• Raz de marée / Tsunami

    Les récentes catastrophes en Thaïlande et au Japon auront au moins eu le mérite – bien dérisoire au regard du nombre des victimes, je vous le concède – d'attirer notre attention sur les différences entre un raz de marée et un tsunami. On peut dire sans trop se mouiller que la distinction est à chercher non pas dans la nature du phénomène (une onde océanique, dans les deux cas) mais dans sa cause : météorologique (tempête, ouragan, accident atmosphérique, etc.) pour le premier, géologique (tremblement de terre, éruption volcanique, glissement de terrain) pour le second. C'est du moins l'avis des scientifiques.

    Pour le commun des mortels, la confusion entre les deux termes est monnaie déferlante et rejaillit jusque sur nos dictionnaires. Il faut dire que leur étymologie, pour le moins vague et trompeuse, nous laisse... le bec dans l'eau : composé au XVIIe siècle à partir du vieil islandais ras (courant d'eau, course, chute), le raz de marée n'est pas lié aux cycles des marées, comme on pourrait le croire, mais désignait, à une époque où l'on s'intéressait plus aux effets qu'aux causes, tous les accidents marins qui faisaient déborder la mer (y compris les tsunamis). Quant à ce dernier, d'origine japonaise et de formation plus récente (1915), il signifie littéralement « vague sur le port », ce qui n'est guère plus précis. De là à parler de synonymie, il n'y a qu'un filet d'eau rapidement franchi...

    Force est de constater, aujourd'hui, que raz de marée (aux consonances trop locales ?) cède le pas, sans faire de vagues, devant les ondes bien plus chics de tsunami.

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    Remarque
    : Raz de marée s'écrit en principe sans traits d'union (même si l'autre graphie est fréquente) et est invariable. Au sens figuré, il désigne un phénomène soudain et massif qui bouleverse une situation donnée.

    Le littoral a été submergé par des raz de marée.
    La victoire du parti s'est transformé en véritable raz de marée électoral.

    Raz de marée / Tsunami

     

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  • Commentaires

    1
    Notwen
    Mercredi 15 Juin 2016 à 00:32

    A mon humble avis, la large prédominance de "tsunami" dans les médias résulte du principe de moindre effort : La dépêche en anglais utilise le mot tsunami, le journaliste français garde le mot, plutôt que de le traduire en raz de marée.  Je vous remercie pour la (très légère) distinction sémantique entre les deux, j'ai toutefois un léger scepticisme quant à la pérennité de cette distinction. L'avenir tranchera.

    Le même principe de moindre effort conduit à de nombreux anglicismes, notamment :
    - "réguler" pour "réglementer"
    - "supporter" pour "soutenir", et pas seulement en matière sportive
    - "excité" pour "enthousiaste"
    - "dévasté" pour "effondré", "bouleversé"...
    - "activiste" pour "militant", sans égard pour la légère distinction sémantique
    - "mixer" pour "mélanger"
    - "switcher" pour "changer", "alterner...
    - "administration Obama" pour "gouvernement Obama"
    - "bureaux gouvernementaux" pour "services administratifs" aux Etats-Unis
    - etc.

      • Henry Cornil
        Samedi 28 Octobre à 10:25
        Totalement d'accord avec vous. Mais j'ai peur que les 10 mots d'anglais importés en français tous les jours ne soient bien pérennes. Parce que ça fait plus moderne de faire comme aux États-Unis. Et aux États-Unis, on importe autant de gallicismes parce que ça fait cultivé...
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