• Appliqué aux choses, le nom féminin capacité désigne la contenance (la capacité pulmonaire, la capacité d'un hôtel) ainsi que différentes grandeurs caractéristiques (en électricité, en thermodynamique et en informatique, notamment).

    En parlant d'une personne, il prend le sens d'« aptitude, faculté de comprendre, compétence » et se construit avec la préposition de − sur le modèle de (être) capable de −, devant un nom ou un infinitif.

    Il a une grande capacité de travail.

    Tout enfant a la capacité de surmonter les épreuves.

    Pourtant, la préposition à est fréquemment employée à la place de de devant un infinitif, comme l'illustre cet exemple fourni par l'Académie (qui nous a habitués à plus de conservatisme) :

    Je doute beaucoup de sa capacité à tenir cet emploi.

    Il semble en effet que l'usage moderne préfère de quand capacité est précédé de l'article défini la et à quand capacité est précédé de l'article indéfini une ou d'un possessif (ma, ta, sa, leur...).

    Comparez :

    Ils ont trouvé la capacité de rebondir.

    J'aimerais améliorer ma capacité à écouter (ou d'écouter).

    Il a une bonne capacité à prendre du recul (ou de prendre du recul).

    Elle doute de leur capacité à maîtriser la langue anglaise (ou de maîtriser).

    La construction avec de n'en reste pas moins, à mon goût, de meilleure langue, même en cas de répétition de la préposition : La capacité de l'être humain de surmonter les épreuves (que l'on peut, en l'occurrence, avantageusement transformer en : L'aptitude de l'être humain à surmonter les épreuves).

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    Remarque 1
    : Capacité se construit également avec pour (lorsqu'il s'agit de personnes) dans l'expression juridique avoir capacité pour ou quand capacité est employé avec un article partitif (de la).

    L'expérience lui avait donné de la capacité pour la guerre (Hamilton).

    Remarque 2 : On dira correctement : Avoir la capacité d'agir (et non Être en capacité d'agir).

    Remarque 3 : On se gardera de confondre capable et susceptible. Pour Littré, « on est susceptible de recevoir, d'éprouver, de subir [sens passif] ; mais on est capable de donner ou de faire [sens actif] ».

    Capacité (à, de)

     


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  • Le verbe devoir (du latin debere, tenir quelque chose de quelqu'un, lui en être redevable) fait partie de ces verbes qui revêtent différentes significations selon leurs constructions.

    Flèche

    Devoir suivi d'un nom complément d'objet direct

    Suivi d'un nom, devoir a le sens de « avoir à rembourser une somme d'argent », « être redevable à », « être obligé envers ».

    Il me doit 15 euros.

    Je lui dois la vie. Le pays doit sa prospérité au tourisme.

    Les enfants doivent le respect aux parents.

    DevoirDevoir suivi d'un verbe à l'infinitif


    Suivi d'un infinitif, devoir sert à exprimer l'obligation (morale ou sociale), la contrainte, l'intention, le souhait, la probabilité, le caractère inéluctable ou le futur proche.

    Tu dois obéir (obligation).

    Il a dû retourner précipitamment au bureau (contrainte, nécessité).

    Nous devons nous voir demain (intention, projet).

    Vous devriez passer à la maison (souhait, suggestion au conditionnel).

    Ils ont déjà dû arriver chez eux (probabilité, supposition).

    Cela devait arriver (caractère inéluctable).

    Le train doit partir dans un instant (futur proche).

    FlècheSe devoir (à, de)


    Employé à la forme pronominale, le verbe devoir peut susciter quelques interrogations : doit-on dire Je me dois de faire cela ou Je me dois à faire cela ? Se devoir de est-il synonyme de devoir ?

    Se devoir à est suivi d'un nom et exprime l'obligation : Il se doit à sa famille (= il est dans l'obligation de se consacrer à sa famille).

    Se devoir de est suivi d'un infinitif et exprime la nécessité morale : Il se doit de dire la vérité à sa famille. Elle se doit de réussir (= elle a le devoir de réussir).

    On notera que, dans ces deux constructions, le sujet doit désigner une personne. Ainsi ne dira-t-on pas Cette question se doit d'être posée mais mérite d'être posée ou doit être posée.

    Finalement, la différence entre se devoir de et devoir (par exemple, Je dois intervenir et Je me dois d'intervenir) est subtile. Dans les deux cas, il s'agit bien d'une obligation, d'une nécessité, mais sans doute exprimée avec plus de force et avec une connotation morale plus marquée dans la construction pronominale (Je me dois d'intervenir = je suis moralement tenu d'intervenir).

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    Remarque 1
    : Le participe passé du verbe devoir ne prend un accent circonflexe qu'au masculin singulier, la confusion avec l'article du n'étant possible que dans ce cas.

    Il a intervenir mais Les intérêts dus. En bonne et due forme (= dans le respect des règles).

    Remarque 2 : Attention à l'accord du participe passé : suivi d'un infinitif, reste invariable.

    Les sommes que j'ai payer (les factures est COD de payer, pas de ) mais Les sommes que j'ai payées ou Les sommes que j'ai dues.

    Remarque 3 : Le tour impersonnel comme il se doit signifie « comme il est convenable de faire, comme c'est l'usage » ou, ironiquement, « comme on pouvait le prévoir ».

    Ils ont fêté son anniversaire comme il se doit.

    Remarque 4 : On notera l'ambiguïté de la phrase Il a dû partir, qui peut exprimer l'obligation (il a été obligé de partir) ou la probabilité (il doit déjà être parti).

    Remarque 5 : Dans le registre soutenu, on emploie l'imparfait du subjonctif (ou le conditionnel présent) dans les formules dussé-je (ou dussè-je, selon les Rectifications orthographiques de 1990), dût-il, dussent-ils, devraient-ils, etc. (avec inversion du sujet).

    Je finirai ces travaux, dussé-je y laisser la santé ! (= même si je devais y laisser la santé).

    Remarque 6 : Comme le verbe pouvoir, devoir n'a pas d'impératif.

    Devoir

     


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  • Dans le sens d'« être lent à venir, à se produire », le verbe tarder se construit le plus souvent avec la préposition à (+ infinitif).

    Les secours ont tardé à arriver.

    Je ne vais pas tarder à partir (= je suis sur le point de partir).

    Avec la construction impersonnelle il (me) tarde, qui signifie « je suis impatient, j'ai hâte », on emploie de (+ infinitif) ou que (+ subjonctif).

    Il me tarde de partir en vacances.

    Il nous tarde que vous la rencontriez.

    Le temps lui tarde de venir, que tout soit terminé (= Il lui tarde...).

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    Remarque
    : Tarder, verbe transitif indirect quand il se construit avec les prépositions à ou de, est également un verbe intransitif (c'est-à-dire n'admettant pas de complément d'objet).

    Les secours ont tardé. La police est venue sans tarder.

     

    Tarder
    (Livre de Moritz Petz et Quentin Gréban, Editions Nord-Sud)

     


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  • Voilà un de ces verbes à la mode qu'il est de bon ton d'employer pour briller en société. Encore faut-il en maîtriser le sens et la construction.

    Enjoindre signifie « ordonner expressément, prescrire » ; il se conjugue comme joindre et se construit comme ordonner, ordinairement avec un infinitif. On dira donc : enjoindre à quelqu'un de faire quelque chose (et non enjoindre quelqu'un de faire quelque chose ou à faire quelque chose, comme on l'entend de plus en plus souvent) et il leur a enjoint de faire quelque chose (et non il les a enjoints de).

    Le président a enjoint au gouvernement de prendre les mesures nécessaires (et non Le président a enjoint le gouvernement de prendre ou à prendre).

    Les ministres ont reçu une demande leur enjoignant d'accélérer les réformes (et non les enjoignant).

    Un cessez-le-feu a été enjoint aux soldats (et non Les soldats ont été enjoints à un cessez-le-feu).

    Les policiers leur ont enjoint de ne pas porter plainte (et non leur ont enjoints : le participe passé reste invariable, car la proposition subordonnée infinitive, en fonction de complément d'objet direct, est toujours postposée).

    Je vous enjoins de vous expliquer !

    Dans le doute, mieux vaut recourir selon le contexte à ordonner, commander, inviter, d'usage plus courant.

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    Remarque 1 : Le verbe peut également se construire avec un autre type d'objet direct qu'un infinitif : « L'Église enjoint l'observation des fêtes » (quatrième édition du Dictionnaire de l'Académie, 1762), « Les formalités que la loi nous enjoint » (neuvième édition dudit ouvrage, 1992), « La loi enjoint à chaque citoyen le paiement d'un impôt proportionnel à son revenu » (Larousse en ligne). Ce tour est toutefois considéré comme vieilli par Grevisse et le TLFi.

    Remarque 2 : On s'étonne de trouver sous la plume pourtant avisée de Julien Soulié cette recommandation : « On dira donc : La DRH l'a enjoint(e) de venir dans son bureau » (Trucs et astuces pour écrire sans fautes). Voilà qui contredit tous les exemples cités dans les ouvrages de référence : « On enjoignit à tous les officiers de rester à leur poste » (Littré), « Il lui enjoignit de se taire » (Grevisse), « On enjoignit à tous les officiers de se rendre à leur poste » (Académie), « Il lui a enjoint de venir » (Grand Robert), « On lui a enjoint de quitter le pays » (Larousse en ligne).

    Remarque 3 : Si vous voulez faire chic et simple, il vous est possible de recourir à adjurer (adjurer quelqu'un de faire quelque chose = demander instamment quelque chose à quelqu'un) : Il l'adjure de dire la vérité.

    Enjoindre

     


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  • Dérivé du latin testis (témoin), le verbe attester signifie « prouver, porter témoignage de », quand il a pour sujet un nom de chose, et « certifier, garantir », quand il a pour sujet un nom de personne.

    Votre sourire atteste votre bonne humeur.

    J'atteste que ces personnes sont innocentes.

    Le résultat atteste l'utilité de l'effort.

    Ces faits sont attestés.

    On notera qu'il s'agit d'un verbe transitif direct, c'est-à-dire construit sans l'intermédiaire d'une préposition, contrairement au tour impropre attester de que l'on rencontre parfois par analogie avec témoigner de.

    J'atteste l'authenticité de ces documents (et non J'atteste de leur authenticité).

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    Remarque
    : L'Académie n'accepte la construction transitive indirecte qu'au sens vieilli et littéraire de « prendre à témoin ».

    J'atteste le ciel de ma bonne foi.

     

    Attester

     


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