
« Mikhaïl Kalachnikov, inventeur du fusil d'assaut éponyme ayant fait plus de morts dans le monde que toute autre arme, est décédé lundi à l'âge de 94 ans (...) »
(photo Wikipédia) (paru sur lepoint.fr, le 23 décembre 2013)
Ce que j'en pense
Si le titre − « Mort de Mikhaïl Kalachnikov, inventeur du fusil portant son nom » − est impeccable, on regrette que notre journaliste ne s'en soit pas tenu à la même rigueur sémantique dans le corps de l'article. En effet, l'adjectif éponyme, emprunté du grec epônumos (composé de epi, « sur », et onoma, « nom »), signifie proprement « qui donne son nom à »... et, partant, ne peut qualifier que l'ingénieur russe, pas sa tristement célèbre création !
Mais là n'est pas le seul écueil que nous réserve ladite arme automatique. Figurez-vous que les dictionnaires usuels ne s'entendent pas sur son genre : Robert ne l'envisage qu'au féminin, quand Larousse (comme l'Académie, du reste) laisse le choix (1) − selon que l'on pense au fusil ou à la mitraillette ? Force est constater que la langue courante a une nette préférence pour le féminin, tant la kalachnikov − ou plus couramment, par apocope, la kalach (sans majuscule, puisqu'il s'agit dans les deux cas du nom commun) − souffle en rafales sur la Toile. Mais le masculin n'est pas rare chez les spécialistes ; témoin cette Histoire du kalashnikov de Jean Huon (notez la variante orthographique). D'autres encore (dont Wikipédia), n'hésitant pas à changer leur fusil d'épaule au sein du même article, cultivent l'ambiguïté de genre. De là à prétendre qu'ils... en jouent.
(1) Allez savoir pourquoi, le colt − issu, par ellipse, de l'anglo-américain Colt's revolver, « pistolet de Colt », du nom de son inventeur − n'a pas bénéficié du même traitement de faveur.
Voir également le billet Éponyme.

Ce qu'il conviendrait de dire
Mikhaïl Kalachnikov, inventeur du fusil d'assaut portant son nom (ou auquel il donna son nom).