• N'en déplaise(nt)

    « N'en déplaisent à certains esprits, certains principes du "darwinisme" s'appliquent également en économie. »
    (Michel Struys, sur huffingtonpost.com, le 29 octobre 2014)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Notre avocat en droit européen serait bien avisé de s'intéresser également aux règles, notoirement nationales, de la grammaire française ! Il y apprendrait que ne déplaise à (et sa variante n'en déplaise à) est une locution figée, dans laquelle le verbe déplaire ne saurait s'accorder avec le mot qui suit, employé en fonction de complément d'objet indirect et non de sujet : « N'en déplaise aux plus hautes autorités en la matière, je soutiens que cette opinion est fausse », lit-on ainsi dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie.

    Selon Littré, ne vous (en) déplaise est une formule familière « qui se dit comme une sorte d'excuse » ; elle correspondrait à l'ellipse du tour impersonnel qu'il ne vous en déplaise (1), entendez : (je souhaite) que cela ne vous déplaise pas, ne vous fâche pas. Quand ladite locution serait, de nos jours, qualifiée de « littéraire » et prise au sens ironique de « que cela vous plaise ou non, quoi que vous en pensiez », la forme verbale n'en demeurerait pas moins invariable.

    Las ! n'en déplaise aux spécialistes de la langue, l'accord au pluriel « par contagion » se répand sur la Toile comme l'abstention aux élections européennes : « n'en déplaisent à ses détracteurs » (Le Figaro) ; « n’en déplaisent aux partisans de la reconstruction de l’État » (L'Observateur) ; « n'en déplaisent aux études internationales » (Le Parisien) ; « N’en déplaisent à ceux qui commençaient à se frotter les mains à l'UMP » (Les Échos) ; « N’en déplaisent aux producteurs locaux » (Libération) ; « n'en déplaisent à quelques caricaturistes du débat politique » (Marianne) ; « n'en déplaisent à ceux qui pensent que j’en parle trop » (L'Équipe) ; « N’en déplaisent aux élus d’opposition » (La Voix du Nord). Plus surprenant encore, cette phrase trouvée sous la plume d'Ernest Daudet : « elle y a brillé non peut-être volontairement, mais dans l'attitude d'une femme à qui n'en déplaisent pas les spectacles », où les constructions personnelle et impersonnelle semblent s'être télescopées. À moins que mon intuition ne me joue quelque méchant tour... ce qui ne serait pas pour me déplaire.


    (1) Des tournures sans négation se sont employées autrefois dans le même sens : « Et toutefois, à qui qu'il en déplaise qui se feigne prud'homme, je ne dis rien qui ne soit couché par écrit et prouvé par expérience et argument valable » (Le Roman de la Rose, XIIIe siècle) ; « Combien avons-nous vu désobéir aux mandements, enfreindre les défenses, venir quand il leur plaît et s'en aller à qui qu'en déplaise ? » (Alain Chartier, XVe siècle).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    N'en déplaise à certains esprits.

     

    « Prise de positionPremière nouvelle ! »

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  • Commentaires

    1
    vx
    Samedi 14 Mai 2016 à 06:16
    vx
    la phrase de Daudet est tout à fait correcte, le sujet de déplaire y est spectacles. Ce n'est pas la locution "n'en déplaise à" qu'il emploie, même si ça y ressemble.
      • Dimanche 15 Mai 2016 à 23:54

        C'est la raison pour laquelle j'ai observé que, dans cet exemple, "les constructions personnelle et impersonnelle semblent s'être télescopées". Il n'empêche : on est fondé à s'interroger sur la valeur de ce en...

    2
    vx
    Lundi 16 Mai 2016 à 12:08
    vx

    Effectivement, j'ai peut-être exagéré avec mon "tout à fait correcte", mais la phrase me paraît (intuition encore) moins choquante que les autres exemples, qui frisent, eux, l'épouvantable.  :)

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