
« Vendredi soir, TF1 a creusé l'écart avec la concurrence du service publique en rassemblant 670.000 téléspectateurs de plus » (à l'occasion du premier journal présenté par Audrey Crespo-Mara, photo ci-contre).
(Guillaume Genton, sur europe1.fr, le 20 juillet 2015)
Ce que j'en pense
Si public, employé comme nom (masculin), s'écrit toujours avec un c final, il n'en va pas de même de l'adjectif, qui perd sa terminaison -ic au profit de -ique dès lors qu'il se rapporte à un substantif féminin. Comparez : un établissement public, le trésor public mais une école publique, la fonction publique.
Tout cela est de notoriété publique, pensez-vous. Il suffit de quelques clics de souris pour se convaincre du contraire : « des marchés publiques très profitables » (Le Parisien), « l’attribution de marchés publiques » (RFI), « l'ennemi publique numéro un » (Madame Figaro), « une fonction de service publique » (La Croix), « une obligation de continuité du service publique » (Le Figaro), « ne pas mettre à un seul endroit tous les services publiques » (La Tribune), « graves troubles à l'ordre publique » (Les Échos), « la représente [sic] du ministère publique » (L'Obs), « la façade d'un lieu publique » (France 3), « un personnage publique » (BFMTV), « réclamer en [sic] enseignement publique de qualité » (Le Figaro).
Mais voilà que les ouvrages de référence (Dictionnaire historique, TLFi) nous apprennent que la forme masculine public ne serait autre que la réfection, d'après le latin publicus (« qui concerne le peuple, qui appartient à l’État »), de la graphie publique, restée en usage, pour les deux genres, jusqu'au XVIIe siècle (1) : « et c'est le bien publique » (Les Miracles de Nostre Dame par personnages, 1362), « le bien publique » (Villon), « un debvoir publicque » (Montaigne). Rien que de très logique, au demeurant, pour qui sait qu'aux noms masculins en -ic correspondent d'ordinaire des adjectifs dont la finale est -ique, au masculin comme au féminin. Que l'on songe à arsenic (des traces d'arsenic mais de l'acide arsénique), diagnostic (une erreur de diagnostic mais les signes diagnostiques du cancer), pronostic (se livrer à des pronostics mais un élément pronostique). Public relèverait donc désormais de l'exception. Pas sûr que la langue y ait gagné en cohérence, aux yeux du grand public.
(1) Vaugelas écrivait encore : « Public et publique sont tous deux bons pour adjectifs masculins ; car on dit fort bien un deuil public et un deuil publique. »
Voir également le billet Pronostic.

Ce qu'il conviendrait de dire
Le service public.