• La face cachée du casher

    « Dans les locaux de Charlie Hebdo, à un carrefour de Montrouge, dans une épicerie cacher porte de Vincennes… l’horreur, trois jours durant. »
    (Louise Bodet, sur franceinfo.fr, le 31 décembre 2015) 

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par JJ Georges)

    FlècheCe que j'en pense


    Il est, hélas ! des cas où il vaut mieux ne pas consulter de dictionnaire. Jugez plutôt : « Casher ou kascher », lit-on dans le Robert illustré 2013... mais « Casher, cawcher, câchère », dans le Dictionnaire historique de la langue française, et « Kascher (On écrit aussi casher ou cascher) », dans le Dictionnaire du français de Josette Rey-Debove, qui font pourtant partie de la même crèmerie ; « Kasher, casher ou cachère », dans le Petit Larousse illustré 2005 ; « Kacher (On écrit aussi Kasher et, moins souvent, Cacher) », dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie ; « Kasher (On écrit aussi kascher ou casher) », dans Le Bescherelle Pratique 2006. N'en jetez plus, on frise l'indigestion !

    Force est de constater que l'usage joue à... cash kach avec l'orthographe de cet adjectif transcrit de l'hébreu kãšér (« qui convient, qui est conforme ») et passé dans la langue courante pour qualifier ce qui est conforme aux prescriptions rituelles du judaïsme, notamment en parlant des aliments (l'équivalent dans la religion musulmane est hallal). Rien que de très prévisible, me direz-vous, tant on sait que les emprunts représentent une source de difficultés d'autant plus grandes qu'ils sont issus d'une langue écrite dans un alphabet autre que l'alphabet latin. De là les nombreuses variantes orthographiques − dont certaines trahissent des influences anglaises (kosher) ou allemandes (koscher) − en présence dans notre affaire.

    Aussi, lors des fameuses Rectifications de 1990, les sages du Conseil supérieur de la langue française ont-ils jugé utile de faire la préconisation suivante : « Dans les cas où existent plusieurs graphies d'un mot emprunté, on choisira celle qui est la plus proche du français (exemple : cascher). »
    Oserai-je l'avouer ? Si l'intention est louable, la conclusion ne laisse pas de me surprendre. Car enfin, je ne m'explique toujours pas en quoi la graphie cascher serait davantage du cru que ses concurrentes...

    Remarque 1 : Selon le Larousse en ligne, « les graphies kascher, kachère et casher sont sorties de l'usage ». Je ne sais si c'est du lard ou du cochon, mais on est fondé à se demander s'il ne s'agit pas surtout d'une façon de dénigrer le concurrent Robert.

    Remarque 2 : Si le mot, d'origine étrangère, est souvent laissé invariable en genre et en nombre (viande casher, boucherie casher), la forme francisée cachère − qui ne laisse aucun doute sur la prononciation − prend d'ordinaire la marque du pluriel : au féminin (boucheries cachères, Larousse) comme au masculin (ovules cachères, François Weyergans). L'Académie, qui donne la préférence à la graphie kacher (pour éviter toute confusion avec le verbe cacher ?), réserve toutefois cette dernière au masculin : vin kacher, magasins kachers, mais viande kachère (sur le modèle de l'adjectif cher, chère).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Vous avez l'embarras du choix !

     

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