• Et tout le bataclan !

    Et tout le bataclan !

    « Ne cherchez pas, essuyez vos larmes, reprenez vos activités normales et tout le bataclan, c’est bien parce que nous sommes le pays le plus libre, le plus indépendant et le plus insolent du monde [...] qu’ils veulent nous faire la peau. »
    (Olivier Berger, sur lavoixdunord.fr, le 17 novembre 2015)
    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Céline)

    FlècheCe que j'en pense


    Quelle est l'origine du mot bataclan ? La question pourra paraître dérisoire, au regard des évènements tragiques que nous venons de vivre ces derniers jours. Elle n'en est pas moins intéressante.

    Bataclan est attesté depuis 1761 dans la locution familière et tout le bataclan − comprenez « et tout le reste, et tout le toutim, et tout le saint-frusquin » : « Un catéchisme pour les acteurs, danseurs, gagistes, et tout le bataclan » (Charles-Simon Favart) −, où le mot désigne un attirail hétéroclite et encombrant composé d'objets dont on veut se dispenser de donner le nom : « J'ai pris tout le bataclan, et m'en suis allé » (Antoine-Fidèle Poyart), « Il lui faudra, au moins, un jour ou deux pour resserrer tout son bataclan » (Gustave Flaubert), « Il a renvoyé tout son bataclan » (Académie). Les ouvrages étymologiques s'accordent toutefois à supposer que le sens originel était autre : selon le Dictionnaire historique de la langue française, bataclan, quoique d'origine obscure, est « probablement formé sur une onomatopée imitant le bruit d'objets qui tombent, que l'on déplace ». Nombreuses sont en effet les imitations de bruits de coups, de chocs, de chute, de galopade, de bavardage, etc. à avoir été formées en français sur le radical patt- (pat- ou pata-). Que l'on songe à patati, patata, patatras... et au picard pataclan − « bruit d'un corps qui tombe », cela ne s'invente pas ! −, qui pourrait bien avoir été déformé en bataclan sous l'influence de battre. Suivra, à partir de 1834, le très voisin rataplan (et sa variante rantanplan), employé cette fois pour transcrire le roulement du tambour.

    Quel rapport, me direz-vous, avec la salle parisienne où le massacre que l'on sait a eu lieu ce vendredi 13 novembre 2015 ? Il se trouve que Ba-ta-clan est le titre d’une opérette composée en 1855 par Jacques Offenbach, une « chinoiserie musicale » dont le livret (signé du compère Halévy) raille le goût du public de l'époque pour l'exotisme (de pacotille) en multipliant les onomatopées censées imiter les sonorités du chinois : « Ba-ta-clan ! Fè-ni-han ! Fich-ton-kan ! » D'aucuns firent la fine bouche devant pareille loufoquerie : « La musique bondit, voltige, casse les vitres, fait tapage ; mais tout cela ne constitue pas une œuvre lyrique ; c'est justement qu'elle est appelée Ba-ta-clan, si le mot Ba-ta-clan veut dire cohue, tapage, assemblage de choses sans nom » (Félix Clément et Pierre Larousse, Dictionnaire lyrique ou histoire des opéras, 1869). Il n'empêche : l'opérette connut un tel succès populaire que le café-théâtre qui ouvrit dix ans plus tard sur le boulevard Voltaire à Paris lui emprunta le nom et le style orientalisant, avec rideau de scène en forme d’éventail et toit en pagode.

    La suite de l'histoire, hélas ! prête nettement moins à sourire. À dire vrai, cé-pa-tré-ma-ran.

     

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