• Rien (de) moins que

    Pendant longtemps, la locution rien moins que fut employée dans un sens aussi bien positif que négatif, selon le contexte. Ce n'est que depuis 1935 que l'Académie recommande de faire la distinction entre ne... rien moins que, qui signifie « nullement, en aucune façon » (valeur négative), et ne... rien de moins que, qui signifie « bel et bien, véritablement, tout à fait » (valeur positive).

    Comparez :

    Il n'est rien moins que futé (= il n'est aucunement futé, il n'est en rien futé).

    Il n'est rien de moins que futé (= il est tout à fait futé).

    Une soirée qui n'est rien moins que réussie (= une soirée ratée).

    Une soirée qui n'est rien de moins que réussie (= tout à fait réussie).

    Force est de constater que cette distinction est loin d'être toujours observée, même par d'excellents écrivains (Proust, pour ne citer que lui). Sans doute en raison de la trop grande similitude des deux formes.

    Aussi semble-t-il préférable d'éviter ces « fausses élégances » qui, si elles ne sont pas impeccablement maîtrisées, ont tôt fait de semer la confusion, en signifiant une chose et son contraire...

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Ceux qui tiennent à employer ces expressions ambiguës veilleront à respecter la distinction préconisée par l'Académie et se garderont de supprimer la négation ne. Ainsi évitera-t-on d'écrire avec les correcteurs du monde.fr cette phrase qui cumule toutes les impropriétés : Cette conspiration [...] visait rien moins que faire sauter le Parlement (au lieu de : Cette conspiration ne visait à rien de moins qu'à faire sauter le Parlement, à la lourdeur cependant indéniable).

    Remarque 2 : On lit dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie : « Rien de moins ou Rien moins s'emploient aussi, sans négation, avec une valeur ironique, dans le sens de "pas moins", pour souligner l'extravagance d'une demande, d'une prétention. Il se prend pour un héros, rien de moins ou rien moins. »

    Remarque 3 : Dans la construction rien de + adjectif, l'épithète s'accorde au masculin singulier avec le pronom indéterminé rien auquel il se rapporte.

    Cette tenue n'a rien de négligé (et non rien de négligée).
    Votre réponse n'a rien de spontané.

    Rien (de) moins que

     

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  • Commentaires

    1
    pingouin
    Jeudi 29 Janvier 2015 à 17:27

    Je n'arrive pas à me convaincre que la locution ne... rien moins que ait un sens négatif. Doit-on se contenter de l'admettre ?


    Faut dire que je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement suivant :


    Il n'est rien moins que futé (= il n'est pas futé).


    Il n'est pas moins que futé (= il est futé, non ?).

    2
    Jeudi 29 Janvier 2015 à 18:26

    Les explications de Littré vous convaincront-elles davantage ? "Il n'est rien moins que sage veut dire proprement : "il n'est aucune chose moins que sage", en d'autres termes : "de toutes les choses qu'il est, celle qu'il est le moins, c'est sage". Cette locution est essentiellement négative, et ne peut pas être autre chose. Rien moins ne peut pas dire "chose moindre", pas plus que rien plus ne veut dire dit "chose plus grande". Il paraît donc qu'il faut dans tous les cas conserver à rien moins sa signification négative ; et, quand on voudra le sens positif, on emploiera rien moindre ou rien de moins."

    3
    pingouin
    Vendredi 30 Janvier 2015 à 21:01

    Euh... Pas vraiment ! La perspicacité dont fait preuve ici Littré échappe à l'usager moyen que je suis. A moins que la question ne se résume à l'image du verre d'eau que Littré verrait à moitié vide, au contraire de mon sentiment. Ce qui expliquerait la liberté d'autrefois (pour ne pas dire hésitation) dans l'emploi de ladite locution.

    Bref, fausse élégance, je me range à cet avis. Merci pour ce billet.

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