
« Au final, il ne reste pas grand-chose de cette œuvre qui, en dépit de sa mélancolie appuyée, de son constat de génération – le réalisateur et ses deux interprètes principaux appartiennent peu ou proue à la même – semble cruellement dépourvue d’épaisseur » (à propos du dernier film de Claude Lelouch).
(Arnaud Schwartz, sur lacroix.com, le 1er avril 2014)
Ce que j'en pense
Le trait de notre journaliste, quant à lui, a de l'épaisseur à revendre ! C'est que proue, ainsi affublé d'un e superfétatoire, fait mauvaise figure dans le scénario.
Emprunté du latin prode (« profit »), prou − sans e final − est, selon le Dictionnaire historique de la langue française, « l'emploi adverbial de l'ancien substantif proud (v. 980), pro (v. 1050), prod (1080), prou (v. 1200), [qui] désignait le profit, l'avantage, une chose utile et, avec une valeur quantitative, l'abondance (1050) ». Si le bougre se rencontre encore comme nom sous la plume de La Fontaine − Bon prou vous fasse ! −, il n'a plus guère le vent en poupe dans cet emploi. De nos jours, seule reste vivace la locution adverbiale peu ou prou, littéralement « peu ou beaucoup » (et non « peu ou pas du tout », comme on le croit parfois par contresens), d'où « plus ou moins ». Rien à voir, donc, ni peu ni prou, avec la proue du navire, réfection de proe, probablement emprunté du génois proa, lui-même issu du latin prora (« partie avant d'un vaisseau »).
Pour l'anecdote, on notera que le terme prou est qualifié de « familier » par Littré, figure de proue des lexicographes du XIXe siècle, quand il ressortit au registre littéraire selon Girodet. Autre temps, autre mode...

Ce qu'il conviendrait de dire
Ils appartiennent peu ou prou à la même génération.