• Mots pour maux

    « Le 11 mars, l'OMS reconnaissait l'état de pandémie mondiale. »
    (Christian de Perthuis, sur lepoint.fr, le 19 mars 2020.)  

     

     

    FlècheCe que j'en pense


    Les férus d'étymologie le savent bien : le préfixe pan-, tiré du grec pas, pantos (« tout »), exprime dans notre langue l'idée de totalité, d'universalité. Ainsi la panacée désigne-t-elle à l'origine une plante imaginaire servant de remède universel, la panoplie, l'armure complète d'un fantassin de l'Antiquité, et le panthéon, le temple dédié par les Anciens à l'ensemble de leurs dieux.

    Pandémie, qui circule désormais dans toutes les bouches, même masquées, ne déroge pas à la règle : issu au XVIe siècle (1) du grec pandêmos (composé de pan et de dêmos, « pays, peuple ») ou de sa forme latinisée pandemus, le mot désigne littéralement une maladie affectant « le peuple tout entier » (comprenez : sans distinction de sexe, d'âge, de condition sociale). Sur le même modèle avait déjà été formé le mot épidémie, emprunté dès la fin du XIIe siècle du grec epidêmia, lui-même dérivé de l'adjectif epidêmos, composé de epi- (« sur, au-dessus, parmi ») et de dêmos, d'où « qui séjourne, qui circule dans un lieu (à propos d'un individu, d'une rumeur et, spécialement, d'une maladie) ». Aussi parlera-t-on, pour une population ou une région donnée (-démie), d'épidémie en cas d'apparition soudaine d'une maladie qui s'abat en même temps sur, qui circule rapidement parmi (épi-) un grand nombre de personnes et de pandémie quand ladite maladie s'étend à la quasi-totalité (pan-) des individus considérés. Seulement voilà : l'analyse selon l'étymologie a ses limites, et la nuance quantitative qu'elle laisse entrevoir entre les deux termes est loin d'avoir fait l'unanimité parmi les spécialistes de la médecine, comme en témoigne l'évolution de la classification des maladies au cours des siècles. Jugez-en plutôt :

    « Les [maladies] universelles sont dictes pandemiques, epidemiques, endemiques ; pandemiques c'est à dire "de tout le peuple", ausquelles tous ont en soy disposition ; epidemiques "sur le peuple", qui luy adviennent par contagion, comme nostre peste ; endemiques c'est à dire "au peuple", qui a ceste disposition naturelle » (Traitez contenans la pure et vraye doctrine de la peste et de la coqueluche de Jean Suau, 1586).

    « [Les médecins distinguent trois sortes de pestilences.] Une nommée simplement Pandemos, qui attaque principalement les habitans des lieux secs et chauds. La 2. Epidimie, qui étouffe l'homme tout d'un coup. La 3. Loemodes, qui dure quelque tems, quoi qu'elle soit mortelle » (Le Naturaliste moral de Bernard Le Prestre, 1699) (2).

    « Par rapport au pays, les maladies sont divisées en sporadiques et en pandémiques. Les maladies sporadiques ont différentes causes [...] et attaquent tantôt une personne, tantôt une autre. Les maladies pandémiques sont celles qui attaquent plusieurs personnes dans un même pays. On les divise en endémiques et en épidémiques. Les maladies endémiques sont celles qui règnent dans un pays et qui ont une cause attachée à une contrée [...]. Les maladies épidémiques sont celles qui affligent tout un pays [= plusieurs contrées en même temps] et dont la cause est commune et passagère » (Chirurgie complète de François Planque, 1744).

    « Il existe dans le langage médical trois termes quantitatifs pour désigner l'extension qu'une maladie peut prendre. Endémie, maladie qui règne sur un grand nombre d'individus d'une localité restreinte. Epidémie, maladie qui s'étend sur tout un peuple, et pandémie, maladie qui s'étend à tous les peuples » (Gazette médicale de Strasbourg, Édouard Eissen, 1866).

    On ne s'étonnera donc pas que, devant pareille cacophonie, les lexicographes généralistes aient d'abord été tentés d'exercer leur droit de retrait. Les uns firent l'impasse sur pandémie, les autres le tinrent pour un simple synonyme, plus récent et plus rare, de épidémie : « Pandémie. C'est la même chose qu'épidémie. C'est une attaque de maladie qui se répand sur tout le peuple » (Dictionnaire français-latin d'Élie Col de Villars, 1741), « Pandémie, pandémique. Synonymes de épidémie, épidémique » (Académie, 1762), « Pandémie, épidémie » (Napoléon Landais, 1835), « Pandémie. Synonyme d'épidémie. Peu usité » (Louis-Nicolas Bescherelle, 1846).

    Depuis le début du XIXe siècle, pourtant, commençait à s'établir entre épidémie et pandémie une distinction non plus selon les causes (héritée de la tradition hippocratique) ou selon la gravité et la durée (chez Ammien Marcellin), mais selon des considérations géographiques qui le disputaient aux considérations numériques :

    « Cette maladie forma[i]t le principal symptôme de l'épidémie, ou plutôt de la pandémie, car vers le milieu de ce siècle l'angine a été une maladie générale pour toute l'Europe » (Traité de médecine légale de François-Emmanuel Fodéré, 1813).

    « Épidémie. Maladie qui attaque, en même temps et dans le même lieu, un grand nombre de personnes » (sixième édition du Dictionnaire de l'Académie, 1835) et « Pandémie. Maladie qui attaque tous les habitants d'un pays » (Complément du Dictionnaire de l'Académie, 1842).

    « Lorsqu'une épidémie se répand, non pas seulement dans quelques localités plus ou moins rapprochées les unes des autres, mais sur une contrée tout entière, elle prend le nom de pandémie » (Nouveaux Éléments de pathologie générale, 1872).

    « Il s'agit alors [...] d'une épidémie qui, si elle s'étend à un pays tout entier et frappe toute la population, deviendra une pandémie » (Les grands processus morbides de Jean-Joseph Picot, 1878). (3)

    Mais voilà que Littré vient semer le trouble, en laissant entendre (par une formulation maladroite ou par une trop grande familiarité avec les écrits d'Hippocrate ?) que l'épidémie toucherait un plus grand nombre d'individus que la pandémie : « Épidémie. Maladie, contagieuse ou non, qui attaque un très grand nombre de personnes », « Pandémie. Maladie qui attaque à la fois un grand nombre d'individus habitant un même lieu » (Dictionnaire de la langue française, 1877). Vous l'aurez compris : les foyers lexicographiques du XIXe siècle ont eu bien du mal à accorder leurs diagnostics sur ce pandémie de malheur qui tombait déjà en désuétude... À tel point que l'Académie se décida à mettre l'intéressé en quarantaine prolongée. Elle l'ignora purement et simplement dans la septième (1878) et la huitième (1935) édition de son Dictionnaire, et ne se résolut à lever les mesures barrières qu'en 2011, non sans avoir préalablement pris soin d'assainir la situation : « Épidémie. Apparition et propagation d'une maladie contagieuse qui atteint en même temps, dans une région donnée, un grand nombre d'individus et, par métonymie, cette maladie elle-même » et « Pandémie. Épidémie qui touche la population de tout un continent, voire du monde entier » (neuvième édition de son Dictionnaire). Plus de doute, le mot pandémie est désormais réservé à une épidémie de grande ampleur géographique (indépendamment de sa mortalité) : « Pandémie amplifie le sens d'épidémie en y ajoutant l'idée d'une extension mondiale » (Marie-Henriette Bru), « La pandémie est l'extension d'une épidémie au sens spatial » (Valérie Béal), « Quand une épidémie se mondialise, elle devient pandémie » (Alain Rey).

    N'allez pas vous croire tiré d'affaire pour autant ! Il n'est, hélas ! que de consulter les dictionnaires concurrents pour s'aviser que l'unanimité, dans cette histoire, n'est pas davantage de mise au XXIe siècle qu'aux époques précédentes. Je n'en veux pour preuve que ces quatre définitions modernes de pandémie :

    « 1. Maladie qui atteint presque tous les habitants d'une région. 2. Épidémie générale, dont les effets s'étendent à la terre entière » (Grand Robert).

    « Épidémie qui atteint un grand nombre de personnes, dans une zone géographique très étendue » (Petit Robert).

    « Épidémie qui s'étend à la quasi-totalité d'une population, d'où épidémie générale qui concerne l'ensemble des populations » (Dictionnaire historique de la langue française).

    « Épidémie qui s'étend sur un ou plusieurs continents » (Petit Larousse illustré).

    Belle illustration, s'il en est, de l'hésitation fiévreuse de nos lexicographes entre le critère numérique (proportion de la population touchée ou prévalence) et le critère géographique : le Grand Robert s'applique à les distinguer, le Petit à les combiner, l'Historique à les unir par un lien de cause à effet (4)... et la Rousse à mettre son mouchoir à usage unique sur le premier. Et je ne parle pas des spécialistes de la médecine qui avancent encore d'autres caractéristiques, comme la nouveauté du virus (ou de son variant) : « On parle de pandémie en cas de propagation mondiale d'une nouvelle maladie », lit-on sur le site Internet de l'Organisation mondiale de la santé (de là la distinction entre la grippe pandémique et la grippe saisonnière). Pis ! le critère géographique, qui semble désormais primer, est lui-même sujet à interprétation. C'est qu'il faut encore s'entendre sur l'espace minimal requis pour pouvoir parler de pandémie : « une zone géographique très étendue » (Petit Robert), « une large zone géographique internationale » (Wikipédia), « deux régions du monde (adjacentes ou non) » (Patrick Zylberman), « tout un continent » (Académie, Larousse), « deux continents » (Marie-Joseph Berchoud) − qui dit mieux ? Tout cela prêterait à sourire si la situation sanitaire mondiale n'était pas aussi préoccupante. Il n'empêche, ce flottement géographique soulève une interrogation sur le plan de la langue : l'expression pandémie mondiale (5), qui circule depuis longtemps dans les médias et jusque dans le TLFi (6), constitue-t-elle un pléonasme ? Vous êtes nombreux sur Internet à le penser : « Pandémie mondiale = pléonasme », « Une pandémie mondiale est un pléonasme », « Il me semble qu'une pandémie ne peut être que mondiale eu égard à son origine grecque : pan (tous) et dêmos (peuple). Dans son sens général, une pandémie désigne donc une épidémie qui se développe dans le monde entier ». En l'espèce, l'étymologie nous a réservé son lot de surprises. Pour le reste, tout dépend de l'acception retenue. Car enfin, convenons-en, il n'existe pas à ce jour de définition précise et unanimement admise du mot pandémie. De là à en faire une maladie...

     

    (1) Et non pas en 1752 − pan sur le bec ! − comme cela est indiqué dans tous les ouvrages de référence... On s'explique mal, d'ailleurs, comment les étymologistes, prompts à repérer la première attestation de l'adjectif endémique dans l'un des Traitez contenans la pure et vraye doctrine de la peste et de la coqueluche (1586) de Jean Suau, ont pu passer à côté du nom pandémie, lequel se trouve en bonne place dans le suivant : « Les auteurs pour signifier toutes les différences des maladies populaires n'ont en usage que ces trois appellations : Pandemie, Epidemie, Endemie. » On parlait aussi à l'époque de « maladies pandemiques » (Joseph du Chesne, 1576).

    (2) Il s'agit là de la répartition établie (à partir des écrits grecs de Galien ?) par l'historien Ammien Marcellin (IVe siècle) entre les maladies qui sont attachées à des lieux (et qu'il qualifie de pandemus) et celles qui sont attachées à une époque, à une saison (et qu'il distingue, selon la gravité, en epidemus et en loemodes). Voilà pourquoi Félix Gaffiot et Guy Sabbah tiennent le latin pandemus (calque du grec pandemos, « qui concerne tout le peuple ») pour un synonyme de... endémique (du grec endêmos, « (maladie) indigène, qui se fixe dans un pays »). La surprise est de taille : pandemus assigné à résidence, confiné dans des limites territoriales restreintes ? Avouez qu'il y a de quoi y perdre son grec et son latin ! D'autant que la linguiste Marie-Guy Boutier estime, de son côté, que ledit adjectif qualifie plutôt, toujours chez le même Ammien Marcellin, les calamités graves et durables, par opposition à epidemus qui s'applique à celles peu mortelles et de courte durée. Comprenne qui pourra ! Signalons enfin que pandemus est également attesté dans la traduction latine des œuvres d'Oribase, où il qualifie des maladies qui frappent un grand nombre d'individus à la fois (« omnis populus simile vexantur egritudinem »)... et qui ressemblent furieusement à des epidemus !

    (3) Notez la mention des deux critères : géographique (un pays tout entier) et numérique (toute la population).

    (4) Selon le principe que ce qui se propage à un plus grand nombre de personnes finit par s'étendre géographiquement ?

    (5) Est également attestée la variante « pandémie universelle » : « Nous ne sachions pas que [l'interdiction des réunions populaires] ait suffi à enrayer quelque part les progrès de cette pandémie universelle aux allures foudroyantes qu'est la grippe » (Traité des maladies épidémiques, 1910).

    (6) « 1918-1919, pandémie mondiale, bien connue sous le nom de "grippe espagnole" » (Robert Schwartz, 1965). On peut encore citer la Grande Encyclopédie Larousse : « Grande pandémie mondiale à la fin de la Seconde Guerre mondiale. » 

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    L'OMS reconnaissait l'état de pandémie (si l'on s'en tient à la définition proposée par ledit organisme... encore que le tour pandémie mondiale ne contrevienne pas à celle donnée par l'Académie).

     


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    FlècheCe que j'en pense


    « Nous avons les mots sécurité et sûreté ; pourquoi ne dit-on pas secur tout aussi bien que sûr ? » s'interrogeait à bon droit un certain E. Miller, en 1883. Notre homme serait sans doute surpris d'apprendre que tel fut précisément le cas... en ancien français ! Je n'en veux pour preuve que ces exemples puisés aux sources les plus sûres : « Peir et sa gent se mist en lieu secur », « Soiez secur de la victoire » (L'Ystoire de li Normant, XIIIe siècle) ; « Tenir la mer secure » (Documents relatifs au clos des galées de Rouen, 1405) − fussent-ils nettement plus rares que ceux avec les formes primitives sour, seur : « Sours est Carles, ne crent hume vivant » (Chanson de Roland, fin du XIe siècle), « S'an sont tuit seur et certain » (Chrétien de Troyes, XIIe siècle), « Tenir les chemins ouvers et seurs » (Jean Froissart, XIVe siècle) (1). De même la graphie securement est-elle attestée à côté de seurement : « Il ne le pourroit faire securement » (Jean Jouvenel des Ursins, 1406), « Aller et venir securement » (Charles VII, 1440) (2). Autrement dit, le latin securus − composé de la préposition archaïque se (« sans ») et du nom cura (« soin, souci »), d'où « exempt de soucis, de danger » − est à l'origine d'une série de doublets dans notre lexique : sûr, sûreté, sûrement, de formation populaire (avec chute de la consonne latine médiane, mal assurée), et sécur, sécurité, sécurément (3), de formation savante (directement sur le radical latin) et plus récente. Aussi ne s'étonnera-t-on pas d'observer le même phénomène de double dérivation avec les verbes, (r)assurer (XIIe siècle) se voyant concurrencer sur le tard par sécuriser.

    Ce dernier est attesté ponctuellement au milieu du XIXe siècle − d'abord de façon indirecte, dans un texte traitant d'économie politique : « Cette influence sécurisante et stimulante du système protecteur » (Bibliothèque universelle de Genève, 1841), puis dans le Dictionnaire de mots nouveaux de Jean-Baptiste Richard : « Sécuriser, donner, prendre de la sécurité ; faire cesser les craintes qui existent ou les causes qui peuvent les produire ; causer la tranquillité d'esprit » (édition de 1842), « Sécuriser une personne, cette personne se sécurise » (ajout dans l'édition de 1845). Mais c'est surtout un siècle plus tard que le mot sera repris dans le vocabulaire de la psychologie : « On pourrait penser que plus la cuirasse névrotique est lourde à porter plus elle a de valeur sécurisante », « Apprendre à son élève à se sécuriser lui-même » (Fernand Lechat, psychologue et psychanalyste belge, 1954), avant de passer dans la langue courante avec le succès que l'on sait. Cet emploi ne tardera pourtant pas à attirer son lot de critiques : « Une pédagogue a déclaré, à une émission de la télévision consacrée à la rentrée des écoles maternelles, qu'il convenait de sécuriser l'enfant à l'école. Je traduis : lui donner l'impression qu'il est en sécurité. Rassurer, de la même famille, n'en disait-il pas tout autant ou, si l'on tient au suffixe, tranquilliser ? Mais il fallait éblouir les profanes par la richesse et la nouveauté de son vocabulaire » (René Georgin, 1969), « Et c'est ainsi que la presse [contrainte à la surenchère expressive] remplace souvent [...] rassurer par sécuriser » (Gérald Antoine et Bernard Cerquiglini, 2000), « C'est encore par le biais des médias que le vocabulaire abstrait à coloration philosophico-psychanalytique contamine le reste de la population : des verbes comme [sécuriser, responsabiliser...] ont vu leur fréquence moyenne s'enfler ces dernières années » (Henriette Walter, 2001). Sécuriser, doublet prétentieux et accrocheur de rassurer ? Dupré n'en est pas si sûr : « En fait, [ce verbe] n'a pas été créé sans raison, lit-on dans son Encyclopédie du bon français (1972) : rassurer s'emploie généralement, dans la langue actuelle, pour indiquer qu'une garantie précise, clairement perçue par la conscience de quelqu'un, dissipe son inquiétude sur un problème précis ; sécuriser, au contraire, concerne les états d'âme vagues ou inconscients, et signifie "faire passer d'un sentiment confus d'angoisse à un sentiment de sécurité". » Hanse dresse un constat similaire, quoique de façon moins explicite : « Sécuriser, "donner un sentiment de sécurité, de confiance en soi", dit autre chose et plus que rassurer. »

    Mais voilà qu'une nouvelle condamnation s'abat sur le malheureux sécuriser : son emploi au sens de « rendre plus sûr, plus stable », avec un complément direct de chose et non plus de personne, serait un affreux anglicisme ! « À raison de dix occurrences toutes les cinq minutes, relevait Alain Rey au moment de la guerre d'Irak de 2003, on entend dire qu'une route, un faubourg de ville, un secteur... sont sécurisés. Ce verbe n'est pas nouveau, mais il ne s'employait, depuis une quarantaine d'années, qu'en psychologie : une situation sécurisante, c'est-à-dire apaisante, agit en calmant, en donnant à quelqu'un un sentiment de sécurité. Puis vint un autre emprunt à l'anglo-américain ; on commença à parler, en matière bancaire, d'un paiement sécurisé, et, en informatique, de sécuriser une opération. » Qu'il me soit ici permis de faire observer que cette extension sémantique − consignée dans le TLFi et dans les dictionnaires usuels, mais ignorée par Dupré et par Hanse − n'a rien que de très naturel en français : les verbes en -iser dont la base est un adjectif ne signifient-ils pas d'ordinaire « rendre + adjectif » ? Que l'on songe à immobiliser « rendre immobile », à tranquilliser « rendre tranquille » et, avec un adjectif latin en position de base, à humaniser (d'après humanus) « rendre humain », à stabiliser (d'après stabilis) « rendre stable », d'où sécuriser (d'après securus) « rendre (plus) sûr ». Ce sens était d'ailleurs en germe dès le milieu du XIXe siècle : « L'assurance donnée à M. le Préfet [d'achever une voie ferrée] ne doit laisser à cet égard aucune inquiétude au conseil général. Cette prompte terminaison étant sécurisée [4], le conseil émet le vœu que [...] » (Procès-verbal des délibérations du conseil général de la Nièvre, 1849), puis dans un emploi technique attesté dans la première moitié du XXe siècle : « Les glaces sont catathermiques bleues sécurisées » (Pierre Mariage, 1937), « Les glaces […] qui servent à sécuriser les très grands volumes » (Journal officiel de la République française, 1945). S'agit-il là d'emprunts à la langue anglaise ? Je ne saurais le dire. Ce qui ne fait guère de doute, en revanche, c'est que la construction sécuriser quelque chose (et, partant, être sécurisé en parlant d'un inanimé) est devenue à la mode sous l'influence de l'anglais to secure (to be secured)... au détriment, nous assurent ses détracteurs, des tours assurer (sa fortune, son avenir), boucler (un quartier) ou établir un périmètre de sécurité, consolider (un immeuble), escorter (un convoi), garantir (une transaction), prendre possession ou se rendre maître (d'un territoire), protéger (des frontières, des données), stabiliser (l'emploi), rendre plus sûr, mettre à l'abri du risque, etc. De là à crier au « barbarisme désormais employé à tout propos » avec Philippe de Saint Robert (Discours aux chiens endormis, 1979), il y a un pas que je ne saurais franchir en toute sécurité à propos d'un mot correctement formé il y a près de deux siècles désormais et qui s'est fait une place (fût-ce entre des guillemets précautionneux) sous quelques bonnes plumes : « Les appartements cylindriques ont quelque chose de, psychologiquement, très apaisant : ils enveloppent, protègent, "sécurisent", ramènent au sein maternel » (Raymond Jean), « En bon chien de garde, [Sarkozy] "sécurise" les abords de la maison Raffarin » (Jean-Marie Rouart), « Sécuriser ces puits de pétrole » (Bernard-Henri Lévy), « Si on avait, depuis dix ans, consacré autant d'efforts à sécuriser les mécanismes électroniques de vote que ceux qu'on a déployés pour sécuriser les transactions [...] » (Jacques Attali), « On peut sécuriser Villacoublay ou Le Bourget » (Yann Queffélec), « On peut multiplier les précautions, ajouter des gardiens, monter des murs, sécuriser les enceintes » (Éric-Emmanuel Schmitt), « Les taxis étaient "sécurisants", pour employer un mot apparu dans le champ psycho-social de cette époque » (François Weyergans).

    (1) L'adjectif anglais secure, quant à lui, ne daterait que du milieu du XVIe siècle.

    (2) Sont également attestées à la même époque des variantes en g : « E es granz batailles segurs » (Chronique des ducs de Normandie, XIIe siècle), « Fai lou venir segurement » (Herbert, XIIIe siècle), « En lieu segur et certain » (Clémence de Hongrie, 1328), « En aller segurement et les faire conduire en lieu segur » (Histoire de la sainte église de Vienne, 1402).

    (3) Des trois termes, seul sécurité s'est maintenu, en souvenir du latin securitas. L'adverbe sécurément fut toutefois repris sous la Révolution, avec la bénédiction du grammairien Urbain Doumergue (cf. Journal de la langue française, 1791) : « [Elle] attendit securement le retour de son maître » (Restif de la Bretonne, 1795), « Chenaler sécurément dans les passages étroits » (Jules Lecomte, 1835).

    (4) Notez le recours à l'italique pour souligner l'emploi d'un néologisme.

    Remarque 1 : D'après Jean Girodet, à sécuriser on préférera, selon les cas et en dehors de la langue technique de la psychologie : « apaiser, calmer, pacifier, rasséréner, tranquilliser, donner une impression de sécurité, mettre en confiance » − quid de rassurer ? De son côté, Pascal-Raphaël Ambriogi précise à propos de l'emploi avec un complément direct de chose : « Rendre plus sûr plutôt que sécuriser » − on s'étonne de ne pas voir la même recommandation pour humaniser, stabiliser...

    Remarque 2 : D'après Alain Rey, « sécuriser n'est pas seulement un anglicisme, c'est un euphémisme guerrier ». Cachez ces cadavres anglais que nous ne saurions voir...

    Remarque 3 : D'après René Georgin, sûreté (seurté au XIIe siècle), de formation populaire, a longtemps exprimé à lui seul tous les sens qui se rattachent à l'adjectif sûr. Quant à son doublet savant, sécurité (peu employé avant le XVIe siècle), il s'appliquait à l'origine plutôt à la tranquillité d'esprit, au sentiment que l'on a, à tort ou à raison, d'être à l'abri de tout danger. Les sens des deux mots étaient donc bien distincts : sécurité avait une valeur subjective, sûreté désignait plutôt un état de fait. « Mais ces sens ont eu tendance à se rapprocher et à se confondre, et sécurité a de plus en plus détrôné son aîné [...]. Cette substitution de sécurité au bon vieux sûreté n'est qu'une manifestation, entre tant d'autres, d'une tendance générale, d'un travers éternel mais particulièrement développé à notre époque : l'amour pour les mots longs, savants et qui font riche » (Pour un meilleur français, 1951).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La même chose (en attendant de connaître la position de l'Académie) ou Paiement rapide et sans risque.

     


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  • « Je ne peux pas le démissionner, il est président d'une association. »
    (Roxana Maracineanu, ministre des Sports, à propos de Didier Gailhaguet, sur RTL, le 6 février 2020.)  

     

    FlècheCe que j'en pense


    « Démissionner n'est pas français », écrivait en 1860 Joseph Benoît (à moins qu'il ne s'agît de son continuateur belge, Henri Guillaume Philippe Moke) dans Le Complément des grammaires et des dictionnaires français. C'est un « barbarisme », renchérit en 1913 le futur académicien Jacques Bainville, « une création barbare, artificielle et ridicule » (selon André Thérive, 1929), un néologisme aussi inutile (selon Abel Hermant, 1923 [1]) que « hideux » (selon Robert Kemp, 1923) au regard de son vénérable rival, se démettre. Mais ça, c'était avant. Avant que le bougre ne parvienne à forcer les portes du Supplément au Dictionnaire de Littré (1877), du Supplément au Grand Larousse du XIXe siècle (1878), puis du Dictionnaire de l'Académie (1932) pour décrocher un CDI. C'est que, quand il ne brillerait guère par sa légèreté, ledit verbe n'en est pas moins correctement formé sur le substantif démission et a sur se démettre, depuis contraint au chômage technique, l'insigne avantage d'appartenir à la première conjugaison : « Nos pères disaient se démettre [...]. Mais les temps vinrent où l'incontestable propension du français à former des dérivés sur les mots qui sont déjà dans son usage le poussa à employer le verbe démissionner [...]. Outre [cette] tendance, on voit jouer la difficulté de la conjugaison des verbes anciens [...]. Il est remarquable que solution-ner corresponde à résoudre, émotion-ner, à émouvoir et le récent réception-ner à recevoir, tous verbes irréguliers. Démissionner a donc remplacé se démettre. "Donner sa démission" était vraiment trop long », confirme le linguiste Maurice Schöne en 1936.

    L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais c'était compter sans les facéties de l'usage. Que l'on songe à la syntaxe capricieuse de l'intéressé. Le verbe démissionner, nous disent les spécialistes dans une belle unanimité, est essentiellement intransitif ; il n'admet de complément d'objet direct que dans des emplois qualifiés de « familiers » ou d'« ironiques » : « 1. Verbe intransitif. Donner sa démission. 2. Verbe transitif. Familier et ironique. Obliger quelqu'un à abandonner la charge, l'emploi qu'il occupe, le contraindre à la démission », lit-on ainsi dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie (2). Seulement voilà : la réalité historique est autrement nuancée...

    Démissionner n'est pas un perdreau de l'année. Il serait apparu à la fin du XVIIIe siècle, sous des plumes révolutionnaires (3) : « Je résiste au désir qui me presse de démissionner » (propos de Paul Barras rapportés par Charles Germain dans une lettre à Gracchus Babeuf datée de 1796), « Tous les membres sont ou démissionnés ou destitués » (La Sentinelle, 1796), « Le Sénat est constitué [...] de tous les ex-consuls non démissionnés ni destitués » (Constitution de la République romaine, traduction de l'italien, 1798). Première surprise : l'emploi transitif direct (ici à la forme passive) côtoie dès l'origine l'emploi intransitif attendu. On en trouve confirmation dans le Dictionnaire complet des langues française et allemande de Dominique-Joseph Mozin et Adolphe Peschier (édition de 1844) : « Démissionner quelqu'un » (suivi, il est vrai, de la mention « peu usité ») et peut-être aussi − deuxième surprise − dans l'emploi réfléchi se démissionner : « Un bref d'excommunication [...] qui le compulsa à se démissionner de l'évêché d'Autun » (Adrien Alexandre Marie Hoverlant de Beauwelaere, 1830), « Un portier, c'est comme un soldat, vois-tu, quand il a reçu une consigne : il faut qu'il l'exécute, ou ben ! qu'il se démissionne » (Pierre Tournemine, 1836), « Ne sont-ils pas obligés de quitter leur poste et de se démissionner ? » (Jean-Baptiste Richard de Radonvilliers, qui, dans l'édition de 1842 de son Enrichissement de la langue française, dictionnaire de mots nouveaux, n'hésite pas à présenter démissionner comme un « verbe pronominal [au sens de] donner sa démission, renoncer à une fonction, à un emploi »). Vous l'aurez compris : l'idée tenace d'un verbe « exclusivement intransitif jusqu'au jour où, par pure fantaisie, on a cru bon de le construire avec un complément d'objet direct (pour insinuer finement que ladite démission était moins le fruit d'une décision délibérée de l'intéressé qu'une contrainte venue de plus haut) » (Bruno Dewaele, 2012) a du plomb dans l'aile... Mais examinons ces exemples plus en détail. Relèvent-ils du registre familier, ironique ou fantaisiste ? Quand le doute serait permis dans le cas de la construction pronominale, il ne tient pas dans celui de la construction transitive, tant démissionner quelqu'un et, plus encore, être démissionné sont attestés dans les contextes officiels de la langue administrative et juridique du début du XIXe siècle (particulièrement en Belgique et en Suisse, et c'est là la troisième surprise) : « [Le Suisse Alois von Reding] a envoyé un courrier à Paris d'abord après le décret qui le démissionne » (Journal politique de Mannheim, 1802), « Tous les employés actuels [...] sont dès à présent démissionnés honorablement de leurs places » (Décret de la commission du canton de Berne, 1803), « Les ministres démissionnés n'ont jamais passé pour des hommes d'intrigues » (Achille de Jouffroy, 1819), « On vient de démissionner M. Andrieux » (Courrier de Gand, 1822), « Les aspirans peuvent être nommés et démissionnés par le ministre de la guerre » (Arrêté de Léopold Ier, roi des Belges, 1831), « L'arrêté royal qui la [la veuve Gondry] démissionne » (Mémoire, 1833), « Il vous dira de le démissionner pour mauvaise gestion » (Le Figaro, 1834), « [Le] personnel de cette école dont tous les professeurs sont démissionnés » (Prosper Enfantin, 1836), « Le gouvernement avoit aussi le droit de les [les répétiteurs d'un collège] démissionner » (Journal historique et littéraire, 1842), « Quelquefois on démissionne un fonctionnaire sans qu'il le demande » (Répertoire de l'administration et du droit administratif de la Belgique, 1843), etc.

    D'où vient donc la réserve d'usage mentionnée par l'Académie ? De Ferdinand Brunot, qui avançait de façon péremptoire que « par une recherche de style, sérieuse ou plaisante, [il arrive que] certains verbes subjectifs semblent se présenter au passif : être démissionné. C'est que par plaisanterie on dit : démissionner quelqu'un » (La Pensée et la langue, 1922) ? De Maurice Schöne, qui affirmait sans plus d'arguments que « ce sont eux [les gens du Boulevard, gens d'esprit certes, mais qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et n'ont nulle conscience de leurs responsabilités] incontestablement qui ont créé l'amusant barbarisme démissionner quelqu'un, entendez "l'obliger à se démettre", pour parler convenablement [...]. Le fâcheux est que "le badaud peuple de Paris", comme disait déjà Rabelais, a pris au sérieux les ironistes du Boulevard » (L'Œuvre, 1936) ? De l'analogie avec la construction transitive de suicider, également sujette à critique ? Ou de cette mentalité française prompte à tourner en ridicule ce qui fait florès outre-Quiévrain ? Toujours est-il que des voix commencèrent à s'élever (d'abord en Belgique...) contre l'emploi transitif factitif de démissionner : « Révoquer, démissionner. Dites : Ce fonctionnaire a été révoqué, destitué de son emploi, s'il l'a été contre son gré ; et : Ce fonctionnaire est démissionnaire, s'il a fait acte de volonté en abandonnant ses fonctions. La démission est un acte par lequel on se démet volontairement ; démissionné sur sa demande est donc une phrase qui froisse le sens commun et que cependant on voit employer trop souvent » (Florimond Parent, Manuel de la conversation ou traité de la pureté du langage. Corrigé des locutions vicieuses les plus usitées en Belgique, 1845), « Ne dites pas : Le gouvernement anglais pouvait démissionner lord Canning. Dites : destituer ou forcer lord Canning à donner sa démission » (Joseph Benoît, 1860). Force est de constater que ces mises en garde contre ce qui ressemble furieusement à un belgicisme (4) n'a pas empêché démissionner de réussir à la voix active dans le français hexagonal...

    Il faut reconnaître que les arguments allégués (quand il y en a) peinent à faire mouche. Si, comme l'affirme Parent, « la démission est un acte par lequel on se démet volontairement », pourquoi l'Académie prend-elle la peine de distinguer, dans les éditions successives de son Dictionnaire (autrement dit depuis 1694 !), la « démission volontaire » de la « démission forcée » ou « démission d'office » (comprenez : par voie d'autorité, sans tenir compte de l'avis de l'intéressé) ? Démission, emprunté du latin demissio (« action d'abaisser ») pour servir de dérivé abstrait à démettre, est équivoque ; il l'était encore plus autrefois : Littré n'observe-t-il pas que le substantif a pu désigner indifféremment l'acte par lequel on renonce à un emploi et l'acte par lequel on se voit retirer un emploi ? (5) Comparez : « Ils n'ont point donné leur démission » et, selon le point de vue inverse, « Il a sa démission et n'a point encore d'argent » (Mme de Sévigné). C'est pour cette raison, poursuit Arsène Darmesteter (1877), que « démissionnaire, signifiant proprement "celui qui a démission", a pu aussi bien prendre le sens de "celui qui reçoit, pour qui est faite la démission" que le sens de "celui qui fait démission, qui donne sa démission" ». Partant, les deux constructions du verbe démissionner ne répondent-elles pas instinctivement au besoin de lever ladite ambivalence ?

    Alors, bien sûr, il se trouvera toujours des nostalgiques de 1877 − et de la célèbre formule de Gambetta à l'adresse de Mac Mahon : « Il faudra se soumettre ou se démettre » − ou des tenants de la prépondérance du nom sur le verbe pour préconiser le retour à l'opposition traditionnelle se démettre / démettre quelqu'un ou donner sa démission / exiger la démission de quelqu'un. Mais à partir du moment où démissionner s'est installé dans l'usage (ce que l'on peut toujours regretter), je vois mal comment Dupré peut croire qu'« il est possible, en tout cas, de lutter contre le solécisme à la mode démissionner quelqu'un ». En 1948, déjà, un certain Albert Bayet, auteur d'une chronique d'étymologie intitulée La Vie et les mots, faisait cette observation prémonitoire : « En fin de compte, le tour ["On l'a démissionné" pour "On l'a amené à donner sa démission"] dit bien ce qu'il veut dire. Il répond à un besoin. Il n'est pas contraire à l'idée dont procède le mot démission. On peut lui souhaiter bonne chance. » Après plus de deux siècles d'existence, il était temps... sans ironie aucune.

    (1) « Nul n'ignore que les fabricants de néologismes ont créé récemment [!] le verbe démissionner, dont le besoin ne se faisait pas sentir » (Le Temps).

    (2) Et aussi : « La construction transitive directe démissionner quelqu'un, le contraindre à démissionner, le chasser de son poste, ne s'emploie qu'avec une valeur ironique. Dans un contexte sérieux, on écrira démettre » (Girodet), « Emploi transitif factitif, familier. Démissionner quelqu'un » (TLFi), « Verbe transitif. Familier. Obliger quelqu'un à donner sa démission, à abandonner ses fonctions » (Grand Larousse), « Transitif. Ironique. On l'a démissionné, renvoyé » (Robert), « L'emploi transitif démissionner quelqu'un est familier » (Le Bescherelle pratique), « Démissionner quelqu'un s'emploie parfois, ironiquement » (Jean-Paul Colin).

    (3) De la même époque datent plusieurs verbes en -ionner : auditionner, réquisitionner, révolutionner, solutionner, soumissionner...

    (4) Démissionner quelqu'un est-il un belgicisme ? Tout porte à le croire, mais aucun des documents que j'ai eu l'occasion de consulter ne l'affirme clairement... à l'exception notable (qui l'eût cru ?) de l'hebdomadaire Le Miroir des sports (1934) : « En français, démissionner est un verbe neutre [...]. En Belgique – nous pourrions presque écrire en belge – le verbe démissionner est actif, c'est-à-dire qu'il est employé avec un complément direct et qu'il a une forme passive. » In « athletico » veritas ?

    (5) On lit de même dans le Répertoire de l'administration et du droit administratif de la Belgique (1843) de Charles de Brouckère et Jean-François Tielemans : « On appelle démission l'acte par lequel un fonctionnaire se démet ou est démis de la place ou de l'emploi qu'il occupe. Il résulte de cette définition que la démission peut être ou volontaire ou forcée. »

    Remarque : Autre exemple de cacophonie à propos du verbe démissionner : selon Jean Hennebert (1968), « démissionner de ses fonctions est un pléonasme car démissionner, c'est précisément se démettre de ses fonctions », quand Hanse précise de son côté « On démissionne quelqu'un de ses fonctions. Familièrement : On l'a démissionné (renvoyé) ». Allez vous débrouiller avec ça !

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La même chose (?) ou Je ne peux pas le contraindre à donner sa démission.

     


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  • Tu parles !

    « Griveaux et Macron se sont parlés. »
    (vu sur BFM TV, le 14 février 2020.)  

     

     

     

    FlècheCe que j'en pense


    Mon petit doigt me dit que les deux intéressés avaient d'autres chats à fouetter que de discuter d'un point de grammaire. Mais enfin, profitons de l'occasion qui nous est donnée pour rappeler que, jusqu'à nouvel ordre, le participe passé du verbe pronominal de sens réciproque se parler (= parler l'un à l'autre) est toujours invariable : « Ils se sont parlé » (Hanse), « Ils se sont parlé devant moi » (Thomas), « Ces deux filles se sont parlé au cours de la réunion » (Girodet). Rien que de très logique, au demeurant, pour qui observe dans ces exemples que parlé ne peut avoir de complément d'objet direct et que le pronom réfléchi se a la fonction de complément d'objet indirect : ils ont parlé à qui ? à se, mis pour ils.

    Il est pourtant deux cas où le participe de se parler peut varier. D'abord, sous les plumes d'un passé où prévalait encore l'ancienne règle d'accord du participe des verbes pronominaux avec le sujet : « Ils se sont parlés » (La Bruyère, 1688), « Il y avoit longtems qu'ils ne s'étoient parlez » (Marie-Catherine d'Aulnoy, 1695). Ensuite, quand le pronominal a valeur de passif et signifie « être parlé » : « Cette langue s'est parlée autrefois en Asie mineure » (Girodet).

    Parlons à cœur ouvert : la langue aussi aurait besoin de témoignages d'amour en ce jour de Saint-Valentin...


    Voir également le billet Accord du participe passé des verbes pronominaux.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Griveaux et Macron se sont parlé.

     


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  • « Le patron du patinage [Didier Gailhaguet] assure aussi qu'il était intervenu auprès de [Gilles] Beyer [...] pour l'intimer de ne plus encadrer des mineurs. »
    (paru sur liberation.fr, le 5 févrer 2020.)  

     

    FlècheCe que j'en pense


    Mon intime conviction concernant cette douloureuse affaire... c'est que notre journaliste s'est pris les patins dans la glace. Car enfin, intimer, au sens courant de « faire savoir, signifier avec autorité », se construit régulièrement avec un complément direct de chose et un complément indirect de personne : Intimer quelque chose à quelqu'un, d'où Elle lui intima un ordre, une défense. Ce n'est que dans son sens juridique de « assigner en justice, principalement devant la cour d'appel » que ledit verbe − emprunté du bas latin intimare (« mettre ou apporter dans ; annoncer, publier, faire connaître ») − admet un nom de personne comme complément d'objet direct : Intimer un justiciable. La partie gagnante a été intimée par la partie perdante.

    De là à ce que les mauvaises langues insinuent qu'il ne devrait pas couler beaucoup d'eau sur la patinoire, dans le cas présent, avant que l'on glissât d'un registre à l'autre...
     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Il était intervenu pour lui intimer (l'ordre) de ne plus encadrer des mineurs.

     


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