• Ils se sont opposé

    Ils se sont opposé

    « Une mesure à laquelle se sont farouchement opposé François Hollande et la ministre de l'Ecologie, Delphine Batho » (au sujet de la proposition des grands patrons français d'autoriser l'exploitation des gaz de schiste).
    (Guillaume Errard, sur lefigaro.fr, le 28 octobre 2012) 

      


    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Jean-Marc Ayrault)

    FlècheCe que j'en pense


    Décidément, rien ne va plus chez les plumitifs de France. À l'heure où les pigeons et leurs chaperons du CAC 40 réclament à bec et à cri un choc de compétitivité qui tarde à prendre son envol, j'avoue que je me satisferais déjà d'un choc de « grammaticalité » dans les basses-cours rédactionnelles.

    L'analyse de cette phrase ne relève pourtant pas de l'usine à gaz : le président et la ministre ont opposé (au sens figuré de « placer quelqu'un pour faire barrage ») qui ? se, mis pour eux, complément d'objet direct placé avant le participe passé ; à quoi ? à une mesure.

    Pas de quoi y laisser des plumes, convenons-en. Vous trouvez que j'ergote ? Notre volatile de journaliste, liquéfié, se retrouve, lui, le bec... dans le gaz.

    Remarque 1 : D'aucuns préféreront considérer que le pronom se dans s'opposer à n'est pas analysable et, partant, que le participe passé s'accorde avec le sujet. Le résultat, fort heureusement, est le même.

    Remarque 2 : Voir également le billet Accord du participe passé des verbes pronominaux.

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Une mesure à laquelle se sont farouchement opposés François Hollande et la ministre de l'Écologie.

     

    « Elle s'en est pris à la financeVancouvert »

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  • Commentaires

    1
    profette
    Dimanche 9 Février à 17:06

    Bonjour, 

    Concernant votre Remarque 1, il est vrai qu'en terme d'accord, le résultat est le même, en revanche, si je demande à mes élèves de faire une analyse et qu'ils me répondent que se est COD, je leur compterai une faute (on n'oppose pas quelqu'un : François Hollande a opposé sa ministre de l'écologie à cette mesure arf).

    S'opposer n'est pas un pronominal réfléchi et se est en effet inanalysable.

    Bien cordialement, et bravo pour votre site ! :)

      • Lundi 10 Février à 00:46

        "On n'oppose pas quelqu'un (à quelque chose). S'opposer n'est pas un pronominal réfléchi."


        Eh bien, figurez-vous qu'il n'en fut pas toujours ainsi, si l'on en croit le Dictionnaire de Furetière (1690) : "Ce prince a opposé une armée aux passages des ennemis", avec opposer pris au sens de "placer face à quelque chose ou à quelqu'un de manière à faire obstacle" (au propre comme au figuré), et Le Grand Vocabulaire françois (1772) : "Opposer est aussi pronominal réfléchi et signifie être contraire, se rendre contraire. On s'opposera à vos vues."

      • profette
        Mardi 11 Février à 14:25

        Je ne suis pas certaine que ce sens équivaille exactement à celui du pronominal de la phrase objet de votre billet, mais admettons.

        Pour qu’un pronominal soit réfléchi, il faut que le sujet soit son propre patient, or en l’espèce – et ainsi que le montre fort bien la définition de Littré Faire que quelqu'un tienne tête à d'autres – nous avons un verbe factitif avec Ce prince qui est l’agent indirect, et une armée, l’agent direct. De fait, l’armée ne subit pas l’opposition, elle l’agit : en tenant tête, en faisant (activement) obstacle.

        Pour autant qu'on accepte l'équivalence de sens (ce dont, je le rappelle, je doute fort, puisqu'on ne peut dire François Hollande a opposé sa ministre de l'écologie à cette mesure et que donc on ne pas plus dire  François Hollande a opposé soi-même à cette mesure), avec la forme pronominale, ni Hollande, ni Batho ne subiraient l’opposition, ils cumuleraient les deux rôles d’agents, direct et indirect.

         

        En fait je pense qu'il faut analyser ce pronominal comme autocausatif, où le sujet est cause d'un état (celui d'être opposé à), ce qui d’ailleurs est très bien montré par la définition du GDF : être contraire, se rendre contraire.

         

         Avec les pronominaux, on est obligé de passer par le sens, la seule syntaxe est insuffisante, c’est ainsi qu’on peut ennuyer / promener / réveiller quelqu’un, mais à la forme pronominale, aucun de ces verbes n’est réfléchi. 

        (Allez, étant donné la complexité du sujet, je ne compterai pas de faute à mes élèves s’ils analysent à tort le pronom réfléchi.)

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