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Exclusif !

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« La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité » (à propos de l'écriture dite « inclusive »).
(sur le site Internet de l'Académie française, le 26 octobre 2017)

 

 

  FlècheCe que j'en pense


Vous êtes nombreux, par les temps qui courent et les manuels qui pleuvent, à me demander ce que je pense de l'écriture dite « inclusive », vous savez, cette façon illisible de tendre vers une égalité de représentation des deux sexes dans le discours. Eh bien, je pense... que l'on en parle beaucoup trop ! Au point de pousser nos académicien.ne.s (!) à la contradiction. Car enfin, ne lit-on pas dans la déclaration dont ces derniers, ces dernières, bref ces illustres personnes se sont récemment fendues que « la démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie » ?

Cet emploi de démultiplication comme intensif de multiplication, désormais consigné dans les dictionnaires usuels avec le sens figuré de « action d'augmenter l'effet (de quelque chose) par la multiplication des moyens utilisés », est présenté comme « courant » dans le Dictionnaire historique de la langue française (*) ; il a en effet pignon sur rue depuis les années soixante et se répand jusque chez de bons écrivains : « La démultiplication des forces dans la difficulté vaincue, le rapport avec la gloire, le succès, tout cela forme les traits du virtuose » (Jankélévitch), « Les sciences [...] lui fourniront cet outil de démultiplication visionnaire dont il a besoin » (Houellebecq). Seulement voilà, l'Académie, de son côté, n'a jamais enregistré dans son propre Dictionnaire que le sens technique, mécanique : « Démultiplication de fréquence. Rapport de démultiplication ou, elliptiquement, démultiplication, rapport de réduction de vitesse dans la transmission d'un mouvement. » De là à ce qu'elle se voie reprocher cette définition un peu trop... exclusive !

(*) « [Démultiplier, démultiplicateur et démultiplication] sont d'usage courant avec le sens figuré intensif de "multiplier". »


Remarque 1 : Il est à noter que ledit communiqué a été rectifié, mi-décembre 2017, en « la multiplication des marques orthographiques et syntaxiques ».

Remarque 2 : Les spécialistes de la langue ne s'accordent pas sur la valeur du préfixe dé- dans démultiplier (et ses dérivés) : s'agit-il du préfixe de privation (comme dans défaire) ou du préfixe de renforcement (comme dans débattre, au sens premier et ancien de « battre fortement ») ? Les correcteurs du monde.fr penchent pour la première hypothèse, le linguiste Jacques Moeschler, pour la seconde ; ni le TLFi ni le Dictionnaire de l'Académie ne daignent se mouiller. C'est que démultiplier, qui signifie proprement « augmenter la force d'un système de transmission mécanique en réduisant la vitesse des organes auxquels cette force est transmise » (selon le TLFi), contient deux idées contraires. D'ordinaire, seule celle d'augmentation (de l'effet), de multiplication (des moyens) est retenue dans les emplois figurés.

   

Flèche

Ce qu'il conviendrait de dire


La multiplication des marques orthographiques et syntaxiques.

 

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C
Erratum concernant mon message  précédent : La date de 1881 concernant le Lami est impropre. Il s'agit là de la date du Dictionnaire, mais les descriptions évoquées ne figurent que dans un supplément de 1903. Plus généralement, les analyses incorporant la démultiplication furent publiées dans la dernière décennie du XIXe siècle.
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C
Si l'on se fie à une analyse détaillée des attestations, on repère que le mot démultiplication a d'abord été utilisé, au début du XIXe siècle, comme tentative pour remplacer division dans l'apprentissage de l'arithmétique. Cela faisait suite aux travaux de Condillac sur la numération. Le préfixe dé- était bien celui de défaire, celui de la fonction inverse.<br /> La tentative ayant échoué, le mot est resté inemployé pour subitement réapparaitre vigoureusement avec l'automobile. Le Dictionnaire encyclopédique et biographique de l'industrie et des arts industriels (1881) l'évoque pour la transmission entre l'arbre moteur (2400 tours/min !) et l'axe des roues. À peine plus tard, c'est la question sensible du nombre de tours de volant pour le braquage des roues qui mobilise le mot. <br /> En bref, démultiplier c'est bien diviser, non pour régner mais pour mieux répartir une force constante. Si l'Académie avait coopté des ingénieurs, elle aurait sans doute pu donner une définition qu'elle n'a finalement élaborée qu'au cours de la 9e édition (toujours en cours). <br /> À noter que l'expression diplomatie démultipliée fais partie du jargon étatique comme traduction de l'anglo-américain multi-track diplomacy (selon France Terme).
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L
Bonjour, je suis désolée si mon commentaire est un peu hors-sujet, mais je ne savais pas vraiment où le mettre, alors voilà... Je suis une élève de première S et depuis cette année je dois prendre des notes dans presque toutes les matières (nous le faisions de façon très occasionnelle l'an dernier), sauf que j'ai l'impression que depuis que j'abrège énormément et que je ne fais plus de phrases (je suis obligée de le faire...), mon orthographe décline. Je fais des fautes stupides que je ne faisais pas avant (sauf si j'étais vraiment fatiguée) et j'ai besoin de réfléchir plus longtemps avant de formuler mes phrases. Je suis un peu dégoûtée, car j'essayais de soigner un minimum mes SMS pour que ça ne m'arrive pas... Est-ce que vous savez si la prise de note peut provoquer une baisse du niveau en français, et s'il y a une façon d'y remédier?
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