
« Aïcha Fall est l'une des deux athlètes qu'a envoyé la Mauritanie à Londres. »
(paru sur france24.com, le 10 août 2012)
(photo wikipedia)
Ce que j'en pense
Certes, après la locution un(e) des... qui (et autres tournures semblables), l'accord, généralement au pluriel, peut se faire au singulier si l'on souhaite insister sur l'idée d'individualité (on parle d'accord de syllepse). Voilà qui pourrait justifier l'accord en nombre du participe passé envoyé. Quid de l'accord en genre ? Athlète étant un substantif épicène (même forme au masculin et au féminin), il y a hésitation. D'aucuns feront remarquer que l'une suppose que l'on a affaire à deux sportifs du beau sexe. Sauf qu'il se trouve, après vérification, que la délégation mauritanienne compte une femme... et un homme. Dilemme, dans lequel Hanse refuse de s'enfermer : ne préconise-t-il pas de dire que « Maître Louise Dupont est un des meilleurs avocats de sa génération si la comparaison porte sur les hommes comme sur les femmes » ?
Opter, comme le fait notre journaliste, pour l'accord du participe passé au masculin singulier n'est par ailleurs pas intellectuellement satisfaisant, car en contradiction avec le choix de l'article l'une, seul complément d'objet singulier possible. Quant à écrire envoyée au féminin singulier, cela laisserait entendre qu'Aïcha Fall est celle des deux athlètes à avoir participé aux Jeux de Londres, excluant de fait son compatriote masculin.
Le sens impose donc, selon moi, l'accord avec le complément d'objet direct athlètes, au masculin pluriel, en raison de la présence d'un membre de la gent masculine.
Voir également les billets Accord du participe passé, Accord après "un(e) des... qui" et Mots épicènes.

Ce qu'il conviendrait de dire
« Aïcha Fall est l'un des deux athlètes qu'a envoyés la Mauritanie à Londres » (accord régulier du participe passé avec son complément d'objet direct athlètes, si l'on considère que le masculin d'indistinction préconisé par l'Académie pour les noms de fonction peut s'appliquer ici...).
« Aïcha Fall est l'une des deux athlètes qu'a envoyés la Mauritanie à Londres » (si l'on considère que le caractère épicène d'athlètes permet ce « double accord », qui n'est pas sans rappeler celui de gens...).
« La Mauritanie a envoyé à Londres deux athlètes, dont une femme, nommée Aïcha Fall » (si l'on veut éviter toute ambiguïté).