• L'école est finie !

    L'école est finie !

    « Pour ne pas que le temps leur semble trop long, Le HuffPost est allé chercher 12 activités pour enfants de tous âges. »
    (Sandra Lorenzo, sur huffingtonpost.fr, le 19 juillet 2014)
     
     
    (photo cartes-virtuelles.com)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Vous aurez deviné que la lecture d'une bonne grammaire ne risquait pas de figurer sur la liste des activités proposées par notre journaliste pour occuper ces chères têtes blondes pendant le trajet des vacances.

    Rappelons − en tâchant de ne pas être trop long − que, lorsqu'une subordonnée de but introduite par pour que est à la forme négative, la négation est censée se trouver à l’intérieur de la subordonnée, c’est-à-dire après pour que : Il reste pour qu'elle ne se sente pas seule (où ne... pas encadre le verbe de la subordonnée au subjonctif) et non pas Il reste pour pas qu'elle se sente seule (tour fautif, fréquent à l'oral) ni même Il reste pour ne pas qu'elle se sente seule (avec rétablissement de la négation ne par souci de correction grammaticale). Mais force est de constater, avec Grevisse et Georgin, que le solécisme − pourtant condamné par de nombreux spécialistes (1) − tend à passer de la langue parlée populaire dans la langue écrite. On le trouve notamment chez les frères Goncourt (« pour ne pas qu'il s'ennuie »), Anatole France (« J’en ai deux, vous comprenez, pour pas qu’ils s’ennuient »), Gide (« Je l'ai pris pour ne pas qu'Armand le voie » (2)), Céline (« Pour ne pas qu'il vous brûle la tête par les yeux, le soleil »), Proust (« "Pardi, pour pas qu'on se sauve", disait Françoise »), Simenon (« Pour ne pas qu'elle reperde pied ») et Orsenna (« Elle parlait tout bas pour ne pas que ses collègues entendent »).

    Effet de style, pour simuler un registre oral ou relâché (à l'instar des citations de France, Céline et Proust) ? Analogie avec la construction pour ne pas + infinitif ? « Désir instinctif d'énoncer la particule négative aussi près que possible du début de la phrase » (Georges et Robert Le Bidois) ? Peu importe, après tout. « "Pour pas que" m'écorche les oreilles... », m'écrit un lecteur de ce blog(ue). Bah, avec le bruit du moteur et de la climatisation, l'incorrection pourrait bien finir par passer inaperçue.

    (1) Thomas, Girodet, Hanse, Le Bidois, etc., à l'exception notable de Brunot, qui n'hésita pas à jeter un pavé dans la mare dès 1922 : « Une locution négative est en train de se forger : pour pas que (...) Cette locution traduit excellemment l'intention négative, elle serait logique et commode » (La pensée et la langue).

    (2) Gide a beaucoup écrit sur le sujet, et parfois tout et son contraire : « Habilement, dans son "Journal des Faux-Monnayeurs", Gide a d'ailleurs inscrit au passif de Sarah Vedel cette "horrible faute de langage" » (selon Julien Teppe, dans Sur le "purisme" d'André Gide) ; « Jamais je n'ai vu relever le "pour ne pas que" qui tend à s'installer et commence à être à ce point admis que je renonce à le trouver déplorable » (Gide, cité par le TLFi).


    Voir également le billet Pour ne pas que

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Pour que le temps ne leur semble pas trop long (ou Pour éviter que le temps ne leur semble trop long).

     

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