• Pris(e) de tête

    Prise de tête


    « Elle s'est pris(e) une amende. »
     
     
     

    FlècheCe que j'en pense


    Une lectrice m'interpelle en ces termes : « J'ai beau aller sur cent sites internet, je ne trouve pas ma réponse. Écrit-on "elle s'est pris une amende" ou "elle s'est prise une amende" ? »

    Nous sommes ici en présence d'une construction pronominale employée par la langue familière contemporaine comme variante de la construction active, sans différence de signification apparente :

    Il s'est pris une amende = il a pris une amende.

    Il s'est mangé toute la plaque de chocolat = il a mangé toute la plaque de chocolat.

    Il s'est regardé un bon film = il a regardé un bon film.

    Dans ces emplois courants, que les dictionnaires usuels continuent pourtant d'ignorer, la présence de se laisse inchangée la construction transitive des verbes... et échappe à l'analyse : autant il est aisé de percevoir le complément d'objet indirect (ou second) derrière le pronom personnel dans la phrase Il s'est pris les pieds dans le tapis (il a pris quoi ? les pieds à lui), autant on hésite à avancer l'argument Il a pris une amende pour lui. Certains spécialistes parlent dans ce cas de construction « à réfléchi d'intérêt » – par allusion au datif d'intérêt que l'on rencontre dans les tours où le pronom complément n'a pas de véritable fonction grammaticale dans l'énoncé, mais renvoie à la personne au profit ou au détriment de qui l'action est faite (Va me ranger ta chambre ! Il nous a défoncé la porte) – pour justifier l'addition du pronom « réfléchi » se, qui vient expressivement redoubler, auprès d'un verbe qui ne l'exige pas, la mention de l'individu dont « l'intérêt » est engagé dans l'action exprimée par le verbe.

    Quel que soit le jargon grammatical employé, la présence d'un complément d'objet direct après le participe passé d'un verbe transitif commande l'invariabilité dudit participe. Mieux vaut ne pas l'oublier si l'on veut éviter de se retrouver... à l'amende.


    Voir également le billet Accord du participe passé des verbes pronominaux.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Elle s'est pris une amende (une veste, un râteau, un bide, un savon, un coup, une claque, une fessée, etc.).

     

    « Quel dommage !Hormi(s) »

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  • Commentaires

    1
    Help !
    Mardi 3 Septembre 2013 à 19:39

    Merci ! Je vais garder votre analyse bien précieusement !
    Bravo pour votre site !

    2
    Mercredi 14 Novembre à 23:16

    Certes, mais dans l'autre sens, ça donne quoi ?

    Le nombre d'amendes (vestes, râteaux, bides, savons, coups, claques, fessées, etc.) que je me suis prises ou que je me suis pris ?

    Je me perds en conjonct..., enfin..., en conject..., bref, je suis paumé. Je veux bien vos lumières.

    D'avance merci.

    Vaquette

      • Jeudi 15 Novembre à 10:25

        On écrira : Les amendes que je me suis prises.
        De même : Elle s'est pris une part de gâteau, mais La part de gâteau qu'elle s'est prise.

      • Jeudi 15 Novembre à 15:23

        Parfait !

        Merci !

    3
    FÉRAY
    Vendredi 16 Novembre à 14:19

    Je voudrais revenir sur votre remarque  "Dans ces emplois courants, que les dictionnaires usuels continuent pourtant d'ignorer" pour souligner qu'il s'agit effectivement d'un langage familier et qu'il fut une époque où, avec ou sans accord, la phrase n'était pas en Français.

    Comme vous l'avez souligné, la forme pronominale n'a pas lieu d'être : s'être pris une amende ou avoir pris une amende veut dire strictement la même chose.

    Apparemment, on a théorisé et intégré cette forme orale !

    Bravo pour votre site !

      • Vendredi 16 Novembre à 19:53

        Je vous remercie de votre commentaire.

    4
    Chambaron
    Vendredi 16 Novembre à 23:27
    Chambaron

    En lisant le billet, je retrouve trace d'une analyse que j'avais faite de ces drôles de tournures. Elle m'avait mené à ce qu'on appelle le « datif éthique », forme syntaxique directement héritée du latin. Il est étonnant qu'au XVIIe siècle l'Académie n'ait pas reconnu ce qui n'est finalement qu'un procédé stylistique alors qu'elle bénissait les constructions les plus farfelues dans les pièces de Racine ou de Corneille. Qualifier de nos jours cette construction de « familière » est donc finalement paradoxal…

     

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