• Les subtilités de la langue française – si fréquemment décriées – témoignent le plus souvent d'un souci de précision fort utile. Il en va ainsi de la locution être au(x) côté(s) (de quelqu'un).

    Au sens propre, on privilégiera le singulier (en parlant d'une seule personne), tant il paraît logique que l'on ne peut se tenir physiquement qu'à un seul de ses côtés (= flancs).

    Il est (se tient) au côté de son frère (sens voisin de auprès de) mais Il est aux côtés de ses parents.

    On aperçoit le président, et à son côté le Premier ministre.

    Elle s'endort à mon côté.

    Au sens figuré, être aux côtés de quelqu'un signifie « lui apporter son soutien »... et non se tenir côte à côte !

    Je serai toujours à vos côtés, quoi qu'il arrive.

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    Remarque 1
    : Force est de constater que l'usage privilégie le pluriel, même au sens propre : Venez vous asseoir à mes côtés (ou à côté de moi).

    Remarque 2 : La locution prépositive à côté de marque la proximité immédiate (Il habite à côté de chez moi) et, au figuré, la comparaison (C'est un géant, à côté de son frère).

    Remarque 3 : On notera la présence de l'accent circonflexe, qui permet de faire la distinction avec l'adjectif coté (= de renom, qui a une bonne cote).

    Remarque 4 : On écrira indifféremment de tout côté ou de tous côtés (voir Expressions avec tout).

    Au côté / Aux côtés (de)

     


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  • À l'origine, le verbe cantonner appartient surtout au registre militaire. Dérivé de canton (« coin, région »), il se construit transitivement (au sens de « établir, répartir, faire séjourner [des troupes] dans des cantonnements ») ou absolument (au sens de « s'installer dans un cantonnement »), et est souvent suivi d'un complément de lieu (précisant l'endroit où cantonnent lesdites troupes), introduit par la préposition (ou l'adverbe) qui convient.

    L'armee qui assailloit, cantonnee en Brucie (Pierre Bersuire, vers 1356).

    Il cantonna ses hommes à Corbeil et autour du pont de Charenton (Alexandre Dumas).

    Dites-leur de faire cantonner leurs troupes dans les positions où elles se trouvent (Alexandre Dumas).

    Le corps d'armée cantonnait sur la Marne (Georges Duhamel).

    Les soldats commencèrent à cantonner (Académie).

    Hors la caserne, le verbe signifie « mettre à l'écart, isoler » et, au figuré, « limiter les activités, les attributions de quelqu'un ». Mais c'est à la forme pronominale qu'il s'emploie couramment, avec le sens de « se tenir à l'écart, se retirer dans un lieu pour être plus en sûreté » et, au figuré, « limiter ses activités à, se borner à ».
    Quand on n'y prendrait garde, le choix de la préposition reste libre tant que celle-ci introduit un complément de lieu.

    Toute la noblesse, cantonnée à la campagne dans des donjons entourés de fossés (Voltaire).

    Le cardinal de Retz était cantonné dans son archevêché (Voltaire).

    L'Angleterre victorienne cantonnait impérieusement la femme au foyer (Simone de Beauvoir).

    Chacun de nous se renferme tout entier dans ses intérêts et se cantonne en lui-même (Bossuet).

    Ils se cantonnèrent en divers quartiers (La Bruyère).

    Les sucs se cantonnent dans les parties inférieures du végétal (Frédéric Cuvier).

    L'incertitude se cantonne au niveau de l'infiniment petit (Jean d'Ormesson).

    Il se cantonne chez lui (Petit Robert).

    Il en va différemment des emplois figurés où la préposition ne sert plus à introduire un tel complément, mais est directement attachée au verbe. Ce dernier ayant conservé l'idée originelle d'enfermement et de mise à l'écart, c'est dans qui s'est imposé dans l'usage. Autrement dit, l'analyse n'est plus : (se) cantonner (où ?), mais : (se) cantonner dans (quel domaine ? quelle attitude ? etc.).

    Elle le trouva cantonné dans la tranquillité la plus insolente (Balzac).

    Cantonner quelqu'un dans des travaux subalternes (Académie).

    Il la cantonnait pour toujours dans le rôle ingrat de la "chère sœur" (Jean d'Ormesson).

    Elle s'est cantonnée dans sa spécialité, dans ses recherches.

    [Il] évita de se cantonner dans l’étude d’une seule époque (Jules Romains).

    Ils se cantonnèrent dans l'expectative (Grevisse).

    Seulement voilà : en raison de l'analogie avec les verbes se limiter, se borner, s'en tenir à(se) cantonner se construit plus souvent qu'à son tour avec la préposition à, de nos jours, au lieu de dans exigé par le Dictionnaire de l'Académie... mais pas toujours par les académiciens eux-mêmes ; qu'on en juge : « Il a la prudence de cantonner [au lieu de restreindre, limiter ?] ses chroniques littéraires à des auteurs disparus » (Bertrand Poirot-Delpech), « Ce conflit [...] restera généralement cantonné aux œuvres sans affecter les vies » (Hélène Carrère d'Encausse).

     

    AstuceMieux vaudrait cantonner les emplois figurés de (se) cantonner dans la construction avec dans (à l'instar de confiner) !

     

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    Remarque 1 : Le Bescherelle Pratique est un des rares ouvrages de référence à enregistrer l'emploi de la préposition à après (se) cantonner : On la cantonne à un rôle subalterne. Nous nous sommes cantonnés à répondre à leurs questions. Ce choix va à l'encontre de celui de l'Académie, de Robert et du Grand Larousse. Quant à l'air qu'entonne le Larousse en ligne, il se déploie sur un rythme de valse-hésitation : On l'avait cantonné dans un travail idiot mais Vous ne pouvez vous cantonner à cette seule explication. Allez comprendre...

    Remarque 2 : Bien que tous dérivés de canton, on notera que cantonal et cantonade s'écrivent avec un seul n, contrairement à cantonner, cantonnement et cantonnier.

    Cantonner

     


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  • Dans son Dictionnaire, l'Académie écrit à l'entrée soit : « Conjonction alternative. Soit qu'il le fasse, soit qu'il ne le fasse pas. Soit l'un, soit l'autre ». Sans beaucoup plus de précisions...

    Voilà qui est fort dommage car les exemples cités par l'Académie sont en réalité dictés par une règle qui gagnerait à être clairement explicitée.

    Profitons donc de cet article pour réparer ce fâcheux oubli : dans une alternative, on utilisera soit (ou ou) devant un nom, soit que (ou que ou ou) devant un groupe verbal. En d'autres termes, « l'alternative marquée par soit... soit ne peut porter sur des verbes ou des propositions » (Hanse), en raison de la valeur verbale liée à son étymologie (soit n'est autre que le subjonctif présent du verbe être à la troisième personne du singulier).

    Il viendra soit lundi, soit mardi mais Ou (bien) il viendra demain ou (bien) j'irai le voir (et non Soit il viendra demain, soit j'irai le voir).

    La loi doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen).

    Astuce

    On retiendra que soit = que ce soit ne peut introduire un verbe. Ainsi peut-on dire (que ce) soit lundi, (que ce) soit mardi, mais pas (que ce) soit il viendra demain...

    Soit dit en passant, rares sont ceux (même parmi nos meilleurs écrivains) qui respectent cette règle, oubliée par l'usage...

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    Remarque 1
    : La forme soit (que) ... soit (que) peut être remplacée, surtout dans un registre soutenu, par soit (que)... ou (que), mais l'inverse (ou... soit) est incorrect.

    Soit paresse, soit légèreté (ou Soit paresse ou légèreté).

    Soit qu'il le fasse, soit qu'il ne le fasse pas (ou Soit qu'il le fasse ou qu'il ne le fasse pas).

    Par ailleurs, on notera la présence d'une virgule devant le second élément de l'alternative introduite par soit (et son absence avec ou), ainsi que le recours au subjonctif après soit que.

    Remarque 2 : On se gardera de toute confusion avec la forme conjuguée de l'auxiliaire être au subjonctif présent (qui s'accorde, alors que la conjonction reste invariable).

    Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée (Alfred de Musset).

    Soit

    « Ou je meurs ou je vais mieux » serait de meilleure langue...
    (Film de Laurence Ferreira Barbosa)

     


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  • On hésite parfois sur l'adverbe de négation qu'il convient d'employer dans une alternative. Doit-on dire : Qu'il vienne ou non, cela m'est égal ou Qu'il vienne ou pas, cela m'est égal ?

    En fait, la langue soignée recommande ou non pour faire porter la négation sur la proposition entière, la particule pas n'ayant pas par elle-même de valeur négative. Ou pas reste toutefois correct pour modifier le terme qui le précède directement (notamment un adverbe comme guère ou peu, selon Hanse) avec le sens de « pas du tout ».

    Comparez : Mange-t-il beaucoup ou non ? (= mange-t-il beaucoup ou ne mange-t-il pas beaucoup ?) et Mange-t-il peu ou pas ? (= mange-t-il un peu ou ne mange-t-il pas du tout ?).

    On dira donc de préférence, notamment dans le style soutenu :

    Qu'il le veuille ou non, il devra m'écouter.

    Selon le contexte, on fera ou non l'accord et la liaison.

    Par ailleurs, Hanse précise que seul ou non peut être placé devant l'attribut, le participe passé conjugué, le complément d'objet direct ou indirect.

    Je me demande si c'est ou non une raison valable (ou Je me demande si c'est une raison valable ou non, et non Je me demande si c'est ou pas une raison valable).

    Force est de reconnaître que ces subtilités sont rarement respectées dans l'usage.

    Ou non / Ou pas

     


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  • On sous-estime l'inventivité de nos adolescents en matière d'adverbe exclamatif, nouvel objet de leurs prédilections.

    Nous avions déjà le choix entre le raffiné Combien je le regrette !, le courtois Comme je suis confus !, le classique Que je suis désolé !, le familier Ce que j'suis bête ! et le trivial Qu'est-ce que j'en ai à faire ?

    Voici éclore le délicieusement fleuri Comment tu me fais ch... !, assorti de sa non moins subtile variante Comment que tu me les c... !

    La jeunesse de notre pays (les générations qui l'ont précédée, aussi) serait bien inspirée d'ouvrir une grammaire et de retenir que, dans une tournure exclamative, c'est l'adverbe comme qui marque le degré, l'intensité, voire la manière : Comme tu es grand ! Comme il me parle ! Comme j'aimerais te croire ! Comme je suis désolé !

    Dans l'interrogation indirecte, comme s'emploie parfois au lieu de comment ou de combien (Il ne sait pas comme je l'aime ou combien je l'aime : expression de l'intensité), mais on privilégie généralement comment pour exprimer la manière et combien pour exprimer la quantité : Je me demande comment il a réussi. Je ne sais pas combien de personnes viendront.

    Comme toujours en français, la précision est une alliée ô combien précieuse. Comment en douter ?

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    Remarque : Article inspiré de celui de Bruno Dewaele consacré au même sujet [sur son blog(ue) A la fortune du mot] et de sa malice coutumière.

    Combien / Comme / Comment
    Beaucoup, beaucoup...
    (Film de Bertrand Blier)

     


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