
« La vieille ventrière des accouchies me lève, sanguinolant, dans ses mains. »
(Jean Teulé, dans son roman Je, François Villon, paru chez Julliard)
Ce que j'en pense
C'est qu'il ne faudrait pas prendre notre adjectif pour le rejeton d'un hypothétique verbe sanguinoler (toujours ignoré des dictionnaires usuels). Que nenni ! Sanguinolent (avec sa finale en -ent) est un emprunt savant du latin sanguinolentus (« injecté de sang, en parlant des yeux », « couvert de sang »). Le mot − prononcé sanghinolan − fut d'abord employé en médecine à propos des humeurs ou des matières teintées de sang (Des crachats sanguinolents), puis s'est dit péjorativement de tout ce qui est d'une teinte évoquant le sang : « D'abord ce regard éteint, sanguinolent, l'avait gêné » (Mauriac) ; « Le soir, les maisons de jeu n’ont qu’une poésie vulgaire, mais dont l’effet est assuré comme celui d’un drame sanguinolent » (Balzac).
Reconnaissons pour autant, histoire d'éviter à notre auteur de se faire un sang d'encre, que ladite confusion orthographique ne date pas d'hier : on la trouve dans l'édition de 1816 du Dictionnaire français-anglais d'Abel Boyer ainsi que dans Le Génie de la langue française de Goyer-Linguet (1846) ; plus près de nous, dans le Dictionnaire amoureux de la gastronomie de Christian Millau (« des soles sanguinolantes ») et dans Les Mots du corps : dictionnaire des clins d’œil populaires de Philippe Brenot (« la susceptibilité et l'irritabilité de l'écorché sanguinolant »). Pis, la Toile n'en finit pas de nous abreuver de graphies plus fantaisistes les unes que les autres : sanguignolent, sanguignolant (influence du substantif guigne ?), voire sanginolent, sanginolant (par méconnaissance des règles élémentaires de la phonétique française). De quoi finir par piquer un coup de sang !

Ce qu'il conviendrait de dire
Elle me lève, sanguinolent, dans ses mains.