• Pourquoi donc certains boudent-ils à l'oral (et parfois à l'écrit) le pronom relatif dont, d'un emploi pourtant souvent plus commode que son homologue que (qui présente des difficultés de genre et de nombre) ? Mystère... Enfin, pas tout à fait. La concurrence entre que et dont n'est pas nouvelle : elle date du Moyen Âge.

    Il n'en demeure pas moins que, dans la langue soignée d'aujourd'hui, dès que l'on se pose la question de qui ? de quoi ? (notamment avec les verbes transitifs indirects), il convient de recourir à dont, qui remplace un complément introduit par de.

    Ainsi dira-t-on correctement :

    Prends tout ce dont tu as besoin (et non ce que tu as besoin) → tu as besoin de quoi ?

    Fais ce dont tu as envie (et non ce que tu as envie) → tu as envie de quoi ?

    Je ne comprends rien à ce dont tu me parles → tu me parles de quoi ?

    Les amis dont je me sens proche → je me sens proche de qui ?

    L'histoire dont je me souviens (mais que je me rappelle) → je me souviens de quoi ? (mais je me rappelle quoi ?)

    Ce dont il est question → il est question de quoi ?

    La maison dont je suis propriétaire → je suis propriétaire de quoi ?

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : Après c'est, deux constructions sont grammaticalement possibles : c'est de... que ou c'est... dont. D'une part, on se gardera de les mélanger, en se rappelant que de est déjà inclus dans dont, conformément à son étymologie latine (de unde, « d'où ? »). D'autre part, on notera que la première construction est préférable, dès lors que le complément mis en relief est prépositionnel (en d'autres termes, il est recommandé de rattacher la préposition au nom mis en relief).

    C'est de ton avenir qu'il s'agit (de préférence à C'est ton avenir dont il s'agit, considéré comme archaïque ; et non C'est de ton avenir dont il s'agit, qui relève à notre époque du pléonasme syntaxique).

    C'est de lui que je parle (de préférence à C'est lui dont je parle ; et non C'est de lui dont je parle) mais C'est l'homme dont je parle.

    Les mêmes remarques valent pour c'est à vous que je parle (et non à qui je parle).

    Remarque 2 : Lorsque l'antécédent est un être animé, dont est l'équivalent de de qui, duquel, de laquelle, desquels, desquelles.

    Je tiens ces informations de cette personne → La personne dont (ou de qui, de laquelle) je tiens ces informations.

    Lorsque l'antécédent est un être inanimé, dont est l'équivalent de duquel, de laquelle, desquels, desquelles.

    Je me suis inspiré de cette affaire → L'affaire dont (ou de laquelle) je me suis inspiré.

    Toutefois, selon Grevisse, lorsque l'antécédent est un pronom neutre (ce, cela, rien...), dont ne peut guère être remplacé par de quoi.

    De quoi as-tu besoin ? → Ce dont (de préférence à de quoi) j'ai besoin.

    Remarque 3 : L'Académie met en garde contre l'emploi de dont en tant que complément d'un nom introduit par une préposition ou lorsque de fait partie d'une locution prépositive (voir également le billet Dont qui choque).

    J'ai écrit sur les pages du cahierLe cahier sur les pages duquel j'ai écrit (et non Le cahier dont j'ai écrit sur les pages).

    Il se réjouit de la réussite de son fils → Son fils, de la réussite duquel il se réjouit (et non Son fils, dont il se réjouit de la réussite) ou, plus élégamment : Son fils dont la réussite le réjouit.

    Il est resté auprès de ses parents (de fait partie de la locution auprès de) → Les parents auprès desquels (ou auprès de qui) il est resté (et non Les parents dont il est resté auprès d'eux).

    Remarque 4 : Dans une relative introduite par dont (= de lui, d'elle(s), d'eux, de cela), on se gardera d'employer un adjectif possessif, un pronom personnel ou le pronom en renvoyant au même antécédent (pour cause de double emploi).

    On aperçoit la porte de la maison → La maison dont on aperçoit la porte (et non La maison dont on aperçoit sa porte).

    Je vous ai parlé de cette personne → La personne dont je vous ai parlé (et non La personne dont je vous en ai parlé).

    Remarque 5 : Voir également le billet Dont / D'où.


    Définitions

    Pronom relatif : pronom particulier (qui, que, quoi, dont, où, lequel et ses composés) qui se distingue des autres pronoms (personnels, démonstratifs...) par sa faculté de reprendre un nom (dit antécédent) et d'introduire une proposition subordonnée (dite relative).

    La maison         que                  tu vois.
    (Antécédent)   (Pronom relatif)

    Dont

     


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  • On hésite parfois sur le pronom relatif à employer après certaines locutions  conjonctives construites avec fois : doit-on recourir à que ou à après chaque fois, le nombre de fois, toutes les fois, etc. ? 

    Cette concurrence entre que et n'est pas nouvelle ; elle date du Moyen Âge et perdure jusque dans la langue littéraire : « Du temps que les bêtes parlaient » (La Fontaine), « au moment qu'il allait entrer » (Saint-Simon, Gide, etc.).

    De nos jours, tout dépend de la locution employée.

    Flèche Avec que

    Chaque fois que : Chaque fois que tu viens, il est content (NB : Chaque fois est de meilleur langue que à chaque fois).

    La première (dernière) fois que : La première fois que je l'ai vu.

    Une fois que : Une fois qu'il passait par là (= lorsque, dès que).

    Flèche Indifféremment avec que ou

    (Toutes) les fois que / où : Les fois que (ou où) je l'ai rencontré, toutes les fois que (ou) je l'ai rencontré.

    Le nombre de fois que / où : Le nombre de fois que (ou ) je l'ai rencontré.

    Pour une fois que / où : Pour une fois que (ou) je le recontre.

    Flèche Avec

    (La, cette) fois : Comme cette fois où je l'ai rencontré, comme la fois où il est venu.

    Les quelques fois : Les quelques fois où il a été absent.

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : Des fois s'emploie abusivement pour parfois (voir le billet Des fois). Des fois que s'emploie abusivement pour au cas où.

    Remarque 2 : On dira chaque fois (que) de préférence à à chaque fois (que), qui relève davantage du langage familier selon A. V. Thomas... mais de la langue littéraire selon Paul Dupré (allez comprendre !).

    Remarque 3 : Toutes ces locutions conjonctives se construisent avec l'indicatif.

    Remarque 4 : Voir également le billet Une fois pour toutes

     

    Locutions avec "fois"

    (film de Lorraine Levy)

     


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  • Selon le sens (et le niveau de langue...), le verbe convenir se conjugue avec l'auxiliaire avoir ou avec l'auxiliaire être. Et l'Académie tient à ce que l'on évite toute confusion ! Il serait contraire aux convenances de la décevoir...

    Flèche

    Convenir de


    Au sens de « être d'accord, se mettre d'accord, s'entendre sur » ou de « reconnaître, admettre », convenir se construit avec la préposition de et se conjugue traditionnellement avec l'auxiliaire être.

    Nous sommes convenus de nous voir demain (de préférence à Nous avons convenu de).

    Je conviens de ce que vous dites. J'en conviens. C'est ce dont je conviens.

    Elle est convenu de son erreur (= elle admet son erreur). Elle en est convenu.

     

    Astuce

    Dans la langue soignée, convenir de se conjugue avec le même auxiliaire que venir.

     

    Dans le tour impersonnel il convient de + infinitif (« il est souhaitable, opportun de »), convenir se construit avec la préposition de et se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

    Il convient d'alerter la police.

    Il eût convenu de partir.


    FlècheConvenir à


    Au sens de « être approprié, plaire à », convenir se construit avec la préposition à et se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

    Cette date a convenu à chacun.

    Voilà un menu qui me convient tout à fait.

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : L'usage moderne tend à employer l'auxiliaire avoir dans les deux cas (même chez de bons écrivains, notent Grevisse et Hanse), malgré les protestations de l'Académie : « Dans cet emploi, Avoir convenu de est fautif. On ne doit pas dire et moins encore écrire : nous avons convenu de, mais nous sommes convenus de. » Comparez : Ils sont convenus de se revoir mais Ces chemises ont convenu (= ont fait l'affaire).

    Les partisans de l'emploi du seul auxiliaire avoir dans les temps composés de convenir rappellent à l’envi cette remarque de l’Office de la langue française : « La distinction [traditionnelle] est subtile et franchement arbitraire » (Revue universitaire, 1938). Trois observations s’imposent.

    • Subtile, la distinction entre avoir convenu et être convenu l’est assurément, mais est-elle pour autant arbitraire ? Voire. Car enfin, tout porte à croire qu'elle est fondée sur des considérations étymologiques : emprunté du latin convenire, formé de cum (« avec ») et de venire (« venir »), convenir signifie proprement « venir ensemble, se réunir » (en particulier en vue d'une entente, d'une décision) et, en tant que composé de venir, se conjugue de longue date avec l'auxiliaire être : « Li baillis laisse convenir prevoz et sergans » (Philippe de Beaumanoir, 1283), « Vent [fut] si vehement à Ardere où ilz estoient convenuz » (Simon de Phares, vers 1495). De là l'emploi de être dans l'acception « tomber d'accord » qui, à en croire Bernard Cerquiglini, « n'est pas très éloignée de l'étymologie et porte en elle une idée de mouvement » : « Certeinnes lettres faisans mention de treves prises, et convenues, et jurées entre le roy de Castelle et le roy de Portugal » (Nicolas de Baye, avant 1410), « Estoient convenuz ensemble que [...] » (Procès-verbal du Conseil du Roi, 1455). En revanche, dans le sens général de « être approprié », « qui n'est plus associé à un quelconque mouvement », c'est avoir qui s'est imposé : « Pour ce m'a convenu prandre ce que je en ay peu trouver » (Simon de Phares, vers 1495).
    • Il convient de replacer la phrase de l'Office de la langue française dans son contexte : « La distinction est subtile et franchement arbitraire. Or, une tendance actuelle, fort heureuse, est de distinguer, par l'emploi de l'auxiliaire, les verbes intransitifs, selon qu'ils marquent l'action dans son accomplissement : "Le livre a paru hier", "Comme cet enfant a maigri ces derniers temps !" − ou l’action considérée comme accomplie : "Le livre est maintenant paru", "Comme cet enfant est maigri !". L’emploi pour ces verbes de l'auxiliaire être, dans le dernier exemple surtout, est considéré par les puristes comme très incorrect. Pourtant la tendance est à encourager, puisqu'elle vise à marquer une nuance, à introduire dans la conjugaison française la notion d’“aspect”, qui lui est restée jusqu'ici presque complètement étrangère. Il serait à désirer qu’avec le verbe convenir une distinction de cette nature pût être introduite. » Voilà qui change sensiblement la donne... Las ! l'idée d'étendre cette tendance à convenir (Hier, nous avons convenu de nous revoir. Nous sommes désormais convenus de nous revoir) prend le contre-pied des considérations étymologiques de Cerquiglini.
    • L'emploi de l'auxiliaire avoir ne saurait convenir à l'impersonnel il est convenu ce qui suit, il est convenu que (où convenu est alors adjectif).


    Remarque 2
    : Convenir peut également se construire avec que (suivi d'une proposition complétive).

    Ils conviennent qu'ils se reverront. Je conviens qu'il a raison (constructions personnelles).

    Il convient que vous fassiez vos devoirs (construction impersonnelle au sens de « il est souhaitable, opportun » → proposition au subjonctif, auxiliaire avoir).

    Il est convenu que vous viendrez nous voir ou Il était convenu que vous viendriez nous voir (construction impersonnelle au sens de « il a été entendu, décidé » → proposition à l'indicatif ou au conditionnel, auxiliaire être).

    Remarque 3 : On évitera autant que possible les tours pléonastiques convenir ensemble, convenir entre soi, etc.

    Convenir

    Vaste entreprise, vous en conviendrez !

     


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  • Quoi qu'en pensent certains, dialogue n'est pas réservé à une discusion entre deux personnes.

    Etymologiquement, dialogue est emprunté du latin dialogus (entretien) provenant lui-même du grec dialogos, constitué du préfixe dia- (au travers) et de logos (parole). Vous avez ma parole que cela n'a rien à voir avec le préfixe di- (deux, double) que d'aucuns croient y déceler, par analogie avec monologue.

    Un dialogue est donc un entretien entre deux personnes ou davantage.

    Le dialogue entre Pierre, Paul et Jacques.

    Le dialogue de Pierre et de Paul.

    Le dialogue de Paul avec Jacques.

    Séparateur de texte

    Anecdote : On raconte que c'est en 1975 que M. Giscard d'Estaing, alors président de la République, inventa le mot trialogue pour évoquer un projet de coopération à trois (entre l'Afrique, les pays arabes et les firmes européennes). Au risque de conforter certains dans l'idée que dialogue aurait quelque rapport avec le nombre deux !...

     

    Dialogue

    Pochette de l'album de Danakil.

     


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  • Emprunté du latin insequi, le verbe s'ensuivre signifie « suivre, venir à la suite » ainsi que « découler, résulter ». Essentiellement pronominal, il se conjugue comme suivre mais n'est plus utilisé qu'à l'infinitif et à la 3e personne du singulier et du pluriel.

    Dans les minutes qui s'ensuivirent.

    Jusqu'à ce mort s'ensuive.

    Et tout ce qui s'ensuit. Étant donné ceci, il s'ensuit cela.

    Contrairement à s'en aller, s'ensuivre s'écrit en un seul mot et suit la même construction que s'enfuir. On retiendra donc que, s'il convient de dire il s'en est allé, la forme il s'en est suivi, pourtant courante, est aussi incongrue que il s'en est fui (pour il s'est enfui) ou il s'en est volé (pour il s'est envolé).

    Le premier choc pétrolier date de 1974. Il s'est ensuivi une longue période de chômage (et non Il s'en est suivi une longue période de chômage).

    Il a fait ceci, il s'en est ensuivi cela.

    Les mêmes problèmes se sont ensuivis.

    Astuce

    Dans le doute, il est toujours possible de recourir aux verbes découler, résulter, plus maniables : il en résulte que, il découle de cela (voire il suit de là) que.

    Séparateur de texte

    Remarque 1 : L'erreur consistant à écrire (s')ensuivre en deux mots est fréquente et provient de la confusion suivante.
    Dans le sens de « découler, résulter », il est logique d'écrire il s'ensuit de là que..., d'où il s'en ensuit que... (formulation grammaticalement correcte quoique vieillie). Par souci d'euphonie (succession de deux en dans s'en ensuivre), l'usage a pris pour habitude d'en supprimer un (sur le même principe qui veut que l'on dise J'irai au lieu de J'y irai afin d'éviter le frottement des i, alors que l'on dit couramment J'y vais) : le pronom (d'où il s'ensuit que) ou le préfixe (d'où il s'en suit que). Autant la première formulation (il s'ensuit que ; ce qui s'ensuit) reste correcte dès lors que le contexte a déjà annoncé, en toute logique, la nature du pronom en mis pour de là ; autant la seconde heurte la raison, comme l'illustre l'analogie avec le verbe s'enfuir : de même qu'il est impropre d'écrire il s'en fuit (puisqu'on ne dit pas il se fuit de là, mais il fuit de là ou il s'enfuit de là), il est incorrect d'écrire il s'en suit (on ne se suit pas de là, se suivre ne signifiant pas découler).
    Contre toute cohérence grammaticale, l'omission du préfixe en du verbe s'ensuivre se rencontre pourtant fréquemment chez de bons auteurs, notamment aux temps composés : Il s'en est suivi des propos un peu vifs (Vigny) au lieu de Il s'en est ensuivi (où l'intercalation de est entre les deux en rend la formule plus acceptable pour l'oreille qu'à l'indicatif présent : Il s'en ensuit).

    Remarque 2 : Ceux qui, pour des considérations d'euphonie, rechignent à écrire : Il a fait ceci, il s'en ensuit que... peuvent opter pour la formulation suivante : Il a fait ceci, d'où il s'ensuit que... (en un seul mot !).

    Remarque 3 : À la différence de s'ensuivre, en n'est pas soudé à aller dans s'en aller. On dira donc de préférence : Je m'en suis allé (plutôt que Je me suis en allé).

    Remarque 4 : Dans tous les cas, on évitera d'écrire Il s'en n'est (en)suivi pour Il s'en est (en)suivi, par confusion phonétique.

    S'ensuivre

     


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