• « Non seulement le droit du travail est très dense, mais en plus il se révèle souvent bien peu "lisible" pour le tout un chacun... »
    (Xavier Berne, sur nextinpact.com, le 28 août 2017)



      FlècheCe que j'en pense


    Curieuse, assurément, cette formulation qu'un habitué de ce blog(ue) soumet à mon jugement. Car enfin, si chacun, employé comme nominal (1) au sens de « toute personne », peut, au masculin, être précédé de l'article indéfini un ou de tout un, je ne sache pas que cela vaille aussi pour l'article défini.

    Les tours un chacun, tout un chacun, qui fonctionnent comme des renforcements expressifs de chacun pour désigner plaisamment monsieur Tout-le-monde (autrement dit : n'importe qui), font partie de ces archaïsmes ornementaux que la langue moderne affectionne tant, quand elle n'en saisirait plus la logique grammaticale (2). Renseignements pris, c'est surtout l'expression un chacun qui est ancienne : attestée dès le XIIe siècle, elle était à la mode chez les auteurs classiques, à côté de sa concurrente tout chacun, apparue au XIVe siècle et moins fréquente : « Mille joyeusetez se y feront, ou un chascun prendra plaisir » (Rabelais), « Et pource qu'Amour s'est voulu munir [...] de la faveur d'un chacun » (Louise Labé),  « Voilà par sa mort un chacun satisfait » (Molière), « Un chacun à soi-même est son meilleur ami » (Corneille), « Comme un chacun sait » (Voltaire) ; « Que tout chascun soit sus sa garde » (Jean Froissart, vers 1370), « Sous ce tombeau gist Françoise de Foix, / De qui tout bien tout chacun soulait dire » (Clément Marot, 1537), « Comme telles personnes sont saluées de tout chacun » (Bonaventure Des Périers, 1558), « Baisant bien humblement les mains à tout chacun » (Claude d'Esternod, 1619). De leur croisement serait issu l'hybride tout un chacun, que Grevisse qualifie de « rare avant le XIXe siècle » : « Ce que fait un tout seul, tout un chacun le sache ? » (Mathurin Régnier, Élégie II, édition de 1642).

    Sur la syntaxe si déconcertante de ces expressions, les spécialistes peinent à nous éclairer. Contentons-nous de rappeler ici que chacun, à l'origine, s'employait aussi bien comme adjectif (rôle depuis dévolu à chaque, comme chacun sait) que comme nom. En tant qu'adjectif, il figurait seul au côté du substantif qualifié (chascun jour, chascune personne pour chaque jour, chaque personne), mais pouvait également se construire selon le modèle : un chacun + substantif (un chascun jour, une chascune personne) ; de même trouvait-on les combinaisons équivalentes avec chacun nominal (cf. exemples cités plus haut) et avec chacun au pluriel (chascuns ala nuz piez, tous et chascuns ses biens, toutes et chascunes villes). Dans Problèmes de langage (1961), Grevisse fait observer avec quelque apparence de raison que chacun, issu du croisement de quisque unus (littéralement, « chaque [quisque] un [unus] ») et de catunum (« un à un »), « n'a, en théorie, nul besoin de se faire précéder de l'article indéfini un », au risque de verser dans le pléonasme, quand les Le Bidois père et fils se montrent plus indulgents : « Chacun est donc devenu [...] un nominal. Comme tel, il peut s'accompagner de l'article indéfini, et même parfois de l'indéfini tout : le premier met l'accent sur l'unité distributive, le second sur la totalité » (Syntaxe du français moderne, 1935). Autrement dit, un chacun insisterait sur la vision détaillée (« un à un »), tout un chacun sur la vision collective (« tout le monde »). Comparez : « Son gendre prenait un chacun à témoin » (René Boylesve) et « Chez nous, gens du Golfe, tout un chacun connaît les poudres » (Henri Béraud). Il n'empêche, Knud Togeby (Grammaire française, 1982) est catégorique : hormis dans ces locutions d'un autre âge − auxquelles on peut ajouter le tour familier chacun sa chacune −, chacun exclut l'emploi des articles en français moderne. Viendrait-il à l'idée de quelqu'un de dire : le chacun (autrement que pour soi) ? Cela reviendrait à dire : le chaque personne, le tout le monde, le n'importe qui. Avouez que c'est... n'importe quoi ! N'en déplaise aux adeptes de la nominalisation sauvage, on ne dira pas davantage le (ou un) tout un chacun, par fausse analogie avec le Tout-Paris ou, plus probablement, avec un (ou le) quidam comme le donnent à penser ces deux phrases, qui présentent une juxtaposition d'éléments : « Sans doute que le quidam, le tout un chacun, ne pourra, lui, jamais bénéficier d'une telle indulgence » (Natacha Polony), « Lorsqu'on interroge un pédagogue, un parent, un philosophe, un étudiant, un homme de la rue, un mathématicien, un politicien, un littéraire, un ecclésiastique, un scientifique, un président de la République, un tout un chacun, tous sont unanimes sur ce point : l'enseignement doit développer l'intelligence » (Jean-Yves Fournier). La mauvaise compréhension de l'expression tout un chacun est telle que nos contemporains la déforment plus souvent qu'à leur tour en tout à chacun (« locution sans grande cohérence et qui signifierait que "tous auraient tout" », selon l'Académie) ou un tout un chacun, à l'irrésistible effet de symétrie (3). Qui a dit − l'imprudent ! − « combien il jugeait admirable que tout un chacun employât un tour aussi difficile et à ses yeux aussi profond que "tout un chacun" » (4) ?


    (1) Comme pronom, chacun peut être représentant (lorsqu'il reprend un nom ou un pronom dont il porte le genre) ou nominal (quand il ne se réfère pas à un substantif en particulier, mais désigne toute personne ; il est alors au masculin, en tant que genre indifférencié à valeur de neutre).

    (2) À dire vrai, ces locutions, que Furetière (1690) considérait comme « basses » et Féraud (1787) comme « [fort éloignées] du bon style », sont de nos jours assorties de remarques d'usage contradictoires. Jugez-en plutôt : « Style recherché. Tout un chacun : chaque personne » (Josette Rey-Debove, Dictionnaire du français, 2013), « Un chacun et tout un chacun sont des archaïsmes assez répandus dans la langue littéraire, tandis que tout chacun est très rare » (Knud Togeby, Grammaire française, 1982), « Surtout dans l'usage familier, parfois dans la langue écrite » (Maurice Grevisse, Nouvelle Grammaire française, 1995), « Aujourd'hui, ces expressions ont disparu de la langue écrite. On trouve encore, dans la langue familière : tout un chacun » (Paul Dupré, Encyclopédie du bon français, 1972), « Archaïsmes passés dans la langue familière et qu'il est préférable de remplacer par chacun » (Adolphe Thomas, Dictionnaire des difficultés de la langue française, 1971), « Équivalents archaïques de chacun devenus familiers et rares, à l'exception de tout un chacun, qui s'emploie parfois par plaisanterie » (Jean Girodet, Pièges et difficultés de la langue française, 1986), « À partir du XVIIIe siècle, [un chacun] ne se conserve que dans la langue populaire (avec pour variante tout un chacun) » (Sabine Lardon et Marie-Claire Thomine-Bichard, Grammaire du français de la Renaissance, 2009), « Un chacun, tout chacun, tout un chacun sont archaïques ou régionaux » (Michel Arrivé, Françoise Gadet et Michel Galmiche, La Grammaire d'aujourd'hui, 1986), « L'expression tout un chacun est fréquente à l'oral [...]. Dans l'expression soignée, en particulier à l'écrit, employer plutôt chacun, tous, tout le monde » (Larousse en ligne) et aussi, plus loin de nous : « Un chacun ou tout un chacun sont presque aussi fréquents chez nous qu’ils l’étaient au Grand Siècle » (Vie et Langage, 1957), « Tout un chacun est très usuel (sehr üblich) » (Philipp Plattner, 1907), « Tout un chacun [est une] expression populaire pour "quiconque", "tout homme", "chacun" » (Jean Boisson, Les Inexactitudes et singularités de la langue française moderne, 1930), « [(Tout) un chacun] est un archaïsme littéraire qui, dans la langue parlée, ne s'emploie que par plaisanterie » (Kristian Sandfeld, Syntaxe du français contemporain, 1928), « L'expression tout un chacun s'est maintenue dans le style juridique » (Kristoffer Nyrop, Grammaire historique de la langue française, 1932). Pour ma part, je constate que le tour tout un chacun, notamment, est encore bien vivant dans tous les styles, sous la plume experte des spécialistes de notre langue − « La revendication, par tout un chacun, de libertés s'exonérant des lois communes » (Jean-Pierre Colignon), « Dans les locutions figées, tout un chacun prononce sans peine /bu/ : c'est mon seul but, dans le but de vous plaire » (Bernard Cerquiglini), « Au commun profit d'un chacun » (Alain Rey), « Le français serait, nous assure-t-on, une langue simple si la nécessité de l’écrire de manière correcte ne créait de fait une seconde langue, différente de celle que tout un chacun parle » (Hélène Carrère d'Encausse) − comme sous celle, plus modeste, de tout un chacun : « "Notre priorité est la sécurité de tout un chacun", a indiqué la police locale » (RTL Info), « Aujourd'hui, tout un chacun sait s'informer par différents biais, notamment grâce à Internet » (Ouest-France), « Tout un chacun peut proposer une œuvre originale » (La Voix du Nord), « Les épisodes de souffrance psychique concernent tout un chacun » (Le Figaro).

    (3) Pour preuve, ces exemples que tout un chacun sera en mesure de trouver sur la Toile : « comme tout à chacun », « des montagnes d'ouvrages sont à la disposition de tout à chacun », « n'est-ce pas un des objectifs de tout à chacun ? » ; « les désirs propres à un tout un chacun », « répondre aux attentes et aux besoins d'un tout un chacun », « cela concerne un tout un chacun », « très apprécié par un tout un chacun », « je salue un tout un chacun faisant partie du groupe ».

    (4) C'est Pascal Quignard, dans son roman Carus (1979).

    Remarque 1 : Une chacune s'est dit autrefois : « Non pas également à toutes, mais à une chacune, selon qu'il sera besoin » (saint François de Sales), « [Elle] renvoyait un chacun ou une chacune à la danse » (Pierre de Bourdeille). Féminisation de la langue oblige, on ne s'étonnera pas de voir fleurir de nos jours des « toute une chacune », dans le cas où la population visée compte exclusivement des représentants du beau sexe − plus souvent, avec une intention plaisante. À quand la graphie une toute une chacune ?

    Remarque 2 : D'après André Goosse, la combinaison tous et chacun a pu jouer un rôle dans la naissance de tout un chacun.

     

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    Il se révèle souvent bien peu lisible pour tout un chacun.

     


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  • « Une fois mis en moule, les grains de caillé doivent encore être pressurisés. »
    (entendu sur France 3, le 26 août 2017) 

     

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    Coup de pression, hier midi, au cours du journal présenté par Catherine Matausch, sur les auteurs d'un reportage consacré à la fabrication du mont-d'or (*), le fameux fromage au lait cru de vache qui, dit-on, agrémentait déjà la table de cette bonne pâte de Louis XV. N'y entend-on pas, fort curieusement, que le caillé doit être... pressurisé ? Pas de quoi en faire un fromage, me direz-vous, mais enfin tout porte à croire que nos journalistes se sont emmêlé les meules entre différents membres de la famille du verbe presser.

    Emprunté du latin pressura (« action de faire pression ») − issu de pressus, participe passé de premere (« presser, comprimer »), lui-même à l'origine de presser par l'intermédiaire de pressare −, le mot pressure est attesté en ancien français au sens propre de « pression (action ou fait de presser, de serrer) » et au sens figuré de « oppression, tourment, violence ». D'après les dictionnaires d'étymologie, l'anglais s'en serait emparé à la fin du XIVe siècle pour former pressure (« pression »), dont le néologisme dérivé pressurize nous est revenu sur un plateau, au beau milieu du XXe siècle, sous la forme (critiquée, il va sans dire) pressuriser, avec le sens technique de « maintenir un espace clos à une pression normale pour le corps humain » : une cabine pressurisée pour « une cabine sous pression ». Rien à voir, vous en conviendrez, avec notre vacherin du Haut-Doubs, fût-il fabriqué en altitude, à proximité du mont du même nom dont le sommet culmine à quelque 1500 mètres.

    Le paronyme pressurer, avec lequel pressuriser est parfois confondu, ferait-il mieux l'affaire ? Rien n'est moins sûr. Dérivé de pressoir (issu du supin pressum du même latin premere), il signifie proprement « passer au pressoir (des fruits, des grains) pour en extraire le jus, l'huile », si l'on en croit les définitions du Dictionnaire de l'Académie et du TLFi. Partant, il n'est que trop clair que ledit verbe s'accommode moins du fromage que du raisin, des pommes ou des olives. Seulement voilà, Littré ne l'entend pas de cette oreille : « [Pressurer] se dit aussi de la fabrication des fromages », affirme le lexicographe sur la foi d'une citation de Voltaire : « Les fromages qu'ils ont pressurés du lait de leurs vaches, de leurs chèvres ou de leurs brebis » (Dictionnaire philosophique). Oserai-je avouer que cet emploi me plonge dans l'embarras ? D'une part, en ne conservant que l'idée de « soumettre à l'action du pressoir », il gomme une différence de taille : dans le cas des fruits et des grains, l'objectif est de récupérer le liquide extrait, alors que, dans le cas du fromage, c'est de l'évacuer. D'autre part, il entretient une confusion plus grande encore, me semble-t-il, avec un verbe qui, lui, est indissociablement lié à l'univers du lait : ce faux frère de présurer (avec s prononcé z) − entre nous soit dit, une vraie... vacherie, cette quasi ressemblance graphique et phonétique −, lequel est dérivé de présure (« substance organique qui contient une enzyme permettant de faire coaguler le lait »), qui a cette fois à voir avec le latin prehendere (« saisir, prendre »). Je n'en veux pour preuve (de cette confusion) que cet exemple glané sur la Toile : « Une fois le lait pressuré [au lieu de présuré], on obtient un caillé blanc qui est moulé. »

    Dans le doute, mieux vaut ici s'en tenir prudemment au paterfamilias presser, à propos duquel le Dictionnaire de l'Académie donne cet exemple édifiant que je vous livre en buvant du petit lait : « Lors de la fabrication de certains fromages, on presse le caillé pour en accélérer l'égouttage. » Pourquoi faire simple, je vous le demande, quand on peut faire... gratiné ?


    (*) J'adopte ici la graphie préconisée par Larousse et Robert, avec minuscule et trait d'union : un mont-d'or, des monts-d'or (= le fromage), à distinguer du mont d'Or (= le sommet du Jura qui a donné son nom audit fromage).

     

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    Les grains de caillé doivent encore être pressés.

     


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  • « Big Ben, [...] l'horloge la plus célèbre du monde, a sonné pour la dernière fois à midi précise(s), avant de se taire pendant quatre ans, le temps d'effectuer des travaux de rénovation. »
    (Julien Arnaud, sur TF1, le 21 août 2017)

    (photo Colin / Wikimedia Commons)

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    Entendu hier soir, à la fin du journal de Julien Arnaud, un à midi précise(s) de curieuse facture. Rappelons ici que, si l'adjectif précis, après une indication horaire, s'accorde naturellement au féminin avec le mot heure(s) (il est une heure précise, à une heure vingt précise, à deux heures et demie précises... [*]), il prend le genre opposé quand il qualifie les substantifs masculins midi ou minuit, qui désignent respectivement le milieu du jour et le milieu de la nuit : « Nous dînons à midi précis » (Littré), « À midi précis, à minuit précis, à midi quarante précis » (Grevisse), « Il est midi et demi précis » (Office québécois de la langue française), « Son sermon est promis depuis trois mois pour la pentecôte, à midi précis » (Musset), « Tous les jours, à midi précis, il arrivait » (Pierre Loti), « Enfin, elle m'a donc reçu, et elle m'a invité… Minuit précis, après le théâtre » (Zola).

    Mais voilà, grande est la tentation, notamment dans le français parlé, de dire à midi précise(s), par analogie avec à douze heures (= midi) précises ou par ellipse du mot heure dans un hypothétique à midi, (heure) précise. À y regarder de près à mes heures perdues, force m'est, hélas ! de constater que la langue écrite n'a pas l'heur d'être épargnée. Jugez-en plutôt : « Il faudrait [...] me le faire savoir à moi de bonne heure, c'est-à-dire à midi précises » (lettre de George Sand à Pauline Viardot), « Il y a maintenant un convoi de chemin de fer à midi précises » (lettre d’Édouard Cabarrus à Théophile Gautier), « Le rendez-vous était fixé à la Coupole, dans la partie Brasserie, n'est-ce pas, à midi précise » (Michel Arrivé). Reconnaissons, à la décharge des contrevenants, que la faute ne date pas de la dernière heure. En 1811, Girault-Duvivier la dénonçait déjà dans sa Grammaire des grammaires : « On dit : J'irai vous voir à midi précis ; [...] et non pas : j'irai vous voir à midi précise. » Il faut croire qu'en matière d'abus langagier le temps reste désespérément figé.


    [*] On notera que la fraction horaire qui suit l'heure n'a aucune incidence sur l'accord.

    Remarque 1 : Les mêmes observations valent pour passé : « À midi passé » (Grevisse). Mais, curieusement, l'hésitation n'est guère de mise dans ce cas ; rares sont, en effet, les attestations des graphies midi passée ou midi passées. À la bonne heure !

    Remarque 2 : Selon l'Académie, on écrit : à six heures juste (adverbe), à six heures sonnantes, battantes, tapantes (voire pétantes dans la langue très familière), à midi sonnant (midi étant du masculin), à minuit sonnant (plus rarement : sonnante, minuit « s'[étant] utilisé au féminin jusqu'au XVIe siècle et se rencontr[ant] encore sous cette forme dans des emplois régionaux ou littéraires »). On notera cependant que, dans ces emplois, battant, pétant, sonnant, tapant restent parfois invariables, avec une valeur de participe présent. Curieusement, le Petit Larousse illustré, qui laisse pourtant le choix dans son Mémento de grammaire entre partir à trois heures sonnantes (adjectif) et partir à trois heures sonnant (participe présent), affirme que seul à une heure sonnant est correct. Il va sans dire qu'une explication serait la bienvenue. Las ! l'intéressé, quelle que soit l'heure, est aux abonnés absents...

     

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    Big Ben a sonné pour la dernière fois à midi précis.

     


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  • Retour de flamme

    « Ces petits boutons rouges inflammés sont aussi connus sous le nom de folliculite. »
    (paru sur madmoizelle.com, le 2 juillet 2017)

     

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    Doit-on dire inflammer ou enflammer ? inflammation ou enflammation ? Loin de moi l'intention d'attiser les braises d'un débat prompt à enflammer les esprits, mais enfin la question mérite d'être posée. Hanse y répond de façon catégorique : on dit « inflammation, et non enflammation, bien que le verbe soit enflammer ». À y regarder de près, cette bizarrerie de la langue n'a rien de surprenant pour qui sait que l'élément initial des verbes latins en in- a conservé sa forme originelle, en passant en français, dans quelques verbes de formation tardive et savante, mais s'est transformé en en- dans ceux de formation plus ancienne et populaire. Que l'on songe aux doublets empreindre et imprimer (du latin imprimere), employer et impliquer (implicare), enduire et induire (inducere), etc.

    Emprunté du latin inflammare (« mettre le feu à ; exciter quelqu'un, une passion ; irriter une plaie, un organe »), enflammer (et ses variantes enflamber, enflambler, enflaber, enflamer...) est ainsi apparu le premier dans notre lexique (à la fin du Xe siècle), avec le sens transitif de « mettre en flammes » puis de « rendre d'un rouge flamboyant », avant d'être rejoint par son doublet savant inflammer (parfois orthographié inflamber), attesté aux XVe et XVIe siècles au sens de « s'allumer, s'enflammer ; communiquer la flamme » (selon le Dictionnaire du moyen français), de « enflammer ; exciter ; irriter » (selon le Dictionnaire de la langue française du seizième siècle d'Edmond Huguet) : « [Louis d'Orléans, tout feu tout flamme, avait] une verge faite pour inflamber toute femme de luxure » (Jean Petit, cité par Alfred Coville, 1410), « Il va faire inflammer feu sy merveilleux que les pilliers de marbre et aultres pierres vont commencer a bruler » (Jehan Bagnyon, vers 1470), « Inflammer quant à soy la charité d'Eglise militante » (Jean Bouchet, 1545), « La véhémence de ses esprits trop inflammés d'ambition inusitée » (Guillaume Budé, 1547). Le verbe figure encore dans le Dictionnaire de Furetière, publié en 1690 : « Inflammable. adj. Qui se peut inflammer. »

    Aussi s'étonne-t-on de voir Bernard Pivot affirmer bien imprudemment, dans un tweet daté de mai 2012, que « le verbe inflammer n'existe pas ». Si ledit mot, carbonisé et remplacé par son aîné, est sorti d'usage depuis belle lurette, il a bel et bien existé, fût-ce le temps d'un feu de paille. À l'inverse, sur le front des substantifs associés, ce sont les formes en in- qui ont fini par s'imposer au détriment de celles en en-. Il en fut ainsi d'inflammation, calqué au XIVe siècle sur le latin inflammatio (« action d'incendier, incendie ; inflammation »), qui éclipsa la graphie enflammaison, attestée au XVIe siècle : « La raison du motif naturel d'une telle enflammaison » (Baïf), « L'enflamézon coulisse d'un long trait blanchissant » (Ibid.), « pure enflammaizon » (Rémy Belleau), « une enflammaison » (Guy Le Fèvre de La Boderie), « Les montaignes ardentes [du Soleil] qui de luy-mesme tirent l'origine de leur enflammaison » (Jacques Davy du Perron), « Enflammaison. Signifiait autrefois inflammation, incendie » (Louis-Nicolas Bescherelle), « Enflammaison. (Vieux langage.) Inflammation. Incendie » (Complément du Dictionnaire de l'Académie, 1839). On trouve toutefois trace, aux siècles suivants, de la forme enflammation, que ce soit dans des ouvrages de référence : « Il est bon de prévenir en même temps l'enflammation » (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1777), « Il survient des enflammations dans la bouche » (Ibid.), « Cystite. Enflammation de la vessie » (Dictionnaire de Hocquart, 1837), « Enflammation. Inflammation » (Nouveau Glossaire genevois, 1852) ou sous quelques plumes réputées : « En cas d'enflammation de l'estomac et des entrailles » (Alexandre Dumas), « Une sourde enflammation gonflait la terre » (Giono). Coquilles d'impression ? Fautes franches ? Toujours est-il que l'on se gardera, de nos jours, de toute confusion entre les deux particules : enflammer, mais inflammation, inflammable, inflammatoire. Histoire d'éviter de se faire descendre en flammes.


    Remarque : Selon le Dictionnaire historique de la langue française, le verbe latin inflammare dérive de flamma (« flamme, feu ») par préfixation en in- marquant non pas la privation, la négation (comme dans incassable, incroyable), mais l'aboutissement. L'antonyme du français inflammable est donc ininflammable (« qui ne peut prendre feu »), où le préfixe privatif in- précède l'élément in- (issu de la préposition latine in « dans, en, parmi, sur ») de l'adjectif inflammable.

     

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    Ces petits boutons enflammés.

     


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  • « Le ministre de l'agriculture, Stéphane Travert, s'est défendu jeudi d'avoir mis un frein considérable aux aides à l'agriculture biologique, comme l'ont dénoncé les producteurs biologiques la semaine dernière. "Je m'inscris en faux sur des déclarations comme celles-là", a-t-il dit sur RTL. »
    (paru sur boursorama.com, le 3 août 2017)

     

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    Il n'aura échappé à personne que la préposition sur, qui pousse de nos jours à la vitesse d'une mauvaise herbe, est en passe d'envahir la plupart des champs autrefois réservés à ses congénères : on habite sur Paris (au lieu de à), on trouve à redire sur quelque chose (au lieu de à), on n'aboutit sur rien de concret (au lieu de à), on fait quelque chose sur deux heures (au lieu de en), on va voir mamie sur les quatre heures (au lieu de vers), on est sur un dossier important, etc. Dernière victime en date de cette culture surintensive : la locution s'inscrire en faux. Jugez-en plutôt : « Une société de conseil [...] s'inscrit d'emblée en faux sur ce sujet » (BFM TV), « Le sénateur-maire [...] tient à "s'inscrire en faux sur ces déclarations infondées et inexactes" » (France Bleu), « L'OPH 32 s'inscrit en faux sur cette allégation » (La Dépêche), « Le spécialiste s'inscrit en faux sur l'idée, largement répandue, selon laquelle [...] » (L'Obs), « Nous nous inscrivons en faux sur ce point » (Le Monde), « Elle s'inscrivait en faux sur les arguments avancés dans la note » (Le Figaro(1). J'en étais resté, pour ma part, à la construction avec contre au sens courant de « opposer un démenti, s'élever contre (une proposition, une allégation...) » : « Ah ! je m'inscris en faux contre vos paroles » (Molière), « Invariable ? On peut hardiment s'inscrire en faux là contre » (Maurice Grevisse), « Je m'inscris en faux contre ce que vous venez de dire » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie) et, elliptiquement, « Une méprise de mots contre laquelle Nay semblait s'être inscrit d'avance » (Buffon).

    Le tour, attesté au XVIe siècle (2), serait emprunté à la langue juridique, où s'inscrire en faux (ou à faux) se disait proprement pour « écrire son nom sur un registre en vue d'établir la fausseté d'une pièce », soit « soutenir en justice qu'un acte produit par la partie adverse est faux ou falsifié ». De là, selon toute vraisemblance, la tentation de la préposition sur, semée à tout vent dans le langage commun par confusion entre le support utilisé (s'inscrire sur un registre, sur une liste) et la chose dénoncée (s'inscrire contre quelque chose). Il n'empêche, on n'hésitera pas à poursuivre les contrevenants − fussent-ils animés d'intentions biologiquement pures − pour faux et usage de faux...

    (1) On récolte aussi sur la Toile de nombreux exemples avec la préposition avec (sous l'influence de être en froid avec ?) : « S'inscrire en faux avec l'idée que [...] » (Le Point), « Donald Trump s'inscrit en faux avec les différents concepts qui [...] » (Les Échos).

    (2) « S'inscrire en faux contre ceste loy Salique » (Responce des vrays catholiques françois à l'avertissement des catholiques anglois pour l'exclusion du roy de Navarre de la Couronne de France, 1588).

     

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    Le ministre de l'Agriculture s'inscrit en faux contre ces déclarations.

     


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