• Pendant longtemps, la locution rien moins que fut employée dans un sens aussi bien positif que négatif, selon le contexte. Ce n'est que depuis 1935 que l'Académie recommande de faire la distinction entre ne... rien moins que, qui signifie « nullement, en aucune façon » (valeur négative), et ne... rien de moins que, qui signifie « bel et bien, véritablement, tout à fait » (valeur positive).

    Comparez :

    Il n'est rien moins que futé (= il n'est aucunement futé, il n'est en rien futé).

    Il n'est rien de moins que futé (= il est tout à fait futé).

    Une soirée qui n'est rien moins que réussie (= une soirée ratée).

    Une soirée qui n'est rien de moins que réussie (= tout à fait réussie).

    Force est de constater que cette distinction est loin d'être toujours observée, même par d'excellents écrivains (Proust, pour ne citer que lui). Sans doute en raison de la trop grande similitude des deux formes.

    Aussi semble-t-il préférable d'éviter ces « fausses élégances » qui, si elles ne sont pas impeccablement maîtrisées, ont tôt fait de semer la confusion, en signifiant une chose et son contraire...

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Ceux qui tiennent à employer ces expressions ambiguës veilleront à respecter la distinction préconisée par l'Académie et se garderont de supprimer la négation ne. Ainsi évitera-t-on d'écrire avec les correcteurs du Monde.fr cette phrase qui cumule toutes les impropriétés : Cette conspiration (...) visait rien moins que faire sauter le Parlement (au lieu de : Cette conspiration ne visait à rien de moins qu'à faire sauter le Parlement, à la lourdeur cependant indéniable).

    Remarque 2 : Dans la construction rien de + adjectif, l'épithète s'accorde au masculin singulier avec le pronom indéterminé rien auquel il se rapporte.

    Cette tenue n'a rien de négligé (et non rien de négligée).
    Votre réponse n'a rien de spontané.

    Rien (de) moins que

     


    3 commentaires
  • Les acceptions du verbe transitif exécuter (dérivé du latin exsequi, poursuivre) sont nombreuses, notamment lorsqu'il a pour complément un nom de chose. Exécuter signifie alors « mener à bien », « accomplir, réaliser » ou « interpréter ».

    Exécuter un ordre, un projet, un logiciel.

    Exécuter une statue, un ouvrage.

    Exécuter une symphonie.

    Exécuter un saut périlleux, un pas de danse.

    Lorsque le complément est un nom de personne, exécuter prend le sens de « mettre à mort une personne par décision de justice ». Un otage ne saurait donc être exécuté (comme on le lit parfois dans les journaux), il est assassiné.

    « C'est par une extension abusive qu'on emploie ce terme [exécuter] dans le sens de "mettre à mort en dehors de toute procédure légale" », met en garde l'Académie.

    Le condamné à mort fut exécuté à l'aube.

    À la décharge des journalistes, il est vrai qu' exécuter n'a plus exactement le même contenu judiciaire depuis que la peine de mort a été abolie en France, mais ce n'est pas une raison pour employer ce verbe pour désigner n'importe quel meurtre.

    Au sens figuré, exécuter signifie « critiquer, discréditer » ; à la forme pronominale, « se résoudre à » ou « s'accomplir ».

    Séparateur de texte

    Remarque 1
    : Les mêmes recommandations s'appliquent au nom féminin associé exécution.

    Remarque 2 : On notera que le verbe abattre, au sens de « tuer en faisant tomber d'un coup mortel », était à l'origine réservé aux animaux. Ce n'est que par extension qu'on l'emploie aujourd'hui pour l'assassinat de personnes.

    Exécuter

    Le 14 avril 1865, le président américain Abraham Lincoln
    fut abattu par balle (et non exécuté).
    (photo wikipedia sous licence GFDL by Gregory Maxwell)

     


    votre commentaire
  • Le nom séisme (et l'adjectif associé sismique) est emprunté du grec seismos (ébranlement, tremblement de terre), lui-même dérivé de seiein (ébranler, secouer).

    C'est pour ces considérations étymologiques que l'expression secousse sismique est souvent considérée comme un authentique pléonasme (revenant à évoquer une « secousse secouante »). Et nombreux sont ceux qui recommandent de dire du Japon ou de l'Italie qu'ils subissent régulièrement de violents séismes, de violents tremblements de terre, de violents phénomènes sismiques, de violentes secousses telluriques (du latin tellus, la terre)... mais pas de violentes secousses sismiques !

    Bien inutilement, semble-t-il...

    En effet, secousse sismique ne relève du tour pléonastique que si l'on s'en tient au sens d'« ébranlement » du mot seismos ; c'est oublier un peu vite son autre acception (« tremblement de terre ») qui, seule, a été retenue lors de la formation de l'adjectif sismique pour qualifier les phénomènes « qui ont rapport aux tremblements de terre ».

    Dès lors qu'il est entendu que l'adjectif sismique ne s'emploie que pour les tremblements de terre, on est fondé à considérer qu'il apporte une utile précision au mot secousse, en ce sens qu'il existe d'autres types de secousses qui ne sont pas d'origine sismique (cf. Remarque 1). On peut donc admettre secousse sismique au même titre que phénomène sismique ou secousse tellurique. C'est tout du moins la position du Robert, de Hanse, de Dupré, etc. Attendons de voir ce qu'écrira l'Académie dans la neuvième édition de son Dictionnaire...

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Si l'adjectif sismique se rapporte spécifiquement aux tremblements de terre, le nom séisme n'est pas l'exact synonyme de tremblement de terre. D'une part, on peut concevoir qu'une secousse de l'écorce terrestre puisse avoir des origines diverses : humaine (explosion nucléaire), volcanique ou tectonique (mouvement des plaques terrestres). D'autre part, le séisme est un évènement ponctuel généré le long d'une faille, tandis que le tremblement de terre en est la conséquence au niveau du sol (vibrations du sol).

    Remarque 2 : La forme du nom séisme a été longtemps critiquée pour n'avoir pas transcrit la diphtongue grecque ei par i (sur le modèle leitourgialiturgie). Voilà pourquoi l'Académie des sciences recommande d'utiliser l'orthographe sism- plutôt que séism- pour l'ensemble de ses dérivés (sismologie, sismologue, sismicité, sismographe, etc., de préférence à séismologie, séismologue, séismicité, séismographe).

    Un risque sismique élevé.

    Remarque 3 : Au sens figuré, séisme désigne un bouleversement (un séisme politique).

    Séisme

    En économie financière, on parle de risque 6-SMIC...

     


    votre commentaire
  • Le nom féminin Pléiade(s) [avec une majuscule] est à l'origine associé au chiffre 7 :

    • Dans la mythologie grecque, les Pléiades sont les sept filles d'Atlas et de Pléioné, que Zeus changea en étoiles pour les soustraire aux poursuites du chasseur Orion.

    • En littérature, Pléiade est le nom donné à plusieurs groupes de sept poètes (notamment, à la Renaissance, celui constitué de Ronsard, Du Bellay, Baïf, Belleau, Pontus de Tyard, Jodelle, et Peletier du Mans, remplacé après sa mort par Dorat).

    • En astronomie, Pléiades est le nom d'un groupe de sept étoiles de la constellation du Taureau.

    Par extension, pléiade (avec une minuscule) se dit aujourd'hui d'un groupe de personnes remarquables. Si leur nombre est désormais indéterminé, il serait cependant préférable qu'il restât restreint, en souvenir du chiffre 7 associé.

    Aussi conviendrait-il de dire : La soirée s'est déroulée en présence d'un grand nombre d'artistes (et non d'une pléiade d'artistes), si ceux-ci se comptent par dizaines. C'est assurément moins chic, mais c'est nettement plus respectueux de l'étymologie.

    Séparateur de texte

    Remarque 1
    : On notera que le mot pléiade s'écrit sans tréma. C'est du reste le cas chaque fois que le i suit un é : absentéisme, manichéisme, ostréiculture, etc.

    Remarque 2 : Quoique plaisante, l'expression « pléiade de stars » frise le pléonasme sept étoiles...

    Pléiade

    Il n'y avait donc que sept étoiles ?
    (Source : L'essentiel online)




    1 commentaire
  • Les locutions impersonnelles construites avec le verbe aller peuvent poser quelques problèmes de construction.

    Ainsi se gardera-t-on de toute confusion entre il en va (de même, ainsi, autrement...) de (ou pour), qui marque une comparaison et est synonyme de « il en est (de même pour telle personne) », et il y va (de), qui exprime un enjeu et signifie « il s'agit (de) », « ce qui est en jeu, en cause, c'est ».

    Comparez :

    Il en va de même pour moi (= il en est de même pour moi). Il en va tout autrement pour lui (ou de lui). On trouve aussi la construction : Il en va de cette affaire-là comme de l'autre.

    Je ne vous mens pas. Il y va de mon honneur (= il s'agit de mon honneur, mon honneur est en jeu).

     Séparateur

    Remarque : Louis-Nicolas Bescherelle analysait ainsi le fameux vers de Racine « Il y va de ma gloire ; il faut que je me venge » : Il [le salut] de ma gloire va [tend] y [à cela, c'est-à-dire à me venger].

     

    Il en va / Il y va

    C'est Il y va de votre responsabilité qu'il convient d'écrire !
    (article de l'Union des Syndicats agricoles de l'Aisne)

     


    7 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique