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Attention / Intention

La confusion entre les paronymes attention (« action de porter tout son esprit ou tous ses soins sur quelque chose ») et intention (« volonté, fait de se proposer un certain but ») est assez fréquente, notamment dans les tournures à l'attention de et à l'intention de.

• À l'intention de est une locution de but, attestée dès le XIVe siècle (sous la forme a l'entencion de), qui signifie « spécialement pour ; en l'honneur de, au bénéfice de ».

J'ai fait ce gâteau à ton intention (= exprès pour toi, pour te faire plaisir).

Une messe dite à l'intention des victimes (= pour le salut, le repos de leur âme).
 

• À l'attention de est une formule administrative, récente (milieu du XXe siècle) et elliptique, par laquelle on désigne le destinataire d'une lettre, d'un courriel ou d'un document que l'on soumet à son attention, à son examen attentif.

À l'attention de Monsieur le Directeur.


Voilà pour la théorie. Dans la pratique, les choses semblent un peu plus compliquées...

Il apparaît tout d'abord, à y regarder avec attention, que les spécialistes de la langue ne s'accordent pas sur la définition de la locution à l'intention de (quelqu'un). Certains l'entendent avec le sens positif de « à sa considération, dans le dessein que cela lui soit agréable, profitable, bénéfique » (Dictionnaire de l'Académie, 2000), « pour lui, dans un but favorable (implicitement, dans cette expression l'intention est bonne, jamais mauvaise, sauf par ironie) » (Bescherelle – Mots périlleux, mots savoureux, 2013) ; d'autres, sans illusions sur la nature humaine, lui donnent prudemment le sens neutre de « par destination pour » (Littré, 1863), « en lui destinant [ce que l'on fait] » (Hatzfeld, 1890). Force est de constater que nombreux sont les écrivains (parfois même académiciens) qui ont fait le choix du sens neutre : « Embrassez Monsieur l'abbé à mon intention » (La Rochefoucauld, 1673), « Il mijotait en soi, à l'intention du père Soupe, le plan d'une blague gigantesque » (Courteline, 1893), « Manigancer une surprise désagréable, à l'intention des héritiers qui lui déplaisent » (Henri-Georges Jeanne, 1921), « Deux ou trois épithètes malsonnantes à l'intention des Allemands » (Francis Ambrière, 1946), « Comme si toutes les phrases recélaient un piège à l'intention de leur ignorance » (Henry de Monfreid, 1968), « Au désagrément d'une soirée, pourquoi ajouter quelques lignes désagréables, à l'intention de ceux qui nous l'ont infligée ? » (Pierre Audinet, 1985), « Mettre en place un piège à l'intention des azéris » (Hélène Carrère d'Encausse, 1990), « [...] dit le chauffeur après une bordée d'insultes à l'intention du routier » (Angelo Rinaldi, 1993), « [Il] lâchait une bordée de jurons à l'intention des députés » (Patrick Rambaud, 2010), « Des injures écrites à l'intention de... » (Jean-Joseph Julaud, 2011), « Ces insultes à l'intention d'un membre du gouvernement étaient déplacées » (Dominique Fernandez, 2022). Quant aux définitions du Larousse en ligne, il est permis de douter de l'attention avec laquelle elles ont été rédigées. Jugez-en plutôt : « À l'attention de = spécialement destiné à (formule écrite sur un document, sur une lettre, pour marquer que le contenu est soumis à l'attention du destinataire) » (à l'article « attention ») et « À l'intention de quelqu'un, spécialement destiné à lui » (à l'article « intention »). Nous voilà bien avancés...

On observe ensuite, avec les auteurs du Petit Bon Usage (2018), que la locution à l'intention de est aujourd'hui remplacée plus souvent qu'à son tour par à l'attention de, notamment dans les contextes où il est question d'écrits. Comparez : « La lettre que j'avais alors rédigée à son attention » (Yann Moix, 2002), « [Il] rédigea [un mémoire] à l'attention de son parrain » (Renaud Camus, 2002), « La préface qu'Anatole France rédigea à l'attention de cet ouvrage » (Marie-Dominique Porée, 2011 ; notez le curieux emploi avec un nom de chose), « Elle rédigea un billet à son attention » (Christine Orban, 2012), « Les réponses qu'il rédige à son attention » (Virginie Despentes, 2015), « Une lettre avait été déposée à son attention » (Vincent Engel, 2016), « Une petite enveloppe avec un mot rédigé à ton attention » (Marc Levy, 2012), « Un rapport sur la qualité de l'air a été rédigé à l'attention du Premier ministre » (Daniel Lacotte, 2019), « Ce message a été laissé à l'attention de... » (Julien Soulié, 2021) et « Elle avait même rédigé à son intention un livre de bord » (Henri Escoffier, 1878), « Une lettre avait été déposée à son intention » (Francis Carco, 1919), « Le billet que j'avais laissé à son intention sur la table pour l'avertir que Pujolhac était malade » (Raymond Abellio, 1946), « [Un cours] publié à l'intention du personnel de la S.N.C.F. » (René Georgin, 1954), « J'ai rédigé un rapport sur cette question à l'intention du directeur » (Jean Girodet, 1986), « Il rédigea [un rapport] à l'intention de M. de Tournon » (Dominique Fernandez, 1986), « Il sèmerait chaque étape d'un billet à son intention » (Michel Peyramaure, 1991), « Il rédige [une note] à son intention » (Serge Moati, 2003), « [Il] avait négligemment détruit la lettre écrite à son intention par sa romancière d'épouse » (Pierre Lemaitre, 2020). Autant il est correct de porter, proposer, recommander, signaler, soumettre, soustraire... quelque chose à l'attention de quelqu'un (comprenez : à sa connaissance, à son examen attentif), autant je vois mal ce qui peut justifier les tours écrire, envoyer, publier, rédiger... quelque chose à l'attention de quelqu'un. Rien à redire, en revanche, aux exemples suivants, où il est permis de supposer l'ellipse de porté, proposé, signalé, soumis... : « [Il lui appartient de] formuler son avis sous forme de note à mon attention » (De Gaulle, 1963), « En quatorze pages définitives, à l’attention des plus hautes autorités métropolitaines, Soustelle explique [que...] » (Jean-François Deniau, 1992).

Enfin, on est fondé à se demander pourquoi il serait incorrect d'employer À l'intention d'Untel comme formule de suscription sur une lettre si celle-ci lui est spécialement destinée. Mais telles ne sont pas les conventions...

 

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Remarque 1 : La prétendue astuce selon laquelle « à l'attention de = à l'adresse de » est trompeuse. Il n'est que de consulter le TLFi pour s'en convaincre : « À l'adresse de. Frédie, se touchant le nez du bout de l'index, fit à mon intention le signal de détresse (Hervé Bazin, 1948). »

Remarque 2 : On veillera à bien distinguer les adjectifs associés. Ainsi, un homme très attentionné (= plein d'attentions) peut se révéler mal intentionné (= avec de mauvaises intentions).

Remarque 3 : Voir également l'article consacré à Faute (d'attention / d'inattention).
 

A l'attention / intention de

Ledit guide est-il recommandé à l'attention des jardiniers ou rédigé à leur intention ?
La nuance est subtile...
(brochure pourtant éditée par le ministère de l'Écologie et du Développement durable...)

 

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P
Travaillant dans l'édition, je confirme la tendance que vous souligniez déjà en 2011 à confondre ces deux locutions. On note des erreurs ou des hésitations chez de nombreux auteurs et traducteurs, la locution "à l'attention de" ayant tendance à s'imposer non seulement dans le domaine de la communication écrite, mais aussi dans celui de la communication orale, avec des verbes de parole ("dire, crier, s'écrier", etc.).<br /> La répartition des locutions que vous préconisez me paraît pertinente, même si certains cas restent sans doute discutables...
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