• Fond / Fonds / Fonts

    Ainsi fond, fonds, fonts... sont trois homonymes qu'il convient de bien distinguer, au risque de toucher le fond sans espoir de cagnotte à la clef.

    Force est de constater que les deux premiers mots sont fréquemment confondus, en raison d'un pluriel... bien singulier !

    Comparez : les fonds marins, user ses fonds de culotte, des fonds d'artichaut (nom masculin fond au pluriel) et un fonds de commerce, de garantie, de santé, le fonds documentaire d'une bibliothèque, le Fonds monétaire international (FMI), une mise de fonds (nom masculin fonds, ici au singulier).

    Il se trouve que le s final de fonds (au sens de « bien, capital, ressource », au propre comme au figuré) n'est pas la marque d'un pluriel mais celle de l'ancien français fons, emprunté du latin fundus, lui-même à l'origine de fond (au sens de « partie la plus basse, la plus éloignée d’une chose » ou, au figuré, de « partie la plus importante, la plus intime d’une chose »). Est-il besoin de préciser que la différenciation entre ces deux mots partageant une étymologie commune relève de l'arbitraire le plus total ?

    Cette distinction, établie au XVIIe siècle par Vaugelas, dénoncée par Littré puis par Hermant (« une des sottises de la langue française »), est tellement artificielle qu'il devient parfois impossible de choisir entre les deux graphies. Ainsi, doit-on parler du fond de caisse ou du fonds de caisse pour désigner les liquidités d'un commerçant (cf. Remarque 1) ? Doit-on dire de quelqu'un qu'il a un bon fond (Académie) ou un bon fonds (Thomas) ? Les Immortels se sont même sentis obligés de préciser dans la dernière édition de leur Dictionnaire : « Il a un grand fonds de savoir, d'érudition. (On écrit aussi Fond.) », après avoir un temps autorisé la suppression pure et simple de cette distinction au profit de fond. Si vous voulez celui de ma pensée, on patauge dans un puits sans fond...

    Au sens figuré, où la confusion est monnaie courante, mieux vaut s'en tenir aux conseils du Robert : « Il serait souhaitable que, dans tous les cas où l'on veut exprimer l'idée d'"élément essentiel et permanent" on écrivît fond, et, au contraire, fonds lorsque prévaut l'image de "capital exploitable" » (j'ajoute : ou de ressources personnelles).

    Il y a dans son discours un fond de vérité. Il a un bon fond mais Il a un grand fonds de savoir.

    Quant à fonts, il s'agit d'un nom masculin pluriel emprunté du latin fontes (fontaines), qui ne s'emploie plus que dans l'expression fonts baptismaux (vasque où l'on conserve l'eau bénite dont on se sert pour baptiser).

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Hanse rappelle que, en 1975, l'Académie a autorisé la suppression de la distinction entre fond et fonds (au profit de fond), mais elle a ensuite annulé sa décision.

    Remarque 2 : La menue monnaie a beau se trouver au fond du tiroir-caisse, il me semble préférable d'opter pour la graphie fonds de caisse, dès lors qu'il est question d'argent. C'est du moins le choix effectué par l'Académie.

    Remarque 3 : La distinction établie entre fond et fonds se retrouve dans leurs dérivés : fonder, fondateur, fondement, fondé (de pouvoir)... d'un côté ; foncier, foncer, tréfonds, etc., de l'autre.

    Remarque 4 : Le risque de confusion est encore plus grand quand il est question de catalogue. Comparez : Le catalogue des manuscrits et des fonds de la Bibliothèque nationale de France (= ensemble de ressources susceptibles d'être exploitées) mais Le fond de catalogue est une expression utilisée dans le domaine de la vente de biens culturels (livres, disques, films) pour désigner les vieux titres encore en stock. Tout dépend donc du contexte, dirons-nous pour simplifier...

    Remarque 5 : C'est à tort que Flaubert écrivit, dans Bouvard et Pécuchet : « Il déclara les avoir aperçus lui-même dérobant le font baptismal » (rapporté par Thomas).

    Remarque 6 : Font correspond à la forme conjuguée du verbe faire à la 3e personne du pluriel.

    Fond / Fonds / Fonts
    « Une faillite de la Grèce n'est "pas envisageable" selon Christine Lagarde,
    directrice générale du Fond monétaire international » (lexpansion.lexpress.fr).
    Sans doute une question de fond...
    (photo wikipedia)

     

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  • Commentaires

    1
    Jambon Cru
    Lundi 19 Janvier 2015 à 19:48

    Bonjour,

    Je ne résiste pas au plaisir de vous faire part de ce passage : "Normal, avec autant d’experts ayant officié sur leurs fonds baptismaux." Un grand classique, certes, mais quand le papier, extrait du site lesechos.fr, traite des fonds de la nation, ça n'en est que plus amusant. Je passe sur le fait que l'article, intitulé "La gueule de bois de la dépense publique ou la nécessité de sortir d’une addiction française", est signé de M. Branche...

    Bien cordialement

    Jambon Cru

     

    2
    Lundi 19 Janvier 2015 à 23:57

    Au fond, vous voulez dire que certains articles méritent une volée de bois vert...

    3
    Phil
    Jeudi 8 Octobre 2015 à 13:25

    Au sujet de fond et fonds, la situation est même encore pire que décrite ici.

    On écrit en effet tréfonds, même quand le sens est bel est bien fond (ce qu'il y a de plus profond, de plus secret).

    4
    Jeudi 8 Octobre 2015 à 20:35

    Rien que de très logique au regard de l'étymologie, puisque tréfonds a d'abord signifié, en termes de droit, "sous-sol possédé comme un fonds", avant de prendre le sens moderne de "ce qu'il y a de plus profond"... par attraction de fond !

    5
    Phil
    Lundi 12 Octobre 2015 à 20:54

    Certes, mais le sens moderne aurait aussi pu changer l'orthographe. En tous cas, moi j'aurais trouvé plus logique d'avoir deux orthographes distinctes...

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