• Livrer... en pâture

    « François Fillon et Kim Willsher se sont livrés à une bataille sur Twitter au sujet de la vidéo diffusée dans Envoyé Spécial dans laquelle Penelope Fillon assure n'avoir jamais été l'assistante de son mari. »
    (paru sur lesechos.fr, le 7 février 2017)

    (photo Wikipedia sous licence GFDL par G. Garitan)

     

     FlècheCe que j'en pense


    Un lecteur de ce blog(ue) m'interpelle en ces termes : « J'aimerais que vous m'apportiez vos lumières au sujet d'un emploi qui me paraît abusif du verbe pronominal "se livrer". Les journaux regorgent d'expressions telles que "les deux équipes se sont livré (à ?) un match épique", "les entreprises de ce secteur économique se livrent (à ?) une concurrence féroce" ou "les ténors de la droite se sont livré (à) une bataille sans pitié". [...] Ne serait-il pas plus sage, et d'un meilleur usage, de se contenter d'employer la forme transitive "livrer quelque chose", assortie de "entre elles" ou "entre eux" ? »

    Autant livrer d'emblée mon sentiment : tout dépend de ce que l'on entend exprimer. Rappelons ici que le verbe livrer est transitif direct quand il employé au sens de « engager et poursuivre (un assaut, une bataille, un combat, une guerre) » : « Il fallait livrer bataille » (La Fontaine), « Livrer une bataille de plusieurs années » (Baudelaire), « Comme un général à la veille de livrer bataille » (Cendrars). Dans cette acception, livrer se rencontre à l'occasion à la forme pronominale, pour marquer la réciprocité : Il a livré bataille à son ennemiIls se sont livré bataille (l'un contre l'autre). Témoin ces quelques exemples que je livre à votre sagacité : « [Ils étaient] près de se livrer bataille » (Furetière), « Ces deux entreprises se livrent une guerre continuelle » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie), « Deux principes [...] qui se livrent un combat dont l'humanité est l'enjeu » (TLFi).

    Mais voilà : il convient de ne pas confondre cette dernière construction avec le tour pronominal se livrer à, pris au sens de « s'adonner à, se consacrer à ; pratiquer » (se livrer aux pires excès, à son sport favori). Comparez : Ils se sont livré un combat sans merci et Ils se sont livrés à un combat sans merci (notez au passage les différences d'accord du participe passé). La première formulation (sens réciproque) exprime un affrontement entre les protagonistes que la seconde (sens réfléchi) ne suppose pas forcément : ils peuvent s'être livrés à un combat entre eux ou contre des ennemis communs. Voilà sans doute la raison pour laquelle Josette Rey-Debove, dans son Dictionnaire du français, prend soin d'apporter la précision suivante : « Les deux ennemis se sont livrés à un combat sans merci. »

    Vous l'aurez compris : la nuance de sens entre se livrer (un) combat, (une) bataille et se livrer à un combat, à une bataille ne se livre pas au premier (attaché parlementaire) venu.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Ils se sont livré une bataille sur Twitter (plus approprié, dans cette affaire, que Ils se sont livrés à une bataille sur Twitter).

     

    « C'est sur-réaliste !Rien ne sert d'encourir »

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