• UNE espèce de...

    Voici une faute de français extrêmement fréquente (LA faute ?) : la confusion de genre affectant le mot espèce dès lors que celui-ci est suivi d'un nom masculin.

    N'entend-on pas dire constamment : un espèce de (chien, manteau, mensonge, conte de fées, etc.), sous le prétexte que le complément du nom, qui porte le sens, relève du « genre fort » ?

    Que les choses soient claires : à moins d'être dopé à la testostérone, espèce est un mot du genre féminin, quel que soit celui de son complément !

    Une espèce de (chien, manteau, mensonge, conte de fées, etc.).

    Quelle espèce de malotru ! Cette espèce d'idiot.

    La faute n'est pas récente – Voltaire, Diderot, Claudel, Proust et Mauriac s'y seraient laissé (ou laissés, au choix) aller – et tellement répandue, par assimilation avec « un certain », qu'on n'y prête plus guère attention. En l'espèce, il est amusant de constater qu'elle n'a pas encore contaminé les locutions jumelles « une sorte de », « un genre de »... tout au plus la variante familière « du genre ».

    Elle n'est pas du genre marrant (et non du genre marrante).

    Pour autant, le nom complément tient sa revanche, en ce qu'il détermine l'accord du verbe et de l'attribut (sauf quand le mot espèce est précédé d'un démonstratif le mettant en relief).

    Il s'agit d'une espèce d'insecte protégé mais Cette espèce d'insecte est protégée.

    Voilà une espèce de gens qui n'incitent pas à la conversation.

     

    En résumé

    La locution espèce de (au sens de « sorte de ») n'a pas valeur d'adjectif : le déterminant est censé rester au féminin (puisque se rapportant au nom espèce), quel que soit le genre de son complément.

    L'accord du verbe et de l'attribut se fait quant à lui avec le nom complément.

    J'ai croisé une espèce de fou dans la rue (et non un espèce de fou).

    Une espèce de fou est entré chez moi (et non est entrée chez moi).


    Remarque 1 : Après espèce de (genre de, sorte de, type de, etc.), le choix du nombre se fait selon le sens ou l'intention de l'auteur. Pour l'Office québécois de la langue française, le nom complément « se met généralement au singulier s’il désigne une réalité abstraite ou encore si l’on veut insister sur un être ou une chose en particulier. Il se met généralement au pluriel s’il se réfère à une réalité concrète ou si l’on veut insister sur la catégorie à laquelle appartient l’être ou la chose désignée ». Hanse ajoute : « Quelle espèce de fautes a-t-il faites (le pluriel d'espèces pourrait répondre à l'idée nette de plusieurs espèces : il a commis plusieurs espèces de fautes). » Force est toutefois de constater que l'usage, en la matière, est particulièrement flottant. Ainsi l'Académie recourt-elle − indifféremment ? − aux deux formes dans la dernière édition de son Dictionnaire : « nom usuel d'une espèce de bécasseau » (à l'entrée « alouette ») , « nom usuel d'une espèce de peuplier » (à l'entrée « grisard »), mais « se dit d'une espèce de chèvres » (à l'entrée « angora »), « une espèce de singes » (à l'entrée « guenon »), « une espèce de petits œillets » (à l'entrée « mignardise »). L'hésitation est encore de mise après espèces de, même si l'on constate alors que le nom complément se met le plus souvent au pluriel : « les diverses espèces d'arbres » (à l'entrée « forestier »), « plusieurs espèces d'oiseaux » (à l'entrée « moucheture »), mais « nom donné à plusieurs espèces d'otarie » (à l'entrée « lion »). On notera enfin, avec un nom abstrait : « les diverses espèces de délit » (Littré), mais « les diverses espèces de délits » (huitième édition du Dictionnaire de l'Académie).

    Remarque 2 : Une espèce de suggère une idée d'approximation, qui conduit parfois à la dépréciation.

    Une espèce d'avocat, d'écrivain (se dit, par dénigrement, d'un mauvais avocat, d'un mauvais écrivain, etc.).

     

    Une espèce de

    Pour le coup, pas d'ambiguïté quand le nom qui suit est féminin...

     

    Accord de TOUT devant un adjectif »

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  • Commentaires

    1
    FredFred
    Dimanche 6 Octobre 2013 à 15:58

    Excellent site, merci.

    Vous êtes un peu optimiste de dire que l'usage un espèce n'a pas encore contaminer le mot sorte, y compris suivi d'un mot féminin lorsqu'on écoute les enfants.

    2
    Michel JEAN
    Samedi 20 Juin 2015 à 11:14

    Bonjour Mr Marc, quand est-il alors du terme sous-espèce; car avec la classification phylogénétique il est simplement question tout d'abord: de clade, de genre, de famille et d'espèce et jamais de (sur ou sous)-espèce. Merci. Bye. Michel.

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    3
    Samedi 20 Juin 2015 à 15:17

    De même que l'on écrit une espèce d'oiseaux, on écrira une sous-espèce d'oiseaux.

    4
    Aranud
    Dimanche 21 Juin 2015 à 10:54

    Bonjour,

    question naïve : y a-t-il une logique  à avoir écrit ci-dessus  "une espèce d'oiseaux"  avec "oiseaux"  au pluriel

    et dans le même temps "une espèce de chien" avec "chien"  au singulier ?

    Ou bien singulier et pluriel sont-ils tous deux admis ?

     

     

    5
    Lundi 22 Juin 2015 à 14:43

    Je viens de vous répondre par le truchement d'une remarque ajoutée au billet ci-dessus.

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