• De quoi je me mille

    « Le président a dressé quelques perspectives en parlant notamment d’une réforme territoriale pour simplifier le mille feuilles. »
    (Michel-Édouard Leclerc, sur son blog, le 15 janvier 2014)   

     

    FlècheCe que j'en pense


    Avouons d'emblée − quitte à faire fuir ceux qui reconnaîtront là une tarte à la crème − que l'emploi des composés de mille est affaire délicate : doit-on les écrire en un ou deux mots, avec ou sans trait d'union, avec le complément au singulier ou au pluriel ?

    Le Conseil supérieur de la langue française a fait ses recommandations en 1990 : d'une part, les noms composés d'éléments nominaux et adjectivaux s'écrivent de préférence soudés (sur le modèle de lieudit) ; d'autre part, de même que millefeuille ne désigne pas mille (ou beaucoup de) feuilles, mais un gâteau (dont l'aspect rappelle peu ou prou celui d'une liasse de feuillets), et ne prend donc pas d’s au singulier, de même on appliquera aux composés de mille la règle générale d’accord en nombre des noms simples : pas de marque au singulier, s (ou x) final au pluriel.

    Force est de constater, de Paris à Brest, que la crème des spécialistes ne s'accorde que sur un point : quelle que soit l'épaisseur de son feuilletage, le millefeuille se sert effectivement sans s à feuille au singulier dans tous les ouvrages de référence consultés. Pour le reste, je vous le donne en mille : la belle unanimité vole en éclats, dans un bruit sourd de pet (de nonne) ! Si Girodet, pour une fois bien diplomate, laisse au fin gourmet le choix du trait d'union, Robert, Hanse et les académiciens préfèrent désormais déguster la pâtisserie en un éclair (un millefeuille, des millefeuilles) ; Larousse et Bescherelle, en deux bouchées (un mille-feuille, des mille-feuilles). Concernant les autres composés de mille, Larousse et Robert privilégient la graphie traditionnelle avec le complément au pluriel − un mille-pattes, une mille-fleurs (parfum ou tapisserie), un mille(-)raies (tissu)... mais, allez comprendre, un mille(-)feuille ! − quand l'Académie s'aligne sur les recommandations émises par le Conseil supérieur de la langue française, très honoré (un millepatte, une millefleur, un milleraie comme un millefeuille).

    Oserai-je en remettre une couche ? Sachez encore que notre millefeuille s'accommode à toutes les sauces selon le genre de la maison : au masculin, quand il est question du gâteau (Ce millefeuille est délicieux) ; au féminin, pour désigner une plante de la famille des achillées, aux feuilles très découpées et aux propriétés hémostatiques et cicatrisantes (Une millefeuille à fleurs blanches). N'est-ce pas chou ?

    Je vous le dis sans l'ombre d'une hésitation ni d'un nuage en meringue : en orthographe comme en pâtisserie, le millefeuille... ce n'est vraiment pas du gâteau !

    Remarque : À la fin du XIXe siècle, Littré notait avec juste raison que, « puisque l'Académie écrit mille-fleurs, mille-pieds, etc. elle devrait écrire mille-feuilles ; sinon, qu'elle devrait écrire mille-feuille en un seul mot ». Ses vœux ont depuis été exaucés.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Simplifier le millefeuille (ou le mille-feuille).

     

    « Billet d'humeurEncore un effort »

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  • Commentaires

    1
    Samedi 18 Janvier 2014 à 15:29

    Très joli article !

    J'adopte sans hésiter la recommandation de 1990 de mettre un -s au pluriel, et au pluriel seulement.

    Puisqu'on écrivait déjà un millefeuille, j'écris un millepatte, un portefeuille... Rah, j'ai changé de sujet, porte- c'est autre chose !

    2
    Samedi 18 Janvier 2014 à 19:08

    Mille mercis !

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