• Tours de main

    « Alain Juppé a porté main forte à François Fillon pour imposer aux sarkozystes un triumvirat à la tête de l’UMP. »
    (Cécile Cornudet, sur lesechos.fr, le 3 juillet 2014)
     
     

    Alain Juppé (photo Wikipédia sous licence GFDL)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Que notre journaliste n'a-t-elle consulté un dictionnaire avant de mettre la dernière main à son article ! Elle y aurait découvert que l'expression consacrée au sens de « venir en aide à quelqu'un » est prêter (et non porter) main-forte. C'est du moins ce qu'il me semblait... avant d'aller vérifier − par acquit de conscience − la définition que Littré donne de main-forte : « Substantif composé qui signifie assistance avec la force en main, qui ne prend pas d'article, et qui ne se construit guère qu'avec les verbes donner, demander, quérir, prêter, etc. » Avouez que le fait que cette liste, pourtant dressée de main de maître, ne soit pas exhaustive laissait planer un doute, qu'il me fallait lever au plus vite.

    Le nom féminin main-forte − qui s'écrit traditionnellement en deux mots avec un trait d'union, en un seul (mainforte) selon les Rectifications orthographiques de 1990 − est apparu à la fin du XVe siècle pour désigner l'assistance que la force armée prête à la justice afin que ses décisions soient exécutées. « Quand les huissiers et sergens, chargés de mettre quelque jugement à exécution, éprouvent de la résistance, ils prennent main-forte, soit des recors armés, soit quelque détachement de la garde établie pour empêcher le désordre », précisent Diderot et d'Alembert dans leur Encyclopédie. Le mot s'est également employé en dehors du contexte judiciaire, à propos de l'assistance que l'on donne à quelqu'un pour exécuter quelque chose en recourant à la force, avant de voir son sens progressivement s'affaiblir, jusqu'à désigner dans le langage moderne toute aide, fût-elle sans violence, accordée à quelqu'un dans sa tâche, sa mission, notamment lorsqu'il se trouve en difficulté.

    Ainsi a-t-on pu se faire assister, avoir droit, avoir besoin, user ou servir de main-forte ; demander, prendre, donner, employer, obtenir, envoyer quérir ou faire main-forte. Partant, porter main-forte était à portée de main : « porter main forte aux combattants » (Dictionnaire français-latin de Freund et Theil) ; « Dans sa jeunesse, d'Artagnan (...) eût porté main-forte aux soldats contre les bourgeois » (Alexandre Dumas) ; « Le lieutenant et les archers porteront main-forte au bailli » (Jacques Attali) ; « A moins qu'une âme sensible leur eût porté main forte (sic) » (Jean Echenoz). Après tout, ne dit-on pas sans différence de sens porter ou prêter secours, assistance ?

    Il n'empêche : selon les spécialistes de la langue (Thomas, Girodet, Hanse, Dupré, Bescherelle, Larousse, Robert, qui, dans cette affaire, marchent main dans la main), c'est bien prêter main-forte qui l'emporte haut la main, de nos jours, sur les constructions concurrentes.

    RemarqueÀ main-forte s'est dit pour « par la force, par la violence ».


    Voir également le billet Porter / Prêter

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Il lui a prêté (plus couramment que porté) main-forte (ou mainforte).

     

    « Français langue étrangèreL'école est finie ! »

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