• Première nouvelle !

    « Jules Bianchi : toujours aucune nouvelle » (à propos du pilote français gravement blessé au dernier Grand Prix du Japon).
    (Jonathan Murciano, sur tf1.fr, le 20 octobre 2014)

     


    Jules Bianchi (photo Wikipédia sous licence GFDL par Henry Mineur)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Un lecteur de ce blog(ue) m'interpelle en ces termes : « Le doute me taraude : doit-on écrire "je n'ai aucunes nouvelles de toi " ou "aucune nouvelles de toi" ? »

    Empressons-nous déjà de rappeler la règle : l'adjectif aucun s'emploie le plus souvent au singulier, sauf devant des noms qui n'ont pas de singulier (aucuns frais, aucuns ciseaux, aucunes représailles, etc.) ou qui prennent au pluriel un sens particulier (Cet homme n'a aucunes lettres, n'a pris aucunes vacances). Partant, si hésitation il devait y avoir, ce serait donc entre les graphies aucunes nouvelles et aucune nouvelle.

    Selon Hanse, « on écrit : Je suis sans nouvelles de lui (puisqu'on dit : recevoir des nouvelles), mais : Je n'ai aucune nouvelle de lui ». Oserai-je l'avouer ? L'argumentation de notre spécialiste me paraît spécieuse. Car enfin, si l'on reconnaît que le tour consacré est recevoir des nouvelles de quelqu'un, comment refuser le pluriel à aucune nouvelle ? Ne sommes-nous pas, précisément, en présence d'un substantif (nouvelle) qui change de sens au pluriel, ainsi que le note l'Académie dans la dernière édition de son Dictionnaire : « Au pluriel. Renseignements sur l'état d'une personne ou d'une chose dont on n'était pas informé depuis quelque temps. Demander à une personne des nouvelles de sa santé. Prendre, recevoir des nouvelles d'un proche. Envoyer quelqu'un aux nouvelles. Être sans nouvelles d'une expédition. Donnez-nous de vos nouvelles » ?

    Il faut croire que les ouvrages de référence ne l'entendent pas de cette oreille : « n'avoir aucune nouvelle » (TLFi, à l'entrée « nouvelle ») ; « À ce jour, nous n'avons reçu aucune nouvelle » (Dictionnaire de l'Académie, à l'entrée « jour ») ; « Je n'ai plus aucune nouvelle » (Dictionnaire du français de Josette Rey-Debove, à l'entrée « entendre »). Vous l'aurez compris : j'aimerais pouvoir affirmer ici que les deux graphies sont possibles, mais force m'est de reconnaître que je manque de cautions indiscutables. Bien sûr, me fera-t-on remarquer avec raison, aucun s'est employé couramment au pluriel jusqu'au XVIIIe siècle : « Je n'ai pas eu le courage de vous mander aucunes nouvelles » (Racine) ; « il eut de grandes inquiétudes sur ce qu'il n'apprenoit aucunes nouvelles de Jean Casimir ni des Allemands » (Bossuet). L'Académie elle-même écrivait encore en 1762, à l'entrée « rembarquement » de son Dictionnaire : « On n'a aucunes nouvelles de lui depuis son rembarquement », mais elle ne se fit... aucun scrupule (?) d'opter pour le singulier dans les éditions suivantes, à l'instar de Sainte-Beuve (« Vous ne me donnez dans votre lettre aucune nouvelle de votre santé »), de Flaubert (« Je m'étonne beaucoup de n'avoir aucune nouvelle de vous ») ou de Martin du Gard (« toujours rien de vous, aucune nouvelle »).

    De là à envoyer rouler mes certitudes dans la poussière...


    Voir également le billet Frais

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La même chose, selon l'Académie.

     

    « N'en déplaise(nt)Un n ou deux n ? »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 17 Novembre 2014 à 19:04

    Bonjour et merci pour ce blog très instructif.

    Pour ajouter ma voix sur le sujet de ce billet, j'ai pour ma part l'habitude d'employer le pluriel si l'objet de la négation est habituellement au pluriel. Pour moi cela devrait s'appliquer à "aucun". Par exemple une pièce sans aucune porte (il n'y a généralement qu'une porte dans une pièce) mais une maison sans aucunes fenêtres (il est rare de n'avoir qu'une seule fenêtre dans une maison).

    Dans ce cas "ne recevoir aucunes nouvelles" me paraît valable car on reçoit plus souvent des nouvelles qu'une nouvelle.

    S'agit-il juste d'un délire de ma part, ou y a-t-il une règle officielle qui s'oppose fermement  à l'utilisation du pluriel ?

    2
    Lundi 24 Novembre 2014 à 19:57

    Merci de votre message de soutien.

    La règle que vous décrivez est réservée à l'emploi de sans et de pas de (voir cet article). On écrira donc : une pièce sans porte (il n'y a d'ordinaire qu'une porte dans une pièce) et une maison sans fenêtres ; une pièce sans aucune porte et
    une maison sans aucune fenêtre (l'adjectif aucun n'étant pas compatible dans ce cas avec un pluriel) mais un déplacement sans aucuns frais.

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