• Peu... mieux faire

    « Peu des mesures les plus controversées n'a été évaluée » (au sujet des propositions économiques de Pierre Gattaz, photo ci-contre).
    (Béatrice Parrino et Marc Vignaud, sur lepoint.fr, le 24 septembre 2014)

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par lejdd.fr)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Nos journalistes auraient-ils osé écrire : Peu de gens le... sait ? J'ai un peu de mal à le croire − encore que l'on trouve dans un ancien article de La Voix du Nord un « peu de monde ont joué le jeu » tout aussi suspect !  C'est que, après les locutions peu de, beaucoup de, le verbe s'accorde avec le complément : Peu de monde est venu mais Peu de personnes sont venues. Peu de monde l'a vu mais Peu de gens l'ont vu. Si le complément n'est pas exprimé, l'accord se fait au masculin pluriel : Peu s'en doutent. Bien peu sont venus. Les esprits rebelles auront beau faire remarquer qu'il  n'est pas question, dans notre exemple, de « peu de mesures » mais de « peu des mesures (les plus controversées) », cela ne change rien à l'affaire : « Nous croyons que bien peu des personnes, qui aiment à suivre la marche progressive de nos idées et de nos découvertes en Géométrie, seront de cet avis » (Jean-Victor Poncelet) ; « Cette septième cause, aux influences de laquelle peu des personnes qui osent s'y exposer peuvent se soustraire, est une de celles qui attaquent le plus promptement l'estomac » (Samuel Auguste Tissot).

    Quant à la présence de l'adverbe ne, c'est peu de dire qu'elle ne se justifie aucunement... si ce n'est par une regrettable confusion avec la construction aucun... ne, ainsi que le déplore Grevisse : « Lorsqu'ils sont placés devant le verbe, certains mots ou syntagmes proches sémantiquement des auxiliaires de négation amènent par analogie des ne abusifs. » Comparez : Aucune mesure n'a été évaluée et Peu de mesures ont été évaluées. La méprise n'est pas nouvelle à l'oral ; elle n'est que trop fréquente à l'écrit, dans une presse où il est souvent fait peu de cas de ces subtilités : « Peu de personnes ne semblent s'y intéresser » (TV5 Monde) ; « Peu de chefs d'État dans le monde ne disposent d'une telle longévité » (Le Monde) ; « peu de gens en Afrique ne semblent effrayés par la misère et la précarité » (Le Devoir) ; « Une véritable révolte fiscale s'organise et explique aussi que bien peu de Français ne défende [sic] les Bourbons lorsque Napoléon revient de l'Ile d'Elbe » (La Tribune). Qui a crié : Sauve qui... peu ?

    Voir également le billet Accord avec un collectif.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Peu des mesures les plus controversées ont été évaluées.

     

    « Coquille maisonÉcart de lang(u)age »

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  • Commentaires

    1
    Biscotte55
    Mardi 30 Septembre 2014 à 10:24

    Voici une expression que j'ai trouvée dans un roman Elling de Ingvar Ambjørnsen, traduit du norvégien et publié chez Gaïa : "En conséquence de quoi..." (p. 8, p. 22 notamment). L'expression ne me paraît pas correcte.


    Je dirais : "Si bien que...". ai-je raison d'épingler ce que je prends pour une erreur ?


    Merci de m'informer.


     

    2
    Mardi 30 Septembre 2014 à 10:44

    En conséquence de est une locution prépositive attestée en 1681 : "Agir en conséquence de cette loi" (Bossuet, cité par Littré).

    De là la formule de droit en conséquence de quoi, qui figure dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie : "En conséquence de quoi, j'ai rédigé le présent procès-verbal."

    Il est toutefois possible de lui préférer les équivalents partant, par suite, en conséquence, etc.

    3
    Biscotte55
    Mardi 30 Septembre 2014 à 14:21

    Je préférerai effectivement les équivalents, Académie ou pas Académie... wink2 car le manque d'élégance n'est pas vraiment ce que j'apprécie dans le style ou ailleurs...

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