• Bâfrer (avec un accent circonflexe sur le a et un seul f) est un verbe transitif qui signifie « manger avidement et avec excès ».

    On ne se bâfre donc pas... même si la forme pronominale s'est rencontrée autrefois (notamment chez Louis-Nicolas Bescherelle), par analogie avec se goinfrer.

    C'est un homme qui aime bâfrer les plats en sauce.

    Arrête de bâfrer (et non arrête de te bâfrer) !

     

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    Remarque : Bâfrer, qui s'écrivait à l'origine baufrer, est une formation expressive à partir de l'onomatopée baf, baff (ou buff) exprimant un gonflement, d'où le sens de « gonfler les joues par excès de nourriture » (cf. bouffer) et de « manger goulûment ».

    Bâfrer

    Le monstre de Rue Sésame adore bâfrer des cookies !

     


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  • Pour indiquer l'objet du remerciement, merci (ainsi que remercier) se construit avec de ou pour selon l'usage suivant :

    • merci + nom : de ou pour, au choix (merci de étant d'un registre plus soutenu).

    Merci de votre gentillesse ou pour votre gentillesse.

    • merci + infinitif : de exclusivement.

    Merci d'être venu.

    Pour indiquer le destinataire du remerciement, merci (ainsi que remercier) se construit avec à :

    Merci à toi d'être passé me voir.

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    Remarque 1 : Traditionnellement, on recommande l'emploi de la préposition de avec cette famille (merci, remercier et remerciement, dont on notera la présence du e intercalaire), même si l'usage de pour, considéré par certains comme plus populaire, s'est répandu.

    Je te remercie de ton aide. Je t'en remercie.

    Je vous dois des remerciements pour votre aide (pour est ici privilégié afin d'éviter la répétition des / de).

    Remarque 2 : Il convient de faire attention à la conjugaison du verbe remercier.

    A l'indicatif imparfait et au subjonctif présent : (que) nous remerciions.
    Au futur et au conditionnel : il remerciera / il remercierait.

    Remarque 3 : Interjection et substantif masculin en tant que formule de remerciement (Je vous dois un grand merci), merci est féminin au sens de « pitié, grâce ».

    Être à la merci de quelqu'un (= être soumis à l'influence, à la discrétion, au pouvoir de) ou de quelque chose (= y être exposé).

    Un combat sans merci (= sans pitié).

    J'implore votre merci (= votre pitié et non votre remerciement).

    Dieu merci (= par la grâce de Dieu, puis, par affaiblissement, heureusement).

    Être taillable et corvéable à merci (= être soumis à toutes sortes d'exigences arbitraires par une autorité supérieure).

     

    Merci pour tout

    Illustration rythmefm.com

     


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  • Suppléer est un verbe particulièrement délicat à manier en raison des subtilités de ses différentes constructions.

    Flèche

    Suppléer, transitif direct


    Suppléer (quelqu'un) signifie « remplacer momentanément, représenter », suppléer (quelque chose) signifie « compléter par une chose de même nature, combler ».

    Si tu n'es pas disponible, je te suppléerai (= je te remplacerai).

    Je supplée l'argent qui manque pour atteindre la somme exigée.

    Flèche

    Suppléer, transitif indirect


    Suppléer
    (à quelque chose, jamais à quelqu'un) signifie « remédier au manque, au défaut ; mettre à la place une chose qui en tient lieu ».

    Je suppléerai à tout ce qui manque (= je rémédierai à).

    On notera que la construction suppléer à quelqu'un est fautive.

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    Subtilités

    Suppléer une lacune (= la combler) vs Suppléer à une lacune (= y remédier, au besoin en la remplaçant par quelque chose d'une autre nature).

    Force est de reconnaître que cette distinction (compléter ce qu'on supplée par une chose de même nature vs remplacer ce à quoi on supplée par une chose qui peut être de nature différente) est rarement observée dans l'usage...

    Suppléer

    Pour suppléer à une carence en vitamines C...
    (photo wikipedia)

     


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  • Contrairement à ce que l'on observe le plus souvent, postuler (du latin postulare, demander) est un verbe transitif direct dans son acception usuelle (« demander, solliciter »).

    Postuler un emploi, une place, une charge (et non postuler à un emploi, etc.).

    En cas d'hésitation, il est possible de recourir à d'autres formulations : présenter sa candidature, faire une demande d'emploi, etc.

    En droit, postuler s'emploie intransitivement dans le sens de « accomplir les actes d'une procédure ».

    Postuler pour un client, postuler devant une cour d'appel.

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    Remarque : Participe présent substantivé du verbe postuler, postulant désigne le candidat ou la candidate à un emploi ou à une fonction élective. Arnaud Montebourg aurait été bien inspiré de faire la distinction entre postulant et impétrant avant de qualifier improprement Martine Aubry et François Hollande de « candidats impétrants », lors de la fameuse primaire socialiste de 2011. Participe présent du verbe impétrer (emprunté du latin impetrare, « arriver à ses fins, obtenir »), le substantif des deux genres impétrant se dit d'une personne qui obtient de l'autorité compétente ce qu'elle sollicitait (charge, titre, privilège, etc.), en particulier un diplôme universitaire. L'impétrant est donc un postulant (ou un solliciteur) considéré au moment où il obtient satisfaction, où il entre en possession de sa charge ou de son titre. Certes, à la décharge d'Arnaud Montebourg, Martine Aubry et François Hollande étaient bien alors les deux derniers candidats en lice, après avoir obtenu leur place au second tour, mais ce n'est pas une raison pour appeler impétrant toute personne qui sollicite quelque chose. Comme toujours, mieux vaut bien maîtriser le sens des mots que l'on emploie, surtout ceux que je qualifierais d'un tantinet m'as-tu-vu, sous peine de s'empêtrer...

    Postuler

    Allez Sandrine, on l'accepte !

     


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  • La confusion est fréquente entre ces deux verbes si étroitement liés (par le sens, la construction) que l'on ne sait plus bien lequel a commencé à déteindre sur l'autre.

    L'Office québécois de la langue française tente une synthèse : « Ainsi, souvenir n’était pas, à l’origine, un verbe pronominal [mais un verbe impersonnel, ndlr] (on disait alors : il me souvient de… tour aujourd’hui archaïque ou littéraire) ; il l’est devenu au XVIe siècle sous l’influence de se rappeler. Par ailleurs, on a pris l’habitude d’employer se rappeler avec la préposition de sur le modèle de se souvenir de ». Jolie pagaille assurée !

    Concentrons-nous ici sur leurs différences de construction, qui présentent quelques subtilités selon que ces verbes sont suivis d'un nom ou d'un infinitif. Même s'il nous faut bien reconnaître que les règles que nous allons évoquer sont de moins en moins respectées dans l'usage moderne.

    Flèche

    Se rappeler / se souvenir suivi d'un nom (ou d'un pronom)


    Rappeler
    étant un verbe transitif direct (qui se construit donc avec un COD), on doit dire se rappeler quelqu'un / quelque chose et non de quelqu'un / de quelque chose. La faute n'est pas récente : elle est attestée dès le XVIIIe siècle et s'est vraisemblablement formée par analogie avec le verbe se souvenir qui, de son côté, se construit avec de : je me souviens de cela.

    Je ne me rappelle pas son nom / Je ne me souviens pas de son nom.

    Je me rappelle le bon vieux temps (et non du bon vieux temps).

    Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence… (vers de Lamartine).

    Les choses deviennent un peu moins naturelles en phase de pronominalisation. Ainsi dira-t-on :

    Pour une chose : Je me la rappelle ou Je m'en souviens (et non Je m'en rappelle).

    Pour une personne : Je me la rappelle ou Je me souviens d'elle.

    C'est tout ce que je me rappelle ou C'est tout ce dont je me souviens.

    Souviens-t'en, souvenez-vous-en. Souvenez-vous de cela ou Rappelez-vous cela.

    Que vous rappelez-vous ? De quoi vous souvenez-vous ?

    Mais, en vertu de la règle de l'incompatibilité entre les pronoms personnels, on dira de préférence : Je me souviens de vous (et non Je me vous rappelle ni Je me rappelle de vous), Te souviens-tu de moi ? (et non Te me rappelles-tu ? ni Te rappelles-tu de moi ?), le français n'admettant pas qu'un verbe pronominal comportant déjà un pronom objet puisse en avoir un second de la première ou de la deuxième personne.

     

    FlècheSe rappeler / se souvenir suivi d'un infinitif


    Se rappeler
    se construit de préférence sans la préposition de quand il est suivi d'un infinitif passé, obligatoirement avec la préposition de quand il est suivi d'un infinitif présent (exprimant une action qui reste à accomplir).

    Je me rappelle l'avoir vu (de préférence à Je me rappelle de l'avoir vu, tour grammaticalement correct − il s'agit d'un de de liaison comme dans Peut-on espérer (de) vous revoir ? − quoique vieilli ou littéraire, selon les sources, et prêtant à confusion avec la construction fautive se rappeler de + nom) mais Rappelle-toi de passer me voir avant de partir (= pense à passer me voir).

    En revanche, on écrira correctement se souvenir de + infinitif passé : Je me souviens de l'avoir vu (de préférence à Je me souviens l'avoir vu, que l'on rencontre parfois sous l'influence cette fois de... Je me rappelle l'avoir vu. Quand on vous parle d'influence mutuelle entre ces deux verbes !).

    Par ailleurs, on notera l'accord des participes passés (voir également l'article Accord du participe passé des verbes pronominaux) :

    Elle s'est souvenue d'avoir pleuré (se souvenir est un verbe essentiellement pronominal) mais Elle s'est rappelé avoir pleuré (se est COI) et Elle s'est rappelée à son bon souvenir (se est ici COD placé avant le participe passé).

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    Remarque 1
    : Curieusement, Hanse (d'ordinaire plus conciliant) recommande de ne pas employer de devant un infinitif après se rappeler : « On doit donc changer de verbe et dire : Souviens-toi de lui écrire » ou Pense à lui écrire (au lieu de Rappelle-toi de lui écrire).

    Remarque 2 : Il existe un seul cas où se rappeler peut se construire correctement avec en ou dont : lorsque ces derniers sont compléments du nom et non du verbe.

    Cette affaire, je m'en rappelle tous les détails (= je me rappelle tous les détails de cette affaire).

    C'est une chanson dont je me rappelle bien le refrain.

    De même, on écrira correctement :

    Tout ce que je me rappelle de l'accident, c'est... (de l'accident est ici complément de tout, pas du verbe : Je me rappelle tout de l'accident).

    Je ne me rappelle pas de qui vous parlez (de se rattache ici au verbe parler, pas à se rappeler).

    Remarque 3 : On notera que tous les de ne se valent pas ! Ainsi ne commet-on pas de solécisme en écrivant : Il se rappelait de vagues détails de leur conversation, de n'est pas préposition mais article partitif. De même : Il se rappelait les bons moments passés à son côté mais Il se rappelait de bons moments passés à son côté (de article partitif).

    Remarque 4 : Certains lexicographes font une distinction entre la mémoire passive qu'implique se souvenir (= reconnaître un souvenir qui se présente de lui-même, à l'instar de la construction impersonnelle du verbe à l'origine) et la mémoire active de se rappeler (= appeler à soi un souvenir, par l'action de sa volonté).

    Remarque 5 : Se rappeler au bon souvenir de quelqu'un est une formule de politesse par laquelle on prie son interlocuteur de transmettre ses amitiés à quelqu'un (Rappelez-moi à son bon souvenir).

    Se souvenir

    Livre de Romain Slocombe, aux éditions Syros

     


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