• Un temps de cochon

    « En fait de gratuité, le JDD a révélé dimanche que l'acteur [Gérard Depardieu] a été payé 100 000 € pour le film ! Interrogé sur cette contradiction par le JDD, Vincent Maraval a tenté comme il a pu de temporiser : "C'est une façon de parler" » (à propos du film Welcome to New York d'Abel Ferrara).
    (Thomas Janua, sur telestar.fr, le 12 mai 2014)

     


    FlècheCe que j'en pense

    De l'aveu même des dictionnaires, temporiser veut dire « retarder, différer, dans l'attente d'une occasion favorable, d'un temps plus propice » : Ne vous hâtez pas, il est prudent de temporiser (Dictionnaire de l'Académie). Telle est la faiblesse des hommes : il faut souvent que nous obéissions à la force ; il est besoin de temporiser ; on ne peut pas toujours être le plus fort (La Boétie).

    Tout porte pourtant à croire que tel n'était pas le sens que notre journaliste avait à l'esprit lorsqu'il entreprit de rédiger son article de fond(s). C'est que, de nos jours, temporiser est plus souvent qu'à son tour confondu avec tempérer, dans son acception de « modérer ; garder la mesure ». Bienvenue dans le monde impitoyable des paronymes : « [Il] a tenté de temporiser, calmer le jeu » (Voici) ; « c'est un moyen de temporiser et de calmer le jeu » (L'Express) ; « Barak Obama semble vouloir temporiser, calmer le jeu » (Le Huffington Post) ; « on nous incite à temporiser, à calmer le jeu » (Libération).

    Bien sûr, feront valoir les apôtres de la procrastination, remettre une décision à plus tard est parfois un bon moyen de prendre du recul et d'apaiser les esprits. De quoi entretenir entre nos deux verbes une confusion déjà favorisée par une probable proximité étymologique : temporiser n'est-il pas emprunté du latin temporizare (« passer le temps »), lui-même dérivé de tempus (« temps »), lequel pourrait être rapproché de temperare (« disposer convenablement ; régler ; modérer »), à l'origine de tempérer ? (1)

    Il n'empêche : mieux vaut parfois tempérer les ardeurs rédactionnelles de nos journalistes.

    (1) Selon le Dictionnaire historique de la langue française, ce rapprochement est toutefois « sémantiquement délicat, sauf à voir en tempus une "coupure (du temps)" et dans temperare une valeur proche du français couper, par exemple dans couper le vin ».

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Il a tenté de calmer le jeu.

     

    « Le coup de telPil(l)ule sans lendemain »

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  • Commentaires

    1
    domij13
    Lundi 6 Mars à 21:09

    Merci pour cette mise au point qui m'a été très utile, mais aussi très plaisante à lire. Vous nous aidez à bien nommer les choses, et ainsi, à contribuer au bonheur du monde ...

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