• Les locutions impersonnelles construites avec le verbe aller peuvent poser quelques problèmes de construction.

    Ainsi se gardera-t-on de toute confusion entre il en va (de même, ainsi, autrement...) de (ou pour), qui marque une comparaison et est synonyme de « il en est (de même pour telle personne) », et il y va (de), qui exprime un enjeu et signifie « il s'agit (de) », « ce qui est en jeu, en cause, c'est ».

    Comparez :

    Il en va de même pour moi (= il en est de même pour moi). Il en va tout autrement pour lui (ou de lui). On trouve aussi la construction : Il en va de cette affaire-là comme de l'autre.

    Je ne vous mens pas. Il y va de mon honneur (= il s'agit de mon honneur, mon honneur est en jeu).

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    Remarque
    : Louis-Nicolas Bescherelle analysait ainsi le fameux vers de Racine « Il y va de ma gloire ; il faut que je me venge » : Il [le salut] de ma gloire va [tend] y [à cela, c'est-à-dire à me venger].

     

    Il en va / Il y va

    C'est Il y va de votre responsabilité qu'il convient d'écrire !
    (article de l'Union des Syndicats agricoles de l'Aisne)

     


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  • Sanction, en droit constitutionnel, désigne l'acte par lequel le chef de l'État ou le souverain donne à une loi l'approbation, la confirmation qui la rend exécutoire. Par extension, le mot se dit également de la récompense ou de la peine prévue pour assurer l'exécution de ladite loi, ainsi que de la simple approbation que l'on donne à une chose.

    La sanction royale.

    Une sanction pénale. S'exposer à des sanctions.

    Ce mot a reçu la sanction de l'usage (= l'approbation de l'usage).

    À en croire la huitième édition (1935) du Dictionnaire de l'Académie, le verbe sanctionner ne peut s'employer qu'au sens strict de « confirmer par une sanction, approuver légalement ou officiellement », avec un nom de chose pour complément d'objet direct.

    Sanctionner une loi, un décret, un privilège.

    Une décision sanctionnée par les autorités (= approuvée officiellement pour en assurer l'exécution par des peines ou des récompenses).

    Mais parce que sanction, de son côté, s'emploie surtout avec une valeur négative dans la langue courante, grande est la tentation de donner à sanctionner le sens étendu de « punir (quelque chose ou quelqu'un) par une sanction » : « Des pénalités très graves qui sanctionnaient ce genre d'entreprises » (Albert Camus, 1947), « La nécessité de sanctionner sévèrement ses retentissantes injures » (Marcel Aymé, 1948), « Il est anormal que des délits de simple police [...] ne soient pas automatiquement sanctionnés » (Jean Giraudoux, 1950), « Les hommes et femmes de cœur [...] exigent que la justice française sanctionne les coupables » (abbé Pierre, 1952), « La Polizeihaft, ou détention de police, sanctionne les personnes considérées [comme dangereuses] » (Henri Michel, 1967). Malgré l'avertissement lancé par l'Académie en 1969 (« Sanctionner est employé abusivement au sens de punir »), cet emploi s'est installé dans l'usage et les dictionnaires l'admettent désormais sans réserve : « Sanctionner une faute. Sanctionner quelqu'un » (Petit Robert), « Sanctionner un élève » (Petit Larousse). L'Académie elle-même semble prête à assouplir sa position. Ne lit-on pas sur son site Internet, dans un article daté de 2016 : « Par extension, [le verbe sanctionner] s'utilise aussi au sens de "valider, entériner" : Trois années d'études sanctionnées par une licence. Il signifie enfin couramment "punir une faute" : Sanctionner un délit. C'est en effet bien la faute qui est sanctionnée et l'on se gardera d’employer ce verbe avec le nom du coupable comme complément d'objet direct » ? Autrement dit, si les Immortels du XXIe siècle admettent du bout des lèvres le sens naguère condamné de sanctionner, ils refusent toujours de construire ledit verbe avec autre chose qu'un nom d'inanimé pour complément ; avec un complément direct de personne, mieux vaut recourir, selon eux, à infliger des sanctions, punir, châtier, réprimer, etc.

    Sanctionner les infractions à la loi.

    Ce chauffard a été puni par la police (de préférence à a été sanctionné par la police).

    Un emploi critiqué s'est pourtant glissé, en 2017, dans l'article « rétrograder » de la neuvième édition de leur Dictionnaire (en cours de rédaction) : « Sanctionner un concurrent en le faisant reculer dans le classement final. » Et deux autres encore, sous des plumes œuvrant (ou ayant œuvré) quai Conti : « Il est nécessaire de sanctionner les spéculateurs qui sévissent dans ce domaine-là » (Jean Dutourd, 1985), « Le médecin [...] peut être sanctionné pour une faute » (Dominique Fernandez, 2007). Mieux vaut donc attendre la publication de l'article « sanctionner » pour connaître la position actuelle de l'Académie sur le sujet.

     

    Sanction, sanctionner
    Illustration de l'ambiguïté du verbe sanctionner dans l'usage actuel...
    (Éditions Chronique Sociale)

     


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  • Dérivé du latin tacere (« taire »), le nom réticence désigne proprement l'action de taire à dessein une chose qu'on pourrait ou qu'on devrait dire et, par métonymie, la chose omise. Par conséquent, est réticent celui qui se tait volontairement, qui ne veut pas dire tout ce qu'il sait, qui ne livre pas toute sa pensée en persistant dans son silence.

    Un témoin réticent (= qui reste silencieux, qui ne dit pas tout ce qu'il a vu).

    Il m'a parlé sans réticence (= sans faire d'omissions).

    Au figuré : « La robe décolletée — audacieuse et néanmoins réticente — ouvre sur une guimpe de linon » (Laurent Tailhade, 1911). 

    Dès le milieu du XVIIIe siècle, lit-on dans le Dictionnaire historique de la langue française, réticence s'est employé « par métonymie encore » (?) pour désigner « l'attitude, le comportement de la personne qui se garde d'exprimer ouvertement sa pensée mais marque par sa réserve une désapprobation » : « J'hésitais à le rencontrer, puis jugeai que ma réticence était absurde » (André Gide), « Il approuva ce réquisitoire avec beaucoup de chaleur au début, mais bientôt avec des réticences » (Jules Romains). On ne s'étonnera donc pas d'apprendre que réticent a suivi la même évolution, au siècle suivant, en recevant le sens étendu (et critiqué) de « hésitant, récalcitrant, qui marque de la réserve » − peut-être aussi sous l'attraction du français rétif (« récalcitrant, indocile ») et de l'anglais reluctant : « Le docteur les [= les malades] sentait réticents, réfugiés au fond de leur maladie avec une sorte d'étonnement méfiant » (Albert Camus), « Son autorité, sa compétence [...] m'inspiraient une réticente estime » (Hervé Bazin) et, avec un nom de chose, « Sa voix était encore plus réticente que ses paroles » (Simone de Beauvoir). N'en déplaise aux puristes, ce glissement sémantique peut sembler naturel, puisqu'il s'agit dans tous les cas de l'expression d'une marque de réserve : orale et délibérée, dans le sens classique ; générale et parfois involontaire, dans le sens actuel (*). On gagnera toutefois à réserver les mots réticence et réticent à leur acception première et à dire dans les autres emplois :

    Il est peu disposé à nous aider ou Il hésite à nous aider ou Il est réservé à l'idée de nous aider (de préférence à Il est réticent à nous aider).

    Ils ont levé les dernières hésitations (de préférence à Ils ont levé les dernières réticences).

    Exprimer des réserves (de préférence à exprimer des réticences, qui frise l'oxymore).

    (*) Selon le Robert, cette extension de sens s'explique par « le caractère psychologique de la plupart des réticences » ; selon René Georgin, « quand on garde le silence devant une proposition, une demande, c'est généralement qu'on fait des réserves, qu'on n'est pas emballé, voire qu'on désapprouve » (Jeux de mots, 1957).

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    Remarque : En 2018, l'Académie s'est résolue à enregistrer dans la neuvième édition de son Dictionnaire les sens étendus de réticence et de réticent, précédés de la mention suivante : « Cet emploi souvent critiqué s’est installé dans l’usage et se rencontre chez de nombreux auteurs. »

     

    Réticence, réticent

     


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  • Répliquer promptement, le plus souvent avec de l'esprit et de l'à-propos, c'est « avoir de la repartie ».

    Elle a la repartie facile. Elle m'a lancé une de ces reparties dont elle a le secret.

    Avoir le sens de la repartie.

    On notera que, traditionnellement, repartie ne prend pas d'accent. La confusion provient de ce que l'on pense que ce mot dérive du verbe répartir alors qu'il est formé à partir du verbe repartir.

    En effet, repartir a deux sens bien distincts, que l'on se gardera de confondre :

    • « partir de nouveau » et « recommencer » : il se conjugue comme partir avec l'auxiliaire être, au sens propre (Il est venu ce matin et est reparti en fin de journée) comme au sens figuré (On le croyait fatigué, et le voilà qui est reparti de plus belle),

    • « répondre vivement et sur-le-champ » : il se conjugue comme mentir avec l'auxiliaire avoir [dans un registre vieilli ou littéraire : Il ne lui a reparti que (par) des injures].

    On fera la distinction avec le verbe répartir, qui signifie « partager, distribuer, attribuer à chacun sa part » (Les biens ont été équitablement répartis entre nous).

    Depuis 1990, l'orthographe rectifiée répartie, homophone (même prononciation) et homographe (même graphie) du participe passé du verbe répartir, ajoute un peu plus à la confusion. Car vous conviendrez qu'il ne s'agit là pas tant de « partager » des répliques (sens de répartir) que de les « lancer » (sens de repartir).

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    Remarque
    : L'évolution, devant une consonne, du préfixe re- vers la forme ré- est fréquente, notamment en l'absence de valeur itérative propre. Ainsi de repartir (partir de nouveau) et répartir (partager). Quant à reviser (viser de nouveau), seule forme toujours attestée par l'Académie, elle est considérée de nos jours comme l'orthographe vieillie du verbe réviser.

    Repartie
    Editions Eyrolles

     


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  • En vieux français, onc (et ses différentes formes oncques et onques) signifie « jamais ». Emprunté du latin quicumque, qui qu'onques avait donc, autrefois, le sens de qui... jamais.

    De nos jours, dans le registre soutenu, quiconque est un pronom relatif indéfini, qui signifie « toute personne qui » et présente la particularité de ne jamais avoir d'antécédent (il fonctionne donc lui-même en tant que nom).

    Quiconque rira aura affaire à moi (citation de Molière).

    Quiconque n'observera pas cette loi sera puni.

    Une solide formation est recommandée pour quiconque envisage de créer son entreprise.

    Est passible d'emprisonnement quiconque se rend coupable d'un crime.

    Cet emploi est le seul admis par l'Académie, qui rappelle que quiconque ne doit être utilisé que comme sujet d'un verbe (celui de la proposition relative qu'il introduit, à l'indicatif).

    C'est pourquoi les puristes condamnent l'usage − pourtant de plus en plus fréquent depuis la fin du XIXe siècle et considéré comme régulier par Hanse et Grevisse − de quiconque comme pronom indéfini (donc non sujet d'un verbe) au sens de « n'importe qui, qui que ce soit ».

    Ceux qui le souhaitent pourront avantageusement remplacer quiconque, employé absolument, par personne ou qui que ce soit :

    Il danse mieux que personne (de préférence à mieux que quiconque, formulation par ailleurs moins soucieuse de l'euphonie).

    Je défie qui que ce soit de répondre à cette question (de préférence à Je défie quiconque).

    La chance peut changer la vie de toute personne (de préférence à de quiconque).

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    Remarque 1
    : Bien que masculin singulier, quiconque peut être considéré comme féminin quand le contexte l'exige (mais pas comme pluriel).

    Mesdemoiselles, quiconque d'entre vous trichera sera punie.

    Remarque 2 : Dans une phrase négative, quiconque (dans son emploi absolu critiqué) doit être remplacé par personne.

    Je n'en parlerai à personne (et non à quiconque).

    Littré fait cependant remarquer que, dans une phrase comme Cela ne paraît guère impressionner quiconque, guère (qui a déjà une valeur négative) s'accommode mieux du sens positif de quiconque que du sens négatif de personne.

    Mais on écrira correctement : Quiconque ne peut vivre dans la société des hommes ou n'en éprouve pas le besoin est une bête ou un Dieu (Aristote). Quiconque n'observera pas cette loi sera puni.

    Remarque 3 : La confusion entre les différentes fonctions de quiconque ne peut justifier la construction redondante et fautive quiconque... qui (Quiconque qui rira aura affaire à moi).

     

    Quiconque
    Éditions du Sonneur

     


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