• La belle affaire !

    La belle affaire !

    « [Certains ministères et organismes] se sont bien tiré d'affaires. »
    (Alec Castonguay, sur lactualite.com, le 18 janvier 2016) 

     


    FlècheCe que j'en pense


    Loin de moi l'intention de faire son affaire à notre journaliste canadien, mais enfin, les spécialistes de la langue consultés (Académie, Bescherelle, Colignon, Girodet, Grevisse, Hanse, Littré, Larousse et Robert) sont unanimes : affaire, dans les expressions se tirer d'affaire (« se sortir d'une situation difficile, dangereuse, embarrassante ») et être tiré d'affaire, être hors d'affaire (« être guéri, sauvé, hors de danger »), s'écrit au singulier. Jugez plutôt : « Aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire » (La Fontaine), « Il est hors d'affaire » (Mme de Sévigné), « Vous jugerez comment je me suis tiré d'affaire » (Voltaire), « L'abbé Carlos te désignera quelqu'un pour se tirer d'affaire » (Balzac), « J'avais certaines habiletés dans mon sac, moyennant quoi l'on se tire toujours d'affaire » (Gide).

    Force m'est toutefois de reconnaître qu'il n'en fut pas toujours ainsi : l'Académie ne commença-t-elle pas par écrire « il estoit bien embarrassé, mais je l'ay tiré d'affaires » dans la première édition (1694) de son Dictionnaire, avant de s'aviser, à partir de la quatrième (1762), que le singulier faisait tout aussi bien l'affaire ? La graphie au pluriel se rencontre également sous quelques bonnes plumes − « trouver des expediens pour se tirer d'affaires » (Boileau), « un moyen de te tirer d'affaires » (Maupassant) − ainsi que dans l'édition de 1905 du Petit Larousse illustré (« Se débrouiller verbe pronominal. Familier. Se tirer d'affaires »). La belle affaire ! me rétorquerez-vous avec juste raison.

    Las ! certains ouvrages de référence actuels entretiennent − involontairement ? − la confusion. Ainsi du TLFi, qui prône le singulier à l'entrée « affaire » (« Il est tiré d'affaire »), mais laisse échapper un pluriel à l'entrée « nageur » (« Personne qui sait se tirer d'affaires en toutes circonstances ») − sans parler de ce suspect « sortir d'affaires, d'embarras » déniché à l'entrée « sortir », là où Littré, qui connaît son affaire, écrit : « Se tirer d'affaire, se tirer d'embarras, sortir d'affaire, sortir d'embarras. »

    Vous l'aurez compris, dans cette affaire, on sera plus enclin à l'indulgence pour le traitement du mot affaire que pour celui du participe passé tiré, lequel s'accorde régulièrement − cela ne vous aura pas échappé − en genre et en nombre avec son complément d'objet direct antéposé : « Nous nous pensions tirés d'affaire » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie).
    L'affaire est close.

    Remarque 1 : On notera qu'affaire s'écrit correctement au pluriel dans avocat d'affaires, homme d'affaires, chargé d'affaires, dîner d'affaires, bureau d'affaires, cabinet d'affaires, chiffre d'affaires : Ces femmes d'affaires se sont toujours tirées d'affaire.

    Remarque 2 : Selon Girodet, le tour se tirer d'affaire serait « plus soutenu que s'en tirer, qui est cependant assez correct. En revanche, s'en sortir est nettement familier ». 

    Remarque 3 : On se gardera de toute confusion entre les expressions se tirer d'affaire et se retirer des affaires (« cesser d'avoir une activité économique, en parlant d'un entrepreneur »).

    Remarque 4 : Selon le Dictionnaire historique de la langue française, la construction tirer (quelqu'un) de, apparue à la fin du XIIIe siècle avec le sens de « faire cesser d'être (dans un lieu désagréable ou une situation difficile) », est à l'origine des emplois pronominaux se tirer (d'un mauvais pas, d'affaire, de là...).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Ils se sont bien tirés d'affaire.

     

    « Mais où est donc Omni... car ?Un sac de "ne" »

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