• Dans le sens de « voyager, circuler », le verbe aller peut se construire avec les prépositions à ou en selon que l'on se trouve à l'intérieur du moyen de transport (en voiture, en train, en avion, en bateau, en bus, en métro) ou dessus (à pied, à vélo, à moto, à cheval, à trottinette).

    On écrira donc, avec l'Académie : Je vais travailler à bicyclette (et non en bicyclette).

    De même devrait-on s'habituer à dire : Il a traversé l'Atlantique à planche à voile.

    L'usage des skis se révèle logiquement plus... glissant. Si la plupart des grammairiens recommandent de dire à skis, Albert Dauzat fait justement remarquer, dans son Guide du bon usage (Delagrave, 1954), qu'« on ne circule pas à pantoufles, à sabots » et opte donc pour l'expression en skis. La distinction provient, me semble-t-il, de ce que l'on considère, dans le premier cas, les planches sur lesquelles on glisse, et, dans le second, les chaussures que l'on enfile (ne dit-on pas chausser des skis comme on chausse des patins à roulettes ?).

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    Remarque
    : À y regarder de plus près, le sujet est un peu moins simple qu'il n'y paraît. En effet, la préposition en vient du latin in qui signifie « dans » aussi bien que « sur », comme l'attestent les expressions : Christ en croix. Casque en tête. Mettre un genou en terre. Être en chemin. Être en selle, en croupe. Ce vieux sens de en légitimerait de fait, aux yeux de certains (dont Paul Dupré), le tour en bicyclette. D'autres encore considèrent que la préposition (à ou en) n'exprime nullement la situation à l'intérieur du véhicule, mais le seul moyen de transport. Quelles qu'en soient les raisons, force est de reconnaître que l'usage préfère en... que le mode de locomotion en question nous protège ou non des intempéries (ne dit-on pas faire une promenade en canot ?).

    A bicyclette

    Partition pour piano de la chanson interprétée
    par Yves Montand, Editions CrocK'MusiC

     


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  • Étrange préposition que voilà, qui semble embarrasser jusqu'à nos meilleurs auteurs...

    Ainsi, Baudelaire, dans sa dédicace des Fleurs du Mal à Théophile Gautier, rendit hommage « au magicien ès langue française »... en commettant une singulière faute de syntaxe !

    En effet, de la même façon que des est la forme contractée de de les, ès provient de la contraction de en les. Par conséquent, la préposition ès ne peut être suivie que d'un nom au pluriel. Voilà pourquoi on écrira : docteur ès lettres (ou magicien ès lettres françaises, comme dut le corriger Baudelaire après avoir un temps opté pour un non moins singulier ès langues françaises) mais docteur en droit.

    Cette formulation archaïsante n'est plus guère employée que dans la dénomination de certains titres universitaires, avec le sens de « spécialiste, qualifié », mais peut se retrouver dans d'autres domaines (juridique, toponymique) ou dans un tour ironique :

    Agir, intervenir ès qualités (= au titre des fonctions que l'on exerce officiellement, et non à titre personnel).

    Se promener ès bois (= dans les bois).

    Verser une somme ès mains d'untel.

    C’était assurément un étudiant ès divers (Conan Doyle, traduit par Evelyn Colomb, 1956, Laffont) mais on parlera plus sérieusement de nos jours d'un étudiant en lettres.

    Dans le Roman de Renart, sire Renart est passé maître ès ruses...

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    Remarque 1 : On notera l'absence de trait d'union entre ès et le nom qui suit.

    Remarque 2 : On retrouve la préposition ès dans certains noms de villes : Riom-ès-Montagnes, au sens de « Riom en les montagnes » (en Auvergne), La Ville-ès-Nonais (en Bretagne), Pierrefitte-ès-Bois, Méry-ès-Bois et Sury-ès-Bois (dans le Centre), Manneville-ès-Plains et Saint-Riquier-ès-Plains (en Haute-Normandie), mais, contre toute logique, Saint-Alyre-ès-Montagne (en Auvergne).

    Remarque 3 : L'Académie recommande la prononciation esse, même si Littré préconise ê devant une consonne (ce qui est logique par comparaison à la contraction analogue des, mais peu identifiable à l'oreille).

    Remarque 4 : Emprunté du latin classique doctor, le docteur était à l'origine celui qui enseignait une doctrine (religieuse ou philosophique). Aujourd'hui, il désigne une personne qui est promue dans une université au grade le plus élevé (par l'obtention d'un doctorat, notamment). Spécialement, le docteur en médecine est devenu, par ellipse, le docteur dans l'usage actuel. Médecin reste de meilleure langue, afin d'éviter la confusion avec toute personne ayant reçu ce titre universitaire (docteur en psychologie, en théologie, etc.).

    Remarque 5 : À l'oral, on évitera toute confusion entre docteur ès... et doctoresse, féminin peu usité de docteur !

    docteur ès

    Eh non, il convient d'écrire « docteur en sport »... ou « docteur ès sports » !

     


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  • Vous pouvez compter sur moi pour vous rappeler, d'une part, que la locution compter sans signifie « ne pas tenir compte de » (par opposition à compter avec) et, d'autre part, qu'il est déconseillé d'écrire dans ce sens sans compter sur, par confusion avec compter sur qui signifie « avoir confiance en, se fier à ».

    Les vacances s'annonçaient bien, mais c'était compter sans la météo (= c'était sans tenir compte de la météo, c'était ignorer la météo) et non Les vacances s'annonçaient bien, mais c'était sans compter sur la météo (qui revient à dire : c'était sans avoir confiance en la météo, ce qui n'est pas le propos).

    C'était compter sans son entêtement (et non C'était sans compter avec son entêtement).

    Mais on écrira correctement :

    Il est mort sans jamais avoir pu compter sur elle.

    Sans compter qu'il faudra aller la chercher !

    Nous serons dix à table, sans compter les enfants.

    Elle dépense sans compter (= avec prodigalité ou générosité).

    En résumé

    On fera la distinction entre :

    compter avec et compter sans, qui s'emploient au sens de « (ne pas) tenir compte de »,

    compter sur, qui s'emploie au sens d'« avoir confiance en, se fier à ».

     
    Remarque 1 : Pour signifier que l'on a une chose à sa suffisance, on emploiera l'expression avoir son content de (et non son comptant de) : Il a eu son content de félicitations. Quant à la locution adverbiale sans compter, elle signifie « sans limite » (Elle dépense sans compter).

    Remarque 2 : On notera que l'expression compte tenu se construit avec la préposition de (compte tenu des circonstances = étant donné les circonstances). Pour introduire une proposition subordonnée, on aura recours à la locution conjonctive invariable étant donné que, suivie de l'indicatif.

    Remarque 3 : Un équivalent à l'expression C'était compter sans (son entêtement) peut être C'était oublier que (qu'il était têtu).

    Compter sans
    (Éditions Le Cherche Midi)

     


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  • Dans un souci de légèreté, on préférera écrire de façon (ou de manière) que plutôt que de façon (ou de manière) à ce que, comme on le voit parfois par analogie avec la tournure infinitive.

    Elle place son argent de façon qu'il rapporte des revenus réguliers (de préférence à de façon à ce qu'il rapporte).

    Mais on dira :

    Elle place son argent de façon à obtenir des revenus réguliers (tournure infinitive).

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    Remarque 1 : Selon l'Académie, le tour « de façon à ce que, couramment employé et qu'on rencontre même chez de bons auteurs, n'est pas à conseiller ».

    Remarque 2 : Les locutions de façon que, de manière que, de sorte que sont le plus souvent suivies du subjonctif, dans le sens de « afin que, pour que » (conséquence recherchée, but), plus rarement de l'indicatif, dans le sens de « si bien que » (conséquence réalisée).

    Parlez plus fort, de façon que je vous entende (= afin que je vous entende => subjonctif).

    Elle parlait fort, de façon que je l'entendais (= si bien que je l'entendais => indicatif).

     

    De façon que

     


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  • Contrairement à l'usage, accaparer − au sens de « capter au détriment d'autrui » − est un verbe actif (transitif direct), dont l'Académie ignore l'emploi à la forme pronominale : on accapare quelqu'un ou quelque chose, on ne s'accapare pas quelqu'un ou quelque chose ni de quelqu'un, de quelque chose (par analogie avec s'emparer de quelque chose).

    Il a accaparé la conversation (= il a monopolisé la conversation) et non Il s'est accaparé de la conversation ni Il s'est accaparé la conversation.

    Ceux qui souhaitent employer un tour pronominal pourront toujours recourir à s'arroger, s'emparer, etc.

    Il a accaparé tous les pouvoirs ou Il s'est arrogé tous les pouvoirs (= il s'est attribué indûment tous les pouvoirs, il s'est emparé de tous les pouvoirs).

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    Remarque 1 : Girodet conseille d'« éviter la forme pronominale, qui n'ajoute rien au sens », quand Larousse mentionne que « la construction s'accaparer de est usitée en Belgique » (uniquement en Belgique ?).

    Remarque 2 : S'accaparer est toutefois légitime au sens de « être accaparé » : C'est ainsi que certaines marchandises s'accaparent.

    Remarque 3 : Accaparer signifie également « occuper exclusivement » : Son travail l'accapare.

    Remarque 4 : On notera l'orthographe d'accaparer : deux c et un p.

    Accaparer

    Pour les mères accaparées par leurs enfants...

     


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