• Exclusif (suite) !

    « Je ne reviendrai pas sur la vigoureuse mise en garde que l'Académie française, à l'unanimité, a rédigé pour s'opposer à cette "écriture inclusive" complaisamment relayée par les médias, et qui serait bouffonne si elle ne s'avérait si inquiétante. »
    (Frédéric Vitoux, sur lefigaro.fr, le 30 octobre 2017)

    (photo academie-francaise.fr) 

     

      FlècheCe que j'en pense


    Quand je vous dis que cette fichue écriture « inclusive » pousse nos académicien.ne.s (!) à la faute (*). Dernière coquille en date : le non-accord de ce participe passé (rédigé) pourtant précédé d'un complément d'objet direct féminin (que, mis pour la vigoureuse mise en garde). Avouez que ça la fiche mal, pour un locataire du quai Conti venu dénoncer une dérive inquiétante...

    À quand une langue sans genres et une grammaire sans accords ?


    (*) Voir le billet Exclusif !

       

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La vigoureuse mise en garde que l'Académie française a rédigée.

     


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  • Exclusif !

    « La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité » (à propos de l'écriture dite « inclusive »).
    (sur le site Internet de l'Académie française, le 26 octobre 2017)

     

     

      FlècheCe que j'en pense


    Vous êtes nombreux, par les temps qui courent et les manuels qui pleuvent, à me demander ce que je pense de l'écriture dite « inclusive », vous savez, cette façon illisible de tendre vers une égalité de représentation des deux sexes dans le discours. Eh bien, je pense... que l'on en parle beaucoup trop ! Au point de pousser nos académicien.ne.s (!) à la contradiction. Car enfin, ne lit-on pas dans la déclaration dont ces derniers, ces dernières, bref ces illustres personnes se sont récemment fendues que « la démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie » ?

    Cet emploi de démultiplication comme intensif de multiplication, désormais consigné dans les dictionnaires usuels avec le sens figuré de « action d'augmenter l'effet (de quelque chose) par la multiplication des moyens utilisés », est présenté comme « courant » dans le Dictionnaire historique de la langue française (*) ; il a en effet pignon sur rue depuis les années soixante et se répand jusque chez de bons écrivains : « La démultiplication des forces dans la difficulté vaincue, le rapport avec la gloire, le succès, tout cela forme les traits du virtuose » (Jankélévitch), « Les sciences [...] lui fourniront cet outil de démultiplication visionnaire dont il a besoin » (Houellebecq). Seulement voilà, l'Académie, de son côté, n'a jamais enregistré dans son propre Dictionnaire que le sens technique, mécanique : « Démultiplication de fréquence. Rapport de démultiplication ou, elliptiquement, démultiplication, rapport de réduction de vitesse dans la transmission d'un mouvement. » De là à ce qu'elle se voie reprocher cette définition un peu trop... exclusive !

    (*) « [Démultiplier, démultiplicateur et démultiplication] sont d'usage courant avec le sens figuré intensif de "multiplier". »


    Remarque 1 : Il est à noter que ledit communiqué a été rectifié, mi-décembre 2017, en « la multiplication des marques orthographiques et syntaxiques ».

    Remarque 2 : Les spécialistes de la langue ne s'accordent pas sur la valeur du préfixe dé- dans démultiplier (et ses dérivés) : s'agit-il du préfixe de privation (comme dans défaire) ou du préfixe de renforcement (comme dans débattre, au sens premier et ancien de « battre fortement ») ? Les correcteurs du monde.fr penchent pour la première hypothèse, le linguiste Jacques Moeschler, pour la seconde ; ni le TLFi ni le Dictionnaire de l'Académie ne daignent se mouiller. C'est que démultiplier, qui signifie proprement « augmenter la force d'un système de transmission mécanique en réduisant la vitesse des organes auxquels cette force est transmise » (selon le TLFi), contient deux idées contraires. D'ordinaire, seule celle d'augmentation (de l'effet), de multiplication (des moyens) est retenue dans les emplois figurés.

       

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques.

     


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  • « Depuis François Ier, la France est par ailleurs en bon terme avec les Turcs pour contrer les Habsbourg. »
    (Sibylle Chevrier, sur bvoltaire.fr, le 6 octobre 2017)

     

     

      FlècheCe que j'en pense


    Sans doute est-il utile de rappeler ici − histoire de mettre un terme à toute hésitation − que celui-ci s'écrit au pluriel dans l'expression être en bons (ou en mauvais) termes avec quelqu'un, laquelle signifie « entretenir de bonnes (ou de mauvaises) relations avec lui » : « On creut qu'ils estoient demeurez en bons termes » (Nicolas Coeffeteau, 1623), « Ils étoient en très mauvais termes avec leur prince » (Richelieu, vers 1640), « Il [...] est en bons termes avec tout le monde » (Prosper Mérimée), « Il me paraissait à peu près impossible de me maintenir longtemps en bons termes avec [elle] » (Anatole France), « Il était dans les meilleurs termes avec Mme R., la doctoresse » (André Gide), « Non que les deux hommes fussent en mauvais termes » (André Maurois), et aussi « En quels termes était-il avec elles ? » (Georges Simenon), « Vous êtes toujours dans les mêmes termes avec votre femme ? » (Boris Vian). 
    N'allez pas croire pour autant, comme le donne à penser la maison Larousse, que l'on en vienne dans ces cas à dire nécessairement du bien (ou du mal) d'autrui (1), à l'instar de l'expression voisine parler en bons (ou en mauvais) termes de quelqu'un. Non ! Il n'est que de consulter les dictionnaires historiques pour s'aviser que le pluriel termes, dans ces deux locutions, doit être pris avec des acceptions différentes.

    Emprunté du latin terminus (« borne, limite »), terme s'est d'abord employé au sens de « date à venir ; délai, échéance » (XIe siècle). De l'idée de limite temporelle (à court terme, le terme de la vie), on est passé à celles de limite spatiale (hors des termes de ladite terre, les termes royaux) et d'aboutissement (mettre quelque chose en terme). De là le pluriel termes s'est dit de l'état, de la situation où l'on aboutit : « Et comme Gadiffer estoit en ces termes » (Roman de Perceforest, vers 1340 ?), « Et le sçavoit-on bien à Hesdin en quels termes il en estoit » (Georges Chastelain, vers 1465), « En très dolens et piteux termes » (Vigiles de Charles VII, vers 1484) et aussi − par le truchement du sens figuré de « limite imposée (dans les relations avec autrui) » − de la manière de se conduire, de se comporter, notamment dans l'expression tenir bons termes à quelqu'un, qui a signifié « être en règle, être en bonnes relations avec lui » (2) : « [Il] tint si bons termes et sy bonnes manieres envers ceulx de Pampelune » (Roman de Guillaume d'Orange, XIIIe siècle), « Je loue bien [= recommande] à un Prince de tenir bons termes aux marchans » (Philippe de Commynes, 1498). De la rencontre de ces deux acceptions est vraisemblablement issu le sens qui nous intéresse ici et que le Dictionnaire (1718-1878) de l'Académie définit en ces termes : « État où est une affaire, position où est une personne à l'égard d'une autre, par rapport à une affaire. En quels termes est cette affaire ? Elle est en bons termes, en mauvais termes. L'affaire d'un tel est en termes d'accommodement. Les parties sont en termes de conclure à l'amiable. Ce mariage est en termes de se conclure, de se renouer. En quels termes êtes-vous avec lui depuis votre querelle ? » Parallèlement à ces emplois s'est développé, à partir du milieu du XIVe siècle, le sens de « mot, expression d'une idée par le langage » − « parce qu'[un terme] circonscrit l'idée et lui donne des limites », lit-on dans le Dictionnaire étymologique (1863) de Paul-Adolphe Mazure −, auquel est rattachée l'expression parler en bons (ou en mauvaistermes de quelqu'un.

    Toujours est-il que termes, dans parler en bons (ou en mauvaistermes de quelqu'un − où il s'agit clairement d'user de mots − comme dans être en bons (ou en mauvaistermes avec quelqu'un − où il est bien plutôt question de la nature des relations avec autrui −, s'écrit au pluriel. Et c'est là ce que l'on retiendra au terme de cette chronique.
     

    (1) Encore qu'il soit rare, je vous l'accorde, d'être amené à dire du mal (du bien) de la personne avec qui on est censé être en bons (en mauvais) termes...

    (2) Lesdits termes se voyaient qualifier de rigoureux dès lors qu'il s'agissait de témoigner son mécontentement : « Lequel pourroit luy en tenir quelques rigoureux termes » (Martin du Bellay, avant 1559).

       

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    La France est en bons termes avec les Turcs.

     


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  • « Enfant, mes parents m’autorisaient de tout lire. »
    (Michel-Édouard Leclerc, sur son blog, le 14 octobre 2017)

     

     

      FlècheCe que j'en pense


    Bel exemple d'anacoluthe (1), s'il en est ! Mais là n'est pas l'objet de ce billet. Intéressons-nous plutôt au verbe autoriser. J'en étais resté, pour ma part, à un transitif direct pouvant se construire avec un infinitif complément introduit par à (2) : autoriser quelqu'un à faire quelque chose (« lui en donner la permission, le pouvoir ou le droit ») et non pas autoriser quelqu'un de faire quelque chose (ni autoriser à quelqu'un de faire quelque chose, sous l'influence du verbe interdire). Je n'en veux pour preuve que ces exemples puisés aux sources les plus autorisées : « À ne vous rien cacher son amour m'autorise » (Pierre Corneille), « Mes torts ne vous autorisent point à violer vos promesses » (Jean-Jacques Rousseau), « Auguste n'était pas autorisé à la traiter en maître » (Émile Zola), « Orphée fut autorisé à aller chercher sa morte ressuscitée » (Jules Supervielle), « Elle avait demandé à son père de lui donner sa dot et de l'autoriser à vivre à Paris » (André Maurois), « Je vous autorise à venir me faire une scène ici » (Jules Romains), « Rien ne vous autorisait à le tuer » (Marcel Aymé), « Je ne vois vraiment pas ce qui dans mon attitude a pu vous autoriser à me traiter de coquebin » (Jean Anouilh), « Votre mère m'autorise à prélever sur sa dot les sommes nécessaires au rachat du cheptel » (Hervé Bazin).

    Sans doute m'objectera-t-on, à la décharge du contrevenant, que autoriser (quelqu'un) de est attesté dans l'ancienne langue à côté de autoriser à : (suivi d'un nom) « [Il] authorisa le prince d'Hespaigne son fils de la surintendance de son conseil » (Vincent Carloix, XVIe siècle), « Le larron, du pillage estant authorisé, repille effrontément sans crainte du supplice » (Pierre de Brach, XVIe siècle) ; (suivi d'un infinitif, surtout dans la langue administrative ou juridique) « Quelque passage de Bulle ou d'acte légitime d'Archevêque, qui les autorise de faire des Visites » (Défense de l'exemption et de la jurisdiction de l'abbaye de Fescamp, 1689), « Les demandes et doléances que Sa Majesté les autorise de faire dans l'assemblée qui doit se tenir » (Cahiers de doléances, 1789), « [Un décret] les autorise de faire acheter chez les particuliers » (Archives parlementaires, 1793). Mais ça, c'était avant ! De nos jours, mieux vaut ne pas s'autoriser trop de libertés si l'on veut éviter de verser dans l'archaïsme... voire carrément dans le solécisme, à en croire André Moufflet : « En vertu de la règle [selon laquelle de indique l'origine, quand à indique la destination et se rapporte à l'avenir] on condamnera la tournure suivante : Je ne puis vous autoriser de prendre actuellement une permission de trente jours » (Contre le massacre de la langue française, 1931). Un usager averti en vaut... de(ux) !

    (1) Vous m'autoriserez à rappeler ici qu'une anacoluthe − du grec anakolouthos (« qui n'est pas à la suite de, qui n'est pas conséquent avec ») − est une rupture dans la construction syntaxique d'une phrase. En l'espèce, le nom apposé enfant ne renvoie pas au sujet mes parents, comme le voudrait une grammaire stricte, mais au complément d'objet direct m'.

    (2) Il y a hésitation sur la fonction grammaticale dudit infinitif : complément d'objet direct (COD) ? complément d'objet indirect (COI) ? complément circonstanciel de but (CCB) ? Jean-Paul Jauneau se contredit lui-même entre les deux tomes de son livre N'écris pas comme tu chattes : « On dit autoriser quelqu'un (COD) à faire quelque chose (CCB) » (Tome 1), mais « C'est toute la proposition, formée par le nom ou le pronom sujet et par l'infinitif lui-même, qui est COD. Je vous autorise à sortir (= j'autorise que vous sortiez) » (Tome 2), sous le prétexte que « la question posée après le verbe est quoi ? et non à quoi ? » et que la transformation à la voix passive donne « Sortir vous est autorisé » sans recourir à à (que les grammairiens qualifient dans ce cas d'introducteur d'infinitif, de subordonnant ou de préposition vide). Seulement voilà, si c'est l'ensemble sujet de l'infinitif + infinitif + compléments éventuels de l'infinitif qui forme une subordonnée infinitive COD, comment expliquer l'accord « Le médecin a autorisé Marie à sortir. Il l'a autorisée à sortir » préconisé par Bescherelle ?


    Remarque : Le tour autoriser quelque chose à quelqu'un, bien que déconseillé par Hanse, se trouve sous quelques bonnes plumes : « Heureusement il y avait les parties de foot sur la plage, les osselets de Virgilio et le cinéma le dimanche après-midi lorsque les aînés nous l'autorisaient » (Joseph Joffo), « Elle [une statue] boit le spectacle que lui autorise son œillère jusqu'à la lie de la perpétuité » (Yann Moix), « [Il] lui autorise l'accès aux toilettes du chantier » (Virginie Despentes). L'Académie a beau feindre de l'ignorer dans la dernière édition de son Dictionnaire − sans doute lui préfère-t-elle permettre quelque chose à quelqu'un ou autoriser quelque chose (sans COI) −, elle accueille sans barguigner la construction pronominale associée s'autoriser quelque chose. Comprenne qui pourra !
    Rappelons à ce sujet que le pronominal s'autoriser se construit avec de + nom au sens de « prendre prétexte de, s'appuyer sur, se prévaloir de », avec à + infinitif au sens de « se donner le droit, la permission de » ou directement avec un nom au sens de « s'accorder (quelque chose) » : « Il s'autorise de votre exemple pour agir ainsi. Il justifiait leur conduite pour s'autoriser à les imiter. De temps à autre il s'autorise une plaisanterie. Il ne s'autorise aucun répit » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie) − on a aussi dit autrefois : Il s'autorise roi (au sens de « s'attribuer le pouvoir royal ») et Les coutumes s'autorisent par le temps (au sens de « acquérir de l'autorité »). C'est donc à tort, me semble-t-il, que Jean-Paul Jauneau laisse planer un doute dans son ouvrage déjà cité : « En ce qui concerne un verbe comme s'autoriser à, on peut se demander si le pronom réfléchi est COD (on autorise soi-même à faire quelque chose) ou COI (on autorise à soi-même de faire quelque chose). » Seule la première analyse est recevable.
    Attention à l'accord du participe passé : Ils se sont autorisés de vos arguments pour le critiquer. Elle s'est autorisée à le critiquer. Elles se sont autorisé une critique. La critique qu'elles se sont autorisée.

       

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    Quand j'étais enfant, mes parents m’autorisaient à tout lire.

     


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  • « Panzani élabore ses recettes de sauces avec des tomates de plein champs, mûries au soleil. »
    (sur panzani.fr)

     

      FlècheCe que j'en pense


    Loin de moi l'intention d'en faire tout un plat (en sauce), mais c'est vraisemblablement sous l'influence de temps que champ se voit plus souvent qu'à son tour affubler d'un s au singulier. Rappelons à toutes faims, pardon à toutes fins utiles que celui-ci est emprunté du latin campus (« plaine », d'où « plaine cultivée, champs », « champ de bataille » et au figuré « champ d'action »), nom masculin de la deuxième déclinaison qui fait campum à l'accusatif, alors que celui-là est issu de tempus, nom neutre de la troisième déclinaison qui ne change pas de terminaison à l'accusatif. Or, ce sont précisément les formes à l'accusatif qui se sont maintenues le plus souvent en français. Ainsi temps a-t-il conservé le s étymologique que champ a perdu. 
    Il convient donc d'écrire de plein champ, comme le confirme l'Académie à l'entrée « culture » de la neuvième édition de son Dictionnaire : « Culture de pleine terre, de plein champ. »

    Le pluriel de pleins champs (avec un s à pleins et à champs) serait-il pour autant incorrect ? Après tout, on trouve bien les graphies en plein champ et en pleins champs sous la plume de nos écrivains. J'en veux pour preuve cette moisson de citations : « Savez-vous pour la gloire oublier le repos, / Et dormir en plein champ le harnais sur le dos ? » (Boileau), « Je me mis en devoir de sortir mes effets, déterminé à les laisser en plein champ » (Rousseau), « Elle accoucha en plein champ par un matin de printemps » (Maupassant), « L'idée qu'il pût un jour manger à la gamelle et coucher en plein champ lui faisait dresser les cheveux sur la tête » (Sand), « Nous avons vu en plein champ un chaland qui arborait un mât et des voiles » (Giono), « La gare était située en plein champ » (Obaldia), « Le convoi s'était arrêté trente fois ou davantage en plein champ » (Dutourd), à côté de « Un exercice modéré en pleins champs » (Lamartine), « Comme un manouvrier en pleins champs » (Baudelaire), « Cela lui semblait naturel d'être en pleins champs » (Zola), « Nous finîmes par coucher tous en pleins champs » (Gide), « On se retrouvait en pleins champs, on entendait des cloches lointaines » (Proust), « C'était ici, à cette halte en pleins champs » (Green) (1). Pourquoi n'aurait-on pas également le choix du nombre avec de plein champ ?

    Commençons par observer que l'Académie n'a jamais écrit en plein champ autrement qu'au singulier dans son Dictionnaire. Pour autant, on peut lire à l'entrée « champ » de la dernière livraison dudit ouvrage : « Par extension. Surtout au pluriel. L'ensemble des terres, labourées ou non, situées hors des agglomérations. [...] Expression. En plein champ, en pleine campagne [2]À travers champs, sans suivre les sentiers. » Consigner une locution au singulier parmi des emplois « surtout au pluriel », avouez qu'il y a de quoi semer le trouble... et récolter la contestation : « On dit en plein champ (selon l'Académie), et mieux peut-être en pleins champs (avec le signe du pluriel), pour dire au milieu de la campagne, loin de toute habitation et à ciel découvert » (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, 1834). Mieux, le pluriel ? C'est que la langue classique, nous apprend le Grand Larousse, avait pris l'habitude d'employer le mot champ au pluriel pour désigner « la campagne, par opposition à la ville », à l'instar de la célèbre fable de La Fontaine Le Rat de ville et le Rat des champs. Littré ne dit pas autre chose : « Au pluriel. La campagne en général », mais c'est avec la même inconséquence que celle dont fait preuve l'Académie qu'il mentionne la forme en plein champ dans le paragraphe pourtant consacré aux emplois de champ au pluriel. Le dictionnaire à la Semeuse, avec son bon sens paysan, préfère prudemment laisser le champ libre aux deux graphies : « En plein(s) champ(s), en rase campagne, loin des chemins. » Même neutralité du côté du Robert illustré : « En plein(s) champ(s), au milieu de la campagne. » Seul le Grand Robert, à ma connaissance, propose de couper la tomate, pardon la poire en deux : « Locution. En pleins champs : au milieu des cultures. Marcher, passer la nuit en pleins champs. [...] Locution. Au singulier. En plein champ. Technique. Culture en plein champ (opposé à hors-sol) [3]. » Autrement dit, le pluriel serait réservé au sens général et indéterminé de « au milieu des cultures », et le singulier, au sens technique (« agricole ») qui nous occupe ici. Quand elle serait peu respectée par les auteurs, à en croire les exemples cités plus haut, cette répartition sémantique a au moins le mérite d'accréditer l'idée que la graphie de plein champ est seule recevable. (Tomate) Cerise sur le gâteau, on y fait l'économie de deux s. La langue sait se montrer bonne pâte à l'occasion...


    (1) Et aussi : « L'exécution des tirs en plein champ » (Joffre), « [...] aux fragments de chapiteaux égarés en plein champ » (Frédéric Vitoux), « Ils plantent la tente en plein champ, près de la mer » (Franz-Olivier Giesbert), mais « Millet, Rousseau vont bien chercher leurs motifs en pleins champs » (Élie Faure), « Il fallait aller la prendre [la marchandise de contrebande], l'avancer lentement, par étapes, la recacher en pleins champs » (Maxence Van der Meersch), « Dans ce pré-là, la bête a pris l'air en pleins champs » (Louis Étienne).

    (2) La définition de en plein champ a quelque peu varié au gré des éditions et des entrées : (à l'entrée « champ ») « loin de toute habitation » (1798), « au milieu des champs, de la campagne » (1835-1935) ; (à l'entrée « plein ») « au milieu d'un champ » (1762-1798), « au milieu des champs » (1835-1935).

    (3) J'aurais plutôt pensé, pour ma part, que hors-sol s'opposait à en pleine terre, et sous serre, à en plein champ. Mais bon, je dois être dans les choux, sur ce coup-là, puisque l'Académie écrit à l'entrée « plein » de la neuvième édition de son Dictionnaire : « Plantation en pleine terrede pleine terre, plantation faite directement dans la terre et non en pot ; s'applique aussi aux végétaux qui poussent à l'air libre et non en serre. »


    Remarque : Panzani persiste et signe : « Des tomates mûres de plein champs », lit-on dans sa dernière publicité en date (2017). Des tomates mûries en plein champ aurait été de meilleure langue.

      

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    Des tomates de plein champ.

     


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