• De nos jours, le verbe pallier s'utilise le plus souvent dans un emploi qui est source de confusion.

    Confusion de sens, tout d'abord : l'usage actuel voit dans pallier un synonyme savant de remédier. C'est oublier que pallier, emprunté du latin palliare, signifie littéralement « cacher, dissimuler (sous un manteau, le pallium) », c'est-à-dire tout le contraire d'apporter un véritable remède, une solution définitive !

    Pallier son ignorance sous des airs entendus (au sens de « dissimuler une chose fâcheuse sous une apparence favorable »).

    Les soins palliatifs (en médecine, pallier un mal signifie le soulager sans le guérir).

    Ce n'est que par extension que l'Académie admet le sens de « remédier d'une manière incomplète ou provisoire, atténuer faute de remède véritable ».

    Distinguez : pallier une difficulté (= lui trouver une solution provisoire, l'atténuer voire la camoufler, en sauvant les apparences) de résoudre une difficulté ou remédier à une difficulté (= lui apporter une solution définitive).


    Confusion en matière de construction, enfin : pallier est un verbe transitif direct, qui ne requiert donc aucune préposition devant son complément d'objet. C'est bien à tort que l'on écrit pallier à par analogie avec remédier à et parer à.

    Il faudrait pallier cet inconvénient (et non pallier à cet inconvénient).

    En résumé

    Pallier est un verbe transitif direct, qui signifie « dissimuler, atténuer, résoudre d'une manière incomplète ou provisoire ». Il se construit avec un complément d'objet direct (COD) : on pallie quelque chose et non pas à quelque chose.

    J'ai trouvé le moyen de pallier la crise (et non de pallier à la crise).

    Pour pallier cet oubli, nous avons décidé de nous occuper nous-mêmes de ce projet.

     

    Remarque 1 : On se gardera de la confusion avec palier (avec un seul l), qui correspond à la plate-forme entre deux volées d'escalier.

    Remarque 2 : Curieusement, les substantifs dérivés de pallier et de remédier circulent... sous le pallium ! Palliation, cité par le TLFi avec la mention « vieilli », signifie « action de pallier ; guérison apparente ». Quant à remédiation, il s'agit d'un néologisme proposé au Journal officiel pour désigner la « mise en œuvre des moyens permettant de résoudre des difficultés d'apprentissage repérées au cours d'une évaluation ». Tout un programme...

    Remarque 3 : Palliatif peut également être employé comme substantif, avec le sens propre de « remède qui pallie une maladie » et celui figuré de « expédient, moyen de remédier provisoirement ou incomplètement à une situation difficile ». En toute logique, Thomas préconise d'écrire un palliatif de ce mal plutôt que à ce mal.

    Pallier

    Pour pallier (= dissimuler) l'état de son palier,
    on peut le recouvrir d'une moquette...

     


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  • Voilà bien une locution qui vous vaut d'être regardé de travers lorsqu'il vous prend l'envie de l'employer correctement, tant l'usage a pris le pas sur la logique.

    Car, à bien y réfléchir, il semble logique d'employer l'indicatif (mode du réel) – et non le subjonctif (mode du virtuel) – à la suite de la conjonction de subordination après que, tant celle-ci introduit un fait accompli, passé donc attesté (à la différence de avant que qui exige le subjonctif puisque annonçant un fait futur donc éventuel, incertain).

    Encore faut-il opter pour le bon temps du mode indicatif, afin de respecter la concordance des temps entre la principale et la subordonnée qui exprime un fait qui lui est antérieur : on emploiera dans la subordonnée le temps composé correspondant au temps simple de la principale, ou le temps surcomposé correspondant au temps composé de la principale.

    PrincipaleSubordonnée
    Présent
    Nous arrivons toujours...
    Passé composé
    ... après qu'il a quitté son appartement.
    ... après qu'il est parti.

    Imparfait
    Nous arrivions toujours...



    Il vivait dans un appartement...

    Plus-que-parfait (action répétée)
    ... après qu'il avait quitté son appartement.
    ... après qu'il était parti.

    Passé antérieur (action ponctuelle)
    ... après que sa femme l'eut quitté.
    Passé composé
    Nous sommes arrivés...
    Passé surcomposé *
    ... après qu'il a eu quitté son appartement.
    ... après qu'il a été parti.
    Passé simple
    Nous arrivâmes...
    Passé antérieur
    ... après qu'il eut quitté son appartement.
    ... après qu'il fut parti.
    Futur
    Nous viendrons...
    Futur antérieur
    ... après qu'il aura quitté son appartement.
    ... après qu'il sera parti.


    Ainsi devrait-on dire :

    Il fait souvent la sieste après que je lui ai rendu visite (passé composé de l'indicatif, et non après que je lui aie rendu visite, passé du subjonctif).

    Après que vous avez eu parlé, il s'est retiré (passé surcomposé de l'indicatif).

    Je t'expliquerai après qu'il sera parti (futur antérieur de l'indicatif).

    Dans le langage courant, il est fréquent de substituer au passé surcomposé * (temps verbal, de moins en moins usité, formé du passé composé de l'auxiliaire et du participe passé du verbe) le passé composé de l'indicatif dans la subordonnée ; mais dans un registre soutenu, on utilisera le passé antérieur (dans la subordonnée) en relation avec le passé simple (dans la principale).

    Après qu'il est parti, nous nous sommes mis à table (passé composé de l'indicatif dans la subordonnée au lieu du passé surcomposé après qu'il a été parti, et non après qu'il soit parti).

    Après qu'il fut parti, nous nous mîmes à table (passé antérieur de l'indicatif dans la subordonnée, sans accent circonflexe sur le u de fut).

    Il vint me voir après que tu le lui eus demandé (et non après que tu le lui aies demandé).

    Dans le cas d'un fait éventuel, on pourra employer le conditionnel (mais toujours pas le subjonctif !).

    Elle a dit qu'elle viendrait après qu'elle aurait terminé ses devoirs (ou plus simplement : après avoir terminé ses devoirs).

    Pour autant, force est de constater que de nombreux auteurs de renom ont suivi la tendance, lourde bien qu'assez récente (seconde moitié du XXe siècle), à faire suivre après que du subjonctif, par analogie avec la plupart des subordonnants en que (afin que, avant que, de sorte que, etc.), construits avec ce mode. Peut-être aussi par souci de simplification, les temps composés de l'indicatif n'étant pas les plus faciles à manier...

    Astuce

    Le verbe qui suit après que se conjugue comme s'il était précédé de lorsque : Elle referma la porte lorsqu'il fut partiaprès qu'il fut parti.

    Séparateur de texte

    Remarque 1
    : Lorsque le sujet est le même dans la principale et dans la subordonnée, il est fréquent de contourner les difficultés de concordance des temps en recourant à la construction après suivi d'un infinitif : Elle débarrassera la table après avoir fini de manger (pour Elle débarrassera la table après qu'elle aura fini de manger).

    Remarque 2 : De même, la locution tout... que (où tout est invariable, sauf devant un féminin commençant par une consonne ou un h aspiré) se construit de préférence avec l'indicatif.

    Tout attentif qu'il est, il n'a pas entendu. Toute concentrée qu'elle est...

    Remarque 3 : Faites attention à ne pas confondre le passé antérieur de l'indicatif à la 3e personne du singulier et le subjonctif plus-que-parfait associé, qui se distinguent du seul accent circonflexe :

    Elle partit après qu'il eut parlé mais Elle partit avant qu'il eût parlé.

    Il y a fort à parier que cette ressemblance graphique et phonétique contribue à entretenir la confusion des modes.

    après que + indicatif


    « Longtemps, longtemps, longtemps
    Après que les poètes ont disparu... »

    Extrait de L'Ame des Poètes, chanson de Charles Trénet.

     

     

     

     

     

     

     

     


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