• Emprunté du latin praemunire, « fortifier, prémunir » (composé de prae, « devant, avant », et munire, « se garantir, se protéger »), le verbe transitif prémunir signifie « protéger ou mettre en garde quelqu’un contre un risque, une menace ». Il s'emploie surtout à la forme pronominale, avec le sens de « prendre les précautions nécessaires pour se préserver de quelque désagrément ».

    On notera que (se) prémunir se construit correctement avec la préposition contre, et non avec de par analogie avec (se) munir.

    La loi sur la protection de l'enfance prémunit les mineurs contre les atteintes physiques, psychologiques, affectives et morales.

    Les assurances permettent de se prémunir contre les aléas de la vie (et non de se prémunir des aléas de la vie).

    Comment se prémunir contre les maladies infectieuses ? (et non Comment s'en prémunir ?).

    Prémunir
    Eh non ! Il convient de se prémunir contre ce en
    et d'écrire : « Comment se prémunir contre elle ».

     


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  • L'adverbe tellement marque l'intensité. C'est un équivalent de tant quand il modifie un verbe (ou un nom, dans sa construction avec de) et de si quand il modifie un adjectif (à condition que si n'exprime pas une comparaison).

    Je l'apprécie tellement (ou tant, à tel point) qu'il me manque déjà.

    C'est tellement grand (ou si grand) que je me suis perdu.

    Il y a tellement de monde (ou tant de monde) !


    Tellement
    supporte deux types de construction, que l'on se gardera de confondre :

    • employé avec que (les deux éléments pouvant être séparés ou rapprochés), tellement introduit une subordonnée exprimant la conséquence, sur le modèle de si... que ou tant... que (voir les exemples cités précédemment),

    • employé sans que, tellement est juxtaposé à la proposition exprimant la cause.

    Il me plaît, tellement il est drôle (ou tant il est drôle).

    On évitera de mélanger ces deux constructions, en intercalant notamment un que dans la construction par juxtaposition, tour populaire et fautif.

    Il est tellement grand qu'il dépasse ses parents ou Il dépasse ses parents tellement il est grand (et non Il dépasse ses parents tellement qu'il est grand).

    Elle me rend fou, tellement je l'aime (et non tellement que je l'aime).

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    Remarque
    : Dans une phrase affirmative, la locution tellement... que exige l'indicatif ou le conditionnel. Dans une phrase négative ou interrogative, on emploie le subjonctif.

    Il est tellement sournois qu'on ne peut (pourrait) lui faire confiance.

    Est-il tellement sournois qu'on ne puisse lui faire confiance ?

    Il n'est pas tellement malade qu'il ne puisse se lever.

    Tellement que

    Earl le chien remue la queue tellement (qu') il est heureux !
    (Album de Patrick McDonnell, Editions Des grandes personnes)

     


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  • Au sens propre, le verbe taxer signifie « fixer la valeur de », puis « soumettre à une taxe, à un impôt ». Dans le langage familier, taxer signifie également « extorquer, soutirer ».

    Le tabac est de plus en plus lourdement taxé.

    Elle lui a taxé une cigarette (familier).

    Au figuré, taxer prend le sens d'« accuser » (quelqu'un de quelque chose). Dans ce cas, on se gardera d'employer ce verbe directement avec un adjectif ou un nom attribut, comme on le voit souvent par analogie avec traiter.

    Comparez :

    On le taxe d'incompétence ou d'être incompétent mais On le traite d'incompétent.

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    Remarque
    : On notera que taxer et traiter s'emploient essentiellement pour dénoncer un défaut.

    Taxer

    Julien Sorel, héros malheureux du roman de Stendhal,
    peut être taxé d'opportunisme.

     


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  • Doit-on dire en Avignon ou à Avignon ?

    Le site de la municipalité de ladite ville est catégorique :

    « La formule en Avignon, si elle permet d’éviter un hiatus quelque peu dissonant, est toutefois incorrecte lorsqu’elle s’applique à la ville contenue dans ses limites communales. Son emploi dans ce cas est souvent le fait de l’ignorance ou d’un certain pédantisme basé parfois sur des nostalgies d’Ancien Régime. »

    En Avignon est, en effet, une formulation archaïque, que certains ont voulu justifier par le glorieux passé de ce territoire ayant constitué au XIVe siècle un État à part entière appartenant au Saint-Siège. S'il était justifié, à cette époque, de se rendre en Avignon (comme on se rend aujourd'hui en Provence ou en Europe), on dira de nos jours à Avignon, comme pour toute ville de France (à Albi, à Aix, à Agen...).

    De même, les beaux esprits qui disent en Arles sous le prétexte qu'Arles fut royaume au IXe siècle feraient mieux de s'abstenir... à moins d'être provençaux de cœur et de langue (en provençal, on peut demeurer en Avignoun, en Arle et en Antibo !).

     

    En résumé

    Devant un nom de ville, la préposition provençale en ne saurait se substituer par pédantisme à la préposition française à dans la langue soignée.

    Aller, demeurer à Avignon, à Arles.

     

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    Remarque 1
    : Toujours selon le site de la ville d'Avignon, « l’usage a voulu que l’on tolère de nos jours encore les expressions "en Arles" ou "en Avignon" pour désigner la région autour de la ville, le "pays" formé par les environs, sans limites administratives bien établies ».

    Remarque 2 : Selon l'Académie, pour une fois bien conciliante, « on ne saurait condamner les tournures en Arles, en Avignon, bien attestées chez les meilleurs auteurs, et qui s’expliquent à la fois comme archaïsme (l’usage de en au lieu de à devant les noms de villes, surtout commençant par une voyelle, était beaucoup plus répandu à l’époque classique) et comme régionalisme provençal. Il semble cependant que cet emploi de en soit en régression. Rien ne justifie qu’on l’applique à d’autres villes : on ne dira pas en Arras, en Amiens, etc. »

    Remarque 3 : Dans le même registre, on veillera à dire : J'habite Paris ou à Paris. Je travaille à Paris (et non sur Paris, comme on l'entend trop souvent sous prétexte de vouloir signifier bien improprement « dans la région parisienne »). À la rigueur pourra-t-on accepter l'emploi de sur après un verbe de mouvement (Il déménage sur Paris), même si la préposition à reste de meilleure langue. L'Académie est cette fois catégorique : « La préposition sur ne peut traduire qu’une idée de position, de supériorité, de domination, et ne doit en aucun cas être employée à la place de à ou de en pour introduire un complément de lieu désignant une région, une ville et, plus généralement, le lieu où l’on se rend, où l’on se trouve. »

    À ce sujet, voici ce qu’écrivait en 2002 Maurice Druon, secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie française :

    « “Je vais descendre sur Marseille.” Vous trouvez-vous donc en hélicoptère ? (...) Cette pauvre préposition sur est harassée. On la met à toutes les sauces. Elle nous vient après plusieurs avatars du latin super, supra. On l’a chargée au fil du temps de bien des sens, propres ou figurés, matériels ou abstraits. Mais pourquoi lui impose-t-on, de surcroît, d’exprimer des indications qui ne comportent nulle notion de position, de supériorité ou de domination ? Il y a là un abus qui devient un tic. Soyons sur nos gardes pour n’y pas céder. »

    A / En (+ nom de ville)

    Le Palais des Papes à Avignon.
    (photo Wikipédia sous licence GFDL by Jean-Marc Rosier de http://www.rosier.pro)

     


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  • Pour Littré et pour l'Académie, cette locution prépositive signifie très précisément « à l'opposé de, en opposition à » (Thomas ajoute « contre le parti ou les intérêts de »). Elle s'utilise principalement avec le verbe aller (ou agir) car elle associe les idées de rencontre et d'affrontement.

    Cela va à l'encontre de mes principes, du règlement.

    Cette décision a été prise (ou va) à l'encontre de l'opinion générale.

    Il a agi à l'encontre de nos recommandations.

    À l'encontre de ce que vous prétendez, j'affirme que...

    De nos jours, à l'encontre de s'emploie couramment – et souvent abusivement – au sens élargi de contre.

    La police a pris de nouvelles mesures à l'encontre des délinquants (au lieu de contre les délinquants).

    Éprouver de la méfiance à l'encontre de quelqu'un (au lieu de à l'égard de, à l'endroit de, envers quelqu'un).

    On se demande parfois si cette locution peut s'utiliser avec un possessif, comme c'est souvent le cas dans la littérature administrative. Si de rares auteurs se sont autorisé cette liberté, la plupart des grammairiens précisent que à l'encontre s'emploie absolument ou se construit avec de... sans toutefois justifier cette recommandation qui vaut également pour l'expression à l'instar de (= à l'exemple de, à l'imitation de). Dans le doute, mieux vaut éviter de dire à mon, à son, à leur encontre (de même qu'il ne viendrait à l'idée de personne d'écrire à son instar).

    Cela est juste, personne ne va à l'encontre (emploi absolu et littéraire).

    Pour aller à l'encontre de vous, je dirais que... (de préférence à Pour aller à votre encontre).

    Il a proféré des menaces contre moi (de préférence à à mon encontre).

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : On se gardera de toute confusion entre à l'encontre de et à l'endroit de, à l'égard de et envers, trois formules neutres (synonymes de quant à, vis-à-vis de) qui, de fait, peuvent s'employer dans un contexte favorable ou défavorable.

    Il a fait preuve, à votre endroit (ou à votre égard), d'une grande bienveillance (et non à votre encontre).

    J'exige des excuses publiques à l'endroit du chef de l'Etat (idem).

    Il a des torts envers vous (on notera que envers ne s'emploie que devant un complément désignant une personne ou une collectivité).

    Se montrer sévère à l’égard de, à l’endroit de, envers quelqu'un.

    La violence à l’endroit des enfants, envers les enfants.

    Le juge a prononcé une peine d'emprisonnement contre les accusés mais Le juge a prononcé un non-lieu en faveur des accusés (et non à l'encontre des accusés).

    Remarque 2 : Il est amusant de noter que cette locution d'emploi soutenu en français moderne fut dénoncée par Vaugelas (1647) comme ne se disant jamais à la cour et ne se rencontrant pas sous la plume des bons auteurs. Même condamnation chez Ampère (1841), dans un saisissant raccourci : « Contre est le mot simple, qui aurait dû suffire, mais on y a joint au moyen-âge [sic] la préposition en, et par là contre a été inutilement allongé en encontre. Puis, au XVIe siècle, on imagina de remplacer encontre par l'expression bien plus traînante encore de à l'encontre de. »

    A l'encontre de

     


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