• À peine croyable !

    « Climat : des députés veulent stopper les vols domestiques trop polluants. »
    (paru sur lefigaro.fr, le 1er juin 2019)  

     

    FlècheCe que j'en pense


    Dans la rubrique Dire, ne pas dire de son site Internet, l'Académie préconise d'écrire : un vol intérieur, national, plutôt que un vol domestique. L'argument avancé sur le tarmac par les aiguilleurs de la langue française est le suivant : « L'adjectif français domestique vient du latin domesticus, adjectif correspondant au nom domus, qui désigne la maison. En latin comme en français, ces adjectifs qualifient ce qui a trait à la maison, à la vie de la maison, comme dans les locutions affaires, travaux domestiques ou économie domestique [1]. Si l'anglais domestic a également ce sens, il en a un second, qui en est l'extension, et qui correspond sans doute à une vision plus large de l'habitat : il qualifie tout ce qui concerne un pays, un territoire délimité à l'intérieur de ses frontières, le pays étant en quelque sorte l'échelon supérieur à la maison. Mais le français possède plusieurs adjectifs, national, intérieur en particulier, qui pourront être employés en lieu et place de cet anglicisme inutile. »

    Les académiciens, au demeurant, ne sont pas les seuls à tenir ce cap. Jugez-en plutôt : « Le mot français ne paraît pas avoir autant évolué que le mot anglais au point de vue de l’étendue de ses emplois. En ceci, [domestique pour "local, régional" est] un anglicisme » (Edward Pousland, 1933), « On nous signale le terme adopté par la plus connue de nos compagnies de navigation aérienne : Parcours domestique pour désigner le transit organisé d'un point de l'Union française à l'autre. C'est un calque assez ridicule de domestic flight qui signifie un voyage à l'intérieur des frontières nationales. [...] Pour tuer dans l'œuf cet anglicisme qui est fort laid (à cause des nuances qu'a prises chez nous l'adjectif domestique), il y aurait lieu de lui substituer bonnement national, opposé à l'épithète des voyages internationaux. Et, si on veut préciser, on appellera voyage intérieur celui qui relie deux villes de la métropole » (André Thérive, 1956), « Je ne sais pas, je ne veux pas savoir [...] ce que sont des vols domestiques » (Dominique Jamet, 1996), « Vol domestique pour vol intérieur est un anglicisme sémantique » (Jean-Paul Kurtz, 2013), « L'anglais domestic a une extension de sens plus grande, et celle-ci a donné lieu à l'anglicisme domestique, employé pour désigner "ce qui concerne un pays ou un territoire bien délimité, à l'intérieur de ses frontières" » (Office québécois de la langue française).

    Seulement voilà : les académiciens (et leur escadrille de chasseurs d'anglicismes) ont la mémoire courte. Car enfin, il n'est que de consulter les anciennes éditions (1718-1878) de leur propre Dictionnaire pour s'aviser que ladite extension de sens n'est pas propre à l'anglais : « Domestique se dit encore par opposition à Étranger. Exemples domestiques. Troubles domestiques. Guerres domestiques. Ennemi domestique. » Bescherelle et Littré la consignent également sans réserve : « Intérieur, du dedans, par opposition à extérieur, du dehors. Guerres domestiques. Le récit de nos divisions domestiques. Devenir la proie des ennemis étrangers et domestiques (Esprit Fléchier) » (selon le premier, 1845), « Il se dit par opposition à étranger. Les troubles domestiques de la France » (selon le second, 1872) (2). Le Dictionnaire du moyen français croit même en retrouver la trace au XVe siècle : « Par extension. "Qui appartient au pays, à la nation" : Helas, sire, pour Dieu levez vous, et destruisez voz ennemis tant anciens que domestiques (Jean Jouvenel des Ursins, 1440). Par analogie. "Interne" : Cil domestique fureur (Martin Le Franc, vers 1440). La partie domestique au tallon (Nicole Prévost, 1492) (3) » ; et le Gaffiot, à l'époque latine : « Qui tient aux foyers, à la patrie, qui est du pays. Domesticum bellum (Jules César, Cicéron), guerre à l'intérieur du pays. » À l'intérieur du pays, vous avez bien lu ! Inutile de vous faire un plan de vol détaillé : le français domestique, au sens étendu de « qui concerne le pays que l'on habite (par opposition à étranger) », est attesté de longue date sous nos latitudes et le doit davantage au latin qu'à l'anglais.

    Entendons-nous bien. Loin de moi l'intention de voler, contre vents et turbulences, au secours de notre adjectif et de nier naïvement toute influence de l'anglais dans l'extension de sens critiquée. Je constate simplement que les contacts avec la langue de Shakespeare ont surtout contribué, hier comme aujourd'hui, à raviver une acception déjà attestée dans notre lexique (4). Aussi peine-t-on à comprendre pourquoi le site Internet de l'Académie condamne sans autre forme de procès, par exemple, la phrase « Le commerce domestique [pour "intérieur"] progresse », alors que cet emploi est documenté sans interruption... depuis la fin du XVIIe siècle : « Outre ce commerce domestique, ils ont celuy des païs étranger » (Louis Moréri, 1681), « Ces sortes de marchandises ne sont pas si propres pour le commerce domestique que pour l'étranger » (Encyclopédie d'Yverdon, 1774), « Le commerce, selon son opinion, est ou domestique ou étranger, c'est-à-dire intérieur ou extérieur » (Jean-Baptiste Robinet évoquant les Considérations de John Law, 1780), « Toutes les sortes de marchandises étrangères qui peuvent entrer en concurrence avec ce qui compose le produit de l'industrie domestique » (Jean-Nicolas Démeunier, 1786), « Cet article comprend non seulement les bénéfices du commerce extérieur, mais les profits infiniment plus considérables et plus variés du commerce domestique » (Nicolas Villiaumé, 1857). De même, il est étonnant de voir les correcteurs du monde.fr affirmer sur leur site que c'est « sous la pression de l'anglais [que] l'adjectif domestique a pris le sens, selon nous usurpé, de "national" ou "intérieur", par opposition à international ». Certes, admet Robert, « ce sens archaïque [...] nous revient par l'anglais domestic "intérieur", parfois calqué en français », mais de là à en attribuer la paternité à nos voisins d'outre-Manche (à balai...), il y a un couloir aérien que Bescherelle, Littré et compagnie nous soufflent de ne pas emprunter. Vous l'aurez compris : l'argument de l'anglicisme a du plomb dans l'aile. Il faut croire que l'équipage du monde.fr en a vaguement conscience, puisqu'il s'empresse d'ajouter : « Ainsi des "vols domestiques", dont on peut se demander, hors contexte, s'ils relèvent de l’aéronautique ou de l'ancillaire. » Le voilà, l'argument massue : le risque de confusion ? Soyons sérieux. L'ambiguïté ici dénoncée est toute théorique (« hors contexte »...) ; quant à la polysémie de l'adjectif domestique, je ne sache pas que nos écrivains de haut vol aient jamais eu à s'en plaindre − comparez : « C'était beaucoup pour des Anglais appauvris par les guerres de France et par leurs troubles domestiques [= nationaux, à l'intérieur du pays] » (Voltaire, 1756) et « Contristerai-je par des troubles domestiques [= privés, intimes] les vieux jours d'un père ? » (Rousseau, 1761) ; « Il n'en est pas de plus propre [que Les Caractères de la Bruyère] à faire respecter l'esprit français à l'étranger (ce qui n'est pas également vrai de tous nos chefs-d'œuvre domestiques [= nationaux]) » et « [Bossuet] fut élevé au milieu des livres et dans la bibliothèque domestique [= familiale] » (Sainte-Beuve, avant 1862). Seul André Thérive, à ma connaissance, s'en était ému dans son livre Clinique du langage (1956) : « Quant à vol domestique, il est impossible, puisqu'il est déjà retenu par le jargon du droit de désigner un larcin commis à l'intérieur d'un ménage par le personnel de la maison ! » Force est de constater que les mentalités ont évolué depuis lors et que la langue courante contemporaine, perfusée de politiquement correct, ne perçoit plus, dans l'expression vol domestique, que l'acception aéronautique. L'argument du risque de confusion ne tient donc pas davantage, de nos jours.

    Je rejoins toutefois André Thérive sur un point : puisque l'on dit vol international, la logique et la prudence plaident en faveur de vol national. Histoire d'éviter de se prendre un vol plané au-dessus du quai Conti...
     

    (1) Expression que d'aucuns qualifient pourtant de redondante au regard de l'étymologie : le nom grec oikonomia signifie « administration de la maison » et l'adjectif latin domesticus, « ce qui relève de la maison ».

    (2) Citons à titre d'exemple : « Tels ennemis auroient le pouvoir d'exciter des troubles domestiques » (édit du roi Henri IV, 1607), « Des troubles domestiques qui étoient survenus en Moscovie » (Bossuet, 1681), « [Il] avait à conserver son nouveau royaume contre les ennemis étrangers et domestiques » (Voltaire, 1731), « Chaque nation a eu là-dessus ses leçons et ses exemples domestiques » (Jean-Baptiste Massillon, avant 1742), « Dans tout le cours de son règne la France a été exempte des troubles domestiques et des invasions de l'étranger » (Claude-François Lizarde de Radonvilliers, 1774), « D'après la situation extérieure, elle [= la diplomatie] réagit sur le gouvernement même, détermine sa marche domestique » (Édouard Bignon, 1829), « Sa ville natale [consacra] une autre gloire domestique » (Henri Patin, 1854), « L'Allemagne, qu'il accusait avec justice d'avoir, de son lourd esprit domestique, attenté au bon sens des races latines » (Léon Bloy, 1897) et, substantivement, « En louant et esmerveillant ce qui a esté commis par eux, les mettons au rang de noz concitoyens et domestiques [= compatriotes, selon Huguet] » (Filbert Bretin, 1582), « Les étrangers ont démenti l'histoire que les domestiques avaient publiée » (Guez de Balzac, 1631).

    (3) Ce sens perdure chez Voltaire : « Accoutumer son estomac à cette purge domestique » (1775).

    (4) D'aucuns parlent dans ce cas d'« anglicisme de fréquence ».

      

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La même chose (ou, selon l'Académie, les vols nationaux, intérieurs).

     


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  • À peine croyable !

    « Michel Barnier, ancien ministre et actuel négociateur en chef pour le Brexit, a marqué des points et apparaît comme un candidat crédible [à la présidence de la Commission européenne]. »
    (paru sur bfmtv.com, le 20 mai 2019)  

     

    FlècheCe que j'en pense


    « [Crédible] s’applique aux idées, non aux personnes ; pour un homme, on dira : sérieux, digne de foi, qui inspire confiance », lit-on, incrédule, dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie. Car enfin, quel crédit accorder à la mise en garde des Immortels, quand celle-ci est ignorée jusque dans leurs propres rangs : « Un écrivain n’est plus crédible, s’il ne croit pas à l’inutilité de tout, s’il ose écrire une histoire qui se termine bien » (Discours de réception de Dominique Fernandez à l'Académie française, 2007) ? Même vent de contestation observé du côté du Larousse en ligne, qui n'hésite pas à prendre le contre-pied de la position défendue par l'Académie : « Crédible s'emploie surtout pour des personnes, mais aussi pour des choses. M. X, bien connu dans la région et très estimé, ferait un député crédible (= qui semble sérieux, en qui l'on a confiance). Une histoire tout à fait crédible. » Ou encore du TLFi : « En parlant d'une personne ou d'une chose. » Mais ce n'est pas tout : crédible est suspecté d'être un anglicisme, dans tous ses emplois selon Robert, uniquement quand il est appliqué aux personnes selon Alexandre Borrot et Marcel Didier (1). Qui croire, je vous le demande ? Mon côté saint Thomas ne pouvait que m'inciter à y regarder de plus près...

    À l'origine est le verbe croire (credre, creire en ancien français), issu du latin credere (proprement « confier en prêt » d'où, au figuré, « se fier, avoir confiance », « admettre pour vrai (ce que dit quelqu'un) et, en latin chrétien, « avoir foi en (Dieu) »). Par dérivation populaire (voir remarque ci-dessous), croire a donné creable, credable (XIIe siècle), creiable, creaule (XIIIe siècle), puis croyable (vers 1370) d'après le nouveau radical verbal. À en croire le Dictionnaire historique de la langue française, l'adjectif « a progressivement cédé son ancien sens actif de "qui a la foi, qui croit facilement" à croyant et à crédule, gardant lui-même le sens passif de "qui peut être cru", en parlant d'une chose ["plausible"] ou d'une personne ["digne de confiance"] ». Autrement dit, croyable s'est employé de longue date à propos d'êtres animés : « A totes non creables genz » (Benoît de Sainte-Maure, XIIe siècle), « Preudommes loiaus et bien creaules » (Archives municipales d'Abbeville, 1283), « Et si [...] li sires requeroit qu'il se feist creavles de l'ensoine, il le feroit » (Philippe de Beaumanoir, fin du XIIIe siècle), « [La Dame] bonne, gentil, franche, amiable, Loial, noble, honneste, creable » (Guillaume de Machaut, vers 1341), « Des informations ou plaintes de personnes creables et non favorables » (Jean Jouvenel des Ursins, 1452), « Le sire de Jouinville, tesmoing croyable autant que tout aultre » (Montaigne, 1580), etc. En 1866, on croise encore chez Hugo des « personnes absolument croyables », mais cet usage a fini par vieillir (2), comme en témoignent les éditions successives du Dictionnaire de l'Académie : « [Croyable] se dit des personnes et des choses » (1694-1878), « Il se dit surtout des choses » (1932), « En parlant des choses » (1992).

    Mais venons-en à crédible, qui n'est autre que le doublet savant de croyable (credable), directement emprunté du latin credibilis (« croyable, vraisemblable ») à la fin du XIVe siècle (?) : « Soy faire croidible [sur le modèle de faire quelqu'un creable, "le persuader", se faire creable, "prouver"] » (Jean Golein, 1379 ?), « Leur effect [ce que l'on suppose de l'effet des planètes] n’est pas credible » (Eustache Deschamps, avant 1406), « Bien est credible Que toute chose t'est possible » (Passion de Semur, vers 1430), « Une chose que beaucoup ne trouvent pas credible » (Guillaume Bouchet, vers 1584), « Ceste eglise (qui avoit esté rebastie de nouvel, comme il est credible) » (Pierre Bonfons, 1608), etc. L'adjectif crédible s'appliquait-il aussi aux personnes ? Quoique rare dans l'ancienne langue, pareil emploi est surtout attesté... en anglo-normand, ce qui tend à accréditer la thèse de l'anglicisme : « Vaillaintz, crediblez et expertz persones aiantz notoire science en... » (traduction de « Credible, substantial, and expert men, having perfect knowledge in... » dans un texte de loi daté de 1423, sous Henri VI), à mettre en parallèle avec « Autre credable parsone de son counseil » (The Parliament Rolls, vers 1440). Un exemple emprunté au juriste tournaisien Jean Boutillier vient toutefois semer le doute : « Se il est homme credible ou non » (Somme rural, 1479). Influence de l'anglo-normand ou extension naturelle d'emploi du credible de Deschamps ? Bien malin qui pourrait trancher. Tout ce que l'on peut dire, c'est que crédible est un latinisme, éventuellement doublé d'un anglicisme (vieux de six siècles !) quand il est employé à propos d'une personne.

    Mais poursuivons notre enquête. Jusqu'au début du XVIIe siècle, croyable et credible passent pour des synonymes dans les dictionnaires de l'époque (3), mais voilà que des critiques commencent à se faire entendre : « Crédible est plus récent et moins français que croyable » (4) (Henri Estienne, 1582), « creable or credible, for croyable » (A Dictionary of Barbarous French de Guy Miège, 1679). À tel point que crédible finit par céder la place à croyable dans tous ses emplois... pour mieux revenir dans l'usage (en parlant des choses ou des personnes) deux siècles plus tard : « [Un fait] attesté par des témoins crédibles » (Frédéric Constant de Rougemont, 1856), « Nous prends-tu pour duppes, et comment est-il credible qu’y ait en Londres […] telle confrérie ou club que tu descris » (B. Buisson, Lettre d’Outre-Manche, 1880), « Hérodote n’est crédible que pour les choses qu’il a vues » (Alexandre Weill, 1890), « Le denoûment de l’histoire de Jean Clochepin est peu crédible » (Paul de Beaurepaire-Froment, 1912), « Un personnage très peu "crédible" » (Pierre Ogouz, 1937), « Si j'invente des noms, des lieux et des circonstances, je veux qu'ils soient crédibles et qu'ils pèsent leur poids » (Cocteau, 1947). Nouvelle influence de l'anglais ? C'est fort possible. Mais une autre explication ne peut être écartée. C'est que le substantif crédibilité, apparu justement au moment où crédible tombait en désuétude, s'est maintenu sans interruption, lui, jusqu'à nous (5) : « Des operations miraculeuses et eslevées par dessus toute credibilité » (Jacques Davy du Perron, avant 1618), « Ce ne sont pas, comme on parle, de simples argumens de crédibilité » (Guez de Balzac, 1651). Il s'agissait alors surtout d'un terme de théologie − emprunté selon toute vraisemblance du latin scolastique credibilitas −, que Richelet définit comme les « raisons humaines qui nous portent à croire les révélations divines » (Dictionnaire, 1694). Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le sens s'est progressivement étendu de « ce qui rend une chose digne de foi (religieuse) » à « ce qui rend une chose digne d'être crue » (Dictionnaire de l'Académie, depuis 1878), « qualité de ce qui est croyable, possible ou vraisemblable » (Dictionnaire historique) : « Un garant [...] dont l'autorité respectée donnera plus de poids et de crédibilité à vos récits et à vos assertions » (Louis Bollioud de Mermet, 1765), « La seule dénégation de M. Réal détruirait toute la crédibilité de mon récit » (Charles Nodier, 1834), « Quand il s'agit d'événements singuliers advenus il y a six cents ans, la première question qui se présente est la crédibilité qu'on doit y accorder » (Émile Littré, 1872). De là, le mot s'est spécialisé dans le domaine de la critique littéraire, pour désigner la force de persuasion nécessaire pour que le public prête foi aux propos imaginaires du romancier : « Ce livre possède la première d'entre les qualités d'un roman : la crédibilité » (Paul Bourget, 1895), « La crédibilité est une des qualités nécessaires à un roman » (André Maurois, 1947), « Ce roman manque terriblement de crédibilité psychologique » (Émile Henriot, 1953), puis dans le domaine militaire (vers le milieu des années 1960, sous l'influence cette fois indéniable de l'anglais) avec le sens de « certitude que fait éprouver une puissance quant à l'exécution d'une politique offensive (notamment en matière nucléaire) » (Robert) : « La crédibilité des forces nucléaires » (Xavier Deniau, 1988). La diffusion dans la langue courante du substantif a-t-elle favorisé celle de l'adjectif, comme le laissent entendre ces commentaires : « Histoire, à vrai dire, peu "crédible" (qu’on me pardonne ce néologisme imité de M. Paul Bourget) » (Charles Bourdon, 1929), « Crédibilité : ce qui rend une chose croyable. Crédible : un adjectif inventé pour la circonstance [!], avec une hardiesse peut-être excessive » (L'Express, 1962), « On a admis (reconnu par l'Académie française en 1694) le substantif abstrait crédibilité puis incrédibilité d'où l'on est revenu à crédible [aux dépens de croyable] » (Aurélien Sauvageot, 1980) ? Ou est-ce plutôt le phénomène inverse qui fut à l'œuvre ? Difficile à dire, croyez-le bien.

    Quid, enfin, de l'emploi de crédibilité à propos des personnes ? Les exemples, quand ils seraient rares avant le XXe siècle, ont le mérite d'exister, notamment dans la langue juridique : « Le degré de la crédibilité du témoin, et par conséquent de la probabilité du fait » (David Renaud Boullier, 1737), « La crédibilité d'un témoin est d'autant moindre que le crime est plus atroce » (Catherine II de Russie, 1767), mais tout porte à croire, là encore, que l'anglais (ou l'italien) a pu exercer son influence (il s'agit dans les deux cas d'auteurs étrangers écrivant en langue française). De là à affirmer, avec Pierre Gilbert, que crédibilité est un « mot du XVIIe siècle, repris et répandu au milieu du XXe siècle sous l’influence de l’anglais credibility » (Dictionnaire des mots nouveaux, 1971), il y a un pas que je me garderais bien de franchir.

    Résumons. Crédible et crédibilité sont deux latinismes, qui ont connu des fortunes diverses face à leur équivalents populaires. Ressuscité après deux siècles d'oubli, crédible est désormais en passe d'évincer son concurrent croyable. D'aucuns verront dans cet incroyable revirement l'influence de l'anglais credible (qui est emprunté du même mot latin) ; d'autres, l'incapacité de notre langue à avoir su maintenir l'ancienne forme croyableté pour faire barrage à crédibilité (6). Toujours est-il que les deux emprunts savants se voient opposer par leurs détracteurs les mêmes objections d'ordre esthétique et sémantique depuis près d'un siècle : « [Crédibilité] est un latinisme bien vilain [qui] ne dit rien de plus que vraisemblance » (André Thérive citant un correspondant dans Les Nouvelles littéraires, 1926) (7), « Crédible. Cet adjectif au sens assez vague est à éviter. Il faut lui préférer sérieux, important, honorable, qui inspire confiance, croyable, vraisemblable » (revue Défense nationale, 1986), « Comment acquérir la conviction qu'un homme ou une femme politique est irréprochable, honnête, de probité candide ? La question est cruciale, si l'on veut que la sinistre crédibilité, mot disgracieux et cliquetant, soit enfin remplacée par la simple confiance » (Alain Rey, 1996). Je ne sache pas que l'on ait fait tant de cas de lisibilité, sensibilité, visibilité...
    Superflus, crédible et crédibilité ? H. J. Schmitt n'est pas de cet avis : c'est le vieillissement de l'emploi de croyable à propos des personnes qui a favorisé, selon lui, le succès de crédible (et de crédibilité(8). Pierre Gilbert ne confirme-t-il pas, dans son Dictionnaire des mots nouveaux (1971), que « [crédible] détermine des noms de personnes (ou de collectivités) et de choses, à la différence de croyable, qui ne s’applique normalement pas aux personnes » ? Les académiciens ne vont pas en croire leurs oreilles...

    (1) « Appliqué à une personne, crédible est un anglicisme à éviter » (Code du bon français, 1991), dans la mesure où, comme vous l'aurez compris, l'anglais credible se dit aussi bien des choses que des personnes.

    (2) Sauf en tournure négative, dans la langue familière : Il n'est pas croyable, ce mec !

    (3) « Credible ou creable ou croyable, credibilis » (Dictionnaire français latin de Robert Estienne, édition de 1564 augmentée par Jehan Thierry), « credible ou creable ou croyable, credibilis » (Thresor de la langue française de Jean Nicot, 1606), « creyble, credible, croyable » (Thresor des deux langues française et espagnole de César Oudin, 1607), « creable, as credible, or croyable » (A Dictionarie of the French and English Tongues de Randle Cotgrave, 1611), « Croyable, credible, qu'on peut croire » (Abrégé du parallèle des langues française et latine de Philippe Monet, 1620).

    (4) « Pro Credibilis etiam in usu sunt duo, Croyable et Credible : sed hoc posterius, ut recentius ita minus Gallicum est » (Hypomneses de gallica lingua).

    (5) Il succédait aux anciennes formes populaires creableté, croiableté (« qualité de ce qui est croyable ; attestation », selon Frédéric Godefroy) : « Se le vallet n'aporte avec soi bone creableté et certaine qu'il ait fait le gré de son mestre » (Étienne Boileau, vers 1268), « Il ne doit estre receuz a ouvrer devant que il se soit fes creables par boins temoins ou par creableté de sainte yglise que il ait espousé la fame » (Ordonnance relative aux tisserands de toile, 1281), « Credibilitas : creabletés » (Dictionarius de Firmin Le Ver, vers 1440).

    (6) « Ah ! si croyable pouvait provigner », écrivait sans trop y croire André Thérive dans Les Nouvelles littéraires (1926). C'est oublier que croyable a bien eu une descendance, mais celle-ci n'a pas résisté à ce qu'Aurélien Sauvageot qualifie de « tendance à la latinisation à outrance » : « Nous nous encombrons d'un double lexique pour exprimer les mêmes notions et nous nous donnons parfois beaucoup de mal pour introduire des nuances différenciatives afin d'alléger ce fardeau de doublons » (Latinisation et économie, 1971).

    (7) Dupré, quant à lui, approuve le jugement esthétique, mais défend énergiquement la valeur sémantique du mot : « [Crédibilité] n'est pas le synonyme de vraisemblance. » Pour preuve cette citation d'Abel Hermant : « Une histoire feinte, aussi remarquable par son invraisemblance que par sa crédibilité. »

    (8) « Le néologisme permet de combler fort avantageusement une lacune lexicale due à un phénomène diachronique : le vieillissement d'un emploi » (Deux mots français ressuscités par l'influence de l'anglais : créatif et crédible, 1980).

    Remarque 1 : Selon Arsène Darmesteter, la graphie credable s'explique par l'attraction exercée en français par la première conjugaison sur les autres : « Le latin dit : am-a-bilis, fl-e-bilis, vis-i-bilis, etc. en ajoutant le suffixe bilis au thème du verbe ou du participe [...]. De ces diverses terminaisons, la langue populaire, dès les premiers temps (VI-VIIIe siècle), n’a retenu que la première, a-bilis. Quelques mots en i-bilis ont bien passé avec leur terminaison ible ; ainsi horribilis, devenu orible (plus tard transcrit horrible) ; mais dans ces mots le peuple ne reconnaissait plus le suffixe verbal ; horribilis n’était plus rattaché à horrere ; il était considéré comme simple adjectif, au même titre que bonus, sanctus, fortis, et n’avait par suite qu’à passer par les transformations physiologiques de la phonétique sans se soumettre aux lois psychologiques de l’analogie. Pour les autres dérivés en bilis qui avaient cours dans la langue populaire, et que le peuple décomposait en thème verbal et en suffixe, ebilis, ibilis firent place à abilis ; et c’est ainsi que l’on trouve, dès le début du douzième siècle, credable, d’où plus tard croyable » (De la création actuelle de mots nouveaux dans la langue française, 1877).

    Remarque 2 : L'antonyme incrédible est attesté depuis le XIVe siècle (à côté des variantes increable, incroyable), au sens de « impossible à croire (en parlant d'une chose) ; incroyant, mécréant (en parlant d'une personne) » : « Ce n'est pas chose incredible » (Nicole Oresme, vers 1377), « Destruire les incredibles et exaulcier nostre foy » (Jean Froissart, fin du XIVe siècle), « Nembroth aussi feit bastir lincredible tour de Babilone » (Gilles Corrozet, 1535), « Incredible ou Incroyable » (Jean Nicot, 1606). Incrédibilité a suivi au XVIe siècle : « Yronie se commect en plusieurs manieres : [...] pour l'incredibilité » (Pierre Fabri, 1521), « L'incredibilté de vostre patience » (Étienne Du Tronchet, 1583), « Ce qui fait qu'on ne peut croire une chose. Comme il y a des motifs de crédibilité, il y a aussi des motifs d'incrédibilité » (Dictionnaire de Furetière, 1690).

    Remarque 3 : Précisons enfin que l'adjectif créable s'est aussi employé au sens de « qui peut être créé » (selon Littré).

      

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    La même chose (ou un candidat sérieux).

     


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  • « Les deux [cercueils] ont quitté la cour d'honneur des Invalides, les familles et le couple Macron à leur suite alors que les militaires entonnaient a capela "Loin de chez nous en Afrique". »
    (Alexis Boisselier, sur lejdd.fr, le 14 mai 2019)  

     

     

    FlècheCe que j'en pense


    Nul doute que mon propos paraîtra bien dérisoire au regard des tragiques circonstances que l'on sait. Mais enfin, rappelons à notre journaliste (et accessoirement aux lecteurs soucieux d'éviter toute fausse note) que la cappella en question s'écrit traditionnellement avec deux p et deux l. Je dis traditionnellement car, si la seconde double consonne semble acquise, l'hésitation est permise sur la première : n'avons-nous pas affaire à l'équivalent italien de notre chapelle, tous deux dérivés du latin capella − avec un −, que le Dictionnaire historique de la langue française présente comme le diminutif de cappa (« manteau à capuchon » [1]) − avec deux ? Aussi ne s'étonnera-t-on pas de voir les deux graphies se faire concurrence, surtout depuis le milieu du XIXe siècle : « Ce qui se chante da Capella » (Sébastien Brossard, 1703), « Le contrepoint que les Italiens nomment à Capella » (Michel Pignolet de Montéclair, 1736), « Les musiques da Capella » (Jean-Jacques Rousseau, 1767), « Les compositions à Capella » (Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1782), « A capella » (Alexandre-Étienne Choron, 1808 ; Louis-Nicolas Bescherelle, 1845), « A cappella » (Encyclopédie des gens du monde, 1833), « À capella » (Littré, 1863), « A cappella. On rencontre également la forme a capella (avec un seul p), correcte mais moins fréquente » (Larousse en ligne). Les spécialistes de la musique eux-mêmes peinent à accorder leurs violons : « Ne plus entendre que les chants "a cappella" des bonnes petites poules » (Claude Debussy, 1913), « J'en fis un [psaume] pour chœur d'hommes a capella » (Darius Milhaud, 1927), « L'orthographe capella, parfois employée, est mauvaise » (Roland de Candé, La Musique, 1969), « A capella n'est pas une orthographe correcte » (Alain Bonnard, Le Lexique des termes musicaux, 1993), « A cappella ou A capella » (Marc Vignal, Dictionnaire de la musique, 2005). Plus étonnant : l'Académie, dans le premier tome de la neuvième édition de son Dictionnaire (paru en 1992), s'en tient à la seule forme a cappella, alors que la graphie rectifiée (et francisée) qu'elle est pourtant censée avoir avalisée deux ans plus tôt n'est autre que... à capella (avec un a accentué, un p et deux l) ! Vous parlez d'un couac...

    Mais laissons là ces querelles de chapelle et venons-en au sens de la locution musicale a cappella (et ses variantes da cappella, alla cappella), directement empruntée à nos voisins italiens. Selon Marc Vignal, elle « désignait à l'origine les compositions polyphoniques religieuses exécutées dans les églises "comme à la chapelle" », allusion aux chapelles de collégiale, de cathédrale ou de cour (princière, royale et surtout papale [2]) où était en usage un style d'écriture particulier − généralement à quatre voix, de caractère grave, de rythme binaire alla breve (3) et aux mélodies empruntées au plain-chant (ou chant grégorien) et répétées en imitation −, employé autrefois dans la messe et le motet. On a longtemps cru que ce modèle musical s'était appliqué aux seules voix sans accompagnement instrumental. Force est de constater que les traités musicaux du début du XVIIIe siècle ne l'entendaient pas de cette oreille. Jugez-en plutôt : « Les Italiens prennent ce mot [capella] pour une assemblée de musiciens propres à chanter ou à jouer toutes les parties d'une musique ou d'un concert. Ainsi ces mots da Capella, "par la Chapelle", marquent qu'il faut que toutes les voix et les instruments de chaque partie chantent ensemble la même chose pour faire plus de bruit, même dans les entrées des fugues » (Sébastien de Brossard, Dictionnaire de musique, 1703), « Aux premiers temps, il est certain que les offices divins ne se chantaient qu'avec des voix. Puis, une fois les orgues introduites, on adopta au fil du temps toutes sortes d'instruments, ce que démontre clairement l'usage actuel. Une double méthode de ce style a capella est en vigueur à notre époque : avec les voix seules, sans orgue et autres instruments ; et avec orgue et instruments. La première est encore conservée dans la plupart des cathédrales et à la cour impériale lors du carême, par une piété singulière de notre très auguste monarque et par respect du culte divin » (Jean-Philippe Navarre traduisant Gradus ad Parnassum de Johann Joseph Fux, 1725). Autrement dit, notre expression en est venue à désigner deux pratiques d'un même style musical : l'une strictement vocale (que d'aucuns préfèrent qualifier de alla Palestrina [4]) et l'autre qui s'accommodait du soutien de l'orgue ou d'autres instruments, à condition que ceux-ci accompagnassent les voix « à l'unisson ou à l'octave » (Encyclopédie des gens du monde, 1833). Il faut croire que la langue courante n'a retenu que la première pratique, puisque la locution a cappella s'emploie désormais par extension, comme adjectif (invariable) ou comme adverbe, à propos d'une musique vocale privée de tout soutien instrumental, quel qu'en soit le style ou le caractère : des chants de Noël a cappella, chanter a cappella.

    « De la musique avant toute chose », réclamait ce bon Verlaine. Fût-ce au prix de doubles croche(-pied)s consonantiques...

    (1) Selon le Dictionnaire de l'Académie, le latin capella désignait en effet le manteau de saint Martin, relique conservée à la cour des rois francs. De là le nom donné à leur oratoire.
    On l'a échappé belle... quand on songe que le mot se disait aussi d'une petite chèvre !

    (2) D'aucuns y voient une référence directe au chœur de la chapelle Sixtine : « L'école romaine se spécialisait dans le chant purement vocal, a capella, qui prit son nom de la chapelle Sixtine, dénuée d'orgue » (Lucien Bourguès et Alexandre Denéréaz, 1921), « L'expression a capella signifie "à la manière du chœur de la chapelle Sixtine", autrement dit sans accompagnement musical » (Baudouin Bollaert et Bruno Bartoloni, 2009), « Littéralement, a cappella renvoie à une chapelle, comme le mot latin le laisse entendre ; en l'occurrence à la chapelle par excellence pour l'Église catholique : la chapelle Sixtine au Vatican » (Thierry Geffrotin, 2011), « [Au début du XVIIe siècle,] seules quelques rares maîtrises, parmi lesquelles la cappella Sixtina, conservaient l'usage du chant a cappella, qui leur dut sans doute ce nom » (Dictionnaire des musiques, 2016). Précisons encore que cappella s'est aussi dit par opposition à camera (« chambre ») ; la musicologue Nanie Bridgman nous apprend ainsi que la Renaissance italienne distinguait deux catégories de voix : les voix da camera, douces et agiles, et les voix da capella (ou da chiesa), plus amples et sonores.

    (3) Roland de Candé apporte les précisions suivantes : « L'indication alla breve dans un mouvement à 4/4 signifie que la blanche prend désormais la valeur de la noire. [...] En tête de certaines œuvres instrumentales du XVIIe siècle, la mention a cappella devient synonyme de alla breve. » Preuve que a cappella et instruments ne rechignaient pas à esquisser un pas de deux à l'occasion...

    (4) « L'expression style ou musique a cappella désigne plus précisément les pièces d'église destinées aux voix avec accompagnement d'orgue, par opposition à la musique alla Palestrina [du nom du compositeur italien du XVIe siècle qui porta ce style à sa perfection], qu'exécutent les voix sans aucun accompagnement musical » (Adrien de La Fage, 1852).

      

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Les militaires entonnaient un chant a cappella (selon l'Académie) ou à capella (orthographe rectifiée).

     


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  • « A titre de comparaison, aux élections européennes de 2014 marquées par une participation de 42,4 %, le Front national avait terminé en tête avec 4,7 millions de voix (24,86 %). L'étiage devrait être similaire pour l'emporter le 26 mai. »
    (dépêche AFP publiée sur lepoint.fr, le 9 mai 2019)  

     

    FlècheCe que j'en pense


    L'anecdote est rapportée par Bernard Pivot dans son livre La Mémoire n'en fait qu'à sa tête (2017) : « Dans sa diatribe, l'académicien [Maurice Druon] avait écrit que le français s'était autrefois "élevé à cet étiage de clarté, de précision, de subtilité, d'élégance, de charme, de politesse [...] qui en a fait, longtemps, la langue universelle". Or l'étiage est "le niveau le plus bas atteint par un cours d'eau ou un lac" (Dictionnaire de l'Académie). Druon, coupable d'un méchant barbarisme, avait dit le contraire de ce qu'il voulait dire ! »

    La critique n'est pas nouvelle. En 1934, Abel Hermant s'en faisait déjà l'écho dans ses fameuses Chroniques de Lancelot : « Dans une histoire de la littérature anglaise parue voilà une dizaine d'années, on rencontre ceci : "La même ardente passion du beau qui marque ses sonnets et fait des meilleurs le plus haut étiage de beauté atteint par le vers anglais." [...] Que deux agrégés de l'Université, l'un professeur de lettres dans une faculté, l'autre à la Sorbonne s'il vous plaît (je ne les désignerai pas autrement), ignorent le sens du mot étiage et en fasse un emploi ridicule dans un livre destiné à l'enseignement, voilà qui passe l'imagination d'abord, et ensuite la permission. » (1) Pour autant, la jubilation revancharde de Pivot et le mea (minima) culpa de Druon (2) sont-ils fondés ? Voire. Car enfin, il n'est que de puiser dans les écrits de bons auteurs pour gonfler la liste des exemples de étiage employé au sens général et critiqué de « niveau, degré, hauteur ». Jugez-en plutôt : « Ces grands rochers blancs peuvent se suivre du regard à plusieurs centaines de pieds sous la transparence de l'azur dont ils sont baignés, ce qui produit un effet assez effrayant pour ceux qui les rasent dans une frêle barque, en donnant en quelque sorte l'étiage de l'abîme » (Théophile Gautier, 1853), « Depuis dix ans, depuis vingt ans, l'étiage prostitution, l'étiage mendicité, l'étiage crime, marquent toujours le même chiffre ; le mal n'a pas baissé d'un degré » (Victor Hugo, 1864), « Mettre de niveau toutes ces inégalité de civilisation, et les élever au plus haut point de l'étiage humain » (Ibid.), « Chaque fois que le sou ou le franc, jeté par l'ouverture, tombe au fond du vase, le bruit qu'il fait cause à l'enfant une commotion intime et profonde ; car ce bruit, plus clair ou plus sourd, plus proche ou plus éloigné, dit l'étiage de la tirelire, c'est-à-dire la hauteur où en est le trésor, le degré de plénitude de la caisse » (Ernest Legouvé, 1874), « Les forces spontanées ne dépasseront pas l'étiage qu'elles ont atteint » (Ernest Renan, 1876), « Il faut un clergé dont l'étiage concorde avec le niveau des fidèles » (Joris-Karl Huysmans, 1895), « Ces fleuves, dont l'étiage varie dans des proportions considérables depuis la saison sèche jusqu'à la saison pluvieuse » (Jules Verne, 1898), « Le mercure du thermomètre a regagné un étiage plus raisonnable » (Alphonse Allais, 1899), « Le chrétien ne se définit pas par l'étiage, mais par la communion. On n'est point chrétien parce qu'on est à un certain niveau moral, intellectuel, spirituel même » (Charles Péguy, 1911), « Le nombre des dérivés donne l'étiage de la vogue des mots » (Albert Dauzat, 1918), « Le niveau... que dis-je, l'étiage moral de la France ne fut jamais aussi haut » (Octave Mirbeau, 1918), « On ne peut juger objectivement si les hommes ont accru à un moment ou à l'autre la somme de leurs douleurs. Je crois que leur souffrance atteint un étiage constant qu'elle ne dépasse jamais » (André Thérive, 1926), « Les vivats de ses hommes [...] auxquels il pouvait mesurer l'étiage grandissant [...] de sa popularité » (Charles Le Goffic, 1927), « Il a vu baisser rapidement l'étiage de sa petite réserve d'argent » (Romain Rolland, 1933), « C'est là le bienfait de l'enfouissement, sous la carapace de sable, dont l'étiage se mesure, à quatre ou cinq mètres d'élévation, au mur du fond du Temple de Septime » (Émile Henriot, 1935), « Si j'étais mort il y a vingt-cinq ans, j'aurais emporté dans la tombe l'illusion que l'humanité suivait une courbe ou une spirale ascendante ; au lieu que je constate aujourd'hui que l'étiage est invariablement le même » (Maurice Maeterlinck, 1936), « La pensée nous paraît encore d'un haut étiage moral » (Julien Benda, 1948), « Le chiffre des privilégiés, lui, a eu des hauts et des bas, mais il s'est maintenu à un étiage élevé » (Georges Izard, 1957), « C'était là au contraire le sentiment le plus exact de la connaissance littéraire à son plus haut étiage » (Marc Fumaroli, 1985) (3). On peine à croire que pareilles autorités se soient à ce point fourvoyées. La langue littéraire serait-elle tombée à l'étiage ? Pis, aurait-elle touché le fond ?

    « L'emploi impropre d'étiage vient sans doute d'une vague confusion avec étage », avancent sans rire Dupré et Girodet. L'argument paraît bien faible (si j'osais, je dirais qu'il fait un flop...). Afin d'y voir plus clair, mieux vaut encore revenir aux sources − en l'espèce, au numéro d'octobre 1754 du Journal économique, où l'on peut lire la définition suivante : « L'étiage est une ligne tracée au bout du pont de la Tournelle. Quand l'eau y arrive (ce qui est son état ordinaire en été, d'où sans doute a été donné le nom d'étiage à cette ligne ou marque) on est assuré que la rivière [la Seine] est navigable ; et elle ne l'est pour ainsi dire point quand l'eau est au-dessous : aussi appelle-t-on cet état de la rivière, basses eaux. Une mesure graduée de six pouces en six pouces au-dessus et au-dessous de ladite ligne ou étiage annonce de combien les eaux sont basses ou hautes, et c'est de cette mesure que nous tirerons la connoissance de l'état de la rivière. » (4) Un mois plus tôt, le même journal apportait cette précision : « Crues et diminutions de la Seine prises à l'étiage [...]. L'étiage donne exactement les degrés de la crue ou de la diminution de la rivière. » Autrement dit, résume Éman Martin, « étiage se prend dans trois acceptions différentes : [état d'une rivière aux plus basses eaux ou, par extension,] temps des plus basses eaux ; point marquant le niveau le plus bas ; et échelle ayant ce niveau pour point de départ » (Le Courrier de Vaugelas, 1872). Et voilà qu'émergent aux pieds du Zouave du pont de l'Alma les premières contradictions. Car enfin, avouez qu'il n'est pas banal qu'un même mot puisse désigner un point fixe (le zéro de l'échelle d'étiage) aussi bien qu'un niveau fluctuant (Jean-Charles Laveaux n'observe-t-il pas fort justement, dans son Nouveau Dictionnaire de la langue française, que « l'étiage d'une rivière est susceptible de varier, car, s'il arrive que, dans une année, les eaux deviennent plus basses que dans celle où l'on a fait l'observation et marqué le zéro, le véritable étiage sera alors plus bas que celui qui est indiqué par l'échelle » ?). De là la remarque d'Abel Hermant, selon laquelle l'étiage « ne saurait être plus ou moins haut, mais peut être plus ou moins bas » : « Après la fonte des dernières neiges, les rios descendraient à leur plus bas étiage » (Jules Verne, 1906), « La rivière est tombée très bas au-dessous de l'étiage » (Henri Bosco, 1945), « Le Nil descendit de surcroît au plus bas de l'étiage » (Jean Dutourd, 1995).

    Mais ce n'est pas tout. Par ellipse, étiage s'est également employé très tôt pour « hauteur de l'eau relevée à l'échelle d'étiage de tel pont ». Je n'en veux pour preuve que ces exemples clairs comme de l'eau de roche : « Étiage de la rivière [la Seine]. Du jeudi 1er avril, la rivière étoit à 6 pieds 9 pouces au-dessus des plus basses eaux [...]. Nota. L'étiage de la rivière se prend sur une échelle gravée à la culée du pont de la Tournelle » (revue Le Négociant, 1762), « Les eaux de la Seine montent dans de fortes proportions. Voici l'étiage de ce matin : Pont-Royal, 3 m. 22 ; Pont de la Tournelle, 3 m. 16 [...] » (journal La France, 1878). Gageons qu'il n'a pas dû couler beaucoup d'eau sous lesdits ponts parisiens avant que le sens de l'intéressé ne verse de « niveau mesuré à partir de l'étiage » à « niveau (tout court) », au propre comme au figuré. Alors oui, sans doute est-il regrettable, pour la limpidité de la langue, qu'un même mot puisse en venir, selon le contexte, à signifier une chose et son contraire. Mais de là à crier au barbarisme avec Bernard Pivot, il y a un fleuve que je me garderai bien de franchir...
     

    (1) Citons encore : « Le mot étiage est pris au sens général de hauteur. Il y a là une impropriété contre laquelle on ne saurait trop tôt protester avant que le nouveau sens s'enracine dans la langue par les journaux » (Revue critique d'histoire et de littérature, 1910), « Combien de fois lisons-nous dans les journaux : la Seine était ce matin à l'étiage de tant, alors même qu'elle sort de son lit. Cet été, en première colonne, Le Temps publiait un article [où j'ai lu] avec tristesse que nos effectifs [militaires] avaient été maintenus, depuis le début de la guerre, à un "étiage constant". Ce qui signifierait que nos effectifs étaient toujours restés au chiffre minimum. [...] Moralité : avant d'employer un mot qui n'appartient pas au langage courant, ou qui se rapporte à une branche spéciale qui n'est pas de notre compétence, consultons le dictionnaire. Nous éviterons ainsi bien des erreurs » (P. Morel, 1917), « Ce mot [étiage] est souvent pris, fautivement, au sens de "niveau le plus élevé", ou même de "niveau" tout court, ce qui conduit à des étiages élevés et à des bas étiages » (Adolphe Thomas, 1956), « Étiage et degré ne sont synonymes que si le mot degré est assorti du superlatif "le plus bas" » (Fernand Feugère, 1963), « C'est une erreur constante de parler d’"étiage élevé" ou de "bas étiage" quand il s'agit de la crue ou de la décrue d'un cours d'eau. L'étiage est le plus bas niveau d'un fleuve ou d'une rivière. On retrouve aussi cette confusion dans le sens figuré attaché parfois au mot étiage pris dans le sens de niveau (étiage des finances, des personnalités, de la popularité) » (Claude Vallette, 1978), « [Étiage] ne doit en aucun cas être employé comme synonyme de niveau, ni au propre ni au figuré » (Jean Girodet, 1981), « [Ne dites pas :] L'eau a atteint un étiage très élevé (contradiction). [Dites :] L'eau a atteint un niveau bien au-dessus de l'étiage » (Code du bon français, 1991), « Bas étiage est un pléonasme. Haut étiage est un non-sens » (Pascal-Raphaël Ambrogi, 2005), « Les commentateurs politiques utilisent volontiers ce mot, qu'ils comprennent pourtant de travers. Nous les invitons donc à consulter un dictionnaire à cette entrée. L'étiage est le niveau le plus bas des eaux d'une rivière. Quand ils parlent d’"étiage électoral" [...], c’est dans le simple sens de "niveau" ; or les deux ne sont pas synonymes » (blog des correcteurs du monde.fr, 2015), « Ne pas employer le mot [étiage] au sens de "niveau quelconque" ou de "niveau le plus haut" » (Larousse en ligne).

    (2) « L'avantage d'être "empesé, figé, hautain, sinistre", c'est de me laisser de marbre devant la longue, longue diatribe de M. Pivot. Je ne lui concède qu'un point, sur "étiage". L'horreur de la répétition, souci trop français, m'a fait employer ce mot, pour ne pas redire niveau, en oubliant son sens précis » (Le Figaro, 1er mars 2004).

    (3) Et aussi : « Lorsqu'elle [= la crue du Nil] dépasse de beaucoup l'étiage maximum » (Grand Dictionnaire d'Adolphe Bitard, 1884), « Le Paraguay atteint son étiage minimum en février, et son maximum à la fin de juin » (Dictionnaire de Larive et Fleury, 1889), « Quitte à embourgeoiser son sujet pour le ramener à l'étiage des médiocres partenaires dont il dispose » (Benjamin Crémieux, 1922), « Quel que fût l'étiage de ses finances » (Gustave Fuss-Amoré et Maurice Des Ombiaux, 1925), « Le saint-simonisme, une philosophie sociale qui atteint alors son étiage le plus haut » (Jean Lebrun, 1981), « Maintenir la littérature française dans son plus haut étiage » (Alain Borer, 2014), « En hausse de 69 % en 2018, les actes antisémites ont retrouvé en France leur tragique étiage de 2015 » (Cécile Guilbert, 2018). Avec le sens de « échelle » : « Ce procédé servirait aisément d'étiage pour qui voudrait mesurer la profondeur psychologique des divers écrivains » (Paul Bourget, 1883), « Elles faisaient assaut de faste, comme pour mesurer l'intensité de leur passion à l'étiage de leurs moyens financiers » (Michel Peyramaure, 2009).

    (4) La définition proposée par Jean-Charles Laveaux dans son Nouveau Dictionnaire de la langue française (1820) est de la même eau : « On entend ordinairement par ce mot le plus grand abaissement connu des eaux d'une rivière. Sur les échelles destinées à indiquer l'accroissement ou l'abaissement des eaux d'une rivière, l'étiage est indiqué par un zéro, et les chiffres marqués au-dessus de ce zéro indiquent les diverses hauteurs des eaux au-dessus de l'étiage. [...] On entend aussi, par ce mot, le plus grand abaissement des eaux d'une rivière dans chaque année. C'est dans ce sens qu'on dit le temps de l'étiage. Les eaux sont à l'étiage. L'étiage de la Loire dure environ trois mois. »

    Remarque 1 : Les spécialistes de la langue ne s'accordent pas davantage sur l'étymologie de l'intéressé. Littré, toujours très au courant, rattache ce dernier au latin aestus (« été ») par l'intermédiaire de estivaticus, sous le prétexte que l'été est ordinairement la saison des plus basses eaux, quand l'Académie, le TLFi et le Dictionnaire historique y voient plutôt un dérivé irrégulier de étier (« petit canal reliant la mer à un marais salant »).

    Remarque 2 : Dans son livre Navigation intérieure (1957), René Jenoudet distingue utilement, en un point déterminé d'un cours d'eau, l'étiage de l'année (« le niveau des plus basses eaux au cours de l'année »), l'étiage moyen (« la moyenne des étiages annuels au cours d'une période donnée ») et l'étiage minimum (« le niveau des plus basses eaux connues »).

     

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    Ce qu'il conviendrait de dire


    Le score minimal ?

     


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  • Information de dernière minute

    « Les futurs élèves intéressés sont invités à des réunions d'informations. »
    (Charlotte Hautin, sur tendanceouest.com, le 3 mai 2019)  

     

     

    FlècheCe que j'en pense

    Doit-on écrire réunion d'information ou réunion d'informations ? me demande en substance un correspondant. C'est le sens, répondent en chœur les spécialistes les mieux informés, qui doit nous guider en cas d'hésitation sur le nombre du complément du nom (1). Las ! il faut croire que l'exercice n'a rien d'évident avec le mot information, tant les divergences sont nombreuses d'un dictionnaire à l'autre − comparez : « bulletin d'informations » (Larousse), « bulletin d'information » (Dictionnaire de l'Académie) et « bulletin d'information (ou d'informations) » (Office québécois de la langue française) ; « des notes d'information » (Bescherelle) et « des notes d'informations » (Dictionnaire de l'Académie) ; « source d'informations » (Dictionnaire de l'Académie), « source d'information(s) » (TLFi) −, quand ce n'est pas au sein d'un même ouvrage : « bulletin d'information » (à l'article « bulletin » du Petit Robert), mais « bulletin d'informations » (à l'article « information ») ; « des chaînes d'information en continu », mais « une chaîne d'informations en continu » (site Internet de l'Académie) ! Pourquoi pareille cacophonie ? Parce que le substantif information peut s'entendre au sens général de « action d'informer ou de s'informer » (Une note distribuée pour information), mais aussi au sens métonymique de « renseignement qu'on donne ou qu'on obtient (spécialement, fait ou évènement porté à la connaissance du public par un média) », lequel s'accommode fort bien du pluriel comme cela n'aura échappé à personne (Recueillir des informations). Partant, résume l'outil Clefs du français pratique (diffusé par le gouvernement fédéral du Canada), information employé comme complément déterminatif s'écrirait au singulier pour insister sur l'action d'informer, de donner de l'information ou sur l'ensemble des informations (vision globale), au pluriel pour mettre l'accent sur les éléments constituant ladite information (vision détaillée). 

    Mais quid de réunion d'information ? s'impatiente mon interlocuteur. Pour le coup, ledit attelage ferait plutôt figure d'exception, tant la graphie avec information au singulier semble s'être imposée parmi les experts consultés (Académie, Larousse, Robert, Bescherelle, Office québécois, TLFi) : une réunion d'information − avec information pris dans son sens général, donc − comme on écrirait une réunion de présentation, de conciliation, de négociation. Renseignements pris, l'unanimité n'est, là encore, pas complète : le linguiste Charles Muller, par exemple, laisse le choix, dans l'expression une réunion d'information et d'échange, « entre un singulier à valeur très générale, presque symbolique... et un pluriel plus concret, un peu terre à terre. De l'information et de l'échange, ou des informations et des échanges » (La Langue française vue d'Orthonet, 2004) (2). L'ennui, c'est que cette latitude laissée au scripteur se prête mal à la subtile distinction que Josette Rey-Debove introduit dans son Dictionnaire du français entre réunion d'information, fait de réunir des personnes pour les informer, et réunion d'informations, fait de réunir des informations (dans le cadre d'une enquête, par exemple) ; comparez : « Le syndicat a organisé une réunion d'information » et « Recherche de la vérité par l'écoute des témoins, la réunion d'informations » (3).

    Vous l'aurez compris : en l'absence de règle clairement établie, mieux vaut s'en tenir à la graphie réunion(s) d'information... jusqu'à plus ample informé.

    (1) « Plutôt que de chercher une règle fantôme ou un usage incertain, essayons d'écouter le sens » (Charles Muller, La Langue française vue d'Orthonet, 2004), « Il n’y a pas de règle absolue qui détermine si le complément du nom se met au singulier ou au pluriel. C’est généralement le sens qui nous fait opter pour l’un ou l’autre » (Office québécois de la langue française), « Il faut généralement analyser chaque cas séparément et se demander si le complément évoque l’idée d’un seul élément ou, au contraire, l’idée de plusieurs éléments » (Clefs du français pratique). Goosse se montre moins confiant : « La logique ne permet de trancher nettement que dans peu de circonstances » (Le Bon Usage, 2011).

    (2) Bruno Dewaele, de son côté, opte pour la graphie hybride réunion d'information et d'échanges.

    (3) Dans le premier exemple, le complément information désigne l'objet de la réunion ; dans le second, les renseignements collectés.

    Remarque : L'hésitation sur le nombre à donner à information n'est pas nouvelle. Témoin ces exemples où le mot est employé dans son sens premier juridique de « enquête faite en matière criminelle » : « Demander que informations soient faites » et « La Cour a ordonné que information soit faite » (Le Thresor de la langue française de Jean Nicot, 1606).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Des réunions d'information (selon l'Académie et les dictionnaires usuels).

     


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