• Le mot sanction est ambivalent : en effet, il désigne aussi bien une récompense qu'une peine.

    La sanction, c'est initialement l'acte par lequel le chef de l'État ou le souverain donne à une loi l'approbation, la confirmation qui la rend exécutoire. Par extension, sanction se dit également de la récompense ou de la peine prévues pour assurer l'exécution de ladite loi, ainsi que de la simple approbation que l'on donne à une chose.

    La sanction royale.

    Une sanction pénale. S'exposer à des sanctions.

    Ce mot a reçu la sanction de l'usage (= l'approbation de l'usage).

    Curieusement, pour l'Académie, le verbe sanctionner ne conserve que l'idée de sanction positive, au sens d'« approuver, confirmer (légalement, officiellement) ».

    Une décision sanctionnée par les autorités (= approuvée officiellement).

    Aussi évitera-t-on d'employer sanctionner au sens de « punir » comme c'est abusivement le cas dans l'usage. Dans ce sens, on aura plutôt recours à infliger des sanctions, réprimer, punir, etc.

    Ce chauffard a été puni par la police (de préférence à a été sanctionné par la police).

     

    Sanction, sanctionner
    Illustration de l'ambiguïté du verbe sanctionner dans l'usage actuel...
    (Éditions Chronique Sociale)

     


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  • Étymologiquement, le nom réticence est dérivé du latin tacere (« taire ») et désigne l'action de taire à dessein une chose qu'on pourrait ou qu'on devrait dire. Par conséquent, est réticent celui qui se tait volontairement, qui ne veut pas dire tout ce qu'il sait, qui ne livre pas toute sa pensée en persistant dans son silence.

    Un témoin réticent.

    Il m'a parlé sans réticence (= sans faire d'omissions).

    Dès le milieu du XVIIIe siècle, lit-on dans le Dictionnaire historique de la langue française, réticence s'est employé « par métonymie » pour désigner « l'attitude, le comportement de la personne qui se garde d'exprimer ouvertement sa pensée mais marque par sa réserve une désapprobation » : « J'hésitais à le rencontrer, puis jugeai que ma réticence était absurde » (André Gide), « Il approuva ce réquisitoire avec beaucoup de chaleur au début, mais bientôt avec des réticences » (Jules Romains). On ne s'étonnera donc pas d'apprendre que réticent a suivi la même évolution, au siècle suivant, en recevant très vite le sens abusif d'« hésitant, récalcitrant, qui marque de la réserve » − peut-être aussi sous l'attraction du français rétif (« récalcitrant, indocile ») et de l'anglais reluctant : « Le docteur les [= les malades] sentait réticents, réfugiés au fond de leur maladie avec une sorte d'étonnement méfiant » (Albert Camus), « Son autorité, sa compétence [...] m'inspiraient une réticente estime » (Hervé Bazin). N'en déplaise aux puristes, ce glissement sémantique peut sembler naturel, puisqu'il s'agit dans tous les cas de l'expression d'une marque de réserve : orale et délibérée, dans le sens classique ; générale et parfois involontaire, dans le sens actuel. On gagnera toutefois à maintenir cette distinction, en réservant les mots réticence/réticent à leur acception première et en disant dans les autres emplois :

    Il est peu disposé à nous aider ou Il hésite à nous aider ou Il est réservé à l'idée de nous aider (de préférence à Il est réticent à nous aider).

    Ils ont levé les dernières hésitations (de préférence à Ils ont levé les dernières réticences).

    Exprimer des réserves (de préférence à exprimer des réticences, qui frise l'oxymore).

    Séparateur de texte

    Remarque : À ce jour, seul le nom réticence est enregistré dans le Dictionnaire de l'Académie, pas l'adjectif associé réticent.

     

    Réticence, réticent

     


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  • Répliquer promptement, le plus souvent avec de l'esprit et de l'à-propos, c'est « avoir de la repartie ».

    Elle a la repartie facile. Elle m'a lancé une de ces reparties dont elle a le secret.

    Avoir le sens de la repartie.

    On notera que, traditionnellement, repartie ne prend pas d'accent. La confusion provient de ce que l'on pense que ce mot dérive du verbe répartir alors qu'il est formé à partir du verbe repartir.

    En effet, repartir a deux sens bien distincts, que l'on se gardera de confondre :

    • « partir de nouveau » et « recommencer » : il se conjugue comme partir avec l'auxiliaire être, au sens propre (Il est venu ce matin et est reparti en fin de journée) comme au sens figuré (On le croyait fatigué, et le voilà qui est reparti de plus belle),

    • « répondre vivement et sur-le-champ » : il se conjugue comme mentir avec l'auxiliaire avoir [dans un registre vieilli ou littéraire : Il ne lui a reparti que (par) des injures].

    On fera la distinction avec le verbe répartir, qui signifie « partager, distribuer, attribuer à chacun sa part » (Les biens ont été équitablement répartis entre nous).

    Depuis 1990, l'orthographe rectifiée répartie, homophone (même prononciation) et homographe (même graphie) du participe passé du verbe répartir, ajoute un peu plus à la confusion. Car vous conviendrez qu'il ne s'agit là pas tant de « partager » des répliques (sens de répartir) que de les « lancer » (sens de repartir).

    Séparateur de texte


    Remarque
    : L'évolution, devant une consonne, du préfixe re- vers la forme ré- est fréquente, notamment en l'absence de valeur itérative propre. Ainsi de repartir (partir de nouveau) et répartir (partager). Quant à reviser (viser de nouveau), seule forme toujours attestée par l'Académie, elle est considérée de nos jours comme l'orthographe vieillie du verbe réviser.

    Repartie
    Editions Eyrolles

     


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  • En vieux français, onc (et ses différentes formes oncques et onques) signifie « jamais ». Emprunté du latin quicumque, qui qu'onques avait donc, autrefois, le sens de qui... jamais.

    De nos jours, dans le registre soutenu, quiconque est un pronom relatif indéfini, qui signifie « toute personne qui » et présente la particularité de ne jamais avoir d'antécédent (il fonctionne donc lui-même en tant que nom).

    Quiconque rira aura affaire à moi (citation de Molière).

    Quiconque n'observera pas cette loi sera puni.

    Une solide formation est recommandée pour quiconque envisage de créer son entreprise.

    Est passible d'emprisonnement quiconque se rend coupable d'un crime.

    Cet emploi est le seul admis par l'Académie, qui rappelle que quiconque ne doit être utilisé que comme sujet d'un verbe (celui de la proposition relative qu'il introduit, à l'indicatif).

    C'est pourquoi les puristes condamnent l'usage − pourtant de plus en plus fréquent depuis la fin du XIXe siècle et considéré comme régulier par Hanse et Grevisse − de quiconque comme pronom indéfini (donc non sujet d'un verbe) au sens de « n'importe qui, qui que ce soit ».

    Ceux qui le souhaitent pourront avantageusement remplacer quiconque, employé absolument, par personne ou qui que ce soit :

    Il danse mieux que personne (de préférence à mieux que quiconque, formulation par ailleurs moins soucieuse de l'euphonie).

    Je défie qui que ce soit de répondre à cette question (de préférence à Je défie quiconque).

    La chance peut changer la vie de toute personne (de préférence à de quiconque).

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Bien que masculin singulier, quiconque peut être considéré comme féminin quand le contexte l'exige (mais pas comme pluriel).

    Mesdemoiselles, quiconque d'entre vous trichera sera punie.

    Remarque 2 : Dans une phrase négative, quiconque (dans son emploi absolu critiqué) doit être remplacé par personne.

    Je n'en parlerai à personne (et non à quiconque).

    Littré fait cependant remarquer que, dans une phrase comme Cela ne paraît guère impressionner quiconque, guère (qui a déjà une valeur négative) s'accommode mieux du sens positif de quiconque que du sens négatif de personne.

    Mais on écrira correctement : Quiconque ne peut vivre dans la société des hommes ou n'en éprouve pas le besoin est une bête ou un Dieu (Aristote). Quiconque n'observera pas cette loi sera puni.

    Remarque 3 : La confusion entre les différentes fonctions de quiconque ne peut justifier la construction redondante et fautive quiconque... qui (Quiconque qui rira aura affaire à moi).

     

    Quiconque
    Éditions du Sonneur

     


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  • En termes d'économie et de statistique, il est fréquent de rencontrer l'expression fourchette basse (ou haute). On entend par là préciser si l'on se situe dans la partie basse (ou haute) d'une estimation.

    Le loyer demandé se situe dans la fourchette haute du marché.

    Le groupe vise la fouchette basse de son objectif annuel de chiffre d'affaires.

    Problème : fourchette, dans cette acception néologique, désigne l'écart entre deux valeurs extrêmes. Or, un écart ne saurait être qualifié de bas ou de haut !

    On emploiera donc avantageusement estimation ou partie dans ce sens, en suivant par exemple la formulation impeccable de l'ex-ministre de l'Economie Christine Lagarde :

    « Compte tenu de la situation internationale, je crois qu'il est plus raisonnable de se situer dans la partie basse de la fourchette. »

     

    Fourchette (basse, haute)

    La formulation Estimation basse et Estimation haute conviendrait mieux !
    (Source : Panel APEC 2007)

     


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