• Un accord qui laisse à désirer

    « Elle s'était laissée prendre par de vieux réflexes. »
    (Nicolas Mathieu, dans son dernier roman, Connemara, paru chez Actes Sud.)  


     

    FlècheCe que j'en pense


    Une fois n'est pas coutume, voilà un accord qui réussit l'exploit de contrevenir à la fois à la règle héritée de Marot (XVIe siècle) et à celle des réformateurs de 1990. Chapeau bas !

    Rappelons à toutes fins utiles que la grammaire traditionnelle accorde le participe passé des verbes occasionnellement pronominaux comme s'ils étaient employés à la forme active. Aussi convient-il de partir à la chasse au COD (s'il existe) en posant la question qui / quoi ? au verbe conjugué avec avoir.
    Elle a laissé... qui ? elle-même prendre par de vieux réflexes ? Cela n'a aucun sens : ce n'est pas elle qui prend, ce sont les vieux réflexes qui la prennent !
    La bonne question est bien plutôt : Elle a laissé... quoi ? prendre elle-même par de vieux réflexes (autrement dit : elle a laissé de vieux réflexes la prendre). Le pronom se, mis pour elle, est COD de l'infinitif prendre, pas du participe passé laissé, qui reste donc invariable (1).

    Mais il faut croire, de l'aveu même de l'Académie, que l'application de ladite règle au verbe laisser est « parfois malaisée, particulièrement dans les formes pronominales ». Aussi la vénérable institution s'est-elle résolue à entériner la proposition des réformateurs de 1990 dans la dernière édition de son Dictionnaire : « On pourra, comme pour le verbe faire, généraliser l'invariabilité du participe passé de laisser dans le cas où il est suivi d'un infinitif », au motif que ledit participe fait corps avec l'infinitif et forme avec lui une périphrase verbale (2). Foin des finasseries de grammairiens ! Voilà une simplification bienvenue, me direz-vous.

    Voire. Car si le résultat auquel on aboutit, dans notre exemple, est le même quelle que soit l'analyse retenue (Elle s'était laissé prendre par de vieux réflexes [3]), tel n'est pas toujours le cas, tant s'en faut. Comparez : Elle s'est laissée mourir (= elle a laissé elle-même mourir ; accord selon la grammaire traditionnelle) et Elle s'est laissé mourir (invariabilité recommandée par les réformateurs). Deux graphies considérées comme également correctes pour le prix d'une : pas sûr que la langue y ait gagné en clarté... Mais il y a plus grave : rendre laissé invariable devant un infinitif empêche de marquer des distinctions utiles. Par exemple, celle qui existe, dans la grammaire traditionnelle, entre les hommes qu'on a laissés piller (= on a laissé les hommes piller, sens actif) et les hommes qu'on a laissé piller (= on a laissé [quelqu'un] piller les hommes, d'où on a laissé les hommes être pillés, sens passif) (4).

    Mais au fait, me demanderez-vous, qu'y a-t-il de si compliqué dans l'application de la règle générale au cas particulier de (se) laisser ? Car enfin, distinguer entre le complément du participe et celui de l'infinitif qui suit ne semble pas relever d'une difficulté insurmontable, quel que soit le verbe considéré ! Il faut remonter au tout début du XIXe siècle pour tenter d'y voir plus clair. Jusque-là, deux camps s'opposaient : les tenants de l'invariabilité (Thomas Corneille, Gabriel Girard, Pierre Restaut, Noël-François De Wailly, Condillac, en tête), pour qui le verbe laisser et l'infinitif qui suit doivent être regardés comme inséparables, et les partisans de la variabilité selon la règle générale (Charles Pinot Duclos, Nicolas Beauzée, François-Urbain Domergue et quelques autres). Mais voilà que le grammairien Jean-Étienne Boinvilliers s'en mêle, au point de se croire fondé à introduire une nouvelle subtilité :

    « Une femme doit-elle dire : Ils m'ont laissé assassiner ou bien Ils m'ont laissée assassiner ? Cette phrase est encore ambiguë. Si cette femme veut dire : Ils ont laissé moi assassinant, il faut laissée. Si elle veut dire : Ils ont laissé quelqu'un m'assassinant, il faut laissé. Mais ce qui est difficile à résoudre, parce qu'aucun grammairien ne l'a proposé, est le problème qui suit. Une femme doit-elle dire : Ils m'ont laissé ou laissée assassiner par de vils bourreaux ? On ne peut pas faire l'analyse suivante : Ils ont laissé quelqu'un m'assassinant, puisqu'il y a "par de vils bourreaux". On doit analyser plutôt de cette manière : Ils ont laissé moi être assassinée par de vils bourreaux [5] ; le complément de l'attribut combiné avoir est avant le participe, donc il y a accord » (Grammaire raisonnée, 1802).

    « Toutes les fois qu'un verbe qui est à l'infinitif actif est employé réellement pour l'infinitif passif, ce qu'indique et justifie le complément [d'agent] précédé de la préposition de ou par, dans ce cas-là, dis-je, le participe passé est toujours déclinable, parce que son complément direct existe, et qu'il est placé avant lui. Ainsi l'on devra écrire : les oiseaux que j'ai laissés prendre par mes enfans, parce que l'on pourra dire : les oiseaux que j'ai laissés être pris par mes enfans » (Cacographie, 1819).

    Cette analyse insolite ne s'est pas imposée parmi les grammairiens... mais semble avoir trouvé quelques émules parmi les écrivains. Qu'on en juge : « En supposant même [qu'ils] se fussent laissés gagner par des promesses » (Mérimée, Les Cosaques d'autrefois, 1865), « Plusieurs jurés de ce tribunal se sont laissés corrompre par l'or des accusés » (Anatole France, Les Dieux ont soif, 1912), « [La nation] s'est laissée emporter par le génie d'un Napoléon » (Jules Cambon, Discours de réception à l'Académie française, 1919), « La population de Varsovie s'est laissée fusiller par les troupes de Gortchakoff » (Romain Rolland, Par la révolution, la paix, 1935), « Les meilleurs se sont laissés envahir par la peur d'être injustes » (Jules Romains, Mission à Rome, 1937), « Elle s'était laissée ruiner par un fourbe » (Henri Troyat, Tant que la terre durera, 1947), « Nous sommes-nous laissés divertir par deux choses tout à fait différentes ? » (Samuel Beckett, Oh les beaux jours, 1963), « Elle ne s'était laissée arrêter par aucun scrupule » (Françoise Mallet-Joris, Allegra, 1976), « Ils se sont laissés surprendre par ce Destrem » (Daniel Picouly, La Nuit de Lampedusa, 2011).

    À y bien regarder, les exemples d'accord contre la règle traditionnelle sont légion, avec ou sans complément d'agent de l'infinitif : « L'Inconnue qui s'est laissée vaincre » (Anatole France, Monsieur Bergeret à Paris, 1900), « Ma bouche s'est laissée ouvrir » (Colette, La Vagabonde, 1910), « Si l'on peut admettre que les braves gens [...] se soient laissés duper » (Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée, 1915), « Je me suis souvent demandé [...] comment il se faisait que la littérature se soit ainsi laissée distancer » (Gide, Les Faux-monnayeurs, cité par Grevisse, 1925), « Elle s'était laissée prendre à toutes les promesses » (Eugène Dabit, L'Hôtel du Nord, 1929), « Elle s'était laissée marier docilement à un vieillard » (Mauriac, Le Nœud de vipères, 1932), « Peut-être me serais-je laissée prendre au piège » (Daniel-Rops, Mort, où est ta victoire ?, 1934), « Sa femme enfant, qu'il a aimée, qui s'est laissée aimer » (Émile Henriot, Tout va finir, 1936), « Humiliée de s'être laissée surprendre » (Saint-Exupéry, Le Petit Prince, 1943), « La population se fût laissée massacrer » (Henry de Monfreid, Ménélik tel qu'il fut, 1954), « Je me suis laissée emporter » (Michel Butor, La Modification, 1957), « Annick, séchant son cours, s'est laissée pousser dedans » (Hervé Bazin, Le Matrimoine, 1967), « Une division de réserve s'est laissée enfoncer à la trouée de Spada » (Maurice Genevoix, La Mort de près, 1972), « Trop se sont laissés prendre à ce masque » (Jean Daniélou, Le Figaro, cité par Grevisse, 1972), « Elle s'est laissée démunir » (Étienne Gilson, Inauguration du musée Pierre Loti, 1973), « Elle s'était laissée faire » (Le Clézio, Étoile errante, 1992) (6).

    Comment expliquer pareils manquements sous la plume de bons auteurs ?

    Un certain Jacques Lachappelle avance, à la suite de Boinvilliers, un argument qui ne manque pas de séduction : « Nous adopterions volontiers la manière dont M. Boinvilliers écrit ce paragraphe de Fénelon : "Ces rois avaient été condamnés aux peines du Tartare pour s'être laissés gouverner par des hommes méchants et artificieux." On voit qu'il est très possible de détacher le participe laissés pour le rapporter au pronom [se] et l'y faire accorder en nombre et en genre. Il en résulte une double image : d'abord celle de la longue inertie de ces rois abandonnant leur personne morale, leur moi tout entier à l'influence artificieuse des méchants, et de plus celle de cette influence même » (Le Moniteur, 1806). En d'autres termes − et j'espère ne pas trahir la pensée de l'auteur −, l'accord du participe se justifierait ici, non pas par la présence du complément d'agent de l'infinitif gouverner, mais par la volonté du scripteur de souligner l'implication du sujet dans le procès décrit par ledit infinitif : ces rois se sont volontairement abandonnés à l'influence des hommes méchants et artificieux. L'ennui, c'est que l'on en vient à se demander si, à cette aune, l'accord serait encore de mise dans : « Nos collègues se sont laissés involontairement aller à une opposition trop absolue » (Bulletin de l'Académie royale de médecine, 1844)...

    Peut-on voir dans ces graphies irrégulières une survivance du principe de l'ancienne langue qui accordait (presque) systématiquement le participe passé des verbes pronominaux avec le sujet ? « Les vieilles règles laissent souvent des traces longtemps après qu'elles ont cessé d'être en vigueur », concède Jean Bastin dans son Étude des participes (1889). Se laisser prendre par de vieux réflexes, passe encore chez Agrippa d'Aubigné (« [Ils] se sont laissez beffler [= bafouer, berner] », avant 1620), chez Molière (« [Les cœurs] se sont laissés traîner », 1671), chez Bossuet (« Ces foibles yeux qui s'y sont laissez éblouïr », 1687), chez l'abbé Prévost (« Elle s'étoit laissée conduire à Beaulieu », 1740), voire dans les anciennes éditions du Dictionnaire de l'Académie, où règne la plus grande confusion : « Elle s'est laissée abuser », « Elle s'est laissée surprendre avec son amant » (1694) ; « Elle s'est laissé abuser » (1718) ; « Elle s'est laissé abuser », « Elle s'est laissée séduire » (1740) ; « Elle s'est laissée abuser », « Elle s'est laissé séduire », « Ils se sont laissés prévenir » (1762). Mais chez nos auteurs contemporains...

    « Ne s'agit-il pas de vulgaires fautes d'impression ? » s'interroge Grevisse dans ses Problèmes de langage (1962), avant de reconnaître que l'explication serait trop facile (7). La question mérite pourtant d'être creusée.

    1/ Prosper Mérimée.
    Pareille bourde paraît d'autant plus surprenante, de la part de l'auteur de la fameuse dictée de 1857, qu'il y avait glissé le piège suivant : « La douairière [...] s'est laissé entraîner à prendre un râteau. » On trouve par ailleurs, dans son Histoire de Don Pèdre Ier (1847), un irréprochable « Soit qu'ils se fussent laissé gagner par des présents ».

    2/ Anatole France.
    C'est la graphie « s'est laissé vaincre » qui figure dans l'extrait de Monsieur Bergeret paru dans Le Figaro du 10 janvier 1900. Quant au « se sont laissés corrompre », il n'est pas rare de le voir corrigé en laissé (par exemple, chez Gallimard). On lit par ailleurs : « Ils se sont laissé entraîner à répéter [...] » (La Vie littéraire, 1888), « Elle s'était laissé marier par son père » (Le Lys rouge, 1894), « Honteuse de s'être laissé surprendre par un mari qu'elle méprisait » (Le Mannequin d'osier, 1897), etc.

    3/ Jules Romains.
    L'option « accord du participe avec le sujet » (considérée comme irrégulière) semble avoir été retenue dans l'édition originale des différents volumes des Hommes de bonne volonté chez Flammarion, comme en témoignent les exemples suivants : « Elle s'est laissée embrasser » (Éros à Paris, 1932), « Ils ne s'étaient laissés prendre nulle part » (Les Superbes, 1933), « De plus forts que Mionnet s'étaient laissés prendre au piège » (Province, 1934), « [Ils] se sont laissés entraîner à des intrigues » (Mission à Rome, 1937), « Sa mère s'est laissée attendrir » (La Douceur de la vie, 1939), etc. − tous corrigés en laissé dans l'édition de 1958 ; mais alors pourquoi : « Ces types-là se sont laissé pincer » à côté de « Est-elle sûre de ne pas s'être laissée un peu éblouir ? » (Montée des périls, 1935) ? Citons par ailleurs : « La maison s'était laissée pétrir par cette mort » (Mort de quelqu'un, 1911), « Une certaine coloration dominante s'est laissée voir » (Discours [mal retranscrit ?] de réception à l'Académie française, 1946), « Les seuls changements qui s'étaient laissés voir » (Violation de frontières, 1951), mais « Ils se sont laissé mettre très exactement le pied au derrière » (Problèmes européens, 1933), « Les Républicains se sont laissé conduire à une attitude de conservation » (Visite aux Américains, 1936). Allez trouver une logique derrière ces accords !

    4/ Romain Rolland.
    On peine tout autant à comprendre à quelle règle s'en tient le Prix Nobel de littérature. Comparez : « Ils se sont laissé glisser comme des singes sur le mur » (Le Quatorze Juillet), « Elle s'est laissée choir » (Annette et Sylvie) et « [Ils] se sont laissé toucher par cette vague du sentiment » (Chronique parisienne).

    5/ Henri Troyat.
    Les exemples de laissé correctement accordé ne manquent pourtant pas, sous sa plume : « [Elle] s'était laissée tomber sur le lit » (La Rencontre, 1958), « Ils se sont laissé faire » (Sophie ou la Fin des combats, 1963), « Nombre d'officiers russes [...] se sont laissé gagner [...] par la contagion des idées libérales » (Alexandre Ier, 1981), « Je la méprisais de s'être laissé entortiller par un sous-fifre » (La Voisine de palier, 2011)...

    6/ André Gide.
    C'est pourtant la graphie avec laissé qui figure dans l'édition originale, parue chez Gallimard... Autres exemples d'accord considéré comme correct : « Elle s'était laissée aller à certain besoin de sermonner » (Les Faux-monnayeurs, 1925), « Tous nos porteurs libres s'étaient laissé rafler au jeu, par des miliciens habiles » (Le Retour du Tchad, 1928), « [Des personnes] qui sans doute ne se sont laissé émouvoir qu'en raison de son infirmité » (Retour de l'U.R.S.S., 1936).

    7/ François Mauriac.
    Autre exemple d'accord contre la règle : « Plutôt que de fuir, les mouches se seraient laissées écraser sur les petits fours » (Le Baiser au lépreux, 1922), corrigé ensuite en laissé. Mais on lit ailleurs : « Ils se sont laissé entraîner plus loin qu'ils n'auraient voulu » (Les Mal-aimés, 1945), « Ils n'ont rien pris, ils se sont laissé prendre » (Mémoires politiques, 1967).

    8/ Le Clézio.
    « Elle s'était laissée faire » (Étoile errante, 1992) mais « Mme Yang s'est laissé faire » (Bitna, 2018). Comprenne qui pourra !

    Etc.

    Désolant spectacle de laisser-aller, où l'on peine à savoir ce qui relève de la responsabilité des éditeurs et ce qui relève de la négligence des écrivains. Aussi Hanse semble-t-il aller un peu vite en besogne quand il affirme, à propos du participe passé des verbes pronominaux : « Quand tant d'auteurs, et de telle qualité, font l'accord avec le sujet en dépit des règles, même dans le cas où, avec laissé, la perche de l'invariabilité leur est tendue, on se demande si la règle maintenue par l'enseignement et une certaine tradition conservatrice mérite encore son crédit. Je ne me reconnais toutefois pas le droit de conseiller à chacun de s'en affranchir. Mais je demande que les grammairiens et les enseignants se rendent compte de sa fragilité et que les écrivains osent affermir la tendance incontestable de l'accord avec le sujet dans tous les cas. » La tendance incontestable de l'accord avec le sujet ? Si seulement les écrivains s'en tenaient à une position aussi nette...
    Dépouillons, pour en revenir à l'affaire qui nous occupe, le dernier livre de Nicolas Mathieu : « Elle s'est laissé faire », « Hélène s'est laissée tomber un peu trop lourdement dans le canapé du salon », « Elles se sont choisi un petit coin près de la balustrade », « Ils se sont trouvé un public plus que docile », « Elle s'en était voulu », « Des crises s'étaient succédé pour rien », etc. prouvent assez que l'auteur de Connemara maîtrise les subtilités de l'accord du participe passé... ce qui ne l'empêche pas de laisser échapper un « Elle s'était laissée prendre par de vieux réflexes » de curieuse facture.

    Vous l'aurez compris : n'en déplaise à Hanse, nous assistons moins au grand remplacement de la règle traditionnelle qu'à un grand « relâchement auquel notre syntaxe n'a sûrement rien à gagner » (dixit Grevisse).

    (1) De là l'autre formulation de la règle : quand le participe passé est suivi d'un infinitif, il s'accorde avec le complément d'objet direct placé avant lui si ce dernier fait l'action exprimée par l'infinitif.

    (2) Nombreux sont les grammairiens qui, à l'instar de Marc Wilmet, font observer que « l'assimilation pure et simple de laisser à faire est contestable sur le plan syntaxique. Comparer : Pierre a fait pleurer Marie et *Pierre a fait Marie pleurer vs Pierre a laisser pleurer Marie et Pierre a laissé Marie pleurer » (Le Participe passé autrement).

    (3) Exemples correctement accordés : « Des soldats qui se sont laissé prendre par l'ennemi » (Pierre Larousse, 1867), « Combien se sont laissé prendre au piège de ses éloges ? » (Désiré Nisard, 1888), « Elle s'est laissé prendre au piège » (Paul Bourget, 1898), « Que de femmes folles de leurs nerfs se sont laissé prendre au réalisme du fameux tableau de la Messe Noire » (Rémy de Gourmont, 1900), « À combien d'autres espiègleries ne se fussent-elles pas laissé prendre » (René Boylesve, 1902).

    (4) L'honnêteté m'oblige à reconnaître que cet argument est souvent balayé d'un revers de la main : « Le bon sens au XVIIe siècle savait de lui-même faire la différence, d'après l'ensemble du discours ou d'après le contexte de la phrase, entre : cette femme, je l'ai laissé peindre (elle peignait) et je l'ai laissé peindre (on a fait son portrait). On n'avait nullement besoin alors, comme maintenant, de faire une différence d'orthographe dans la manière d'écrire le participe, pour savoir distinguer la différence de sens entre les phrases. Et si la langue écrite peut aujourd'hui nous indiquer la différence de sens entre ces différentes phrases, la langue parlée peut-elle toujours nous épargner cette difficulté, si toutefois difficulté il y a ? Aurions-nous donc moins de bon sens aujourd'hui qu'on n'en avait au XVIIe siècle ? » (Jean Bastin, 1880).

    (5) Au risque de me répéter, il fallait analyser de la manière suivante : Ils ont laissé quoi ? assassiner moi par de vils bourreaux.
    Partant, et contrairement à ce qu'affirme Boinvilliers, « le participe est laissé invariable si l'infinitif est suivi ou peut être suivi d'un complément d'agent introduit par la préposition par » (Grevisse) : Elle s'est laissée tomber, mais Elle s'est laissé séduire (par quelqu'un).

    (6) Le cas est plus rare avec la forme non pronominale : « Après avoir cessé toutes relations avec son épouse divorcée et spoliée, il l'a laissée entourer et caresser par nos plus cruels ennemis » (Ludovic de Colleville, 1915), « Les traces d'anciens sentiers [...] que j'ai laissés recouvrir par mille branches » (Gide, 1917).

    (7) Goosse note également « des divergences entre les éditions pour ce[s] phénomène[s], purement graphique[s] d'ailleurs » (Le Bon Usage, 2011).
    Grevisse écrit par ailleurs : « Dans l'usage, il règne en ceci une grande confusion : non seulement [...] laissé reste souvent invariable là où la règle des grammairiens demanderait l'accord, mais, par un mouvement contraire, on l'accorde fréquemment là où ladite règle le voudrait invariable » (Le Bon Usage, 1980).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Elle s'était laissé prendre par de vieux réflexes.

     

    « Le goût du risqueFaute de car »

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