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L'ombre d'un doute

L'ombre d'un doute

« Cette silhouette noire devant un ciel ombrageux, c'est celle de William Turner. »
(paru sur sudouest.fr, le 24 juillet 2015) 

 


Turner, autoportrait (source Wikipédia)

 

FlècheCe que j'en pense


Voilà un adjectif qui pourrait bien faire ombre au tableau. Car enfin, à en croire la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie, ombrageux ne se dit plus que d'un animal prompt à s'effrayer lorsqu'il voit son ombre, donc facile à effaroucher (un cheval ombrageux) et, au figuré, d'une personne soupçonneuse, portée à prendre ombrage, à montrer de la défiance, à s'offusquer de peu de chose, bref à se... cabrer (une femme ombrageuse et, par extension, un caractère ombrageux).

D'aucuns − et notamment ceux qui passent le plus clair de leur temps à l'ombre du Dictionnaire historique de la langue française ou du TLFi − feront valoir, avec juste raison, que l'adjectif ombrageux a été attesté aux sens concrets de « qui donne de l'ombrage » et « qui a de l'ombre », mais ça, c'était avant − entendez, pour l'essentiel, du XIVe au XVIIe siècle : « Lieu ombrageux et couvert » (Louis XI), « par les bois ombrageux » (Du Bellay), « Des routes ombrageuses » (Montaigne). De nos jours, ces acceptions − réservées aux choses − se répartissent d'ordinaire entre ombragé (qui signifie « protégé du soleil par un ombrage, qui est à l'ombre des feuillages » : une terrasse ombragée) et ombreux (lequel s'est d'abord appliqué à ce qui donne de l'ombre : un chêne ombreux, puis, pour ne rien simplifier, à ce qui est à l'ombre, dans la fraîcheur ou une demi-obscurité : une vallée ombreuse, une cuisine ombreuse). Est-ce parce que ce dernier paronyme ressortit surtout au registre littéraire (voire poétique) que la langue usuelle, en mal d'adjectif pour « qui donne de l'ombre », recourt volontiers (quoique à tort) au plus courant ombrageux ?

Il n'empêche : au « ciel ombrageux » d'un Ronsard succède, quatre siècles plus tard, le « ciel ombreux » d'un Pagnol... qui n'avait pas la tête dans les nuages !

Remarque 1 : Selon Hanse, « même de bons écrivains font la faute d'appliquer ombrageux à des arbres ». Si le grammairien belge a eu la délicatesse de ne pas citer de noms, il suffit de consulter la Toile pour identifier les contrevenants, dussent-ils en prendre ombrage : Elsa Triolet (« malgré les arbres ombrageux »), suivie de près − tiens, tiens... − par Louis Aragon (« des chemins ombrageux »).

Remarque 2 : Dans le domaine artistique, ombré se dit d'un tableau, d'un dessin où les ombres sont figurées par des hachures, des couleurs plus sombres, etc. Par extension, l'adjectif s'emploie à propos d'autres choses (des paupières ombrées de maquillage).

 

Flèche

Ce qu'il conviendrait de dire


Un ciel ombreux (?).

 

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