s'est jouée en deux manches (= a été jouée).

    La porte s'est ouverte, s'est fermée.

    Flèche

    Cas 2 : le participe passé s'accorde avec le COD (s'il existe)


    Ce cas concerne les verbes occasionnellement pronominaux qui conservent leur sens premier quand on les emploie à la forme pronominale. Par exemple : se laver (= laver soi-même), se parler (= parler à soi-même ou parler l'un à l'autre).

    Dans ce cas, la règle veut que le pp s'accorde avec le COD si ce dernier est placé avant. Il va de soi que les participes passés des verbes ne pouvant avoir de COD (cas de se parler, se plaire à, se rire de, se sourire, se succéder, se suffire, se téléphoner, s'en vouloir de, etc., pour lesquels l'infinitif du verbe en emploi non pronominal se construit avec une préposition) restent invariables.

    Elle s'est jetée sur lui (elle a jeté qui ? se mis pour elle, COD placé avant le pp → accord).

    Ils se sont lavé les mains (ils ont lavé quoi ? les mains, COD placé après le pp tandis que se est COI → pas d'accord).

    Ils se sont lavés à grande eau (ils ont lavé qui ? se mis pour ils, COD placé avant le pp → accord).

    Elle s'est refait une santé (elle a refait quoi ? une santé, COD placé après le pp tandis que se est COI → pas d'accord, même si la liaison entre refait et une peut prêter à confusion).

    Les postulants se sont succédé toute la matinée (ils ont succédé à qui ? à eux,  se est COI, il n'y a pas de COD → pas d'accord).

    Elle s'est plu à l'embêter (se plaire, comme se succéder, ne peut avoir de COD).

    Elle s'est remise de son voyage mais Elle s'est permis de le lui dire (et non Elle s'est permise).

    Elle s'en est voulu de son erreur.

    Elle s'est attiré les foudres de son patron (les foudres, COD placé après le pp).

    Remarque 1 : Le verbe s'arroger, bien que toujours employé à la forme pronominale en français moderne, relève de ce cas (accord du pp avec le COD si celui-ci est placé avant le verbe) en raison de son ancien emploi transitif direct au sens de « attribuer » (arroger quelque chose à quelqu'un) : « Il ne peult arroger tant d'honneur [à] ses deleguez » (Guillaume Budé, avant 1540).

    Les droits qu'elles se sont arrogés mais Ils se sont arrogé des droits.

    Remarque 2 : Voir également l'article S'approprier.

     

    Flèche

    Cas 3 : participe passé suivi d'un infinitif


    Le cas 3, à l'analyse, n'est finalement qu'un corollaire du cas 2. En effet, la même règle (accord avec le COD s'il précède le pp) s'applique, à condition de s'assurer qu'il s'agit bien du COD du pp et non du COD de l'infinitif. Étant donné que le COD ne peut se rattacher au pp que s'il est aussi sujet de l'infinitif, cela revient à la règle énoncée plus haut, plus facile à appliquer. Reprenons nos exemples :

    Ils se sont vus mourir [= Ils ont vu eux-mêmes en train de mourir (sens actif) → se est COD du pp vu et placé avant → accord].

    Ils se sont vu condamner [= Ils ont vu (quelqu'un) les condamner (sens passif) → se est COD de condamner, pas du pp → pas d'accord].

    Elle s'est entendue dire merci à son ami (c'est elle qui dit merci) mais Elle s'est entendu dire merci (quelqu'un de son entourage lui dit merci).

    Remarque 1 : Lorsqu'une préposition (à ou de) est intercalée entre le pp et l'infinitif, l'accord se fait selon la règle générale : Elle s'est contentée de le saluer.

    Remarque 2 : Voir également les articles Se laisser et Se voir.

     

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    Subtilités

    Un même verbe pronominal peut se prêter à plusieurs analyses, selon la construction et le sens (et donc dépendre du cas 1 ou du cas 2). Les subtilités d'accord – si souvent dénoncées par Grevisse et Hanse, partisans de l'accord du pp de tous les verbes conjugués avec l'auxiliaire être (qu'ils soient pronominaux ou non) – qui s'en ensuivent ont pourtant le mérite de préciser la pensée de celui qui s'exprime : Elle s'est servi des légumes (au cours du repas) ne signifie pas la même chose que Elle s'est servie des légumes (pour faire une soupe), par exemple ! Sans elles, cette distinction ne serait plus possible...

    Ils se sont adressés au concierge (se ne peut être analysé comme complément d'objet → accord) mais Ils se sont adressé des injures (ils ont adressé quoi ? des injures, COD placé après le pp tandis que se est COI → pas d'accord).

    Elle s'est cogné la tête (elle a cogné quoi ? la tête, COD placé après le pp tandis que se est COI → pas d'accord) mais Elle s'est cognée à la tête (elle a cogné qui ? elle, où ? à la tête, se est COD placé avant le pp → accord).

    Ils se sont cognés (ils ont cogné eux-mêmes) mais Ils se sont cogné dessus (ils ont cogné l'un sur l'autre).

    Elles se sont rendues à Paris. Elle s'est rendue maître de la situation mais Elles se sont rendu compte de leur erreur (elles ont rendu compte à elles, se est COI et compte COD placé après le pp → pas d'accord).

    Elle s'est souvenue avoir pleuré (se souvenir est un verbe essentiellement pronominal → accord) mais Elle s'est rappelé avoir pleuré (se est COI, avoir pleuré est COD placé après le pp → pas d'accord) et Elle s'est rappelée à son bon souvenir (se est COD placé avant le pp → accord).

    Elle s'est autorisée à l'inviter mais Elle s'est autorisé une pause.

    Elle s'est proposé de lui parler (se proposer = se fixer comme but) mais Elle s'est proposée (se proposer = se mettre en avant) pour ce poste.

    Elle s'est permis de lui parler mais Cette pause, elle se l'est permise.

    Elle s'est promis de le lui dire mais Cette chose qu'elle s'est promise.

    Elle s'est imaginé qu'il viendrait (s'imaginer est à prendre ici au sens de « croire » : Elle a imaginé en elle-même quoi ? qu'il viendrait ; se est donc COI → pas d'accord) mais Elle s'est imaginée dans cette situation (s'imaginer est à prendre ici au sens de « se voir, se représenter » : Elle a imaginé qui ? se mis pour elle → accord) et L'histoire qu'elles se sont imaginée (que mis pour histoire est COD, placé avant le pp → accord avec histoire).

    Elle s'est dit qu'elle aimerait partir en voyage (se dire signifie ici « dire à soi-même » et relève du cas 2, se = à soi est COI → pas d'accord) mais Elle s'est dite satisfaite de son voyage (ici, se dire signifie « se déclarer » : elle a dit qu'elle était satisfaite → se ne peut être analysé comme complément d'objet → accord avec le sujet) et Bien des choses se sont dites lors de cette réunion (ici, se dire est employé au sens passif et relève du cas 1 → accord).

    Elle s'est servi du café au petit déjeuner (se servir est ici un verbe occasionnellement pronominal à sens réfléchi : elle a servi quoi ? du café, à qui ? à se mis pour elle → pas d'accord) mais Elle s'est servie de sa clef pour fermer la porte (se servir est là un verbe pronominal non réfléchi avec le sens de « utiliser » et non de « servir à soi-même » → accord).

    Ils se sont assurés contre le vol (s'assurer signifie ici « se prémunir, se protéger », se est COD), Elle s'est assurée que la porte était fermée (s'assurer signifie « se rendre certain ») mais Elle s'est assuré le soutien de sa famille (s'assurer signifie « se procurer » ; se est ici COI).

    Elle s'est mise en danger (elle a mis elle-même en danger) mais Elle s'est mis cette idée en tête (elle a mis cette idée dans la tête d'elle-même).

    Ils se sont réparti les bénéfices mais Les bénéfices qu'ils se sont répartis.

    Elles se sont disputées avec leurs amis (se disputer = se chamailler) mais Elles se sont disputé sa place (se disputer = chercher à obtenir).

    Remarque 1 : Si le pp du verbe faire est invariable devant un infinitif, il s'accorde naturellement devant un adjectif ou un nom, sauf dans quelques expressions figées à connaître (voir Se faire fort de).

    Elle s'est faite belle. Ils se sont faits moines ou soldats. Elles se sont faites à cette idée mais Elle s'est fait mal. Elle s'est fait fort de le convaincre. Elle s'est fait avoir.

    Les spécialistes sont partagés sur le cas de se faire l'écho de (où se faire signifie « devenir ») : Ils se sont fait l'écho de cette rumeur (invariabilité selon Girodet, Thomas et Larousse) mais Ils se sont faits l'écho de cette rumeur (accord selon Grevisse et Georgin, qui considèrent le pronom se comme inanalysable [écho est alors attribut du sujet], et selon Hanse et Goosse, qui analysent se comme COD [Ils ont fait eux-mêmes l'écho, où écho est attribut du COD se]).

    Remarque 2 : Dans s'en prendre à (= s'attaquer à, incriminer), les pronoms se et en ne sont pas analysables. C'est pourquoi cette locution est assimilée à un verbe essentiellement pronominal, dont le pp s'accorde.

    Elle s'en est prise aux membres de sa famille.

    Remarque 3 : Quand le pp est suivi d'un autre pp, on considère d'ordinaire que ce dernier est attribut du COD s' avec lequel il s'accorde : Elle s'est crue abandonnée. Mais l'invariabilité − autrefois préconisée, comme on l'a vu dans cette rubrique (§ Participe passé suivi d'un attribut du COD) − se rencontre encore à l'occasion : « Ces sangs qui s'étaient cru adversaires » (Malraux).

    Malherbe

    Accord participe passé verbes pronominaux

    Statue de Malherbe sur une façade du                                                              Éditions Universal Pictures
    Musée du Louvre (photo Wikipédia by Rundvald)

     


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  • Le participe passé de se succéder est toujours invariable puisque ce verbe pronominal ne peut avoir de complément d'objet direct.

    Les années se sont succédé (et non se sont succédées).

    En effet, les années ont succédé à elles-mêmes, se est complément d'objet indirect, il n'y a pas de COD → pas d'accord.

    On écrira en revanche : Les années se sont suivies (se, complément d'objet direct, est placé avant le participe passé → accord).

     

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : Le participe passé des verbes qui ne peuvent avoir de complément d'objet direct (comme se succéder) reste invariable. Il en est ainsi de : se complaire, se convenir, se déplaire, se mentir, se nuire, se parler, se plaire, se ressembler, se rire, se sourire, se suffire, se survivre, etc.

    Remarque 2 : Une fois n’est pas coutume, Grevisse (à moins que ce ne soit Goosse) sème le trouble concernant le cas du verbe se suivre. Ne lit-on pas dans Le Bon Usage (§ 778 de la quinzième édition) : « Une catégorie particulière est constituée par les verbes se succéder et se suivre, ainsi que s’enchaîner pris comme synonyme des précédents. Ils indiquent que le sujet constitue une série et que chacun des éléments de celle-ci est à la fois agent (sauf le premier) et patient (sauf le dernier), mais il n’y a ni réflexivité ni réciprocité (sinon une sorte de réflexivité globale) : Trois desservants s’étaient déjà succédé à Cernès (Mauriac). — On emploie ces verbes même si la série n’est que de deux : Des deux reines qui se sont succédé dans mon lit (M. Tournier) » ? Et les lecteurs, médusés, d’en conclure que le participe resterait invariable dans ils se sont suivi comme dans ils se sont succédé.
    Voire. D’une part, Grevisse ne dit pas clairement que l’accord est incorrect ; d’autre part, il ne cite aucun exemple avec se suivre : il se contente d’observer – non sans quelque apparence de raison – que ledit verbe ne saurait être considéré comme un pronominal réfléchi ni comme un pronominal réciproque. Oserai-je avouer que, si l’argument semble frappé au coin du bon sens, il n’en paraît pas moins difficilement recevable ? Car enfin, il y a belle lurette que le tour se suivre les uns les autres est attesté, que ce soit dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert ou sous la plume de Fénelon : « [Les atomes] qui sont dans la même ligne doivent se suivre les uns les autres à l'infini, sans pouvoir s’attraper », « Ils ne se sont pas suivis les uns les autres ». Littré lui-même écrit sans barguigner : « Ils se suivaient les uns les autres. » Florence Mercier-Leca tente une synthèse : « Parfois il n'y a pas une réciprocité stricto sensu mais une succession temporelle. »
    Quand bien même l’argument de Grevisse serait retenu, cela ne changerait rien à l'affaire : le pronom se serait alors déclaré inanalysable comme complément d’objet (sous le prétexte que l’on ne peut suivre soi-même, suivre à soi-même, etc.) et, partant, l’accord serait également de rigueur. On écrira donc, jusqu’à nouvel ordre : « Elles se sont suivies sur la route » (Bescherelle), « Les victoires se sont suivies » (Grammaire et analyse d'Albert Hamon), « Deux beaux ouvrages, dont les auteurs [...] se sont suivis de près dans la tombe» (Discours de réception d'Henri Patin à l'Académie française), « Les événements se sont enchaînés rapidement » (Dictionnaire du français de Josette Rey-Debove).

    Remarque 3 : Pour plus de détails, voir le rappel de la règle d'accord du participe passé des verbes pronominaux.

     

    Se succéder

    Le 17 octobre 1849, la comtesse Potocka ainsi que tous les amis de Chopin
    se sont succédé au chevet du musicien.

    (d'après le tableau de Félix Barrias)

     


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  • Une femme a-t-elle l'air sérieux ou l'air sérieuse ? Tout dépend du sens que l'on souhaite donner à la phrase (on parle alors d'accord par syllepse).

    • Si l'on considère avoir l'air comme une locution figée au sens de « sembler, paraître », alors l'adjectif qui suit est attribut du sujet et s'accorde avec le sujet :

    Cette femme a l'air [d'être] sérieuse.

    On dirait de même : Elle a l'air [d'être] ailleurs.

    • Si l'on décompose la locution en donnant à air le sens de « physionomie, allure, expression », alors l'adjectif est épithète de air et s'accorde avec air :

    Cette femme a l'air sérieux (c'est son air qui est sérieux, elle se donne ou prend un air sérieux), a l'air mauvais, a l'air radieux.

    • Si air est précédé d'un déterminant (un, cet, son) ou suivi d'un complément, alors l'adjectif s'accorde obligatoirement avec air :

    Cette femme a un air sérieux.

    Elle a cet air sérieux des secrétaires de direction.

    Elle a l'air sérieux comme un pape.

    « Elles ont l'air fatigué des gens ennuyés et l'air ennuyé des gens fatigués » (Alfred Delveau).

     

    Remarque 1 : Le cas de l'adjectif fin est intéressant : Elle a l'air fin signifie, par antiphrase, « elle semble ridicule » (de fait, la confusion se peint sur le visage, d'où l'accord avec air), quand Elle a l'air fine s'entend plutôt au sens de « elle semble intelligente » ou encore « elle semble mince ».

    Remarque 2 : Quand le sujet est un être inanimé, l'adjectif s'accorde obligatoirement avec celui-ci (sauf dans le cas particulier d'une personnification) :

    Ces fraises ont l'air bonnes (elles ne peuvent pas « prendre l'air » bon).

    Ces recherches ont l'air sérieuses (elles ne peuvent pas « prendre l'air » sérieux).

     

    En résumé

    La locution avoir l'air suit la règle d'accord suivante :

    • s'il s'agit d'un nom de chose, l'adjectif attribut s'accorde avec le sujet.

    Ces fruits ont l'air mûrs.

    • s'il s'agit d'une personne, l'adjectif qui suit s'accorde généralement avec le sujet (dans le sens de « sembler, paraître »), parfois avec air (dans le sens de « physionomie, allure, expression ») à condition que ledit adjectif puisse se rapporter aux deux substantifs (le sujet et son COD air).

    Cette personne a l'air fausse (elle a l'air d'être fausse) ou Cette personne a l'air faux (elle a un air faux, elle prend un air faux) mais Cette personne a l'air bronzée (ce n'est pas son air qui est bronzé).

    • Si air est déterminé ou complété, l'adjectif s'accorde obligatoirement avec air.

    Elle a un air enjoué qui me réjouit.

     

    Avoir l'air

    Voilà une sorcière qui n'a pas l'air bien méchant(e) !

     


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  • Il est parfois difficile de bien distinguer les emplois de quelque, adjectif ou adverbe, qui déterminent son accord.

    Flèche

    Quelque, adjectif


    Devant un nom (lui-même précédé ou non d'un adjectif), quelque est adjectif et s'accorde donc en genre (masculin / féminin) et en nombre (singulier / pluriel) selon le sens.

    - Suivi d'un nom singulier, quelque (sans s final) a le sens de « un certain, un quelconque » :

    Il y a quelque temps, j'ai trouvé quelque chose.

    Si vous avez quelque interrogation à son sujet, dites-le moi.

    - Suivi d'un nom pluriel, quelques (avec un s final) a le sens de « plusieurs, un petit nombre de » :

    Quelques (jolies) fleurs bordent l'allée.

    J'ai quelques interrogations à son sujet.

    Quelque, devant un nom (précédé ou non d'un adjectif épithète), est également adjectif dans sa construction avec que (registre soutenu). Il s'accorde donc.

    Quelques questions que vous lui posiez, il répondra (= Quelles que soient les questions que vous lui posiez).

    Quelques viles et lâches satisfactions qu'on lui offrît (Montaigne).

    De quelque manière que ce soit.


    Remarque
    : Après un nom de nombre, l'expression et quelques (toujours au pluriel) s'emploie familièrement au sens de « et un peu plus ».

    Elle a quarante ans et quelques (le mot mois étant sous-entendu).

    Flèche

    Quelque, adverbe


    Devant un adjectif (numéral ou attribut d'un nom placé immédiatement après lui) ou un adverbe, quelque est adverbe et donc invariable. Il signifie « environ, à peu près » devant l'expression d'un nombre ou bien « si, aussi » dans sa construction avec que (registre soutenu).

    Il y avait quelque deux cents personnes à la réunion (deux cents est un adjectif numéral → quelque est adverbe, ne s'accorde pas et signifie « environ ») mais Il y avait quelques centaines de personnes à la réunion (centaines est un nom → quelques est adjectif et s'accorde).

    Les quelque deux cents personnes invitées à la réunion, mais Les quelques centaines de personnes invitées à la réunion (voir ce billet).

    Je connais quelque cinquante autres espèces d'arbres.

    Quelque menaçants qu'ils soient, ils ne m'effraient pas (= Aussi menaçants qu'ils soient ou soient-ils).

    Je suis quelque peu surpris (variante de un peu).

    Quelque vite qu'il aille, il ne peut me rattraper.

     

    En résumé

    • Quand il signifie « plusieurs » ou « un certain », quelque est adjectif et s'accorde.

    • Quand il signifie « environ, à peu près » (devant un nom de nombre) ou encore « si, aussi » dans sa construction avec que, quelque est adverbe et reste invariable.

     

    Subtilités

    Il a fait quelques fautes (= plusieurs fautes) ou quelques dizaines de fautes (soit un peu plus...) mais Il a fait quelque dix fautes (= environ dix fautes).

    Quelque chose d'intéressant m'a été dit, quelque chose censé illustrer mon propos (quelque chose est masculin quand il signifie « une certaine chose ») mais Quelque chose que vous lui disiez, il ne la croira pas (= quelle que soit la chose → féminin).

    Sur quelque cinq cents invités, quelques dizaines seulement sont venus (cinq cents est un adjectif numéral, dizaines est un nom).

    J'ai parcouru quelque (= environ) cent mètres, quelque mille mètres mais J'ai parcouru quelques cents mètres, quelques mille mètres (dans ce cas, cent, mille sont généralement analysés comme des substantifs ayant respectivement le sens de « centaine », « millier »). De même : Quelque cent personnes (= environ cent personnes) mais Quelques cents personnes (= quelques centaines de personnes).

    Remarque 1 : Quelque, suivi d'un trait d'union, entre dans la composition des pronoms indéfinis quelques-uns, quelques-unes.

    Remarque 2 : Quelque, adverbe, ne se justifie devant un adjectif numéral que si celui-ci exprime un nombre arrondi, pas un nombre précis !

    Il a acheté six livres (et non Il a acheté quelque six livres).

    Remarque 3 : Voir également l'article consacré à Quelque que / Quel que (soit).

    Remarque 4 : Voir également l'article consacré à l'Élision avec les composés de Que.

     

    Et quelques

    Livre de Thomas Hems-Ogus, Éditions du Seuil

     


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