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Traitement de défaveur

« Éric Ciotti "en faveur" à la retraite par capitalisation. »
(Vu sur BFM TV, le 20 septembre 2026.)

 


FlècheCe que j'en pense

Aperçu – fût-ce agrémenté de guillemets – sur le bandeau de la chaîne d'information en continu cet attelage de curieuse facture : en faveur à. J'en étais resté pour ma part à la locution prépositive en faveur de quand il est question, comme ici, de prendre parti, de se prononcer pour (quelqu'un ou quelque chose) :

« [Il] écrivit au Senat en faveur des chrestiens » (Bossuet, 1681), « Bien des gens vont jusques à sentir le merite d'un manuscrit que l'on leur lit, qui ne peuvent se declarer en sa faveur, jusques à ce qu'ils ayent veu le cours qu'il aura dans le monde par l'impression » (La Bruyère, 1687), « L'Épire aussitôt se déclara en faveur de Cassandre » (Charles Rollin, 1734), « Le ciel se déclare en notre faveur » (Voltaire, 1764), « Il est nécessaire que l'opinion publique se prononce en faveur des principes » (François-Juste-Marie Raynouard, 1823), « Se déclarer en faveur des hommes illustres » (Hugo, 1845), « [Ce congrès] se prononça en faveur du projet » (Anatole France, 1896), « [Il] se prononce en faveur du divorce » (René Bazin, 1904), « [L'opinion anglaise] oblige son gouvernement à se prononcer en faveur des germaniques » (Martin du Gard, 1936), « En dessous de 35 ans, ceux qui sont en faveur de la peine de mort sont minoritaires » (Robert Badinter, 2006), « Et cette mobilisation incessante d'homme de gauche en faveur des classes populaires ! » (Jean-Marie Rouart, 2018). (1)

Mais il faut croire que grande (et plus ancienne que je ne l'imaginais) est la tentation, dans toute la francophonie, de substituer la préposition à à la préposition de après en faveur, sous l'influence probable du tour être favorable à :

« La presque unanimité des conseils communaux s'est déclaré [sic] en faveur à la demande » (Bulletin des séances du Conseil provincial du Luxembourg, 1851), « Commission de grand bailli de la châtellenie de Bailleul en faveur à M. Adolphe de Pamele » (Documents inédits relatifs à la ville de Bailleul, 1878), « [Ils] étaient nettement en faveur à une orientation résolue vers la Triple Entente » (journal Le Rappel, 1913) et plus fréquemment depuis les années 2000 : « [La comparaison] n'était pas en faveur à Laurane » (Michel Alibert, 1999), « [Les juges] s'étaient prononcés en faveur à ce que les dépenses soient [remboursées] » (rapport du Sénat du Canada, 2008) (2), « Le choix entre deux théories s'effectue en faveur à celle qui possède le contexte le plus large » (site Superprof, 2009), « Ségolène Royal s'est prononcée en faveur à la suspension des travaux » (Sud Radio, 2014), « Une évolution des mœurs qui ne joue pas en faveur à Adeline Blondieau » (Europe 1, 2015), « [Ils] se sont exprimés en faveur à la mesure » (Noémi Marois, 2015), « La CNIL s’est prononcée en faveur à cette assimilation » (site Legavox, 2015), « [Des revendications] en faveur ou en opposition à l'ouverture de casinos » (Claudia Dubuis, universitaire suisse, 2016), « Le Conseil d'Etat genevois s'est prononcé en faveur à ce qu'il y ait des obligations d'efficacité » (rapport suisse, 2017), « [Les étudiants] se prononcent en faveur à des semaines débutant le lundi » (rapport de l’ESPE, 2018), « FO est fier de vous communiquer la réponse du Maire en faveur à ce que la Direction de la Jeunesse étudie nos propositions » (site de Force Ouvrière, 2018), « Ces organisations corporatistes se sont déjà prononcées en faveur à la sélection » (Julian Calfuquir, 2018), « L'attribution des marchés publics [...] est biaisée en faveur à ceux qui sont proches du pouvoir » (Ayssen Makni, universitaire tunisienne, 2018), « [Il] a posté un texte en faveur au mouvement » (France Info, 2018), « Bercy s'était ensuite prononcé en faveur à cette mesure » (Marion Deslandes, 2021), « [Ils] se sont déclarés en faveur à un maintien du procès » (Éric Laine, 2021), « Jean-Michel Aulas s'était prononcé en faveur à un retrait de points » (Ouest-France, 2021), « Je suis toujours en faveur à l'idée de supprimer le hors-jeu » (François Thomazeau, 2022), « La Fédération de l'enseignement collégial se prononce en faveur à l'application de la loi » (média canadien, 2022), « Le parti régional se positionne en faveur à la modification de la loi » (média suisse, 2022), « Le président s'est prononcé en faveur à la création d'un Pass Rail » (RTL, 2023), « Le conseil s'est prononcé en faveur à la semaine de quatre jours » (Ouest-France, 2024), « Votre engagement en faveur à notre cause » (Nice Premium, 2024), « Les dispositifs en faveur à leur maintien en activité » (étude de la Chambre de commerce et d'industrie, 2024), « Un vote en faveur à la modification réglementaire » (rapport de la ville de Québec, 2024), « Le corps professoral se positionne de plus en plus en faveur à notre mouvement » (média belge, 2024), « Ils dénoncent une discrimination en faveur à ceux qui importent le ciment sénégalais en vrac » (média sénégalais, 2024), « Que va décider celui qui s'est, par le passé, prononcé en faveur au projet ? » (América Lopez, 2024), « 48% [des entreprises européennes] se prononcent en faveur à un délai d'un an » (Adeline Haverland, 2025), « 8 Français sur 10 se sont prononcés en faveur à une loi sur l'aide à mourir » (Émilie Pelious, 2025).

L'hésitation entre les deux prépositions est encore plus marquée après le syntagme en soutien, de sens proche :

(en soutien de) « [Il] ne se borne pas à prononcer des discours aux Chambres en soutien de ses idées » (Angelo De Gubernatis, 1888), « Nous étions là [...], en soutien de l'artillerie » (Joseph de Pesquidoux, 1932), « Les Américains mett[ent] des parachutistes et des chars en soutien des Français » (De Gaulle, 1956), « Le bataillon des fantassins montait en soutien de la division de cavalerie » (Julien Gracq, 1958), « La vague chiraquienne qui déferle en soutien de son adversaire » (Jean-Jacques Servan-Schreiber, 1993), « L'apposition de leur signature en soutien d'André Malraux » (Jean-François Sirinelli, 2014), « [L'Académie] remet de nombreux prix en soutien de cette cause » (Gabriel de Broglie, 2015), « [Le général] débarqua sur les quais, en soutien de Mouchez » (Patrick Grainville, 2018), « Le mémoire de Carnot publié en soutien de Napoléon » (Hervé Drévillon, 2021), « Le voilà donc en soutien de Macron » (Marc Lambron, 2022), « L'artillerie effectua des tirs en soutien de l'infanterie » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie), « Placer un escadron de chars en soutien d'une compagnie d'infanterie » (Larousse) ;
(en soutien à, sous l'influence de apporter son soutien à ?) « Deux batteries de 4 de la réserve sont envoyées en soutien à celle du général Lapasset » (Gustave Marchal, 1890), « Nous nous réunissons à la Fnac en soutien à Vuk Drašković » (Daniel Rondeau, 2014), « Les nombreuses fondations forment [...] un nuancier de pratiques et de méthodes de mécénat en soutien aux sciences humaines » (Gabriel de Broglie, 2015), « [Une dénomination] apparue en soutien aux pays du Sud » (Alain Rey, 2017), « [Pour que les sentiments nationaux des Slaves] viennent en soutien aux mouvements révolutionnaires » (Hélène Carrère d'Encausse, 2019), « [Une tribune publiée] en soutien à la réforme » (Bernard Cerquiglini, 2021), « L'escadre française qui croisait le long du littoral en soutien aux forces terrestres françaises » (Pascal-Raphaël Ambrogi, 2024), « [Un manifeste publié] en soutien à la politique d’expansion mussolinienne » (site Internet de l'Académie).

En l'absence d'avis faisant autorité (lexicographes et autres spécialistes de la langue sont étonnamment muets sur le cas de en soutien), chacun y va de sa petite hypothèse : « On dit plus volontiers "en soutien de" pour les personnes (en soutien des soldats) et "en soutien à" pour les choses (en soutien à l'économie) » (commentaire laissé sur un forum de langue), « En soutien de indique le renfort, l'appui direct ou l'aide matérielle, opérationnelle [...]. En soutien à s'emploie plutôt pour marquer la solidarité, l'adhésion morale » (mode IA de la recherche Google), aussitôt démentie par plus d'un contre-exemple.
L'affaire n'est pas bien grave, me direz-vous ; elle ne vaut pas la peine d'en faire toute une salade (niçoise). Il n'empêche : dans le doute, mieux vaut encore battre en retraite (par capitulation) et recourir à une formulation moins sujette à débat.


(1) Il ne vous aura pas échappé que les deux sens traditionnellement attribués à la locution en faveur de, à savoir « en considération de » (aujourd'hui présenté comme vieilli) et « à l'avantage, au profit de », s'accommodent mal des verbes se prononcer, se déclarer. Comparez : Il a fait son testament en faveur d'un ami (= au profit d'un ami) et Il s'est prononcé en faveur de son ami (= pour la cause de son ami). Cette dernière acception, explicitement mentionnée dans le Littré, le Robert (grand et petit) et le Larousse en ligne, n'en est pas moins connue des autres dictionnaires modernes : « Il s’est prononcé contre ce projet de loi, en faveur de cette réforme » (à l'article « prononcer » de la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie), « Se prononcer en faveur de quelqu'un » (à l'article « parti » du TLFi), « Les poètes de la Pléiade se déclaraient en faveur des superlatifs à l'antique » (à l'article « degré » du Grand Larousse).

(2) La construction avec à semble particulièrement... en faveur chez nos cousins d'Amérique du Nord.

 

Flèche

Ce qu'il conviendrait de dire


Éric Ciotti se prononce en faveur de (ou, plus simplement, est favorable à) la retraite par capitalisation.

 

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F
La tournure me rappelle une tendance actuelle plus générale qui, par un calque de l'anglais, consiste à remplacer les adjectifs en -able, par une forme « en + nom». Par exemple, «capable» devient : « en capactié» sur le modèle anglais de « in charge». Il me semble qu'on est ici dans un cas similaire, de l'anglais «in favor» qui devient «en faveur», mais comme on ne se rend pas compte que c'est un calque et non une tournure naturelle, on remplace seulement l'adjectif et on conserve la préposition de la formulation d'origine.
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C
J'ignorais cet usage de la préposition 'à' après 'en faveur' qui semble tout récent et sans fondement particulier autre que l'ignorance. Les statistiques sont d'ailleurs accablantes puisque sur trois siècles la fréquence d'emploi du 'de' est supérieure à 99,9 % (source Ngram Viewer). Il n'y en a pas trace non plus en moyen français (source DMF). <br /> On pourrait ajouter que les adeptes du 'à' sont pris au piège lorsqu'on doit employer les formes composées : quelqu'un oserait-il « la retraite en faveur à laquelle É.Ciotti s'est prononcé » ?
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