• C'est le bouquet !

    « C'est au sortir de la Seconde Guerre Mondiale que Grasset songe à une édition des Œuvres Complètes de François Mauriac. L'entreprise fleurissante des années 20 et 30 est alors au plus mal (...) »
    (Nouveaux Cahiers François Mauriac, sous la direction de Philippe Baudorre et  Caroline Casseville)

     



    FlècheCe que j'en pense

    Avouons-le d'emblée : dans cette affaire, la langue nous joue un vilain tour. Voici deux adjectifs verbaux, fleurissant et florissant, le premier formé à partir de fleurir, le second à partir de florir. Rien que de très logique sous le soleil − ou, plus opportunément, à l'ombre des jeunes filles en fleurs. Sauf qu'il ne s'agit pas à proprement parler de deux verbes différents... mais de deux formes d'un même verbe, fleurir ne devant le jour qu'à une réfection, au XIIIe siècle, de l'ancien français florir, lui-même emprunté du latin florire (« être en fleur ») !

    Ledit verbe a, du reste, conservé le souvenir de ce phénomène dans sa conjugaison, régulière mais à alternance.

    Quand il signifie au propre « produire des fleurs », « être en fleur », « orner de fleurs » ou quand il prend le sens figuré de « s'épanouir comme un fleur », fleurir se conjugue à toutes les formes sur le radical fleur-, notamment à l'imparfait de l'indicatif (fleurissait) et au participe présent (fleurissant) : Les arbres fleurissaient. Voyez ces lilas fleurissant dans le jardin. Il fleurissait sa boutonnière, son style. Sur ses lèvres fleurissait un sourire amusé.

    Mais quand il signifie au figuré « prospérer, être en honneur », le bougre marche à l'occasion sur les plates-bandes de florir, en lui empruntant les formes florissait à l'imparfait de l'indicatif, florissant au participe présent (éventuellement adjectivé), voire, dans un style très littéraire, florir à l'infinitif et flori au participe passé (en dehors de ces cas, c'est le radical fleur- qui prévaut) : Un pays, un commerce, un teint florissant. En ce temps-là, le style gothique florissait dans le nord de la France.

    Faut-il être vicieux pour maintenir artificiellement une double conjugaison en fonction du sens ! Car, vous l'aurez compris, ces subtilités fleurent l'arbitraire le plus pur, au point que nombreux furent les écrivains qui les ignorèrent sans état d'âme : Bossuet (« un royaume florissant », mais « La réputation toujours fleurissante de ses écrits »), Voltaire (« Cette florissante armée », mais « Cet ordre respecté [les dominicains] fleurissait dans la France »), Balzac (« au temps où les arts et la licence florissaient », mais « Il est certain que les affaires ne sauraient être plus fleurissantes »), A. France (« Dans [cette] ville florissait jadis un monastère », mais « Ce style roman qui fleurissait encore en Aquitaine au XIIe siècle »).

    Pour autant, Grevisse, qui compte parmi la fine fleur des spécialistes de la langue, constate que le radical fleur- est très rare pour le sens « prospérer », notamment au participe présent (comme forme verbale ou comme adjectif). Littré et l'Académie se font plus catégoriques : « Fleurissant se dit au propre et florissant au figuré (Dictionnaire de Littré, à l'entrée fleurissant) ; « Qui pousse des fleurs, qui est fleuri (...) Au figuré, on dit florissant » (huitième édition du Dictionnaire de l'Académie, à l'entrée fleurissant).

    De là à ce que Grasset me jette des fleurs pour avoir débusqué la coquille...


    Remarque : Floraison se dit, plus couramment que fleuraison, au propre comme au figuré.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    L'entreprise florissante.

     

    « L'école est finie !Levée de lièvre »

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    1
    Baudouin
    Vendredi 1er Août 2014 à 23:11

    Bravo encore pour votre site.

     

    smile

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :